PRÉVENUS
ÉD NIPE MOREL 5,042 12,799 86,196 104.037 ASTM 3,253 15,291 75,588 92,112 NE IE 5,228 14,902 71,622 91,752 CMP 5,306 14,451 79,458 99,175 PASAQ A) No À 2,859 6,452 47,812 57,16 LE US TN MER NI 5,651 17,659 84,453 107,745
On ne peut cependant conclure de ces divers résultats que l'instruction qui, en France, se répandait avec tant d'activité, n’ait rien fait pour diminuer le nombre des crimes chez les individus en bas âge ; il faudra plusieurs années encore pour que son influence devienne sensible, et qu'elle porte ses fruits jusque dans l'intérieur des - familles.
I est à regretter que nous possédions encore si peu de renseignements sur les âges des criminels, propres à faire apprécier l'influence des lieux et des mœurs des différents peuples. On remarque en général que le nombre des enfants dans les prisons est, en Angleterre, beaucoup plus considérable que dans les nôtres ; Cela paraît tenir, surtout
(1) Dans ces nombres n'étaient pas compris les prévenus pour diverses espèces de délits.
dans la capitale, à ce qu'on dresse en quelque sorte les enfants à faire des vols et à ce que les vrais coupables agissent par leur intermédiaire. Dans la maison de Millbank, on a écroué, en 1827, 1,250 individus âgés de moins de 21 ans sur un nombre total de 8,020; ce qui donne le rapport de 41 à 100, plus que double de celui que donnent la France et les Pays-Bas (1).
Les condamnés détenus en 1822, 1823 et 1824, dans la geôle de Philadelphie, se distribuaient ainsi (2) :
1822 4823 1824 Totaux.
Agés de moins de 21 ans. 52 72 58 182 » del à 30ans. . . 151 143 122 416 HR00:90 à A0... 72 67 79 218 Au-dessus de 40. . . . 09 49 28 132
Le total pour les trois années était de 948. En rappor- tant cette somme à 1,000, on trouve les valeurs suivantes, à côté desquelles j'ai placé celles de France.
Philadelphie. France.
Agés de moins de 21 ans. 19 19 ARE AE NE USINE 44 39 AMG ON A0 PEN. 25 23 Au-dessus de 40 . . . 14 23 100 100
Ainsi, les prisons de Philadelphie présentaient comparativement le même nombre de criminels que celles de France pour les individus âgés de moins de 21 ans et pour ceux qui avaient de 30 à 40 ans : il y avait moins de vieillards, mais plus d'hommes de 21 à 30 ans, ce qui peut sexpliquer par la nature des populations des deux pays.
La France, la Belgique et Philadelphie s'accorderaient
(1) Bulletin de M. de Férussac, mai 1828.
(2) Revue américaine, 1827, n° XII.
donc assez sur le nombre proportionnel des criminels relativement aux âges, mais l'Angleterre s’écarterait très-sensiblement des valeurs moyennes présentées par ces pays; et cela tient, sans doute, comme je l'ai fait observer déjà, moins au caractère du peuple anglais qu'aux moyens d'éluder les rigueurs des lois qu'emploient les malfaiteurs en agissant par l'intermédiaire d'enfants qu'ils dressent comme des instruments du crime.
On peut déduire de ce qui précède les conclusions suivantes :
1. L'âge est sans contredit la cause qui agit avec le plus d'énergie pour développer ou pour amortir le penchant au crime.
2. Ce funeste penchant semble se développer en raison de l'intensité de la force physique et des passions de l’homme ; il atteint son maximum vers l'âge de 25 ans, époque où le développement physique est à peu près terminé. Le développement intellectuel et moral qui s'opère avec plus de lenteur, amortit ensuite le penchant au crime qui diminue encore plus tard par l’affaiblissement de la force physique et des passions.
3. Quoique ce soit vers l’âge de 25 ans que se présente le maximum du nombre des crimes de différentes espèces, cependant ce maximum se trouve avancé ou retardé de quelques années pour certains crimes, selon le développement plus ou moins tardif de quelques qualités qui sont en rapport avec ces crimes. Aïnsi, l'homme poussé par la violence de ses passions se livre d’abord au viol et aux attentats à la pudeur ; presque en même temps il entre dans la carrière du vol qu'il semble suivre comme par instinct jusqu’à son dernier soupir; le développement de ses forces le porte à tous les actes de violence, à l'homicide, à la rébellion, aux vols sur les chemins publics; plus tard,
la réflexion convertit le meurtre en assassinat et en empoisonnement. Enfin l’homme, en avançant dans la carrière du crime, substitue de plus en plus la ruse à la force, et devient faussaire plus qu’à toute autre époque de la vie.
4. La différence des sexes a aussi une grande influence sur le penchant au crime; on ne compte en général devant les tribunaux qu’une seule femme accusée pour quatre hommes.
9. Le penchant au crime croît et décroît à peu près par les mêmes degrés chez les deux sexes ; cependant l'époque du maximum arrive un peu plus tard chez les femmes et a lieu vers 30 ans.
6. La femme, sans doute par le sentiment de sa faiblesse, commet plutôt les crimes contre les propriétés que contre les personnes; et quand elle cherche à détruire son semblable, elle emploie de préférence le poison. Du reste, en se livrant à l'homicide, il ne paraît pas qu'elle soit arrêtée par l’énormité des crimes qui, pour la fréquence, se présentent dans l’ordre suivant : infanticide, avortement, parricide, blessures envers ascendants, assassinat, blessures et coups, meurtre; de sorte qu'on peut dire que le nombre des coupables diminue d'autant plus qu'elles doivent aller chercher leurs victimes plus loin et plus ouvertement. Ces différences tiennent sans doute aux habitudes et à la vie plus sédentaire de la femme ; elle ne peut concevoir et exécuter de coupables projets qu'envers les individus avec lesquels elle se trouve le plus en relation.
7. Les saisons exercent à leur tour une influence trèsmarquée sur le penchant au crime; ainsi, cest pendant l'été que se commettent le plus de crimes contre les personnes et le moins de crimes contre les propriétés; le contraire a lieu pendant l'hiver. |
8. Il est à remarquer que l’âge et les saisons exercent à peu près la même influence pour faire croître ou diminuer le nombre des aliénations mentales et des crimes contre les personnes.
9. Le climat paraît avoir de l'influence, particulièrement sur le penchant au crime contre les personnes; cette observation se confirme du moins chez les races d'hommes ‘des climats méridionaux, comme la race pélagienne répandue sur le versant méditerranéen et la Corse d'une part, les Italiens mélés aux Dalmates et aux Tyroliens de l'autre. On observe encore que les climats rigoureux, qui font naître le plus de besoins, font naître aussi le plus de crimes contre les propriétés.
10. Les pays où ont lieu de fréquents mélanges de peuples, ceux où l'industrie et le commerce réunissent beaucoup de personnes et de choses, et présentent le plus
d'activité; ceux enfin où l'inégalité des fortunes se fait le
plus ressentir, donnent, toutes choses égales, naissance à un plus grand nombre de crimes. |
11. Les professions influent beaucoup sur la nature des crimes. Les individus de profession libre se livrent plutôt aux crimes contre les personnes, et la classe ouvrière et les domestiques aux crimes contre les propriétés. Les habitudes de dépendance, la vie sédentaire en même temps que la faiblesse physique produisent les mêmes résultats chez la femme.
12. L'instruction est loin d'avoir sur le penchant au crime une influence aussi énergique qu'on le suppose communément. On confond d’ailleurs trop souvent l'instruction morale avec l'instruction qui ne consiste qu'à savoir lire et écrire, et qui devient la plupart du temps un nouvel instrument de crime.