‹ Phonétique annamite (dialecte du Haut-Annam)Chapitre 59 sur 79 · DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES

Dans la même région et au QuângTri nous avons la forme thdâéng pour dâ dành cr séduirez, (Pour les changements d'accent, voir n° 1 1 û ; pour anh > eng, voir n° 7.)

Ces exemples nous donnent la gradation suivante :

d : dz : dj : di : d : îk ^^K

Ainsi donc le changement d:>d ou d7>th est le produit de la prédominance du son dental sur le son palatal. Si le contraire arrive, si le son dental s'atténue et que le son de la consonne se forme dans une région de plus en plus éloignée des dents, nous avons deux autres transformations, à savoir :

d > y (semi-voyelle palatale).

Pour prononcer la consonne d, il faut cr coller la langue contre le palais et la séparer brusquement^?. Ainsi s'exprime M. Aymonnier [Nos transcriptions^ p. 17), traduisant Mf^ Taberd (Dirt., préface, p. vni.) Ils ajoutent tous deux «que la langue ne doit pas toucher les dents T?. Cette particularité me paraît discutable en ce qui regarde la prononciation dz^ dj^ dij dont j'ai parlé. Mais il ressort du témoignage de ces deux auteurs qu'il existe un rf non barré purement palatal, prononcé en dehors des dénis, dans la région où se produit le r annamite, qui est toujours lingual, jamais guttural. Le passage Atdkr est dû sans doute à une légère modification de l'action de la langue vibrant plus ou moins. Il est à remarquer que dans la bouche de certains Annamites — je signale le village de Ba Ngoat, dans le Quâng Tri Nord — le rf non barré sonne comme le groupe

^') En comparaot le sino-anna- dans !p^ tr station postale?); chinois

mite avec les dialectes chinois, on duNord:if;cantonai8 : yi'fc; — eiihkh

voit la même progression : dans ^ cr expliquer?) ; chinoisduNord :

Jl (T couteau)); chinois du Nord : chëu; cantonais : shik ou yik, tao; cantonais : to; sino-annamite : Voir pour plus de détails, n'^109,

dao; annamite : dao. 110, changement de r en t.

La phonétique ^ se prononce djch

zr ou Szr^ et j'ai entendu le même son dans certains mots d'une tribu sauvage des montagnes du Quâng Binh.

Ce changement de d en resl très fréquent au Tonkin, et le dictionnaire de M^ Theurel donne tous les mots en d qui prennent la forme en r, ainsi que ceux qui prennent la forme g^ doux (== yY^K

Nous venons de voir la palatale changée en r. D'un autre côté, la loi du moindre effort tendant à adoucir le son âz que nous avons déjà vu plus coulant dans la prononciation décrite par M^Taberd, supprime complètement le son dental et, diminuant le son chuintant ou sifflant représenté par z^ transforme la consonne en la semi-voyelle y. Ce n'est qu'un degré de force plus ou moins grand dans l'émission du son, car (2 prononcée; peut être assimilé à notre z français; or, 2; et y sont toutes deux classées parmi les spirantes ou sifflantes faibles, la première linguale (ou dentale), la seconde gutturale (ou palatale) ^^J,

Pour résumer, on pourrait disposer graphiquement les divers changements de d de la manière suivante :

dz

(^^ A ce propos, il est bon de remarquer que Tétude des patois pourrait servir à déterminer le lieu d'origine des habitants de certains villages. Les gens de Di Loan et des environs, je l'ai déjà dit, forment comme un liot où la prononciation d>r est englobée dans la prononciation d>y. Ils sont donc d'origine élrangère : ils sont tonkinois, si on considère la prononciation. Leurs traditions conQrment cette conclusion.

Il en est de même pour Ttlot de Ba

dj

di d{th)

Dây et Dû>c PhS englobé dans la prononciation d :> dz. On doit conclure à une origine tonkinoise , et un fait confirme cette supposition : ces villages sont d'anciennes colonies militaires, placées là aux avant-postes sur la frontière cochinchinoise, peut-être de ces troupes tonkinoises venues avec Bo^n Công, le fondateur de la dynastie des Nguyên (i558).

^^) Aybr, Grammaire comparée de la langue française ^ 4* ëd., p. 28, 3o.

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