‹ Phonétique annamite (dialecte du Haut-Annam)Chapitre 6 sur 79 · X PHONÉTIQUE ANNAMITE · texte numérisé non relu

X PHONÉTIQUE ANNAMITE

sion qui paraîtront patois dans tel endroit seront employés couramment par tout le monde dans tel autre; et, en cette matière, les Annamites sont exposés à faire bien des confusions. Que de fois, par exemple, nai-je pas entendu dire que thdc employé au lieu de hia (riz, céréales) était un mot patois.

J'ai noté les expressions dialectales toutes les fois qu'il m'a été possible de le faire Mais il ne faudrait pas en conclure que toutes les formes qui n'ont pas cette mention soient patoises. Lorsqu'une expression est par trop particulière à une région, à un village, je l'ai noté également.

2. J'étudie le dialecte du Haut-Annam, et je donne à cette expression le sens qu'avait celle de Haute -Cochinchine'*^ au siècle dernier, alors que l'Annam (Gochinchine) et le Tonkin formaient deux royaumes séparés, dont les limites étaient le Sông Gianh, ou mieux la chaîne de collines dite de Bâ Nhây, dans le Quâng Binh. On entendait alors par là les trois provinces septentrionales de l'Annam, à savoir : le Thù'a Thiên, le Quâng Tri et le Quâng Binh, non tout entier, mais jusqu'au Sông Gianh seulement. Au delà de ce fleuve, en effet, c'est-àdire dans la préfecture actuelle de Quâng Trach (ancien Bô

(^) Je n'ai pas employé ce nom dans le titre, parce quil n'est plus guère connu. J'ai pris le titre de Di4ikcte du //aut-i4nnam, et j'entends cette expression dans sa signification générale, comme désignant le dialecte parlé depuis Tourane jusqu'à Vinh environ.

De même , par dialecte du Bas-Annam , j'entends, en général, celui qui est parlé au sud de Tourane, jusqu'au

Cambodge, et par dialecte du Tonkin , celui qui est parlé dans tout le delta tonkinois. Quant à la prononciation de la ville de Hué et de la cour, je l'ai laissée au second plan à cause du peu d'étendue du pays où elle est eu usage, de son caractère qui me parait relativement récent, et aussi parce qu'elle mériterait d'être traitée à part.

INTRODUCTION. u

Chmh), on trouve le peuple tonkinois avec sa physionomie distincte et dëjà quelques particularités dialectales.

Cependant mes recherches ont porté principalement sur les formes usitées dans le Quàng Binh central et le Quàng Binh nord^^^ Je me suis appliqué néanmoins à réunir et à comparer toutes les formes usitées dans les autres provinces. D ailleurs, la divergence n'est pas aussi grande qu'on pourrait le croire : telle forme employée au Quàng Binh se rencontrera sûrement au Quàng Tri ou au Thù>a Thién, soit dans un village, soit dans l'autre.

Il ne faudrait pas conclure de ce que je cite dans mes tableaux telle ou telle forme, qu'elle est employée dans toute l'étendue des trois provinces. Cette conclusion serait juste pour les formes dialectales comme mt, m, vrf, etc. [^ourmây, nây, vào)^ mais elle ne le serait pas pour les formes patoises. Ces dernières, en effet, varient de village à village, et même de hameau h hameau, d'individu à individu, dans le même village. On comprend, d'après cela, qu'il soit très difficile de déterminer avec précision l'extension géographique de chaque expression, de chaque forme : une monographie du langage de chaque commune en particulier pourrait seule donner des matériaux pour ce travail. Cependant certaines modifications de voyelles ou de consonnes sont trop circonscrites pour que je n'aie pas indiqué l'endroit précis où on les emploie.

Cette étude n'a pas d'ailleurs la prétention d'être définitive, ni de signaler absolument toutes les particularités phonétiques du dialecte et des patois des trois provinces.

^^^ Celte région, couime en générai tout le Quâug Binh, l'emporte sur les deux autres provinces pour k variété des formes patoises.

3. L'étude qui suit est purement phonétique : je ne m'occupe pas pour le moment des expressions, des mots particuliers au dialecte, ni k plus forte raison, des formes syntaxiques. La syntaxe et le vocabulaire seront traités à part. Je n'envisage ici que les éléments phonétiques du langage, c'est-à-dire les variations dialectales qu'éprouvent les parties constitutives des mots annamites.

Alors que les mots, dans les langues occidentales, ne sont composés que de deux éléments, les consonnes et les voyelles, plusieurs langues de l'Extrême-Orient ajoutent, on le sait, à ces deux parties que l'on pourrait appeler matérielles, un troisième élément, l'élément formel, l'accent, qui détermine quelle signification auront ces consonnnes et ces voyelles que l'on vient d'articuler. L'accent est tout aussi important que les deux premières parties, sinon davantage.

Cette étude se divisera donc en trois parties. Dans la première on traitera des modtjicatians^^^ des voyelles; dans la seconde, des modifications des consonnes; dans la troisième enfin, des modifia

(^) On rencontrera souvent dans ie cours de ce travail les expressions de VMdifcaJ&oiM ou transforniationa de voyelles ou de consonnes; on verra que : gi devient ch, que s ie change en th, etc. Ces expressions et d'autres analogues pourraient faire supposer qu'il y a une langue mère parfaitement connue , et des dialectes dérivés dont on connaîtrait le degrë de filiation. Mais on est loin d'avoir làdessus des données certaines. Il est au contraire plus probable d'admettre pour le moment que l'état de mor-

cellement où la langue annamite se trouve aujourd'hui est le résultat du développement simultané de divers dialectes dont les origines nous sont inconnues, et dont on ne connaît pas non plus le degré d'éloignement de la langue mère primitive. Ces expressions n'ont donc pas le sens précis et absolu qu'elles peuvent avoir dans les langues d'Occident donC on connaît partaitement la filiation. Si on les a employées ici, c'est pour la commodité du langage.

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