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IV. Les impressions avec planches de Photogravure en creux

I. Procédés par imbibition. — M. Stroubinsky (de Strasbourg), en 1881, a publié en France un procédé de Photogravure (*) dans lequel intervenait un moyen de coloration de la réserve de gomme bichromatée à l'aide d'une solution agissant par voie d'imbibilion dans les parties insolubilisées par l'insolation. 11 ne s'agissait laque d'un principe et non d'une application à la production d'images monochromes de diverses couleurs.

L'année suivante, G. Gros a adressé à l'Académie dos Sciences son procédé d'impressions par imbibition, qui est basé sur le même principe utilisé par Stroubinsky (*).

Les épreuves sont, dit-il, constituées sur la glace support par trois couches de collodion albuminé. On prépare ces couches en versant d'abord sur la glace du collodion contenant 2 ou 3 parties pour 100 de bromure do cadmium. On immerge ensuite la glace dans un bain d'albumine fait de dix ou douze blancs d'oeufs pour 1"* d'eau.

L'albumine se coagule dans la trame du collodion par l'action de l'alcool et du bromure de cadmium. On a

(M Voir Moniteur de la Photographie^ l-* série, p. 76; 1881. ( ' ) Moniteur de la Photographie^ 1*^ série, p. 75 et 82; 1881.

ainsi constitué une couche très régulière d'une trame assimilable à celle du colon an'nnalisé des teinturiers. Cette couche est imbibée de bichromate d'ammoniaque, puis séchée à l'étuve. Alors on applique sur la plaque un positif par transparence et l'on expose pendant quelques minutes à la lumière ditfuse. La plaque est lavée ensuite et plongée dans un bain colorant.

Sous Taction de la lumière, le bichromate a fait subir à l'albumine déjà coagulée une seconde contraction telle qu'elle ne se laisse plus imbiber ni teindre par les pigments appropriés. Mais dans les parties protégées par les opacités du positif, la matière colorante pénètre et se fixe.

Il est donc facile d^obtenir par ce moyen des images photographiques en toute espèce de couleurs (*).

Il est Utile de rappeler les origines de cette méthode, dont il est fait actuellement une application pratique par MM. Lumière, non pas, il est vrai, de la façon indiquée par C. Gros, mais avec une variante des plus ingénieuses et qui a donné lieu, d'ailleurs, à une prise de brevet.

Voici textuellement la Note communiquée à TAcadémie des Sciences sur cette méthode de tirage d'épreuves polychromes.

La méthode indirecte de Photographie en couleurs naturelles indiquée par MM. Gros et Ducos du Hauron n'a pas reçu jusqu'ici d'application vraiment pratique, à cause des difficultés que présentent deux points importants de cette méthode : le triage des couleurs, puis l'obtention et la superposition des monochromes. Nous nous sommes attachés à l'étude de ces deux points. Pour le

{^) Comptes rendus, t. XCII, p. li>04; 1881.

triage des couleurs, nous avons fait usage des écrans recommandés jusqu'ici, écrans orangé, vert et violet, puis nous avons préparé trois séries de plaques photographiques présentant respectivement un maximum de sensibilité pour les rayons que les écrans laissaient passer. Le tirage et la superposition des monochromes ont été réalisés grâce à l'emploi d'un procédé photographique aux mucilages bichromates, sans transfert, basé sur la remarque suivante : la colle forte soluble à froid, bichromatée, qui ne donne pas d'images photographiques avec leurs demiteintes lorsqu'elle est employée seule, acquiert cette propriété lorsqu'on l'additionne des substances insolubles dans de certaines conditions.

Si l'on ajoute, par exemple, à une solution de colle forte à 10 pour 100, 5 pour 100 de bichromate d'amnioniaque et 5 pour 100 de bromure d'argent émulsionné, et que l'on étende cette préparation, en couche mince, sur une lame de verre, on obtient une surface sensible que l'on expose à la lumière sous le négatif à reproduire. Lorsque l'exposition est suffisante, on lave la plaque à l'eau froide et l'on a ainsi une image à peine visible, formée par le mucilage insolubilisé, image que Ton peut colorer avec des teintures convenables. On se débarrasse ensuite du bromure d'argent par un dissolvant approprié, l'hyposulfite de soude, par exemple. Ce procédé donne, avec la plus grande facilité, des épreuves de toutes couleurs avec toutes les gradations de teintes du négatif. Le bromure d'argent peut être remplacé par d'autres précipités insolubles.

Avec un tel procédé, il est facile d'obtenir des épreuves polychromes, en utilisant le principe de la méthode de MM. Gros et Ducos du Hauron. On procède à l'obtention successive, sur une môme plaque, de trois images monochromes rouge, jaune et bleue, provenant des trois négatifs correspondants, en ayant soin d'isoler chaque image de la précédente par une couche imperméable, de oollodion, par exemple. Cette méthode permet, par l'emploi de teintures plus ou moins concentrées ou par simple

APPLICATION ET PROCÉDÉS. Gl

décoloration à l'eau, de varier Tintensité relative des monochromes; de modifier, au besoin, l'effet dos trois premières couches par Taddition d'une quatrième, dune cinquième et même davantage; elle rend, en outre, le repérage très facile, et assure la possibilité de reporter sur papier l'ensemble de ces impressions. Les premiers spécimens de photographies en couleurs ainsi obtenus, spécimens qui accompagnent cette Note, montrent tout le parti pratique que l'on pourra maintenant tirer d'une méthode depuis si longtemps négligée (').

Les résultats charmants obtenus par MM. Lumière sei'vent surtout à des polychromies transparentes pour projections.

Plus récemment, M. Géo Richard a montré des épreuves transparentes également, qu'il obtient, dit-il, en substituant des teintures appropriées à l'argent réduit qui forme le pigment colorant des diapositifs ordinaires. Il transformerait l'argent en une base susceptible de fixer la matière colorante, et, ce mordançage opéré, il donnerait le bain de couleur.

Le procédé n'est que suggéré, il n'est pas indiqué, nous en parlons donc pour établir seulement l'analogie que présente ce moyen de leinturr avec ceux qui précèdent. Nous ne voyons pas, d'autre part, l'avantage que présente cette façon d'opérer sur celle de MM. Lumière. En tout cas, c'est là un projet de procédé de tirage et non do

(M Comptes rendus des séances doVAcadàtnio dtta .SVii«MO«ii| t. CXX, p. 875; 1895.

reproduction des couleurs, ainsi que bien des journaux l'ont publié par erreur.

IL Tirages de monochromes à Vaide de mixtions colorées. — Les premiers essais dans cette voie furent faits par Louis Ducos du Hauron, en 1869, et nous en avons encore des épreuves; c'était ce qu'il appelait alors de VHéliochromie transparente.

Les trois images monochromes jaune, rouge et bleue, développées à la surface de feuilles de mica, étaient superposées et le tout, vu par la lumière transmise, montrait une polychromie formée de la combinaison des trois couleurs.

Trouvant que la transparence ne devait pas être la seule qualité d'images polychromes, qu'il serait très intéressant aussi de voir par réflexion, nous fîmes des essais en imprimant séparément sur des supports provisoires les monochromes des couleurs composantes et en les transportant ensuite les uns sur les autres et les repérant ; nous fîmes ces essais avec succès et ils furent appliqués par nous à trois négatifs analytiques sur papier que M. L. Ducos du Hauron voulut bien nous confier.

Cela se passait également en 1869.

Il fallait, on le voit, compter avec des mixtions colorées dont les couleurs pouvaient n'être pas toujours convenables et, déplus, faire agir la lumière pour produire chacun des trois monochromes.

Cette méthode, reprise tout récemment par M. Mathieu, présentait des difficultés sérieuses, vu l'impossibilité de réaliser une régularité suffisante dans les tirages successifs, à l'aide de la lumière, aussi avons-nous pensé tout de suite à des impressions mécaniques assurant une plus complète régularité. C'est alors que nous avons combiné des impressions lithographiques, disposant les couleurs locales en teintes plates ou modelées, avec des impressions photoglyptiques repérées sur les couleurs locales et donnant le dessin net et le modelé complet, la couleur neutre de Timage photoglyptique étant choisie de façon à s'harmoniser avec l'effet général à produire.

Pour les reproductions polychromes où entrent des métaux, des pierres précieuses, rien ne saurait conduire à une imitation plus rapprochée de Teffet naturel.

Dans cette dernière application, l'insolation n'existait déjà plus que pour produire les planches de tirage.

Puis est venue l'impression collographique de toute pièce. Nous l'avons pratiquée avec succès, tout en remarquant la difficulté que présente la Gollographie pour l'obtention de tirages en couleurs bien franches.

Généralement les couleurs teignent plus ou moins la gélatine humide qui, à son tour, dé-

charge sur le papier, sous la forme d'un voile léger, la couleur dont elle s'est imprégnée dans les espaces correspondant aux blancs. De là manque de fraîcheur des résultats.

D'autre part, si habile que soit l'imprimeur col-' lographe, il arrive difficilement à une régularité suffisante dans Tencrage ; aussi les polychromies qu'il obtient sont-elles très irrégulières, et un tirage d'un grand nombre d'épreuves semblables est à peu près impossible.

Il y aurait pourtant un moyen d'employer la Collographie avec un succès plus complet; nous en parlerons plus loin en nous occupant des impressions tramées.

Toutefois ce moyen mécanique peut rendre des services dans quelques cas particuliers, et il convient de ne pas le rejeter absolument,

M. L. Ducos du Hauron a eu recours ultérieurement à sa méthode d'Héliochromie transparente, à ce procédé de tirage mécanique, notamment chez Quînsac , à Toulouse , où quelques bonnes impressions de cette sorte ont été tirées, mais en très petit nombre, et présentant des défectuosités dues au choix des pigments employés, à l'imperfection de la sélection photographique, et enfin à l'impossibilité d'arriver, avec trois couleurs pigmentaires seulement, à des polychromies exactement semblables aux originaux.

Les reports sur pierres lithographiques d'é-

preuves coUographiques préparées ariAo^ peuvent remédier à la production du voile et à l'invgularité dans l'encrage dont il vient d'être question ; avec un peu d^habileté, et surtout à l'aide d'un grain, on peut y arriver. C'est ce dont il va être question dans le Chapitre suivant, plus spécialement consacré à la production d'images à réseau et à grain.

Il est un certain nombre de procédés divers, plutôt dignes d'être considérés comme constituant des tours de main dont nous n'avons pas a parler ici, d'abord parce que leurs auteurs les tiennent secrets, et ensuite parce que, même en les devinant, quoique non publiés, nous ne pensons pas qu'ils soient de nature à occuper un rang à part parmi les applications, qui peuvent être si nombreuses et si variées, de la couleur à la Photographie. L'un peint par devant, l'autre peint par derrière, un autre peint sur un support à part et applique sur cette peinture la photographie rendue transparente à l'aide de vernis; d'autres sensibilisent la couleur elle-même, pour ainsi dire, en la mélangeant à des mucilages sensibles :

albumine chlorurée, gélatine bromurée, voire môme chlorurée. Ce qui leur permet de développer l'image faisant corps avec leurs couleurs.

Toutes ces variantes, bien dirigées, pourront conduire à des résultats agréables, très près de la vérité, mais elles ne constituent pas des appli-

cations industrielles, au sens exact de ce mot, qui implique l'exécution rapide età bon marché, avec autant d'exactitude que possible, de polychromies imprimées mécaniquement et propres à l'illustration des livres et des publications périodiques.

C'est de cette dernière application, de beaucoup la plus importante à notre avis, que nous allons nous occuper.

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