MODIFICATIONS DES VOYELLES
4. Dans toutes les langues, les voyelles constituent Télément mobile, Télément fluide, qui varie au caprice des organes ou du goût du moment W. Cette remarque est vraie surtout pour les langues de rExtrème-Orient. Dans les langues occidentales, on remarque des changements, des transformations de voyelles qui ne laissent pas que de surprendre. Mais l'écriture alphabétique, fixant en tout temps les sons par un signe précis, mettait dans une certaine mesure une barrière à la trop grande liberté de la prononciation populaire.
Il n'en est pas de même pour certaines langues de l'Extrême- Orient, pour l'annamite en particulier. Dans cette langue, pas d'écriture alphabétique : le caractère représente l'idée et n'indique rien du son , ou , s'il l'indique , c'est d'une manière très imparfaite.
Je sais par exemple que le caractère ^ signifie «naître, engendrent, mais rien ne m'indique si je dois prononcer sinh^ ou sanhj comme en annamite et en sino-annamite; ou chêngy comme dans le Nord de la Chine; ou bien encore sh^ang; comme à Canton (^).
(^) Les changements de voyelles tème de romanisation actuellement
n'en sont pas moins tout aussi rëgu- en usage. La prononciation chinoise
liers que les modifications de con- du Nord — province de Pëkin — est
sonnes. rendue d'après le Dictionarium sini-
(^) Les mots annamites ou sino- cum et latmutn du P. Couvreur. C'est
annamites sont écrits d'après le sys- le système fiançais. La prononciation pHoniriQiiB AimiMiTE. i
IMPHIlIKItlK RATIOXALI.
De même, je sais que le caractère Pt signifiant et père ti se prononce à peu près comme le caractère chinois ayant la même forme, mais qui signifie (t vociférer t). Je lis donc : cha; mais rien dans le caractère ne m'indique ce son; à plus forte raison, rien ne me dit que ce son n'ait pas été changé et qu'il n'ait pas été à l'origine gia^ ou ira y ou tout autre son approchant.
Le caractère tS est rendu aujourd'hui par l'orthographe ^feo, tandis que le P. de Rhodes le rendait vers le milieu du xvu*^ siècle par dau. Le caractère flj se rend aujourd'hui par huéy lorsqu'il sert à désigner la ville de ce nom ; mais dans les relations des missionnaires du xvn*^ siècle , nous le trouvons rendu par hoé. Nous ignorons si ces orthographes anciennes étaient le fait d'une erreur, l'indice d'un tâtonnement dans la fixation par les caractères européens des mots annamites, ou bien si elles rendaient réellement le son qu'avaient alors ces caractères.
On comprend par là combien les voyelles, si instables de leur nature , ont dû changer de siècle en siècle , de province à province , de village à village ^^K
Ces changements sont de deux sortes : les uns sont le produit inconscient des lois nalurelles qui ont présidé à la formation et à l'évolution de la langue annamite; ce sont les cas les plus importants, ceux que l'on doit étudier tout d'abord, et sur lesquels on doit se baser pour connaître la vraie nature des voyelles annamites et leurs transformations. Mais il est d'autres mots où la transformation des voyelles a été voulue: certains mots, pour une raison ou pour une autre, la plupart du temps par respect, pour éviter de prononcer le nom d'un grand personnage ou d'un ancêtre défunt, ont été modifiés à dessein. Ces transformations, quoique moins
du dialecte cantonais est rendue et chinois proprement dits fournirait
d'après le Chinese Dictionary d'Ëitel : des données pour une histoire de la
c'est le système anglais. phonétique purement annamite. In-
(^) Une étude comparée de la pho- utile de dire que ce point de vue a
nétique des dialectes sino-annamite été écarté de ce travail.