Les patois vaudois possèdent les voyelles suivantes
a représente les deux sons de l’a italien tels qu’on les trouve dans le mot amare: je les figure par a, 4.
äà est un e ouvert dont le son varie légèrement suivant les localités et les mots? et qui d’une manière générale répond à celui de très: il est toujours long.
e a les deux sons de l’e ouvert tels qu’on les entend dans le mot italien sette, le second ne se trouvant d’ailleurs comme pour l'italien qu’en syllabe finale non accentuée: le est toujours bref.
e est le fermé français.
z est li français.
à est l'a anglais des mots all, ball etc. Il est toujours long:
o est l'o ouvert français et est toujours bref.
o est lo fermé, représenté le plus souvent en français par la monophtongue au.
u est l’u des langues romanes du sud, représenté en français par la monophtongue ou.
1 De plus ils se sont servis l’un et l’autre d’accents pour désigner la nature de certaines voyelles, ce qui devrait être à mon sens absolument proscrit de toute transcription phonétique, les accents, grave et aigu, devant être destinés uniquement à indiquer la place qu’occupe l'accent tonique.
? Le plus souvent ces nuances dans la prononciation de l’e proviennent des sons dont il est acompagné: il m’a paru impossible de distinguer toutes ces nuances sans tomber dans l'arbitraire.
e est le muet français.
ü a le Son de l’eu français dans jeu, même lorsqu'il se trouve en syllabe fermée.
à est l’u français.
Trois de ces voyelles peuvent en outre devenir nasales. Ce sont a, 6, o. Elles ont alors en général la même prononciation que les sons français correspondants dans banc, plein, bon. Dans certaines parties du canton toutefois elles reçoivent une inflexion plus gutturale et qui rappelle un peu celle que lui donnent la plupart des Allemands lorsqu'ils commencent à parler français.
11. Les patois vaudois, ainsi qu’en général ceux de la Suisse romande, sont riches en diphtongues. Toutefois il est difficile d’en préciser le nombre. Les opinions les plus divergentes se sont fait jour à ce sujet, ainsi que pour toutes les langues romanes d’ailleurs, ‘les uns reconnaissant à presque toutes les combinaisons de voyelles le caractère de diphtongues, tandis que les autres n’en admettent qu'un nombre excessivement restraint.! Il est difficile, par exemple, d'admettre de diphtongue commençant par un i, et Je n’ai pas cru devoir le faire pour les patois vaudois. Devant une voyelle en effet li est ou bien parfaitement distinct et forme une syllabe à part, comme dans les mots français: crier, piété; ou bien, et c’est le plus souvent le cas, il s’est réduit à la palatale, c'est-à-dire à une véritable consonne, comme dans milieu, niais (subst.) qu'on pourrait aussi bien écrire milleu, gnais.?
Cette réserve faite je distingue dans les patois vaudois treize diphtongues proprement dites, dont cinq ont l'accent tonique sur la première voyelle et huit sur la seconde. D’entre les premières une seule, &, a la voyelle accentuée longue: les autres, 47, au, er, eù, ont leurs deux voyelles également brèves. Les diphtongues de la seconde catégorie commencent toutes par un u bref: cinq
1 On sait que pour l'italien, par exemple, on varie entre 5 et 40. Pour le gruyéren Ayer n’en admet que 6, tandis que pour les patois fribourgeois en général Haefelin ne compte pas moins de 81 diphtongues et voyelles composées.
2 Comme dans tailleuse, régnais.
3 Sans compter les diphtongues terminées par une nasale wa, wen, qui rentrent dans uä, ué. Il est à peine besoin d'ajouter qu'aucun des onze groupes ne possède la série entière des diphtongues, tandis que quelques-uns possèdent toutes les voyelles indiquées plus haut.
d’entre elles, #4, ud, uä, ue, ur, ont la voyelle accentuée longue: les trois autres wa, we, ue,! l'ont brève.
A côté de ces diphtongues proprement dites, il en est deux autres d’un genre tout particulier, äo et äü. Elles ont pour prépositive un a long accentué et pour second élément une voyelle que je pourrais appeler quiescente ou muette et que je rends, par analogie avec le e, par ü et 9. Cette seconde voyelle est à peine sensible à l’état ordinaire du mot, mais elle se retrouve dans la flexion ainsi que dans certaines liaisons.
Quant aux #rphtongues, si l'on veut en admettre, nos patois en possèdent trois: #@4, ua, wet.
12. Les consonnes simples représentées dans les patois vaudois se groupent de la manière suivante:
Explosives Nasales Continues
sSourdes sonores Tsourdes sonores gutturales k g n {f) h palatales y linguales À jrrl dentales t d n s (ss) ri interdentales Ç 7, labiales P b m labiodentales di v
Pour être complet j'ajoute à ce tableau les sons composés qu'on rend le plus souvent ailleurs par des signes simples: #, @,
ny, D, Ab:
Il n’y a rien à remarquer en ce qui concerne la prononciation de À, 4, p, d, b, m, r, L, j, v: elle est la même que celles des signes français correspondants.
£ est toujours guttural.
n terminant une syllabe nasalise la voyelle qui le précède: je le rends dans ce cas par f toutes les fois qu'il est suivi Jui- -même d’un autre n ou d’une voyelle.
k. L'aspirée gutturale simple n'existe pas dans les patois vaudois. Je me sers de la combinaison hy pour indiquer un son correspondant au ch allemand dans ich, nicht, mais qui à l'encontre du son allemand ne termine jamais la syllabe. Comme on le verra dans la suite cette transcription présente, entre autre avantages, celui de mieux rendre compte du développement tant antérieur qu'ultérieur de se son.
je distingue pour plus de clarté dans le courant de mon étude les diphtongues uä, ué des combinaisons da, üe qui assistent également mais qui forment denx syllabes distinctes.
y à la valeur d’un i consonne: il correspond donc à peu près au j allemand ou italien.
$ et j équivalent à ch et j français.
Z est un son unique en son genre et qui ne se trouve d’ailleurs que dans la commune d'Ormont-dessus. Quant à la nature de ce son v. N. 248.
s est le s dur français: pour éviter toute confusion je rends ce son par ss toutes les fois qu'il se trouve placé entre deux voyelles.
z équivaut toujours à s doux, soit au z français.
£ est le th dur des Anglais et le c des Espagnols tel qu'ils le prononcent devant e eti A Blonay il prend un son particulier! le rapprochant d’un h pur lorsqu'il est initial ou suivi d’un r.
z est le th doux anglais et le z espagnol.
13. J'indique l'accent tonique par le signe ” placé sur la syllabe accentuée. Je ne le fais d’ailleurs qu'exceptionnellement, lorsque la véritable accentuation d'un mot pourrait paraître douteuse: c’est par exemple le cas de beaucoup de mots terminés par un a accentué. J'ajouterai que dans un certain nombre de mots l'accent tonique semble porter également sur deux syllabes consécutives, en renvoyant pour plus de détails au N. 402.
1 cfr. Æaefelin. Patois romans p. 56.