ACIDE AZOTIQUE (AZ
(Équivalent 673,0 = AZ 173.0 + 0 500.)
§ 56. — On obtient l'acide azotique en distillant le salpêtre ou l'azotate de potasse avec Tacide sulfurique concentré.
L'acide azotique étant plus volatil que l'acide sulfurique distille le premier.
On lui donne aussi le nom d'acide nitrique à cause de l'azotate de potasse que l'on appelait anciennement nitre; ses composés portaient aussi la même dénomination.
Cet acide se trouvant abondamment dans le commerce, je n'entrerai pas dans de plus amples détails sur sa fabrication.
Il sert dans nos opérations à former l'azotate d'argent (§ 57) et le chlorure d'or par son union à l'acide chlorhydrique (§ 82).
Il sert également à transformer le sulfate de protoxyde de fer en sulfate de peroxyde (§ 88).
On peut aussi l'employer pour faire noircir les épreuves positives après leur séjour dans l'hyposulfite de soude. Son action est alors la même que celle de Tacide chlorhydrique dans le même cas(v. § 77).
Sa présence et son action directe dans les préparations sensibles seraient très-mauvaises. Il ne manquerait pas dans ce cas, par sa qualité désoxydante, de détruire l'action contraire produite par sa lumière. Aussi doit-on prendre toutes les précautions pour que les sels dans la composition desquels il entre en soient complètement débarrassés, et soient rendus entièrement neutres.
Cet acide est aussi d'un usage excellent pour enlever dans les cuvettes de gutta perka et de porcelaine les dépôts et réductions qui se forment au fond.
AZOTATE D'ARGENT (AgO. AZO').
(Équivalent 2125,0 = Ag 1 350,0 + Az 175,0 + 0 600.)
§ 57. — L'azotale d'argent le plus pur est celui que Ton obtient au moyen du chlorure d'argent. On dissout d'abord une partie d'argent de monnaie dans trois parties d'acide azotique dans un ballon de verre que l'on chauffe au bain de sable ou à l'aide d'une lampe à esprit-de-vin. On peut encore se servir, pour faire cette solution, d'une capsule en porcelaine que l'on recouvre d'un entonnoir en verre, retourner le goulot en haut de manière à en former comme une cheminée par où s'échappera le gaz. On a soin de mettre la lampe dans une cuvette pour recueillir le liquide argentifère en cas de rupture du ballon. La dissolution étant faite, on évapore, puis on laisse refroidir. On ajoute alors de l'eau, on filtre la solution, puis on y verse peu à peu une solution de chlorure de sodium qui précipite le chlorure d'ar-
gent. Lorsqu'une nouvelle addition de chlorure ne produit plus de précipité, on s'arrête et on laisse déposer au fond du vase le chlorure d'argent produit. On décante alors le liquide restant; on lave à plusieurs fois, et on décante de même ce chlorure d'argent dans une grande éprouvette, de manière à enlever tous les sels solubles, puis on le baigne avec de l'eau légèrement acidulée d'acide chlorhydrique. On plonge alors au milieu une tige de fer ou de zinc. Il se dégage de l'hydrogène qui réduit le chlorure d'argent de prochf en proche , et au bout de quelques instants il n'y a plus que de l'argent métallique.
On lave l'argent obtenu sous forme de poudre grise avec de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique, et on le redissout dans l'acide azotique comme la première fois pour le faire cristalliser à 1 état d'azotate d'argent par l'évaporation à un feu doux. Lorsque cette opération est prête d'être terminée, il est bon d'ajouter de l'argent métallique réduit du chlorure, afin d'obtenir l'azotate complètement neutre. Les cristaux se forment en laissant reposer pendant une journée. On redissout alors de nouveau à l'eau distillée, on filtre, et en évaporant et faisant recristalliser on obtient du nitrate d'argent parfaitement blanc et neutre très-convenable pour la photographie.
Cependant je crois qu'il vaudrait mieux, au lieu de le faire cristalliser la seconde fois, le faire simplement évaporer et le faire chauffer jusqu'au rouge
sombre pour le fondre ; il serait ainsi beaucoup plus neutre, puis, perdant aussi un peu d'oxygène, il donnerait une image plus rapide. Seulement il faudrait toujours avoir soin , en en faisant une solution pour l'usage, de la filtrer avant de s'en servir, afin de la débarrasser des petits précipités d'argent réduit qui pourraient s'y trouver.
L'azotate d'argent (AgO, AZ 0^) est l'argent à son maximum d'oxydation. Il est seul sensible à l'action . de la lumière; mais les sels de protoxyde d'argent (AgO) qu'il fournit avec les chldfrure, iodure, bromure, fluorure, cyanure de potassium et autres, sont d'une sensibilité beaucoup plus exquise, puisque les deux équivalents d'azote et les cinq d'oxygène qui composaient l'azotate d'argent sont remplacés par riode, le cyanogène, le fluor, le chlore, etc., etc., où n'entre aucunement l'oxygène.
D'après la théorie donnée au chapitre de la lumière (§ 54), on comprendra que plus les sels de protoxyde d'argent obtenus (Ag,0) seront voisins du suboxyde fAg ^0), moins il faudra de temps à la lumière pour leur enlever leur oxygène, et plus l'image sera foraiée rapidement et intense de noirs.
Aussi est-ce pour cette raison que le bicarbonate de potasse , le cyanure de potassium , le fluorure , l'ammoniaque, etc., ajoutés à l'iodure de potassium dans la première préparation du papier, donnent de la célérité, parce qu'ils viennent former dans le papier, lorsqu'on le met sur l'azotate d'argent, des
sels intermédiaires d'une manière atomique entre les protoxydes et les suboxydes d'argent.
Aussitôt que la lumière a frappé des préparations dans ces conditions, elles passent dans les degrés intermédiaires entre les protoxydes, les suboxydes et l'argent métallique réduits, qui sont précipités en noir par l'acide gallique, tandis que les degrés entre le protoxyde et le bioxyde ne le sont pas.
Le précipité formé par l'acide gallique sera d'autant plus noir, que la décomposition produite par la lumière aura ramené le protoxyde à un état plus déterminé de suboxyde ou d'argent métallique réduit. Les protoxydes et les bioxydes donneront, au contraire, des tons de plus en plus clairs.
D'après ces données, et celles du chapitre précédent, il est facile de voir la marche à suivre pour trouver les agents accélérateurs. Tous ceux indiqués jusqu'ici viennent concorder avec cette théorie, comme je le démontrerai plus loin. Le moyen indiqué par M. Henneman, en Angleterre, d'exposer l'iodure d'argent au soleil, après l'avoir appliqué sur le papier par avance, avec excès d'iodure de potassium, ne produit de l'accélération que parce que cette exposition lui enlève une partie de son oxygène et le met presque à l'état de suboxyde, de manière que, lorsqu'on le remet ensuite sur l'azotate d'argent, il forme un sel aussi voisin de l'état de suboxyde que de celui de protoxyde.
AZOTATE DE ZINC (ZnO, AZO^).
(Équivalent 1181,6 =Zn 406,6 + Âz 175,0 + 0 600.)
§ 58. — L'azotate de zinc s'obtient en dissolvant le zinc en grenaille avec l'acide azotique étendu d'eau. Il se fait une vive efifervescence; on chauffe un peu y on filtre pour dégager un peu de fer et de matières charbonneuses qui restent sur le filtre ; la liqueur donne alors par Tévaporation des cristaux en prismes à quatre pans , qui attirent l'humidité de Pair.
Ce sel s'ajoute à l'acéto-azotate d'argent, et joue à peu près le même rôle que l'acide acétique. Il paraît augmenter un peu la sensibilité de la couche sensible, et préserver les blancs de l'épreuve en précipitant dans la pâte du papier un oxyde blanc de zinc qui en bouche les pores.
Je crois que l'on pourrait encore l'employer d'une
autre façon pour donner du corps au papier. A cet égard, il suffirait pour cela de tremper d'abord le papier avant toute préparation dans un bain composé de iOO gram. d'eau distillée et de 6 gram. d'azotate de zinc ; de laisser sécher ou assécher dans du buvard, puis alors mettre dans le bain ordinaire de cyano-fluoro-iodure de potassium, et continuer la suite des opérations (§ 8). Il se précipitera immédiatement dans toute la pâte du papier un oxyde blanc de zinc insoluble dans l'eau qui bouchera tous les pores du papier.
Il ne faut pas laisser longtemps dans le bain d'iodure, parce que le précipité pourrait se redissoudre dans la solution alcaline. Après avoir retiré le papier du bain, on le pend pour le laisser sécher, et on s'en sert sur l'acéto-azotate d'argent ordinaire (§ 8).
ACIDE GALLIQUE (G^H^O^HOj.
(Équivalent mSjO^iC^ 525,0 -f- H* 50,0 + 0« 600.)
§ 59. — Pour obtenir cet acide, on fait macérer dans 5 parties d'eau distillée une partie de noix de galle réduite en poudre. Après deux ou trois mois de macération faite à la cave , à une température de 1 5 à 20 degrés, on porte le tout à l'air et on l'y laisse se dessécher complètement. On le traite alors par l'alcool bouillant, qui dissout seulement l'acide gallique qui se dépose sous forme de cristaux soyeux par le refroidissement. Pour l'avoir encore plus pur, on peut d'abord traiter par l'eau la noix de galle macérée, précipiter le tannin par de l'albumine, évaporer l'eau , puis reprendre par l'alcool bouillant.
L'acide gallique s'emploie pour développer Tépreuve négative. C'est lui qui donne les noirs, par
sa combinaison avec les sels d'argent qui ont perdu leur oxygène par l'action de la lumière.
Tous les sels d argent, en général, qui sont à l'état de suboxyde ou près de Tétat métallique, sont précipités en brun noir par cet acide. Ainsi , on peut l'employer pour développer aussi bien des épreuves faites sur des chlorure, bromure, fluorure, cyanure, etc. , etc. , que celles faites sur de l'iodure d'argent.
Contrairement à l'avis de plusieurs photographistes distingués, qui ont cherché à concentrer les solutions d'acide gallique soit par la dissolution à l'alcool, soit par des corps additionnés , pour faire ressortir plus rapidement l'image, je pense qu'à moins de cas où Ton soit très- pressé, il vaut mieux employer une solution faible, 2 ou 4 gr. d'acide par litre d'eau distillée. Par ce moyen, on tache beaucoup moins l'épreuve, et s'il faut beaucoup de temps pour la développer, il est bien largement compensé par la beauté de l'image.
La solution saturée a l'inconvénient, en abandonnant des vapeurs d'eau, d'inclure dans l'épreuve des cristaux de gallate d argent qui la maculent. Cet inconvénient est encore plus sensible avec les solutions alcooliques.
Avec de la patience, l'acide gallique seul et faible donne les noirs les plus beaux et les plus intenses, et préserve beaucoup mieux les blancs de l'épreuve, surtout avec le papier ciré. Lorsque l'épreuve est presque entièrement développée , on peut addition-
ner un peu d'acéto- azotate d'argent; les noirs deviennent immédiatement plus intenses; mais il faut bien surveiller l'épreuve, parce qu'elle pourrait devenir promptement trop noire , un précipité de gallate d'argent se formant presque immédiatement.
La chaleur hâte aussi Faction de l'acide gallique sur l'épreuve, parce qu'elle tend à réduire les oxydes d'argent en même temps qu'elle met plus en contact les différentes molécules des substances. Il ne faudrait pourtant pas l'élever à plus de 30 ou 40 degrés , une chaleur plus forte tendant à réduire les sels d'argent, et devant nécessairement maculer l'épreuve.
M. Regnault, de l'Académie des sciences, a indiqué dernièrement l'acide pyrogallique pour développer l'image négative d'une manière beaucoup plus énergique qu'avec l'acide gallique simple.
L'acide pyrogallique s'obtient en chauffant l'acide gallique ou de la noix de galle pulvérisée dans une cuvette ou une capsule de porcelaine recouverte d'une cloche de verre; les cristaux d'acide pyrogallique se subliment sur les parois de cette cloche. Il est nécessaire de ménager la chaleur de manière à ne pas l'élever à plus de 200 degrés pendant l'opération, afin de ne pas décomposer l'acide.
L'acide pyrogallique est principalement d'un bon usage pour développer les images sur collodion.