‹ Phonologie des patois du canton de VaudChapitre 2 sur 12 · CORRECTE · texte numérisé non relu

CORRECTE

de la Société des patois vaudois! était fort beau. Peut-être a-t-on voulu trop embrasser à la fois sans s'être suffisamment rendu compte de la marche qu'il convenait de suivre: il ne m'appartient pas de hasarder un jugement à ce sujet. Quoiqu'il en soit cette tentative n’a malheureusement pas abouti.

2. Cependant les patois disparaissent de plus en plus, et dans le canton de Vaud plus rapidement qu'ailleurs. Il faut donc se hâter si l’on veut encore pouvoir les étudier dans leur ensemble: et j'avoue que c’est bien là une des raisons qui m'ont poussé à entreprendre la présente étude. Du reste les patois vaudois, ainsi qu'en général ceux de la Suisse française, présentent au point de vue linguistique un intérêt tout particulier. Déjà à elle seule leur position géographique exceptionelle est bien faite pour piquer la curiosité: placés au point de rencontre à peu près exact de quatre langues romanes, le français, le provençal, l'italien et le roumanche, et d’une langue germanique, on est tenté à priori de leur supposer tous les caractères de dialectes de transition.

Ceci m'amène à dire deux mots de la tentative faite par M. Ascoli? en vue de faire reconnaître par la philologie romane un nouveau groupement des langues néolatines de la Gaule. D'après lui il existerait entre le français et le provençal un ensemble de dialectes assez caractéristique pour qu’on pût lui reconnaître la valeur d’une véritable langue, appelée par lui franco-provençale. La lecture de ce travail m'avait vivement frappé. Comme ce type franco-provençal embrassait aussi nos patois de la Suisse romande, je me proposai de faire en petit sur une partie de ces patois la preuve de ce qu'avançait le savant italien. Je ne me hasarderai pas à exprimer toute ma pensée à l'égard de la tentative de M. Ascoli; mais dès les premiers pas que je fis dans l’étude des patois vaudois, je reconnus le point le plus faible de son système, celui d’avoir été élaboré d’après des données tout à fait insuffisantes. Il se peut que sa théorie subsiste dans ce qu’elle a de plus général, mais seule une étude approfondie et scientifique de tous les dialectes qui forment d’après lui le groupe franco-provençal pourra nous fixer à cet égard. Quoiqu'il en soit la tentative de M. Ascoli a un mérite incontestable, celui d’avoir attiré de nouveau l'attention sur un champ d’études encore peu exploité quoique si digne de l’être, et de lavoir fait avec l’autorité que tout le monde s'accorde a lui reconnaître.

! Voir le Journal des patois romands. Lausanne. Décembre 1878. ? Archivio glottologico italiano. Vol. IIL Schizzi franco-provenzali.

3. D'ailleurs que les patois vaudois fassent ou non partie d’un groupe plus considérable de dialectes, il est incontestable qu'ils se distinguent dans leur ensemble assez nettement soit de la langue d'oc, soit de celle d'oïl On pourrait à juste titre leur appliquer la définition qu'Ascoli donne de son groupe franco-provençal lorsqu'il l'appelle: «un tipo idiomatico, il quale insieme riunisce, con alcuni «suoi caratteri specifici, più altri caratteri, che parte son comuni al «francese, parte lo sono al provenzale, e non proviene già da una «tarda confluenza di elementi diversi, ma bensi attesta la sua pro- «pria indipendenza ïistorica, non guari dissimile da quella per cui «fra di loro si distinguono gli altri principali tipi neo-latini»!

Ces caractères spécifiques sont, pour ne prendre que les plus constants d’entre eux: la transformation en i (e) de l’a précedé d’un son palatal: le pluriel des noms féminins formés sur le type de la première déclinaison latine: l'absence presque absolue de terminaisons en consonnes, en dehors des terminaisons nasales: le traitement de l’1 précédé d’une autre consonne: le déplacement régulier de l'accent tonique dans certains cas déterminés.

S'il est permis d’insister sur ces caractères dinstinctifs de certains patois de la Suisse française, il faudrait pourtant se garder des généralisations hâtives comme on peut les reprocher à MM. Ascoli et Ayer, malgré tout le respect qu'on doive professer pour leur savoir linguistique. Encore M. Ascoli possède-t-il un critère de sa langue franco-provençale. M. Ayer n’a rien de pareil lorsqu'il parle du «romand», bien que ce soit pour lui «un idiome indépendant au même titre que le roumain». Pour M. Ayer c’est en définitive un pure question de géographie politique: il appelle romand «l’ensemble des dialectes parlés dans ce qu’on appelait autre- «fois le Pays romand et aujourd’hui la Suisse française, à l'exception «peut-être du patois de Porrentruy, qui se rattache au franc-comtois. »?

Et ce qu'il y a de plus étrange c’est que le reproche qu’on est en droit de lui faire à ce sujet M. Ayer l’adresse lui-même dans un cas où il n’est point difficile d'en démontrer l'injustice. Il s’en prend à M. Haefelin de ce qu'il poursuive par cantons ses études sur les patois de la Suisse française. «Quant à la classification de «nos idiomes par cantons, dit-il, je la repousse comme tout à fait «arbitraire et irrationelle»# En principe M. Ayer a parfaitement

1 Archivio glottologico italiano. Vol. IL, p. 61. 2 Introduction etc. p. 5.

3 Introduction p. 7.

raison, et aucun linguiste sérieux ne songera à le contredire en cela. Seulement il faut s'entendre sur la portée de ce terme de classification. M. Haefelin, je suppose, n’a nullement prétendu faire du «Neuchâtelois» et du «Fribourgeois» des dialectes à part: il aura tout simplement pensé qu'une classification scientifique des patois de la Suisse française présupposait une étude préliminaire qu'il a entreprise de la façon qui lui aura paru la plus logique et la plus pratique en même temps. Ce sont du moins ces considérations-là qui m'ont guidé lorsque j'ai entrepris mes recherches sur l’ensemble des patois du canton de Vaud. Une fois que tous les patois de la Suisse française, ainsi que ceux des contrées environnantes, auront fait ainsi l’object d’études sérieuses, peu importe d’ailleurs que ce soit par cantons ou de toute autre manière, alors, mais alors seulement, on pourra songer à coordonner ces divers travaux et procéder à une classification plus rationnelle et purement scientifique. C’est alors seulement aussi qu'on pourra trancher la question de savoir si oui ou non il est permis d'admettre le «romand» comme groupe indépendant de dialectes.!

4. Quant à la marche que j'ai suivie pour composer le vocabulaire nécessaire à mon étude, elle n’a point été des plus faciles. Dès l’abord j'ai reconnu qu’il me fallait renoncer d’une façon à peu près absolue à la source ordinaire de renseignements en pareille matière, soit aux documents écrits Non pas que ces documents fassent absolument défaut: il en existe au contraire un nombre fort respectable, depuis le (Glossaire du doyen Bridel, jusqu'aux morceaux insérés dans le Messager boiteux de Berne et Vevey. Mais le plus souvent ces sources ne pouvaient m'être d'aucune utilité. Leur plus grave défaut est d’être pour la plupart anonymes, c’està-dire de ne pas indiquer exactement en quel patois elles sont rédigées. Un autre défaut, capital aussi dans le cas particulier, est leur orthographe fantaisiste qui ne permet que rarement de se rendre un compte exact de la véritable prononciation, défaut qui d’ailleurs est encore aggravé par le fait que chaque auteur habille cette orthographe suivant ses préférences personnelles. Parfois aussi les écrits en question reproduisent un dialecte plus ou moins hétérogène: tantôt le patois n’est pas la langue maternelle de l’auteur,

1 Ces lignes venaient d’être écrites lorsque les journaux m'apportèrent la triste nouvelle de la mort de M. Ayer. Qu'on me permette de m’associer ici aux regrets que cette mort a causés. Malgré tout ce qu’il avait d’entier dans ses idées Ayer a sans contredit bien mérité de la science.

tantôt ce dernier s'est laissé guider volontairement ou non par des préoccupations purement littéraires.!

Force m'a donc été de m’en tenir presque uniquement aux sources originales, c’est-à-dire de recueillir mon vocabulaire de la bouche même de ceux qui parlent encore le patois. Le surcroit de travail qu’entraîne cette manière de procéder est du reste suffsamment compensée par les avantages considérables qui en résultent. En effet tous ces matériaux rassemblés en même temps et par une seule et même personne présentent le caractère d’unité indispensable à toute étude comparative, et qui ne saurait exister au même degré lorsque ces matériaux sont extraits de morceaux écrits par des auteurs différents et à différentes époques, à supposer même qu'il fussent revêtus de toute l'authenticité désirable. Je n’entrerai pas dans le détail des imperfections qu’une consultation aussi directe des sources devait nécessairement entraîner. D'ailleurs la nature même de mon travail, qui est une étude comparée des patois vaudois, m'interdisait, de m'’arrêter aussi longuement que je l’eusse parfois désiré sur certain points de détail, fort intéressants en eux-mêmes, mais dont la connaissance n’est point indispensable à une vue d'ensemble de ces patois. Une étude attentive et aussi complète que possible de tous ces points de détails, ainsi du reste que de la flexion et de la syntaxe, serait sans doute fort désirable; mais ce serait là un travail immense et qui nécessiterait des loisirs d’une durée beaucoup plus considérable que ceux dont je pouvais disposer.

5. Il est pourtant un point sur lequel il convient de s'arrêter. De même que dans le français il est aisé de reconnaître dans nos patois l'existence de différentes couches de mots répondant à différents systèmes de formation. Je distingue trois couches différentes.? La première se compose de tous les mots purement patois, c’est-àdire dérivant directement du latin. La seconde comprend les mots empruntés au français, mais transformés suivant le système phonétique du patois. Ces mots se confondent souvent avec ceux de la première catégorie, et le raisonnement seul peut les en distinguer.

1 C’est le cas du poète provençal Mistral, pour prendre un exemple bien connu, bien que ne rentrant pas dans les sphère des patois vaudois.

2 Je n'ai en vue ici que les mots patois d’origine latine. Les mots provenant d’autres langues occupent sous ce rapport une position identique à celle qu’ils occupent dans le français. Je me bornerai à ajouter que les mots d’origine germanique sont peut-être moins nombreux que dans cette dernière langue, quelque étrange qui cela puisse paraître au premier àbord,

La troisième classe enfin se compose des mots empruntés tels quels au français contrairement au génie du patois.

Par ces deux dernières classes de mots le patois se trouve occuper vis-à-vis du français une situation analogue à celle que ce dernier occupe lui-même vis-à-vis du latin. Seulement il serait inexact de parler ici de mots MATE et de mots savants. Les uns et les autres ont été empruntés au français par l’usage commun. Mais, comme pour le français, on peut admettre sans crainte de se tromper que les mots ne rentrant pas dans le système phonétique de la langue sont d'introduction plus récente que les autres. Je dirai même que les emprunts de ce genre n’ont pu avoir lieu qu’à une époque où le peuple n'avait déjà plus le sentiment intime de son propre langage.

I1 est à peine besoin d'indiquer que je me suis efforcé dans le courant de mon étude de m'en tenir autant que possible aux mots se rattachant à la première des trois classes citées: ceux-là seuls peuvent fournir des données absolument authentiques sur la formation organique du patois. Quant à la troisième catégorie de mots j'ai cru devoir ne m'en occuper dans aucun cas.

6. On sait que dans toute contrée d’une certaine étendue le langage propre à ses habitants éprouve des variations plus ou moins considérables. (Or dans un pays géographiquement aussi divers que le canton de Vaud, il n’est point étonnant que ces variations soient relativement plus nombreuses et profondes qu'ailleurs. Aussi personne n’a-t-il encore tenté, que je sache, d'établir un groupement des patois vaudois. La tâche qui m'incombait sous ce rapport était grosse de difficultés; et ce serait bien prétentieux de ma part que de prétendre l'avoir résolue d’une façon parfaite. Bien que je sois persuadé que des recherches ultérieures n’apporteront pas de modification sensible au groupement que j'ai cru devoir établir, je ne m'en dissimule aucunement les imperfections de détail. Elles proviennent surtout de ce que dans certaines régions du canton le patois éprouve presque de commune à commune des modifications, fort peu importantes en elles mêmes, mais qui se succédant sur un espace considérable finissent par former des différences assez caractéristiqnes. Dans ces cas-là il est souvent fort difficile de décider si ces différences sont assez fondamentales pour justifier la création d’un groupe spécial, ou si elles ne sont que des modifications secondaires d’une seule et même variété. C’est tout spécialement le cas des patois de la plaine. Dans la partie montagneuse du canton les différences sont en général assez tranchées,

Il est un autre point se rapportant à cette partie de mon travail et que je tiens au moins à indiquer. C’est le développement inorganique qu'ont pris les patois de certaines parties du canton sous l'influence de circonstances diverses. Le plus souvent ce sont des immigrations étrangères, savoyardes et fribourgeoises surtout, qui ont modifié plus ou moins complètement le caractère du langage indigène. Il serait fort curieux] d'étudier de plus près les influences de ce genre. Mais une pareille étude dépasserait les bornes de mon travail. D’une manière générale il est intéressant de constater combien l'influence fribourgeoise ou même simplement catholique se fait sentir dans le domaine de la langue, indépendamment de toute considération géographique. C’est ce qui m'a decidé à laisser en dehors de mon travail les enclaves fribourgeoises, bien que géographiquement elles fassent partie du canton de Vaud: je m'y suis résigné d’autant plus aisément que de tous les patois de la Suisse française ce sont précisément ceux du canton de Fribourg qui sont été étudiés avec le plus de soin. Je ne parle ici que pour mémoire du tératschu (teratëü), sorte d’argot créé par des ouvriers de Sainte-Croix. Cette création est sans doute un fait des plus intéressants: mais elle ne touche que très indirectement au patois, et dans le cas particulier je n'ai pas eu à m’en occuper.

Quant aux limites mêmes qui séparent les différents groupes il va sans dire qu’elles ne prétendent pas à une précision mathématique. Le plus souvent il serait bien difficile de préciser d’une façon absolue le point où finit tel patois et où tel autre commence. Il y faudrait des recherches minutieuses hors de proportion avec le résultat qu’elles permettraient d'obtenir. L'essentiel est que les grandes lignes soient exactes: peu importe après tout qu’un village ou hameau parle tel patois plutôt que tel autre.

7. Comme il a été dit plus haut le patois éprouve dans le canton de Vaud des modifications fort nombreuses. Ce sont ces modifications, parfois brusques et caractéristiques, parfois aussi presque insensibles, qu'il s’agit de ramener à des groupes présentant un caractère bien déterminé. Le nombre de ces groupes pourra varier suivant le point de vue plus ou moins général auquel on se place.! Pour une étude isolée des patois vaudois il convient d'en distinguer onze. Ce sont en commençant à l’ouest:

1 Ainsi en se plaçant à un point de vue très général, comme ce serait le cas par exemple dans une étude comparative de tous les patois de la Suisse française, on pourrait se borner à distinguer trois groupes de patois vaudois: ceux parlés à l'Est de la Veveyse, celui de la Vallée, et

ceux du reste du canton.

I. La Vallée de Joux [Vilée.], dont les limites correspondent assez exactement à celles du district. Je commence pas ce groupe parcequ’il forme à lui seul une des trois grandes subdivisons des patois vaudois.

II. Vallorbe [Vb.]. Ce patois est limité à l’ouest par celui de la Vallée de Joux. Au sud et à l’est sa limite serait marquée par une ligne allant des sources de la Venoge au Suchet en laissant Vaulion et Ballaigues à sa gauche.

III. Sainte-Croix [Ste C.]. Son patois occupe un triangle dont la base serait une ligne qui partant du Suchet passerait à gauche de Baulmes et à droite de Bullet pour aller aboutir dans la direction de Motiers; les deux autres côtés du triangle se confondant avec les frontières française et neuchâteloise. La population de Sainte-Croix est en majeure partie composée des descendants de réfugiés français venus de diverses régions de la France. Aussi les habitants de l’endroit prétendent-ils que leur dialecte est un mélange des différents patois français. Bien que cette prétention ainsi formulée, ne soit pas admissible ou ne peut méconnaître dans les patois de Sainte-Croix une influence plus grande des formes françaises que ce n’est le cas dans les autres patois du canton.

IV. La Côte [C.], comme j'appellerai pour plus de brièveté le plus occidental de nos groupes. Il s'étend depuis la frontière française jusque vers l’Aubonne. Sa limite nord-ouest est la chaîne de montagne allant du Noïrmont au Marchaiïruz. Plus étendu que les précédents ce groupe est aussi moins homogène: sa partie méridionale présente de légères modifications du type principal.

V. La Venoge [Vg.], comme ont pourrait appeler ce groupe d’après la rivière dont il occupe tout le bassin. Il est limité à l'ouest par l’Aubonne et la crête du Jura Au nord il s'étend jusque vers la Praz et Ferreyres. À l’est il franchit la Venoge et s'arrête un peu en deçà d’une ligne qui irait de Lausanne à la Sarraz en passant par Romanel et Sullens. Ce groupe est moins homogène encore que le précédent: le patois parlé dans le triangle Bière - Allaman-Morges diffère assez sensiblement de celui parlé dans le reste du groupe.

VI Groupe de la Thièle [Th], d’après la rivière qui en occupe exactement le centre. Il est limité à l’ouest et au sud par les groupes de Sainte-Croix, de Vallorbe et de la Venoge. A l’est

1 La ville même d’Aubonne ainsi que le territoire environnant restent en dehors de ce groupe.

sa limite serait une ligne allant de Oulens à la Mentue par Goumoëns le Jux, Penthéréaz et Pally, mais en laissant ces localités en dehors. Depuis Oppens la limite se confond avec la Mentue. Dans la partie du groupe la plus rapprochée du canton de Neuchâtel le patois diffère quelque peu de celui de la plaine.

VIL Le Gros de Vaud [G. de V.]. Je désigne ainsi faute d’une dénomination plus précise le groupe des patois parlés dans toute la partie du canton de Vaud comprise entre les deux groupes précédents et la Veveyse. Ce groupe est de tous le plus considérable par son étendue: il est aussi le plus hétérogène. On peut le subdiviser en six patois secondaires. Ce sont en allant du nord au sud:

a) Celui d'Avenches et du Vully vaudois.

b) Celui que je pourrais appeler le Broyard, et qui s'étend sur tout le district de Payerne, ainsi que sur une partie des districts d'Yverdon et de Moudon.

c) Le patois de la Haute-Broye, parlé dans la plus grande partie des districts de Moudon et d'Oron et dans une partie de celui d’Yverdon.

d) Le patois d'Echallens: il comprend toute la plaine située entre les groupes de la Venoge et de le Thièle et le Jorat dont ïl occupe encore les premières pentes: de ce dernier côté sa limite approximative serait marquée par une ligne allant de Lausanne à Peney.

e) Le patois du Jorat proprement dit: il s'étend au sud des deux précédents et s’avance jusqu'aux limites du vignoble de Lavaux.

f) Le patois de Lavaux, parlé sur le littoral du Léman entre Lausanne et Vevey. Ce n’est qu’à l'extrémité orientale de ce sousgroupe, soit dans les villages de Corsier, Corseaux, Chardonne, Jongny, qu'on rencontre une analogie décidée. avec le groupe voisin. I1 suffit portant de franchir la Veveyse pour se trouver en présence de patois foncièrement différents de tous ceux que j'ai nommés jusqu’à présent.

VIIL Blonay [B.] Je nomme ce groupe, qui s'étend entre la Veveyse et la Tinière, d’après la commune dans laquelle le patois s’est conservé à l’état le plus archaïque. Il comprend deux variétés, celle de Blonay-Saint Légier, et celle de Montreux: ces variétés du reste ne font que représenter deux périodes différentes d’un seul et même patois, et sont à ce titre tout particulièrement intéressantes. Quant au langage de Vevey-la Tour de Peilz, il paraît avoir été de tous temps altéré par des influences savoyardes.

IX. Le Pays d'Enhaut (P. dE]. Les limites de ce groupe se confondent à peu près avec celles du district. À Rougement le patois a subi plus particulièrement l'influence de la langue allemande, sans toutefois que cette influence se soit manifestée autrement que par l'emprunt d’un certain nombre de termes techniques. Le patois de Château-d'Oex fait preuve d’une individualité un peu plus marquée.

X. Les Ormonts [O]. Ce groupe limité au nord par le précédent l’est à l’ouest et au sud par deux lignes partant de Leysin et se dirigeant l’une sur la Dent de Corjeon, l’autre sur les Diablerets. On y distingue deux variétés répondant aux deux paroisses d’'Ormont-dessus et d'Ormont-dessous. A Leysin le patois se rapproche un peu de celui de la Plaine. Je prends pour type de ce groupe le patois d'Ormont-dessous.

XI. La Plaine du Rhône [PI]. Ce groupe comprend le district d'Aigle à l'exception des Ormonts. Il éprouve des modifications le rapprochant du précédent dans la partie montagneuse comprise entre la Grande Eau et la Gryonne: pour simplifier je me servirai en parlant de cette variété du terme de patois d’Ollon, d’après son représentant le plus important. A Villeneuve le patois de la Plaine se rapproche déjà de celui de Montreux.

8. Il me reste à parler des écrivains qui jusque à ce jour se sont occupés plus ou moins directement des patois du canton de Vaud. Aïnsi que j'ai eu l’occasion de le dire!, ces patois n’ont pas encore bénéficié de la faveur générale qui s'attache actuellement à l'étude scientifique des dialectes. Les quelques ouvrages qui en traitent d’une façon plus ou moins étendue non seulement sont antérieurs à l’époque où l’on a commencé à explorer dans tous ses détails le vaste domaine des langues romanes, mais ils ont malheureusement déjà tous vu le jour alors que les principes mêmes de la philologie romané étaient encore à trouver, ou n'étaient du moins pas encore assez généralement connus. Ce fait à lui seul explique suffisamment le peu d'utilité pratique que ces essais peuvent avoir pour nous. Mais il ne saurait m'empêcher de rendre justice à des écrivains de mérite, dont le plus grand tort est d’avoir été de leur temps, et d’un temps fort malheureux pour la philologie romane puisque c'était celui de la trop fameuse celtomanie.

Le premier qui, à ma connaissance, se soit occupé de rechercher l'origine des patois vaudois est le pasteur Ruchat dans son histoire

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