DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES
thù'; et, chose curieuse, c*est dans le même village, chez le même individu, que l'on remarquera ces deux transformations. Le même, homme qui aura dit : sç' imjc pour th^ m{}c cr le charpentier d , dira quelques instants après : làng th/ quan l&n lâm (^th(^ pour sq") ff le village craint beaucoup le grand mandarin v. Il dira sien ha pour thiên hç cries hommes^, et thinh su' pour sinh su' cr susciter des affaires 7î. On rencontre dans les trois provinces des villages particulièrement renommés pour ces changements.
Pourquoi cette confusion entre deux sons qui semblent pourtant bien différents? Pourquoi cette transformation réciproque de th en s , de s en th ? Je crois pouvoir comparer ce changement bizarre au défaut de prononciation des Alsaciens changeant b en p, et p en b, ou des Méridionaux qui confondent les sons d et au avec 0, tout simplement sans s en rendre compte, parce qu'ils ne voient aucune différence les uns entre b et p^ les autres en au etoW.
Si Ton veut connaître la raison physique de cette transformation , il faut la chercher dans la relation étroite qui existe entre les palatales et les dentdes annamites (n^ 97), et dans la position presque identique de la langue lorsqu'on prononce th et s.
Cette affinité entre th et s donne lieu à un phénomène curieux et bien rare en annamite. Certaines personnes prononcent rn^t sç pour mfit hç cr une famille f) , joignant ainsi la dentale finale de mift
(^) Un faitpersonnel confirme cette opinion. Un jour, un Annamite de Dd'c PhS, village du Quàng Blnh où Ton confond th eis,me parlait d'une affaire, et un mot que je ne comprenais pas m'empêchait de saisir le sens de la phrase. Le mot ëtait thau.
Je fis répéter. Je ne savais ce que ce mot thau venait faire là; il ne cadrait aucunement avec le contexte.
Je tâchais de me remémorer les di-
vers sens de Mau, suivant qu'il est affecté de tel ou tel accent, pensant avoir mal entendu, lorsque l'idée me vint que mon interlocuteur était de DÛK PhS : cr Ah I tu veux dire êau^ lui dis-je en répétant sa phrase. — Oui, Père 79, me dit-ii, et il me répéta de nouveau la même phrase; mais bien qu'il vint de m'entendre dire mu, il répéta quand même la forme thau. Pour lui thau était sau^ et sau était thau.
avec Taspiration initiale de ào, et traduisant le tout eu s, tout en laissant subsister une trace très sensible de la dentale. On dit mOt so et non m^ so.
C'est un cas curieux à' agglutination ^ ou du moins un commencement d'agglutination, phénomène très rare , pour ne pas dire inconnu, dans les langues monosyllabiques (voir aussi n® 118).
On pourrait encore expliquer ce cas par la manière dont certains individus prononcent le t final. Ils disent mOts ou m^ftch pour mfH, ajoutant un son chuintant à la dentale. Le changement de imjt hç en mtjt s(r ne serait que le résultat de ce défaut accentua par la rencontre de l'aspiration initiale du second mot avec la dentale finale du premier. Mais cette explication est moins plausible : la prononciation m(}tch = m^t semble être un vrai défaut de langue affectant quelques individus seulement (^ndi ngong, nôi ch&i)\ tandis que le changement mt}t so pour nujt ho est plus général et se rencontre chez des individus n'ayant pas le défaut de langue signalé plus haut. L'expression nhûH sq^ng ((surtout^ est usitée partout, au point que beaucoup de nouveaux missionnaires cherchent ces mots dans les dictionnaires, croyant que ce sont de vrais mots annamites.
Les créateurs des chw nom connaissaient cette parenté de sons entre th et s. Comparez le phonétique H pris tantôt comme tha, tantôt comme sa; JE ou i% pris pour thff et sff; thày cr maître*^, rendu par le caractère ^ , sino-annamite : sai, etc.
87. La forme nheng que je signale à côté de nhen est générale. Elle ne parait pas être une corruption, mais elle doit représenter une seconde forme nhqnhy ou nhinhy ou nhénh (cette dernière est usitée dans le Quâng Binh nord). Voir n®» 7 et 82.
Les gens de Hué prononcent n final d'une façon spéciale signalée n«3/i.
La forme câm pour cân ce mordre t) est générale, au moins au Qu&ng Tri et au Quâng Binh. Si l'on compare le dialecte sino-