‹ Phtisie aiguëChapitre 6 sur 14 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ÉTUDE ANATOMO-PATHOLOGiaUE DE LA PHTISIE PULMONAIRE AIGUË.

En abordant l'étude analomo-pathologiqiie de la tuberculose aiguë, une question préjudicielle se pose : cette maladie possède-t-elle une anatomie pathologique qu? lui soit propre? Il n'en est rien : ce qui la caractérise, ce ne sont pas ses lésions, mais la rapidité de son évolution, commandée par diverses conditions pathogéniques, où domine la note infectieuse h tendance généralisatrice. Cependant la lésion tuberculeuse a ici une physionomie toute parlicuhère, soit que, réduite à sa plus simple expression, comme dans la granulie, elle s'observe dans toute sa pureté, dégagée pour ainsi dire de toute altération accidentelle, soit qu'au contraire, comme dans la pneumonie caséeuse, elle ne présente pas au premier abord un air de famille qui décèle son origine bacillaire. Dans l'un et l'autre cas les altérations pulmonaires offrent un aspect uniforme dans un même poumon; car elles sont toutes sensiblement du même âge et ce n'est •pas un des caractères différentiels les moins curieux à signaler entre les formes aiguës de l'infection tuberculeuse et les formes chroniques, dans lesquelles, au contraire, on trouve simultanément toute la série des altéralions si diverses que le bacille de Koch est capable de créer, et cela à différents stades de leur évolution.

C'est à ce point de vue que nous devons nous placer, sans nous attarder à retracer l'histoire anatomo-patliologique de la phtisie pulmonaire en général, sans évoquer le souvenir dos controverses auxquelles celle-ci a donné lieu, controverses qui ont d'ailleurs perdu beaucoup de leur intérêt depuis que la découverte du bacille de Koch a tranché le débat entre unicistes et dualistes. De ce jour l'histologie a été reléguée au second plan, et l'on a demandé à la bactériologie de fournir la preuve des lésions tuberculeuses. Aussi la plupart des travaux parus dans ces dernières années ont-ils eu pour but l'étude non des lésions tuberculeuses arrivées à leur période d'élat, mais de la formation du tubercule ; cest l'histogénèse surtout qui a passionné les chercheurs et qui donne encore lieu à des controverses.

Grâce à l'expérimentation, on a pu suivre, pour ainsi dire jour par jour, l'évolution des lésions causées par la pénétration du bacille de Koch dans les tissus et l'on a pu s'assurer que les cellules ne réagissaient pas toujours de la même manière sous l'influence du microbe, qu'il agisse soit par simple action de présence, soit par ses produits de sécrétion. La lésion réactionnelle la plus commune est la granulation tuberculeuse, qui n'a rien perdu de sa valeur ; mais le bacille de Koch occasionne parfois aussi des altérations qui n'affectent pas la forme de granulation ; l'histoire anatomique fort complexe de la pneumonie caséeuse a surtout bénéficié de la connaissance de ces dernières.

Si la conception de la tuberculose s'est singulièrement simplifiée par le triomphe de la doctrine uniciste, nous n'en sommes pas moins forcés d'introduire des divisions dans cette étude anatomique. Ici nous retrouvons, avec

des dénominations différentes, les deux grandes variétés de tuberculose si bien décrites par Laennec : la granulation et l'infiltration. C'est, en effet, la distribution des lésions, tantôt diffuses et généralisées, tantôt confluentes et massives, qui détermine les modalités anatomiques. L'étude de ces altérations est rendue aujourd'hui d'autant plus facile et plus intéressante que l'expérimentation arrive à les réaliser dans toute leur pureté; la possibilité de sacrifier des animaux en expérience à intervalles aussi rapprochés qu'on le voudra permet d'en suivre l'évolulion dans ses moindres détails. Or, et c'est un point que nous aurons l'occasion de développer au chapitre de la pathogénie, les deux formes principales de la phtisie aiguë sont susceptibles d'être reproduites par l'expérimentalion ; en injectant le virus tuberculeux dans le système circulatoire, on provoque une granulie plus ou moins généralisée; en faisant pénétrer le bacille par les voies respiratoires, on obtient les formes massives.

Nous diviserons notre étude anatomique en trois parties, pour passer successivement en revue les altérations de la tuberculose miliaire aiguë, celles de la tuberculose aiguë à lésions massives, enfin celles de la phtisie aiguë pleurale.

Page 1