‹ Phonétique annamite (dialecte du Haut-Annam)Chapitre 56 sur 79 · DEUXIEME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. Gl · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES. Gl

groupe tl rend très bien le son qu'il re])résenle, mais il ne faut pas oublier que, comme tr, il rend une consonne unique. La forme tl est considérée dans les trois provinces comme une forme patoise. Les gens distingués s'en abstiennent. Au Tonkin elle est d'un usage plus fréquent. Elle se change même en la simple linguale /. On écrit par exemple et on prononce Id'i pour tld*% et trà'i (rciel^^; Ion pour dm et trçn ce parfait 75, etc. Il est à remarquer cependant que les livres de religion imprimés au Tonkin ne donnent cette dernière forme que pour un petit nombre de mots; je ne sais si elle est d'un emploi plus fréquent dans la langue parlée.

Dans ces provinces du Hautr-Annam, je n'ai entendu la forme / que dans quelques cas. C'est d'abord la forme /Jpour chÔ (rlieur. Au Quâng Binh on a la forme intermédiaire trÔ prononcée Ir^} : iro no cr pêcherie avec une nasses; ir^ ddy cr pêcherie dans les grands fonds avec nasse et filet i?. Quant au second cas, lûa lÔ, 16 lô cfle riz est en fleum; càu 16 là (t sacrifice pour la floraison du riz 75, ces expressions sont usitées partout. Cette forme ISse rattache sans nul doute à la forme trÔ cr fleurir t^, que donnent les dictionnaires. La forme I6ng pour ù^ông est usitée dans tout le Quâng Binh. On dit : long co*n tr planter un arbre 7^; long ire cr planter des bambous 1^.

Les sons tr et / ont été assimilés par les créateurs des chu' nom. On a, par exemple, le caractère qui rend les deux mots trèo et leo. Même signe phonétique, et même clef idéographique, ce ([ui montre que les deux mots sont homophones et synonymes, ou du moins ont été considérés comme tels par les créateurs des chTv ném.

Si l'on prend le caractère ^ on voit qu'il a la même phonétique que plus haut. Il se prononce treo; mais il n'a pas le même signe idéographique et signifie une action de la main ; il est homophone avec les mots précédents, mais n'est pas synonyme.

Dans quelques endroits, par exemple dans les environs de Chuôn

ou de So'u Quâ dans le Thù'a Tbién,on m'a assuré que ^rse changeait en t simple. C'est exactement le contraire de la transformation tr> l. Dans celle-K^i nous voyons le son dental qui entre dans l'essence de cette consonne disparaître complètement pour ne laisser que le son palato-lingual. Dans tr> f, au contraire, c'est le son dental qui élimine l'autre. Je ne saurais dire si c'est une élimination pure et simple ou une simple atténuation ; certains penchent pour ce dernier sentiment.

J'ai placé tr dans les palatales à cause de ses relations intimes avec les palatales chyg doux, 8, et aussi parce que Ir sino-aunamite correspond en chinois à des palatales telles que tch\ tch^ chy etc., (voirn«» 91, 98, 98).

a° Ch, comme tr à laquelle il e^t intimement lié, est un son unique, une consonne simple. Le changement de ch en tr est beaucoup plus fréquent dans le nord du Quâng Binh que dans le sud de cette province et que dans les deux autres provinces.

Les deux formes chè et trà ne sont pas des formes patoises, mais deux formes dialectales du même caractère ^ . Il a existé une forme intermédiaire chÀ: on lit, en effet, dans la relation du P. Tissanier (vers 1660) : cr Quelquefois les médecins ont recours à une herbe estimée dans toute la Chine , qui est connue sous le nom de cha.v Pour le changement de a en ^, voir n° 7. La forme trà semblerait être la forme sino-annamite , tandis que chè serait l'annamite vulgaire. (Comparez la prononciation, chinois du Nord : tch'd; cantonais : cA'a). Mais les deux formes sont employées indistinctement dans certains endroits pour désigner soit le thé chinois, soit le thé annamite. Dans d'autres localités trà désigne le thé chinois, chè le thé annamite.

Le changement de la forte ch en la douce g doux est très rare. L'expression âng gia, employée dans quelques endroits pour désigner le père de famille , peut venir de cha tr père n , mais peut être

Page 1