DEUXIÈME PARTIE. — MODIFICATIONS DES CONSONNES
Nous avons le son originel âz passant successivement par ij ou â» pour aboutir à â^ et dans quelques cas à ih^ par la prédominance du son dental; d'un autre côté, la même consonne Û>z aboutit à r et à y, en passant par le son i décrit par M^ Taberd, et cela par la prédominance du son palatal (voir encore n® 97).
95. La consonne s a, on la vu n® 86, une grande affinité avec la dentale aspirée ih.
Un autre changen^nt, moins fréquent, c'est celui de % en tr. Dans certains mots, il est d'un usage presque universel, dans %ào : trào par exemple. Pour d'autres mots , il est localisé à certains villages, ou bien employé par quelques individus, et non par d'autres. Le mot treo (r balafre?), est usité à Trung Quàn et dans les environs (Quâng Binh central). Ailleurs on dira seo, forme plus employée que signale le dictionnaire du P. Génibrel comme un tonkinisme. Quant à laJorme theo, que donnent les dictionnaires, je doute qu'on la rencontre.
Cette transformation 8:>tr, de même que celle que nous avons vuen° 91, (?A>ir, doit être rapprochée de ce fait que les trois consonnes sino-annamites s, ch, tr, ont pour correspondantes dans les dialectes chinois la même consonne; autrement dit, la même consonne chinoise correspond en sino-annamite , suivant les caractères, tantôt à «, tantôt à ch ou tr. On a par exemple tch [ = ch annamite comme prononciation), qui correspond ks dans :
Bjl vr sécher «; chiDois du Nord : tchâi; cantonais : shM; sino-annamite : sài.
à ch dans :
^ (T faire des présages?); cliinois du Nord : tchèn; cantonais : chim; sinoannamite : chièm.
à tr dans :
j^ tr soleil couchanl??; chinois du Nord : tchè; cantonais : chac; sinoannamite : trâc; etc.
Ordinairement, il faut le dire, s sino-annamite correspond à ch (cantonais sh); ch sino-annamite à tch (cantonais ch); tr à tch' (cantonais ch'); mais cela ne fait rien à la thèse : nous voyons, dans les dialectes chinois, la même confusion des consonnes chy tch, tch\ que nous trouvons en sino-annamite et en annamite dans leurs équivalents s, ch, tr.
96. On ne peut rapprocher du cas unique srfo téc «écureuils, que quelques particularités d'emploi de phonétiques pour rendre les sons t et x, et la correspondance du son sino-annamite ( à la sifflante s dans le chinois.
97. Ch et g doux sont étroitement apparentées. Toutes deux renferment ce petit coup sonore de la langue initial, à peu près semblable au son de la muette dentale forte ou faible, t ou d, dont parle Ayer^. En entendant parier un Annamite du Thù'a Thiên ou du Quàng Tri sud, on ne distingue pas ce son dental initial dans g doux, car cette lettre est prononcée dans ces régions comme la semi-voyelle y. Mais au Quàng Binh on a une autre prononciation, que je transcrirais d-\'g. Cette prononciation rend parfaitement compte du changement g doux>cA, que nous avons vu. On a en effet :
g doux: d-]-g ch : t-^- ch
Le son palatal g s'est renforcé en ch, et, par appropriation, le son initial d s'est renforcé en t.
Dans le Thù*a Thiên et le Quâng Tri, bien qu'on ne fasse pas sentir dans la prononciation ce son dental initial d, la langue en reconnaît implicitement l'existence, car on voit dans ces régions beaucoup de changements : g doux >ch, tout comme au Quàng Binh,
''^ Grammaire comparée j p. a 8.