ÉDIT
i£|6 DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES.
Les données fournies par la science montrent sous un autre aspect les avantages de la télégraphie nocturne. La météorologie uous apprend que les nuits limpides sont plus fréquentes que les jours sereins. Presque tous les phénomènes atmosphériques qui, dans le jour, contrarient la transmission des signaux, perdent leur influence pendant la nuit. Jusqu’au lever du soleil, les fleuves, les bois, les marais, cessent de fournir des vapeurs. Le mirage est nul, les brouillards tombent avec le crépuscule. La nuit abaisse les vapeurs que le soleil avait élevées ; la nuit, les villes, les villages, les usines, ne répandent plus de fumée. Le refroidissement du soir précipite, il est vrai, l’eau répandue en vapeur dans l’atmosphère, et la résout en un brouillard léger; mais ce phéouoraène ne se passe qu’à quelques pieds du sol, et n’atteint jamais la hauteur des régions télégraphiques. Il faut remarquer de plus que presque toujours des nuits sereines succèdent à des jours pluvieux, et réciproquement. En supposant donc la télégraphie nocturne établie conjointement avec la télégraphie de jour, il serait diflicile que l’intervalle de vingt-quatre heures s’écoulât sans laisser quelques moments favorables au passage des signaux.
Ces considérations ont été si bien appréciées par toutes les personnes qui ont mis la main à l’administration des télégraphes, que pendant trente ans on a fait de continuels efforts pour arriver à créer la télégraphie nocturne. Les frères Cbappe n’avaient jamais perdu de vue cet objet capital. Il résulte des recherches assidues auxquelles ils se livrèrent, que le problème de la télégraphie nocturne ne peut se résoudre que par ce moyen : éclairer pendant la nuit les branches du télégraphe ordinaire. Malheureusement les essais pour cet éclairage ont presque tous échoué, et il est aisé de le comprendre, car les conditions à remplir sont aussi nombreuses que difficiles. Il faut que le combustible employé donne une lumière assez intense pour que la distance des postes télégraphiques ne lui
TÉLÉGRAPHIE. iUl
fasse rien perdre de son éclat (celte distance est en moyenne de trois lieoes) ; il faut que, sans entretien et sans réparation, cet éclat reste invariable pendant toute la durée des nuits ; il faut que la (lamme résiste à l’impétuosité des vents et des courants atmosphériques qui balayent les hauteurs ; il faut enfin qu’elle suive sans vaciller les branches du télégraphe mises en mouvement par les manœuvres,
La plupart des combustibles essayés ont présenté chacun des inconvénients particuliers. Les graisses, les résines, la bougie, donnent peu de lumière et une fumée abondante qui masque et offusque les branches du télégraphe. Le gaz employé pour l'éclairage de nos rues donnerait une lumière d’une intensité convenable, mais il serait impossible de le distribuer à tous les postes télégraphiques. L’huile ne soutient pas la flamme : dans les mouvements de l’appareil, la lumière vacille et disparaît par intervalles. Le gaz détonant, c’est-à-dire le mélange explosif des gaz hydrogène et oxygène, fut essayé à l’époque où Napoléon armait le camp de Boulogne et préparait sa descente en Angleterre. Les expériences faites sur la côte de la Manche eurent les plus beaux résultats ; le volume de lumière était énorme ; au milieu de l’obscurité des nuits, le télégraphe brillait comme une étoile détachée des cieux ; mais le maniement de ce mélange explosif pouvait causer des accidents terribles : on renonça à en faire usage.
Plus récemment, M. le docteur Jules Guyot a montré que l 'hydrogéné liquide , combustible nouveau qu’il a découvert, brûlé dans des lampes de son invention, suffirait à toutes les exigences de la télégraphie nocturne. On trouva cependant que la pose de ces lampes serait peut-être, parles mauvais temps, très diflicile ou même impossible, et par suite de ce fâcheux système qui consiste à exiger qu’une découverte atteigne du premier coup à la perfection, le projet de M. Guyot, qui aurait pu offrir à l’État des ressources utiles, fut abandonné. Le por-
blême de la télégraphie nocturne est loin cependant d’être insoluble. Il est résolu en Russie depuis plus de dix ans, puisque la ligne télégraphique de Varsovie à Cronstadt établie par >1. Chatau fonctionne de nuit aussi bien que de jour (1).
Toutefois, il faut le dire, les essais de télégraphie nocturne auraient été poursuivis avec plus de persévérance par les inventeurs, accueillis avec plus de faveur par le gouvernement et les chambres, si des conditions capitales et toutes nouvelles n’étaient venues apporter dans la question un élément d’une irrésistible influence. Pendant que la télégraphie aérienne cherchait péniblement à accomplir de nouveaux progrès, la
(1) Dans une brochure publiée en 1842, sous le titre de Télégraphe de jour et de nuit. M. Chatau donne les détails suivants sur la disposition qu’il a adoptée en Russie pour éclairer le télégraphe pendant la nuit.
« Mes lanternes et mes feux ne laissent rien à désirer. L'huile est le u seul combustible employé. Les réservoirs sont à l'abri des froids les » plus intenses. Les lampes sont à niveau constant, à mèche plate. Le a foyer lumineux ne craint ni la pluie, ni le vent le plus violent, ni les » mouvements les plus rapides du télégraphe. Ce foyer se maintient à un a degré d’éclat suffisant durant vingt heures, sans demander aucun soin, a pourvu qu’on emploie de l’huile bien épurée et de bonnes mèches. Bien a que la largeur des mèches ne soit que de 1 2 millimètres, tous les si- » gnaux sont distingués à la distance de 30 kilomètres ; ainsi on obtient » une très bonne transmission à 12 kilomètres, la plus grande distance « qui doive exister sur une ligne télégraphique.
» Si une lanterne s’éteint, le stationnaire le sait à l'instant, et cette a lanterne est bicnlèt rallumée ; mais un pareil accident est extréme- » ment rare avec mon télégraphe, et je doute qu’il arrive trois fois par » an sur une ligne de cent cinquante postes. Les lanternes portent un » signe qui indique le côté de Varsovie ; chacune d’elles a, excepté aux » postes extrêmes, deux réverbères, deux réservoirs et deux foyers... » Si un verre se casse (ce qui arrive très rarement), il faut quinze » secondes pour enlever la porte dont le verre est cassé, et quinze » secondes pour mettre une nouvelle porte qui est toujours prèle; mais » les verres sont à l’abri de tout accident, une fois que mes lanternes » sont posées au télégraphe. Quelle que soit la rapidité des mouvements » du télégraphe, aucune lanterne ne peut s’ouvrir, ni se détacher, ni a donner contre un poteau. »
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Tous les essais entrepris a» an* ks premières années de ttu-tre siècle pour appliquer l'électricité au Kti des télégraphes ne s’écartaient guère des coodj:»:*os d'une belle utopie phiwsoplûque. L’électricité statique est nu agent si capricieux, si difficile à manier, que l'on ne p «usait en espérer aucun avantage pour un sert ice régulier et continu. La découverte de la pile faite en 1800 par Yolta, vint changer subitement la face de celte question. On sait que la pile électrique fournit une source cou- Rtante d’électricité, électricité sans tension, c’est-à-dire qui n’a aucune tendance à abandonner ses conducteurs. Cet instrument offrit donc un moyen de faire agir le fluide électrique à travers un espace fort étendu sans déperdition peudant le trajet.
Mais pour appliquer l’électricité fournie par la pile de Voila à la transmission des signaux, il fallait trouver un moyen de rendre sensible à distance la présence du fluide, en provoquant, à l’une des stations, une action mécanique, un mouvement quelconque. Parmi les phénomènes auxquels la pile de Voila donne naissance, celui qui attirait le plus l’attention, au début de cette grande découverte, c’était la décomposition de l’eau.
Tel est le fait qui fut choisi comme moyen indicateur de la présence de l’électricité dans le circuit. Le télégraphe électrique que le physicien Sœmmerring fit connaître en 1811, à l’Académie de Munich, était fondé sur la décomposition électro-chimique de l’eau. Cet appareil, fort remarquable pour l'époque, offrait les dispositions suivantes : à l’une des stations était établie une pile à colonnes qui constituait la source d’électricité. Cette pile servait à former trente-cinq circuits voltaïques, composés chacun d’un double fd, Y un pour l’aller, l’autre pour le retour de fluide. Sur tout le parcours, ces fds étaient isolés par une enveloppe de soie, et le faisceau résultant de leur ensemble était recouvert d’un vernis isolateur; tous ces fils pouvaient, de cette manière, être parcourus par le fluide sans s’influencer ni se troubler mutuellement A l’autre station, ces trente-cinq circuits venaient se rendre chacun dans un petit vase plein d’eatt distillée : ces différents vases étaient destinés à représenter les vingt-cinq lettres de l’alpha,bet allemand et les dix chiffres de la numération. Lorsque, à la station où se trouvait la pile, on faisait passer l’électricité dans l’un des circuits, l’eau se décomposait instantanément dans le vase correspondant placé à la station extrême, et l’on pouvait ainsi désigner à volonté et à travers toute distance les différentes lettres de
l’alphabet.
Le projet de Sœmmerring eût présenté dans la pratique des difficultés considérables ; cependant l’ingénieux physicien qui en avait conçu l’idée avait parfaitement saisi, dès cette époque, les avantages de la télégraphie électrique. Sœmmerring fait remarquer, dans son mémoire, que ce nouveau moyen de correspondance fonctionne de nuit aussi bien que de jour, et que les brouillards ni les nuages ne peuvent retarder son action. Il ajoute que le télégraphe électrique présente sur le télégraphe aérien une supériorité immense, puisqu’il permet d’exprimer
les signaux avec une rapidité incalculable, qu’il fonctionne sans
TELEGRAPHIE ÉLECTRIQUE. 151
que rien décèle au dehors le passage des signaux, qu’il n’exige la construction d’aucun édifice particulier, qu’il peut aboutir en tel lieu que l’on veut choisir, enfin, qu’il rend superflu le langage compliqué et le vocabulaire secret de la télégraphie aérienne. Bien qu’il n’eût point déterminé la vitesse de transmission de l’électricité, Sœminerring avait reconnu qu’une différence de deux mille pieds dans la longueur du conducteur n'apportait aucun retard appréciable à la décomposition de l’eau ; il concluait de ce fait que l’action de son télégraphe pourrait s’étendre à une distance quelconque sans exiger de stations intermédiaires.
En énumérant les avantages du curieux instrument qu’il avait imaginé, le physicien de Munich montrait qu’il comprenait tout l’avenir de la télégraphie électrique. Seulement, l’appareil qu’il proposait offrait trop d’imperfection pour être adopté dans la pratique. Le fait de la décomposition de l’eau qu’il avait choisi comme l’indice de la présence du fluide, était insuffisant pour remplir un tel objet. Pour satisfaire aux conditions du problème de la télégraphie électrique, il fallait substituer au phénomène faible et obscur d’une action chimique un effet mécanique d’une certaine intensité.
Un intervalle assez long s’écoula avant que la science pût fournir les moyens de satisfaire à cette condition. Cependant ce dernier pas fut heureusement franchi par la découverte de l’électro-magnétisme. GErstedt observa en 1820 le fait fondamental qui sert de base à l’électro-magnétisme. Ce physicien reconnut qu’un courant voltaïque circulant autour d’une aiguille aimantée, agit à distance sur cette aiguille, et la détourne de sa position naturelle. Si l’on fait circuler autour d’une aiguille aimantée un courant voltaïque, on voit aussitôt l’aiguille dévier brusquement, osciller pendant quelques instants, et abandonner sa direction vers le nord. La possibilité d’appliquer ce fait remarquable à l’art télégraphique fut bien
vite saisie par les physiciens. Voici, par exemple, ce qu’écrivait Ampère le 2 octobre 1820, très peu de temps après la découverte d’GErstedt :
« D'après le succès de cetle expérience, on pourrait, au moyen d'autant de fds conducteurs et d’aiguilles aimantées qu’il y a de lettres , et en plaçant chaque lettre sur une aiguille différente, établir, à l’aide d’une pile placée loiu de ces aiguilles, et qu’on ferait communiquer alternativement par ses deux extrémités à celles de chaque lil conducteur, une sorte de télégraphe propre à écrire tous les détails qu’on pourrait transmettre, à travers quelques obstacles que ce soit, à la personne chargée d’observer les lettres placées sur les aiguilles. En établissant sur la pile un clavier dont les touches porteraient les mêmes lettres, et établiraient la communication par leur abaissement, ce moyen de correspondance pourrait avoir lieu avec assez de facilité, et n’exigerait que le temps nécessaire pour toucher d’un côté et lire de l’autre chaque lettre (1). »
Cependant les courants voltaïques produisent sur l’aiguille aimantée un si faible effet mécanique, qu’il fut à peu près impossible d’appliquer ce phénomène à l’usage de la télégraphie tant que l’on ne posséda pas le moyen d’augmenter l’intensité de cet effet. Tel est précisément le résultat qui fut obtenu par la découverte du multiplicateur ou tjalvanomhtrc. Le physicien Schweigger reconnut qu’un courant voltaïque circulaire agit par toutes scs parties pour diriger dans le même sens une aiguille aimantée qu’il enveloppe de toutes parts, de telle sorte que si l’on enroule sur lui-même le fil conducteur d’une pile, en l’isolant sur toute son étendue par une enveloppe de soie, et que l’on place l’aiguille aimantée au milieu de cet assemblage, on peut produire, avec cent tours par exemple, un effet cent fois plus grand qu’avec un fil d’un seul tour. Le galvanomètre de Schweigger permit donc d’augmenter l’intensité de l’action
(1) Annales de chimie et de physique , t. XV, p. 72.
TÉLÉGRAPHIE ELECTRiOCE. 153
magnétique d’un courant de manière à le rendre applicable aux usages de la télégraphie.
L’action d’un courant voltaïque s’exerçant, grâce à l'emploi du multiplicateur, sur une aiguille aimantée, ne tarda pas à être mise à profit pour la construction d'un télégraphe électrique. Le télégraphe de Schilling et celui d’Alexander, d’Ldimboarg, étaient fondés sur ce principe.
En 1833, le baron Schilling, amateur distingué des sciences, fit à Saint-Pétersbourg plusieurs essais curieux avec un appareil magnéto-électrique. Cet appareil se composait de cinq fils de platine, isolés au moyen de la gomme laque, et contenus dans une corde de soie : ces fils unissaient les deux stations. A la station extrême, se trouvaient cinq aiguilles aimantées placées chacune au milieu d’un multiplicateur. A la station du départ était une espèce de clavier dont chaque touche, en rapport avec l’un des fils, servait à y diriger le «jurant, et à mettre ainsi en action l’aiguille magnétique correspondante située à la station extrême. Les dix mouvements formés par les cinq aiguilles maguétiques servaient à désigner les dix chiffres de la numération, lesquels, à l’aide d'un dictionnaire spécial, représentaient les divers signaux télégraphiques.
Schilling fit avec ce télégraphe plusieurs expériences sous les yeux de l’empereur de Russie ; mais la mort de ce savant, survenue quelque temps après, empêcha de continuer les essais sur une échelle plus étendue.
Le télégraphe d’Alexander, d’Édimbourg, qui ne fut exécuté d’une manière définitive qu’en 1837, se composait de trente fils de cuivre venant circuler, à la station extrême, autour de trente aiguilles magnétiques. Quand on frappait à la station du départ l’une des touches d’un clavier, semblable à celui d’un piano, le courant s’établissait dans le fil louché, l’aiguille correspondante était déviée aussitôt, et son mouvement déplaçait un écran qui découvrait la lettre que l’on voulait désigner.
154 DECOUVERTES SCIEMIFIQUES.
On pouvait ainsi montrer à distance, à une personne placée au-devant de l’appareil, les differentes lettres qui composaient les mots d’une dé|>êche.
Tout le monde voit cependant que ces deux appareils présentaient un vice capital : c’était la nécessité d’employer un grand nombre de fils métalliques pour faire apparaître les lettres de l'alphabet. On pouvait bien difficilement songer à introduire dans la pratique une disposition si compliquée. Ainsi, le problème n’était |>as encore entièrement résolu , et pour atteindre son point de perfection, la télégraphie électrique réclamait de nouvelles découvertes dans les propriétés de l’agent électrique : ces découvertes ne se firent pas attendre.
Kn 1820, Arago, répétant l’expérience d’GErstedt, découvrit ce fait fondamental, bientôt étudié dans tous ses détails • par Ampère, que l’électricité circulant autour d’une lame de fer doux, c’est-à-dire de fer parfaitement pur, communique à ce métal les propriétés de l’aimant Arago reconnut que le fll conducteur d’une pile attire, quand l’électricité le parcourt, la limaille de fer, et peut transformer en aimants des aiguilles d’acier ou de petites barres de fer doux. D’après cela, si l’on enroule autour d’une lame de fer doux un long fil de cuivre, recouvert sur toute son étendue d’une enveloppe de soie, substance non conductrice de l’électricité, afin d’isoler les différentes parties du conducteur et d’empêcher l’électricité de passer de l’une des spires à l’autre, — et que dans ce fil on fasse passer un courant électrique, en mettant ces deux extrémités en communication avec une pile en activité, — aussitôt la lame de fer qui n’a, comme on le sait, aucune des propriétés de l’aimant, acquiert ces propriétés d’une manière instantanée; elle devient un aimant artificiel, et peut, comme l’aimant naturel, attirer un morceau de fer placé à une certaine distance. Si l’on suspend le passage de l’électricité dans 'e fil entourant le fer doux, c’est-à-dire si l’on interrompt sa
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Tous les appareils de télégraphie électrique qui fonctionnent aujourd’hui sont fondés sur ce grand fait do l'aimantation temporaire du fer par les courants électriques. Le lecteur va comprendre comment on peut st 1 servir de ce phénomène pour produire, à travers toutes les distances, un effet mécanique, et résoudre ainsi le problème général de la télégraphie électrique.
Supposons qu’il s’agisse d’établir une communication électrique entre Paris et Rouen. Plaçons à Paris une pile voltaïque en activité, étendons jusqu’à Rouen le iil conducteur do la pile; enroulons, à Rouen, l’extrémité de ce fil conducteur autour d’une lame de fer doux et ramenons le conducteur à la pile voltaïque située à Paris. Le fluide électrique, circulant autour de la lame de fer, l’aimantera, et si l’on place au-devant de cette lame, ainsi artificiellement aimantée, un disque de 1er mobile, aussitôt ce disque sera attiré et viendra si* coller contre l'aimant. Maintenant, que l’on interrompe le courant électrique, en supprimant la communication du Iil conducteur avec la pile, aussitôt la lame de fer doux revient à son étal liabl-
156 DÉCOU VERTUS SCIENTIFIQUES.
tue), elle cesse d'être aimantée, elle u’attirc plus le disque de fer. Or, si pour se porter vers l’aimant, la pièce de fer a eu à vaincre la résistance d’un petit ressort, comme on le voit dans la figure suivante, dès que le courant sera interrompu, le ressort R ramènera la pièce de fer mobile F à sa position primitive, car la puissance de l'élcctro-aimant A ne contre-balancera plus la tension du ressort. Ainsi, chaque fois que l’on établira et que l’on interrompra le courant, la pièce de fer sera portée en avant, puis repoussée en arrière; par la seule action de la pile, on pourra exercer de Paris à Rouen une action mécanique qui donnera naissance à un mouvement de va-et-vient.
L’aimantation temporaire du fer par un courant électrique donne donc le moyen d’exercer, à travers l’espace, un mouvement d’attraction et de répulsion ; la pile de Volta permet, à toute distance, de mettre un levier en mouvement. Tel est le
principe fondamental de la télégraphie électrique. En effet, ce mouvement de va-et-vient une fois produit, la mécanique fournit vingt moyens différents d’en tirer parti pour l’appliquer au jeu des télégraphes.
Rien de plus varié que les procédés que l’on a mis en œuvre pour utiliser cette action mécanique ; les nombreuses combinaisons imaginées pour l’application de l’électricité à l’art des signaux ont donné naissance à autant de télégraphes particuliers qui, bien qu’identiques dans leur principe, diffèrent cependant beaucoup entre eux parles détails de leur mécanisme.
Mous n
'entreprendrons pas de décrire en particulier chacun de
ces instruments. Les personnes que cette questionintéresse trouveront la description des divers appareils de ce genre dans l’excellent ouvrage publié sur cette matière par M. Moigno (1). Il nous suffira d’exposer, selon l’ordre historique, la constitution des systèmes de télégraphie électrique établis successivement aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne et en France.
Le télégraphe électrique qui fonctionne aujourd’hui aux Etats-Unis a été imaginé et construit par M. Samuel Morse, professeur à l’université de New-York. M. Morse a été longtemps regardé comme le premier inventeur du télégraphe électrique ; cette gloire lui est cependant disputée aujourd’hui par de nombreux rivaux. On nous permettra de ne pas toucher ici à cette question de priorité débattue avec passion de part et d’autre. Il est bon, il est juste de rapporter à leur véritable auteur la gloire de ces découvertes immortelles qui changeront un jour les destinées de l’humanité; mais quant une question de ce genre est obscure, complexe, hérissée de difficultés de tout genre, il est permis d’en suspendre l’examen. M. Wheatstonedisait, en 1838, qu’il avait recueilli pour sa parties noms de soixante-deux. prétendants à la découverte du télégraphe électrique. Jusqu’à plus ample informé, nous nous en tiendrons aux allégations de M. Morse, lui laissant toutefois la responsabilité de ses assertions.
M. Morse, qui prétend à l’honneur d’avoir le premier conçu l’idée de la télégraphie électrique, telle'qu’elle est établie aujourd’hui, assure qu’il imagina son télégraphe le 19 octobre 1832. Il revenait de France aux États-Unis, à bord du paquebot le Sully. Dans une conversation avec les passagers, on parla d’une expérience de Franklin, qui avait vu l’électricité
(1) Traité de télégraphie électrique, par M. Moigno, 1 832, i vol. in 8, 2‘ édition.
franchir, dans an instant inappréciable, la distance de deux lieues. Il lui vint aussitôt en pensée que si la présence du fluide pouvait être rendue visible dans une partie du circuit voltaïque, il ne serait pas difficile de construire un système de signaux par lesquels une dépêche serait transmise instantanément. Pendant les loisirs de la traversée, cette idée grandit dans son esprit; elle devint fréquemment l’objet des conversations du bord. On opposait à M. Morse difficultés sur difficultés, il les surmontait toutes. Au terme du voyage, le problème pratique était résolu dans sa pensée. En quittant le paquebot, il s’approcha du capitaine 'William Pell, et lui prenant la main :
— Capitaine, dit-il, quand mon télégraphe sera devenu la merveille du monde, souvenez-vous que la découverte en a été faite à bord du Sully.
Une semaine après son retour, >1. Morse s’occupa de soumettre à l’expérience son nouveau système de télégraphie. Cependant, en raison de difficultés aisées à concevoir, ce ne fut que cinq ans après qu’il put faire fonctionner ses appareils. Les premières expériences publiques qu’il exécuta, à l’invitation du Congrès des États-Unis, eurent lieu le 2 septembre 1837, sur une distance de quatre lieues, en présence d’une commission de l’Institut de Philadelphie et d’un comité pris dans le sein du Congrès. Sur les rapports favorables de ces deux commissions, le Congrès, par un acte passé le 3 mars 18^3, accorda à M. Morse une somme de 30,000 dollars (150,000 fr.) pour de nouvelles expériences sur une échelle plus étendue. C’est à la suite de ces derniers essais, dont les résultats furent sans réplique, que le système télégraphique de M. Morse fut établi tel qu’il existe aujourd'hui aux États- Unis (1).
(1) Il importe de noter cependant que la première correspondance
tfléguapbik klectriqpe. 159
Nous donnerons ici la description dn télégraphe électrique américain.
Ce télégraphe est construit de manière à écrire lui-même les dépêches qu’il transmet : c’est un télégraphe écrivant. Les dispositions à l’aide desquelles M. Morse est parvenu à ce résultat se trouvent indiquées dans la figure ci-jointe.
AA. représente un électro-aimant double; chacun de ces deux électro-aimants se compose, comme on l’a dit plus haut, d’un long fil de cuivre recouvert de soie, enroulé un grand
nombre de fo.’s autour d'une lame de fer doux, laquelle doit s’aimanter par l’action du courant voltaïque. Au-dessus et à une
commue Je télégraphie électrique a été établie, non en Amérique, mais en Europe. En juillet IS3T, un physicien de Munich, M. Steinheil, établit une communication électrique entre son observaloirc et un faubourg de Munich, sur une distance de plus d'une lieue. C’est ce qui résulte d’une note de M. Steinheil insérée dans les Comptes rendus de l'dcadémie des sciences de Paris, du 10 septembre 1838. *
faible distance de l’aimant , se trouve placé un morceau de fer CDE offrant à peu près la forme d’un fer à cheval : c’est la lame de fer qui doit être attirée par lelectro-aimant quand l'électricité circulera dans le conducteur. A ce fer à cheval se trouve lié un levier métallique horizontal DFH. Quand l’électricité circule dans le fil, ce fer à cheval est instantanément attiré , et vient se mettre en contact avec la petite plate-forme métallique CBE , qui fait partie de l’éleclro-aimant Par suite de cette attraction , le levier horizontal DH bascule autour, du centre auquel il est fixé ; pendant que son extrémité D s’abaisse, son extrémité libre H s’élève. Or , au-dessus de ce levier , en regard et presque en contact avec une pointe H que l’on a garnie d’un crayon , se trouve disposée une bande de papier. Par suite de son mouvement d’élévation , sous l’influence de l’attraction magnétique , le crayon H vient donc se mettre en contact avec le,papier, et peut y laisser une empreinte. Si l’on suspend le passage de l’électricité à travers les spires de l’électro-aimant, l’aimantation cesse, le fer à cheval CDE n’est plus attiré. Mais le levier DH , qui fait suite à l’électro-aimant , est muni à sa partie inférieure d’un long ressort d’acier FI , qui agit en sens contraire de l’électro-aimant et , par son élasticité, a pour effet d’abaisser le levier DH , et par conséquent de relever le fer à cheval CDE pour le ramener à sa position primitive , dès que l’influence électro-magnétique ne contre-balance plus sa propre traction. Ainsi , ces deux effets , d’une part l’attraction magnétique , d’autre part le ressort d’acier , s’exerçant chacun d’une manière alternative, ont pour résultat d’imprimer au crayon H un mouvemnt successif d’élévation ou d’abaissement, et de le mettre successivement en contact avec le ruban de papier qui entoure le rouleau G. Or, grâce à une combinaison ingénieuse, le ruban de papier qui passe sur le rouleau G est une sorte de lanière continue qui, à l’aide de rouages d’horlogerie, marche continuellement, etvieut ainsi présentera l’ac-
tion du crayon les différentes parties de sa longueur. Par les contacts successifs du crayon avec ce ruban de papier mobile , on peut donc former sur le papier une série de points ou de signes.
l.c mécanisme destiné à produire la marche continuelle du ruban de papier se trouve indiqué dans la figure que le lecteur a sous les yeux et qui représente clans son entier le télégraphe électro-magnétique américain. A est un cylindre de bois mobile autour de son centre. Sur ce cylindre se trouve enroulée toute une provision de papier D, coupée en ruban mince et continu et dont l’extrémité vient passer sur la poulie G. Le poids B met continuellement en action les rouages d’horlo-
gerie CC qui font tourner la poulie G et ont pour effet d’attirer et de dérouler peu à peu le papier disposé autour du cylindre de bois A, de manière à faire marcher constamment ce papier autour de la poulie et au-devant du crayon.
Ou comprend maintenant comment le crayon du télégraphe peut imprimer une série de marques sur le papier quand le courant est successivement établi ou interrompu. Il reste à indiquer comment on peut à volonté provoquer ces alternatives du courant voltaïque, et produire ainsi les mouvements du crayon. Voici la disposition qui fut d’abord employée par M. Morse pour obtenir ce résultat.
La pile était placée à la station du départ , le télégraphe à la station opposée , le fd conducteur réunissait les deux stations. A la station du départ , le fil électrique était interrompu sur un point de son trajet à une petite distance de la pile , et ses deux extrémités disjointes venaient plonger dans une coupe pleine de mercure. Pour établir le courant voltaïque, il suffisait de plonger les deux extrémités disjointes du conducteur dans la coupe remplie de mercure, ce qui donnait une communication instantanée ; pour interrompre le courant on retirait hors de la coupe les deux exlémités du fil.
Il est facile de comprendre que le courant voltaïque , établi ou interrompu par ce moyen, permet de tracer à distance des signes sur le papier mobile i lacé à la station extrême. En effet, quand on établit le courant, en plongeant dans la coupe de mercure les deux extrémités du fil conducteur, la pièce de fer, dans l’appareil télégraphique représenté page 159, est aussitôt aimantée; elle attire le levier CDE , et, par ce mouvement, le crayon, en s’élevant, vient porter sur le papier tournant ; quand le circuit est interrompu , le magnétisme disparaît et le crayon s’éloigne du papier. Lorsque le circuit est ouvert et fermé rapidement, il se produit sur le papier de simple points ; si, au contraire, il reste fermé pendant un certain temps, la plume trace une ligne d’autant plus longue , que la durée du circuit a été plus prolongée; enfin rien n’est tracé sur le papier tant que le courant est interrompu. Ces points, ces lignes et ces espaces blancs conduisent à une grande variété de combinaisons.
Les caractères télégraphiques adoptés par M. Morse , pour représenter les lettres de l’alphabet, sont les suivants :