PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER
Pendant que Niepee et Daguerre cherchaient, en France, à fixer sur les métaux les images fugitives de la chambre noire, M. Fox-Talbot avait découvert et réalisé, en Angleterre, un autre genre de photographie dont l'impressionnabilité de Tiodure et du chlorure d'argent étaient le point de départ, mais qui s'exécutait sur le papier et non sur des plaques métalliques.
Surpris par la publication du procédé de Daguerre, M. Talbot se hâta aussi de publier le sien dans le Philosophical Magazine, et, quoique la publication de la daguerréotypie ait devancé de quelques jours celle de
la photographie sur papier, il n'en est pas moins vrai que le procédé de M. Talbot a été conçu à la même époque, expérimenté en même temps, et que c'est à ce savant Anglais seul que reviennent le mérite et la gloire de l'avoir invente.
La publication du talbotype, provoquée avant terme, fut d'abord une œuvre incomplète; et le procédé, aussitôt abandonné que produit, resta, durant quelques années, à l'état de germe en sommeil.
Cependant une nouvelle série de recherches et de travaux soutenus amenèrent l'inventeur à de nouveaux résultats plus précis, plus constants et plus remarquables. Un de ses élèves importa le procédé en France, et des expériences nouvelles, faites avec persévérance et habileté, firent bientôt de la photographie sur papier un procédé facile, simple, commode et plein d'avenir.
La Talbotypie (I) consiste dans la production d'images photographiques sur papier, par une double opération, par la formation successive de deux épreuves : la première, négative ou inverse, dans laquelle les
(1) On a appelé aussi ce procédé, Calotypie. Nous pensons que l'auteur de la découverte a voulu, par le mot calotypic, désigner le résultat de la deuxième opération. Le mot grec calot nous autorise à croire cette supposition fondée.
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noirs du modèle sont représentés par des blancs et les blancs par des noirs; la seconde, positive ou directe, où tous les tons rentrent dans Tordre naturel. Cinq mois avant la divulgation des procédés de Daguerre, M. Talbot publiait, dans le Philosopkical Magazine (mars 1839), la série complète de ses manipulations, et présentait en même temps, à la Société royale de Londres, une collection nombreuse et variée de dessins photographiques : emploi de Piodure de potassium comme corps générateur, de Tacétonitrate d'argent comme agent sensibilisateur, de l'acide gallique comme agent révélateur, de l'hyposulfite de soude comme agent fixateur, etc.
M. Talbot, en mettant à profit les propriétés déjà connues de certains agents chimiques, avait inventé de 1834 à 1839, c'est-à-dire avant la révélation du secret de Daguerre, le procédé auquel il a donné son nom.
En 1840, l'Académie des beaux-arts signalait un nouveau procédé de M. Bayart, ainsi que ceux de MM. Vérignon et autres. Malheureusement, ces papiers peu sensibles et donnant, ainsi que ceux de M. Bayart, des épreuves directes et quelque peu fugitives, étaient presque aussitôt abandonnés que découverts. M. Lasaigne avait déjà employé, en avril 1839, pour la reproduction des gravures sans le secours de lachambre
noire, un papier qui avait une grande analogie avec ceux dont nous venons de parler.
Nous ne citerons que pour mémoire le nom de M. Raifé, • pour son papier argenté, et ceux de MM. Schaefhaeult, Hunt, Pctzhold et Ponton, pour les papiers au chlorure d'argent, au bichromate de potasse, etc., procédés mort-nés, qui n'ont été d'aucun secours aux photographes et n'ont guère contribué ii faire progresser leur art. Nous passerons aussi sous silence les procédés dits anglais ou allemauds et tous ceux, qui ne sont qu'une modification plus ou moins heureuse de leurs devanciers, ou qui se réduisent le plus souvent à la proportion d'un plagiat à peine déguisé.
En 1847, M. Blanquart-Évrard s'annonça à l'Académie des sciences comme possesseur d'une méthode de photographie sur papier, qu'il offrait de révéler, à la condition qu'elle serait publiée sous son nom dans les Comptes-rendus de ses séances. On crut à un nouvel enfantement, ce n'était qu'une résurrection d'enfant mort-né. La méthode de l'habile photographe lillois n'était, au fond, que la méthode de M Talbot, enseignée à Lille en 1844 par un de ses élèves, M. Tanner. Les principales modifications consistaient : 1° à plonger le papier dans les liquides générateurs et sensibilisateurs, au lieu d'étendre la couche sensible à l'aide d'un pin-
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ceau ; 2° à serrer entre deux glaces le papier sehsible exposé à la chambre noire, au lieu de l'appliquer simplement contre une ardoise.
Il serait injuste, cependant, de ne pas reconnaître que M. Blanquart-Évrard a rendu de grands services à la photographie sur papier, en publiant un des premiers, un très-bon traité , et en popularisant sa méthode de tirage des positifs, par une préparation négative.
En 1847, M. Guillot-Saguez apporte une moditication dans le procédé talbotype, et réduit à deux opérations la préparation du papier négatif.
Le 27 février 1850 (1), M. Humbert de Molard présentait à la Société d'encouragement quelques portraits d'une grande beauté, obtenus avec des négatifs sur papier sans colle, purifiés par les acides et rendus translucides par une solution alcoolique de diverses résines, élémi, copahu, camphre, etc.; ce procédé, qui a donné à l'auteur des résultats si remarquables en finesse, est
(1) M. H. de Molard présenta aussi des portraits obtenus sur des papiers négatifs par l'iodure double d'argent el de potassium redissous duns l'iodure de potassium eri excès ét appliqué, soit par voie de précipitation dans et par l'eau, soit par voie d'application par couches minces dans un véhicule quelconque, amylacé, gélatineux, résineux, alcoolique ou non, etc.
Je point de départ des procédés à la cire, à la céroléine, à la térébenthine, etc.
La fondation, en février 1851, de la Société héliographique, œuvre de M. de Monfort, imprima à la photographie un élan merveilleux, et Ton vit se réaliser coup sur coup des perfectionnements importants.
Le 7 février 1851, M. Regnault,de l'Institut, indiqua l'acide pyrogallique comme bien préférable à l'acide galiique, et conseilla d'imprégner les papiers sous le vide de la machine pneumatique.
Le 1 er mars, MM. Humbert de Molard et Aubré publiaient leur procédé à base ammoniacale.
Le 2 mars, M. l'abbé Laborde associa à T acide callique l'acétate de chaux.
Le 3 avril, M. Fabre de Romans proposa l'emploi du papier ciré, et M. Legray, qui avait depuis longtemps découvert ce même procédé, en avait fait le point de départ d'une méthode toute nouvelle de photographie par voie sèche ou sur papier sec, dont les voyageurs photographes ont tiré un immense parti.
MM. Bayart, Blanquart-Évrard, etc., marchèrent sur les traces de MM. Fabre et Legray, et les papiers revêtus d'albumine, de miel, de sérum, etc., furent proposés de tous côtés.
Le 27 mai 1852, M. Baldus conseilla de substituer
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la gélatine à la cire, et obtint par cette substitution des épreuves d'une linesse et d'une beauté remarquables, de dimensions vraiment extraordinaires, des épreuves qui furent et qui sont encore aujourd'hui, pour la photographie sur papier, un véritable triomphe.
Toutefois, ce procédé ne servit pendant quelque temps, qu'à la reproduction de la nature morte, car le portrait était au-dessus de ses moyens. En effet, la lenteur avec laquelle se produisaient les images et la texture fibreuse du papier négatif, qui rendait impossibles certaines finesses de détail, furent longtemps un obstacle à ce genre de reproduction.
En 1849, seulement, parurent pour la première fois, sur les boulevards de Paris, quelques portraits sur papier importés d'Allemagne, mais retouchés, ternes, mous, sans finesse, sans effet, d'un aspect désagréable. Il ne fallait rien moins que Pinconstance du public, et aussi, il faut le dire, l'incroyable laideur de certains portraits sur plaqué, pour déterminer une réaction en faveur de ces pauvres images talboty piques, dont la plus mauvaise lithographie saurait à peine donner une idée.
Encouragés par ce premier début, les prétendus photographes couvrirent bientôt les murs de la capitale des beaux-arts, des charges les plus grotesques, des
enluminures les plus bouffonnes, si bien que Paris fut dès lors proclamé le rendez-vous des plus excentriques badigeonneurs.
Aujourd'hui encore, Ton retouche et l'on badigeonne, mais le nouTeau procédé et l'habileté qu'ont acquise les retoucheurs, permet cette superfétation que quelques-uns jugent, à tort ou à raison, indispensable.
Troisième Branche
NIEPÇOTYPIE
ou