‹ Physicale socialeChapitre 106 sur 151 · Il en est de même de la pauvreté; plusieurs des · texte numérisé non relu

Il en est de même de la pauvreté; plusieurs des

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départements de France réputés les plus pauvres sont en même temps les plus moraux. L'homme n'est point poussé au crime parce qu'il a peu, mais plus généralement parce qu'il passe d’une manière brusque de l'état d'aisance à la misère, et à l'insuffisance de satisfaire à tous les besoins qu'il s'était créés.

14, Plus on s'élève dans les rangs de la société, et par conséquent dans les degrés de l'instruction, et moins on trouve de femmes coupables comparativement aux hommes ; en se rapprochant des dernières classes du peuple, les habitudes des deux sexes tendent en effet à se ressembler de plus en plus.

15. Sur 1,129 meurtres qui ont été commis en France pendant l’espace de quatre ans, 446 l'ont été par suite de querelles et de rixes au cabaret; ce qui tendrait à montrer la funeste influence de l'usage des boissons.

16. En France comme dans les Pays-Bas, on a compté annuellement 1 accusé sur 4,800 habitants environ; mais dans le premier pays on acquittait 39 accusés sur 100, et dans le second 15 seulement : cependant des deux côtés on faisait usage du même code; mais dans les Pays-Bas, les juges remplissaient les fonctions du jury. Devant les tribunaux correctionnels et de simple police, où les prévenus n'avaient affaire qu'à des juges, la répression à été à peu près la même dans les deux royaumes.

17. En France, les crimes contre les personnes formaient environ le tiers du nombre des crimes contre les propriétés, et dans les Pays-Bas le quart seulement. Il est à remarquer que la première espèce de crimes donne comparativement lieu à moins de condamnations que la seconde : peut-être parce qu'on répugne d'autant plus à appliquer les peines qu'elles sont plus graves.

Je ne puis quexprimer de plus en plus mon étonnement

sur la constance que l'on observe dans les résultats que présentent, chaque année, les documents qui se rattachent à l'administration de la justice.

« Ainsi, comme j'ai eu l'occasion de le répéter déjà plusieurs fois, on passe d’une année à l’autre avec la triste perspective de voir les mêmes crimes se reproduire dans le même ordre, et attirer les mêmes peines dans les mêmes proportions. » Toutes les observations tendent également à confirmer la vérité de cette proposition, que j'ai énoncée depuis longtemps : ce qui se rattache à l'espèce humaine considérée en masse, disais-je, est de l'ordre des faits physiques ; plus le nombre des individus est grand, plus la volonté individuelle s'efface et laisse prédominer la série des faits généraux qui dépendent des causes d'après lesquelles existe et se conserve la société. Ce sont ces causes qu'il s’agit de saisir, et dès qu'on les connaîtra, on en déterminera les effets pour la société, comme on détermine les effets par les causes agissantes dans les sciences physiques (1). Il faut bien l'avouer, quelque affligeante que paraisse au premier abord cette vérité, en soumettant à une expérience suivie les corps bruts et le système social, on ne saurait dire de quel côté les causes agissent dans leurs effets avec le plus de régularité. Je suis loin d’en conclure

(1) M. Guerry présente les mêmes conclusions comme résumé de ses recherches sur les crimes, page 69, Essai sur la statistique morale. « Une des conséquences les plus générales qu’on en puisse tirer, c’est qu'ils concourent tous à prouver que la plupart des faits de l’ordre moral, considérés dans les masses, et non dans les individus, sont déterminés par des causes régulières, dont les variations sont renfermées dans d'étroites limites, et qu’ils peuvent être soumis, comme ceux de l’ordre matériel, à l'observation directe et numérique. » Comme cette idée a présidé à toutes mes recherches sur l’homme et que je lavais exprimée exactement dans les mêmes termes que ceux que présente le texte, dans mes conclusions des Recherches sur le penchant au crime, ouvrage qui à paru un an avant celui de M. Guerry, j'ai cru devoir en parler ici pour prévenir toute méprise.

cependant que l'homme ne puisse rien pour son amélioration : je crois, comme je lai dit au commencement de cet ouvrage, quil possède une force morale capable de modifier les lois qui le concernent; mais cette force n’agit que de la manière la plus lente, de sorte que les causes qui influent sur le système social, ne peuvent subir aucune altération brusque; telles qu’elles ont agi pendant une série d'années, telles elles agiront encore pendant les années qui vont suivre, à moins qu'on ne parvienne à en modifier les causes. Aussi je ne saurais trop le répéter à tous les hommes qui ont à cœur le bien et l'honneur de leurs semblables, et qui rougiraient de mettre sur la même ligne quelques francs de plus ou de moins payés au trésor, et quelques têtes de plus ou de moins abattues sous le fer des bourreaux : ilest un budget qu'on paye avec une réqularité effrayante, c'est celui des prisons, des bagnes et des échafauds; c'est celui-là surtout qu'il faudrait s'attacher à réduire! |

VIII. DES CRIMES EN GÉNÉRAL ET DE LEUR RÉPRESSION DANS CES DERNIERS TEMPS.

La statistique morale possède déjà quelques séries'intéressantes d'observations ; celles qui concernent les crimes surtout méritent une attention particulière; cependant les difficultés de cette étude sont telles, que bien des personnes, même aujourdhui, les regardent encore comme insurmontables (1). Les principales objections semblent se réduire aux suivantes :

1° Les causes qui influent sur les faits moraux sont si

(1) Dés la seconde page de ses Éléments de statistique, M. Moreau de Jonnès nie la statistique morale : « Aïnsi, dit ce savant, des statistiques sans chiffres ou dont les chiffres n’énumérent point des faits sociaux ne méritent pas le titre qu’elles empruntent. Il en est pareïllement des statis-

nombreuses et si variables, que les observations sont insuffisantes, non-seulement pour en déterminer le degré d'énergie, mais souvent même pour en constater l’existence. Le libre arbitre de l’homme, surtout, semble devoir renverser toutes nos prévisions et rendre illusoires tous nos calculs.

e° Les faits moraux ne sont pas comparables. On ne peut, comme pour les autres faits statistiques, les additionner n1 en déduire des moyennes. Le meurtre, par exemple, varie, pour la gravité, par des nuances innombrables.

3° Les faits moraux, soumis à nos études, seront toujours incomplets; on ne connaîträ jamais qu'une faible partie des bonnes ou des mauvaises actions des hommes. Que conclure d'éléments aussi défectueux ?

À côté des difficultés qui viennent d'être signalées, se placent ensuite des scrupules concernant la tendance de ces recherches. Bien des personnes croient y voir un véritable matérialisme, une prétention, sans tenir compte de ses facultés morales et intellectuelles, à rabaisser l’homme au rang des machines dont on calculerait les moindres mouvements. À les entendre, de pareilles spéculations seraient dégradantes pour l'humanité, et tendraient à avilir l'homme sans ajouter à nos connaissances scientifiques ; elles seraient même contraires à la religion.

On le voit, je ne me dissimule pas les difficultés qu'on rencontre dans l'étude de la statistique morale. Elles se présentent, en effet, d'une manière si formidable qu'on semble avoir craint jusqu'à présent de les aborder de front. I] serait cependant utile d'examiner une bonne fois

tiques morales et intellectuelles ; car c’est une vaine tentative que de vouloir soumettre au calcul l’esprit ou les passions, et de supputer, comme des unités définies et comparables, les mouvements de l'âme et les phénomènes de l'intelligence humaine. » (Page 2 des Éléments.)

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jusqu'où nos investigations peuvent s'étendre, et où 1l convient de s'arrêter prudemment. Je me propose de réunir quelques considérations nouvelles propres à faciliter la solution de ce problème épineux (1).

Il faut reconnaître d'abord que toutes les recherches qui porteraient sur des individus isolés seraient absolument sans valeur. Il serait absurde de recourir à une table de mortalité pour savoir à quel âge telle personne doit cesser d'exister ; et 1l le serait bien plus encore d'employer des tables quelconques pour formuler des conjectures sur ses actions. Le libre arbitre de l’homme rend impossible toute espèce de prévision semblable.

Mais ce libre arbitre, qui fait que les individus, pris isolément dans leur sphère d'action, échappent à toutes nos conjectures, étend-il son action assez loin pour rendre également impossibles les prévisions qui concerneraient un nombre d'hommes plus ou moins grand? C’est ce quil s'agit d'examiner. L'expérience seule peut nous éclairer sur ce point délicat.

Parmi les faits sociaux, il n'en est pas de plus important et qui suppose plus l'intervention du libre arbitre de l’homme que le mariage. Cette circonstance et la considération que les mariages sont des éléments comparables et complétement connus dans les pays civilisés, a dû nous porter à choisir cette classe de faits pour juger de l'influence que le libre arbitre peut exercer sur l’état social. Je regarde cette question comme étant d'un si haut intérêt que

(1) Ce qui suit forme à peu près l’objet d'un travail spécial, que l’Académie royale de Belgique à inséré dans le tome XXI de ses mémoires, in-4°, année 1848; je l'ai modifié le moins possible. En comparant les résultats obtenus aÿant et après 1835, j'ai cru qu'on jugerait mieux ensuite de la fixité des valeurs, obtenues à peu près sous les mêmes causes, dans un sujet qui semble devoir présenter des variations aussi fortes. Peut-être même cette vérification était-elle nécessaire dans ce sujet entièrement neuf.

je l'ai traitée dans un travail spécial (1), et que j'y suis revenu encore dans le volume précédent de cet ouvrage, pages 299 et suivantes. |

Les mariages, considérés sous ce don de vue général, procèdent avec une régularité telle, qu’il est permis de croire qu'ils sont uniquement soumis à l'influence de causes placées en dehors de la sphère d’action des individus. Il y à plus : les mariages, qui sont censés devoir présenter les traces des caprices et des fluctuations des hommes, se succèdent avec plus de régularité que les décès ; cependant, l'homme ne se consulte pas pour mourir comme il le fait pour se marier. Quand on analyse parallèlement ces deux classes de faits, on trouve que celle qui marche avec le plus de constance est justement celle où intervient la volonté de l’homme (2).

Des différentes recherches auxquelles je me suis livré, j'ai cru pouvoir déduire, comme principe fondamental, que le libre arbitre de l'homme s'efface et demeure sans effet sensible quand les observations s'étendent sur un grand nombre d'individus. Il en résulterait donc que les effets de toutes les volontés particulières se neutralisent ou se détruisent entre eux, absolument comme les effets qui seraient pro-

(1) De l'influence du libre arbitre de l’homme sur les faits sociaux et particulièrement sur le nombre des mariages. Voyez le Bulletin de la commission centrale de statistique de Belgique, tome IIT, in 4°, an 1847.

(2) J'ai essayé d'en indiquer la cause ailleurs (voyez le Bulletin de l’Académie, tome XIV, 1re partie, page 518). Cette espèce de paradoxe s'explique, en effet, en considérant que chaque homme, en vertu de son libre arbitre et des circonstances qui l'entourent, s'est créé un état normal vers lequel il tend constamment à revenir, et cette tendance est d'autant plus forte que les causes accidentelles qui l’en font dévier sont plus énergiques. L'homme, avec sa raison, flotte donc entre des limites moins larges que s'il était, comme la brute, uniquement sous l'influence des causes accidentelles.

Ces considérations sont développées avec quelque étendue dans un ouvrage où je me suis plus spécialement occupé du Système social et des lois qui le régissent. 1 vol. in & de 360 pages, 1848. Paris, chez Guillaumin et Ce.

duits par des causes purement accidentelles. Aïnsi, pour développer l'exemple que j'ai choisi, il existe chez un peuple une certaine tendance au mariage qui ne dépend pas plus du caprice d’un individu que de celui d’un autre; tout se passe annuellement avec une régularité parfaite, comme si les contingents étaient fixés par provinces, par âges, par professions, etc. Ces dernières circonstances semblent seules avoir une action marquée et dont on peut apprécier la valeur. Sans doute, les coutumes, les préjugés, les convenances et d'autres causes morales peuvent avoir de l'influence, mais ces causes ne dépendent pas de quelques individus isolés; elles appartiennent à la nation dont chaque individu fait partie et dont 1l suit nécessairement plus ou moins les caprices. |

Les causes morales qui laissent leurs traces dans lés phénomènes sociaux sont donc inhérentes à la nation et non aux individus; elles peuvent varier, mais les variations qu'elles subissent s’opèrent en général avec lenteur, et on peut les apprécier comme on estime les modifications des causes variables dans l’ordre physique.

On conçoit donc que, dans la statistique morale, il ne doit être question que de l’homme en général, être abstrait dont la connaissance est déduite des observations faites sur un nombre dindividus assez grand pour que les effets du libre arbitre de chacun d’eux aient pu se neutraliser.

Mais, en considérant les choses sous ce point de vue, quel moyen aurons-nous pour déterminer les qualités morales ? Il n'en est pas ici comme des qualités physiques : on mesure une taille, on a des instruments pour apprécier le poids ou la force; mais, pour les qualités morales, l'emploi des instruments mesureurs est absolument impossible : aussi serait-il absurde de vouloir donner des valeurs

absolues. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'un homme a plus ou moins de courage, plus ou moins de prudence à un âge qu'à un autre; que nos actions sont plus ou moins modifiées par le sexe, par Je saisons, par les climats, par les professions.

Or, l'on se demandera si ces appréciations relatives sont susceptibles d'une certaine exactitude; c'est à quoi je vais tâcher de répondre.

Il convient de procéder ici comme le physicien qui, pour les phénomènes électriques, ne peut donner également que des valeurs relatives, et se trouve réduit à juger des causes par leurs effets. Nous n'apercevons pas plus ce qui donne naissance au phénomène moral que ce qui produit le phénomène électrique. Nous ne voyons que l'effet en lui-même, et c'est cet effet que nous cherchons à apprécier.

S1 l'homme ne se manifestait par ses actions, 1l serait impossible de le juger. Comment, sans l'avoir vu agir, pourrait-on assurer qu'il est bon, généreux, plein de courage? C'est tout au plus s'il pourrait avoir lui-même la conscience de ses qualités. Dans tous les cas, il serait nul par rapport à l'état social.

En le considérant sous ce point de vue, j'ai admis, plus haut, ce principe fondamental de toutes les sciences d'observation, que les effets sont proportionnels aux causes. Ce sera donc par ses actions qu'il faudra le juger.

La première difficulté qui se présente consiste à trouver des actions exactement comparables et qui toutes parviernent à notre connaissance ; malheureusement, il en existe très-peu qui soient dans ce cas. La statistique morale en est encore à son enfance ; elle a recueilli très-peu de faits qui appartiennent exclusivement à son domaine. Je n'en connais guère qu'une série qui soit dans les conditions

indiquées précédemment, c’est celle relative aux mariages ; encore pourrait-on objecter que ces faits dépendent moins du moral que du libre arbitre de l’homme. Je m'en servirai néanmoins parce quil s'agit ici bien moins d'indiquer un sujet spécial de recherches, que de tracer la marche à suivre pour l'étudier. Je reprendrai ensuite le problème dans toute sa généralité.

Je supposerai donc que nous ayons à rechercher la tendance du Belge à se marier dans l'état actuel des choses. Cette tendance, comme je l'ai dit, n'a rien d'absolu; elle ne peut avoir qu'une valeur relative, que je vais tâcher d'apprécier.

En suivant les principes indiqués précédemment, 1l faut étudier les faits pour remonter aux causes. Si nous jetons les yeux sur les tableaux des mariages en Belgique, nous trouvons dans les nombres annuels ‘une constance vraiment remarquable : ainsi, pendant les cinq années qui ont précédé 1846, le nombre des hommes de 25 à 30 ans, qui se sont mariés dans les villes, a été de 2,681, 2,655, 2,916, R,098, 2,698.

Les étroites-limites entre lesquelles la moyenne 2,652 s’est trouvée resserrée permettent de conclure, avec une très-grande probabilité, qu'en 1846 le nombre des hommes de 25 à 30 ans qui se sont mariés dans les villes a été également 2,652 ou s’en est écarté fort peu. La probabilité sera moins forte pour 1847, et elle diminuerait, comme l'indique la théorie, à mesure que nous serions portés à étendre nos prévisions plus avant. On conçoit que le retour des mêmes effets dépend de la permanence des mêmes causes, et que, plus nous nous éloignons du moment actuel, plus l’état social peut changer et faire varier les causes qui produisent les mariages. |

Si nous considérons maintenant que le nombre des

hommes de 25 à 30 ans qui se trouvent dans les villes de la Belgique, et qui sont célibataires ou veufs, est de 30,000 environ, nous aurons la fraction ww où 0,088 pour exprimer la probabilité qu'a un homme de cet âge de se marier dans le cours de l’année 1846.

Cette probabilité peut être considérée comme donnant, dans les villes, la mesure de la tendance apparente que lé Belge de 25 à 30 ans a pour le mariage. Je dis avec intention tendance apparente, pour ne pas établir de confusion

avec la tendance réelle, qui pourrait être très-différente.

Un homme conservera, pendant toute sa vie, uné téndance réelle au mariage, sans se marier Jamais; un autré, au contraire, entraîné par des circonstances fortuites, peut se marier sans avoir aucun penchant au mariage. La distinction est essentielle. Ce que l’on remarque 1c1 correspond à ce qui se voit au jeu. Un joueur peut avoir une probabilité très-forte de gagner et néanmoins perdre, tandis que le gain est pour celui qui avait une très-faible

probabilité en sa faveur. Les événements observés ne cor-

respondent pas nécessairement à leurs probabilités respectives; l'accord ne tend à s'établir qu'après des épreuves longuement répétées.

Un calcul analogue au précédent montre que la fraction sr où 0,093 exprime la probabilité de se marier dans le cours de l’année, pour un habitant des villes de la

Belgique lequel serait âgé de 30 à 85 ans. Cette proba-

bilté ou tendance apparente au mariage doit s'écarter bien.

peu de la tendance réelle, si l’on consulte le nombre des mariages qui ont été annuellement enregistrés. En effet, la probabilité calculée pour chaque année et en supposant

la même population, conserverait à peu près exactement

la même valeur, preuvé manifeste qu’elle est, pour ainsi dire, soustraite à l’action des causes accidentelles.

La probabilité 0,093 dépasse un peu celle qui est assignée à l'homme de 25 à 30 ans. Bien que la différence soit très-petite, elle s’est reproduite chaque année, comme on peut s'en assurer en opérant sur les nombres particuliers.

Remarquons maintenant que les mariages dépendent non-seulement de la tendance de l'homme à se marier, mais encore des circonstances nombreuses qui facilitent ou empêchent cette tendance. Ce sont ces causes accidentelles qui font toute la différence entre ce que j'ai nommé la tendance réelle et la tendance apparente. Or, si l'on considère que ces circonstances fortuites ou causes accidentelles n'ont d'effet sensible qu'en opérant sur de petits nombres, et quelles s'effacent d'autant plus que l’on embrasse un nombre plus grand de faits, on concevra aussi que la tendance réelle sera d'autant plus près de se confondre avec la tendance apparente, que les observations auront été plus nombreuses.

L'exemple qui vient d'être cité est trop important pour que je ninsiste pas sur la manière dont il convient de le considérer. Remarquons d'abord que nous avons pu exprimer numériquement la tendance à se marier que l'homme possède à un âge donné. Si nous rapportons tout à ce même homme, il faudra le concevoir, aux différents instants de l’année, comme passant successivement par les différentes nuances que peut subir la société qu'il représente. La tendance quil a au mariage sera plus ou moins énergique; elle s'écartera tantôt plus, tantôt moins de la tendance moyenne ; mais les écarts seront d'autant plus rares qu'ils seront plus grands, soit en plus, soit en moins, et ces écarts, pour le nombre et la grandeur, seront assujettis à une loi qui est celle des causes accidentelles (1).

(1) Voyez, pour ce qui concerne la loi de possibilité ou des causes accil, 21

Cette conséquence curieuse résulte de ce que j'ai dit précédemment sur le retour constant des mêmes phénomènes, qui ne peut avoir lieu sans la neutralisation des effets des causes accidentelles. Cette neutralisation s'opère, en effet, chaque année, de la même manière.

Ce qui précède a pu faire comprendre, déjà, comment on exprime numériquement les tendances relatives que l'homme, aux différentes époques de la vie, manifeste pour certaines choses. La difficulté consiste à réunir des observations comparables, complètes et suffisamment nombreuses pour éliminer les effets des causes accidentelles,

et, en particulier, ceux qui proviennent du libre arbitre

des individus. | Je vais maintenant considérer les choses sous un point de vue plus général. Je supposerai une série de faits de

même nature, mais qui ne sont pas rigoureusement com-

HU entre eux; c'est la seconde difficulté à laquelle j'ai précédemment fait allusion.

L'exemple le plus défavorable peut-être, sous ce rapport, est celui que nous présentent les annales du crime; il semble, en effet, résumer en lui toutes les difficultés possibles.

D'abord, est-on ne d'accord sur ce qu il faut entendre par crime? Évidemment non. Ce qui est puni chez un peuple ne l'est pas chez un second; ce qui est réprimé à une époque ne l’est pas à une autre (1); cependant, mal-

gré ces discordances, et quoique Le crime ne semble avoir

dentelles, l'ouvrage intitulé : Lettres sur la théorie des probabilités appliquées aux sciences morales et politiques, 3 partie, grand in-8&, p. 166; Bruxelles, chez Hayez, 1846.

(1) « On ne voit presque rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité, ou peu d'années de possession. Les lois fondamentales changent, Le droit a ses époques.

AE

rien d'absolu en lui-même, on peut regarder les infractions aux lois d'un peuple comme des actions blämables.

Ces actions ensuite ne sont pas également répréhensibles ou plutôt ne sont pas comparables entre elles. L’assassinat et l'infanticide ne doivent pas étre mis sur la même ligne. Les infanticides mêmes sont punissables à des degrés bien différents : les uns peuvent être le résultat du besoin ou d'un sentiment de repentir et de honte poussé à l'excès; d’autres, au contraire, peuvent être le fruit d'une profonde immoralité.

Voilà donc des séries de faits que nous confondons à tort sous le nom de crimes. Pour être exact, il ne faudrait comparer différentes catégories d'hommes que sous le rapport des mêmes crimes, des assassinats par exemple, des empoisonnements, des vols, etc., et quand on établit de pareilles comparaisons, il faut admettre encore que les crimes de même ordre se compensent, quant à la gravité, lorsqu'ils sont suffisamment nombreux et recueillis de la même manière. Au reste, sous quelque rapport que l'on considère le penchant au crime, nous le nommons penchant apparent, pour faire la distinction du penchant réel, comme précédemment à l'égard de la tendance au mariage.

On pourrait, ici encore, faire d'étranges méprises, en ne considérant que les individus. Tel est fort enclin au crime qui cependant n'en a jamais commis un seul. Tel autre, au contraire, peut s'être rendu coupable d'un crime

-sans qu'il y eût le moindre penchant. De pareils exemples

Plaisante justice, qu'une rivière ou une montagne borne! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà.

“ Le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant qu'un homme ait droit de me tuer parce qu’il demeure au delà de l’eau, et que son prince a querelle avec le mien, quoique je n’en aie aucune avec lui?» (Pascal, Pensées, 1re partie, art. VI.)

toutefois peuvent être considérés comme exceptionnels ; et quand on opère sur de grands nombres, il arrive générament que les crimes sont en rapport avec le penchant qu’on peut avoir à les commettre. Les écarts plus ou moins grands qui s'établissent entre les penchants apparents et les penchants réels sont dus à des causes accidentelles qui finissent par se compenser, quand les observations sont suffisamment prolongées ; de manière qu à la longue les faits observés sont en rapport avec le penchant réel que l’homme peut avoir à les produire.

On parviendrait donc, par l'observation, à constater les degrés relatifs d'énergie avec lesquels les hommes sont entraînés vers les faits observés. En sorte que si j'avais vu un million d'hommes de 25 à 30 ans produire deux fois autant de meurtres qu'un million d'hommes de 40 à 45 ans, je serais disposé à croire que le penchant au meurtre, chez les premiers, est double en énergie de ce qu'il est chez les seconds. Ma conjecture deviendrait d'autant plus probable que ce même résultat se produirait plus souvent, dans des séries d'observations subséquentes.

Il faudrait avoir soin d'examiner toutefois, comme je . l'ai fait remarquer, si les crimes commis des deux parts portent le même caractère de gravité.

La difficulté dépendrait done, ici, des moyens d'avoir un nombre d'observations suffisant pour éliminer les effets de toutes les causes fortuites qui peuvent établir les différences entre le penchant apparent et le penchant réel que l'on cherche à déterminer. La première appréciation est généralement différente de la seconde, dont on peut approcher autant que l'on veut.

J'en viens maintenant au troisième genre de difficulté. On ne connaît qu'une faible partie de tous les crimes qui se commettent ; et c'est avec ces documents qu'il faut juger

du penchant au crime. Aïnsi, non-seulement les faits ne sont pas rigoureusement comparables, mais ils ne sont connus que d'une manière incomplète.

Je viens de signaler cette difficulté et de montrer qu’elle n'existe réellement pas, quand on se propose d'obtenir des valeurs relatives et non des valeurs absolues. J'ai fait voir, en effet, qu'aussi longtemps que la marche de la justice et la répression restent les mêmes (1), il s'établit des rapports constants entre ces trois choses : 1° les crimes commis ; 2° les crimes commis et dénoncés à

(1) J'ai cru devoir donner quelques développements à ces idées dans mon ouvrage qui parut à la même époque sous le titre : Lettres sur la théorie des probabilités appliquées aux sciences morales et politiques, pages 323 et suiv. 1 vol. in-8 de 450 pages, 1846 ; Bruxelles, chez Hayez. Voici sous quelle forme je crus devoir les exposer : « Il est un autre exemple bien frappant où des documents incomplets peuvent être néanmoins utiles. Quels sont, en effet, les principaux documents que nous possédons pour juger de la moralité d’un peuple ? Les comptes rendus de la justice seulement; encore ces comptes rendus ne font-ils connaître que les crimes poursuivis devant les tribunaux. Or, on peut partager, comme nous l'avons dit, les crimes d’un pays en trois catégories principales : 1° ceux qui sont connus, ainsi que leurs auteurs ; 2° ceux qui sont connus, mais dont les auteurs sont restés inconnus ; 3° enfin ceux qui sont restés totalement inconnus à la justice, De tous ces crimes nous ne connaissons que ceux qui appartiennent à la première catégorie. On peut se demander alors s’il est possible de faire usage de documents aussi incomplets.

J'admets sans discussion que les crimes d’un pays, s'ils sont tous connus, peuvent suffire pour résoudre la question qui nous occupe. J'accepte cette hypothèse pour simplifier les choses ; j'admets même que tous les crimes ont la même gravité.

« Maintenant, quelle utilité peut-on retirer de la connaissance des seuls crimes qui ont été portés devant les tribunaux? Aucune, je crois, à moins que cette portion connue ne reste toujours la même par rapport au nombre total. En Belgique, on compte annuellement trois à quatre cents crimes devant la cour d'assises, mais ce n’est peut-être que le dixième des crimes annuellement commis. Or, si j'étais bien convaincu que ce nombre de crimes portés devant les tribunaux demeurât toujours le dixième de tous les crimes commis, je pourrais juger, chaque année, si le nombre des crimes augmente ou diminue. Nous sommes donc conduits à admettre qu’il existe un rapport constant qui donne la mesure de l’activité de la justice, rapport auquel il faut avoir égard, si nous voulons comparer la Belgique à,

la justice; 3° les crimes commis, dénoncés à la justice et poursuivis devant les tribunaux. Pendant quelques années, la Belgique a fait connaître les seconds, et l’on a pu juger alors que mes conjectures ont été effectivement justifiées.

elle-même à différentes époques ; si nous voulons la comparer à un autre pays, il faudra connaître également l’activité de la justice dans ce dernier pays. |

“ D'abord le rapport est-il constant? Je n'hésite pas à répondre affirmativement ; du moins on peut le regarder comme tel, si toutefois les poursuites judiciaires continuent à se faire avec la même activité, si la statistique enregistre les faits avec la même exactitude, si des réformes dans les lois ne changent pas les peines etne tendent pas à correctionnaliser certains crimes, si l’état du pays enfin ne subit pas de modifications essentielles ; les causes étant les mêmes, les effets resteront les mêmes également. La reproduction régulière des mêmes faits s’observe dans ce qui est connu comme dans ce quine l’est pas. Ces idées, je les avais émises avant que l’expérience vint les démontrer, au moins en partie.

“ La Belgique, avant 1830, ne donnait que le nombre officiel des crimes connus et poursuivis ; elle a publié depuis, pour les sept années de 1833 à 1839, le nombre des crimes connus, mais qui sont restés sans poursuite parce que les auteurs étaient inconnus. Or, ce dernier nombre a procédé, d'année en année, avec plus de régularité encore que celui des crimes poursuivis ; nul doute que la troisième catégorie ne présentât la même régularité, si l’on parvenait jamais à la connaître.

“ Pendant les sept années dont je viens de parler, on a compté annuellement 140 crimes contre les personnes déférés devant les tribunaux, et 64 sont restés sans poursuite, parce que les auteurs n’ont pas été connus. Ce dernier nombre est au premier comme 1 à 2 environ. Le nombre moyen des : crimes contre les propriétés connus et poursuivis a été de 276, et celui des crimes connus et non poursuivis de 674. Ce dernier nombre est ici le plus grand ; il est à peu près triple de l’autre. Les crimes contre les personnes étant les plus graves, ce sont aussi ceux dont les auteurs peuvent le mieux être découverts ; il n’est donc pas étonnant de voir une aussi grande différence entre les rapports. On peut admettre en général que les crimes ont d'autant moins de chances d’être reconnus et poursuivis, qu’ils sont moins graves.

« On voit aussi qu'en ne faisant pas de distinction des crimes, sur 1,154 qui ont été connus annuellement par la justice, 416 seulement, ou un peu plus du tiers, figurent dans les comptes rendus de la justice.

“ Je ne crois pas exagérer en disant que le nombre des crimes commis et dont la justice a eu connaissance, n’est pas supérieur à celui des crimes qui sont restés complétement inconnus. D’après cette estimation, on ne verrait figurer dans les comptes rendus que le sixième environ des crimes commis

C'est dans des cas pareils que la statistique comparative devient extrêmement difficile; elle est même impossible dans nombre de circonstances. Tant que l’on ne juge qu'un même pays, le nombre relatif des crimes peut suffire

en Belgique. Or, c’est avec cet élément statistique si défectueux que nous. jugeons de la moralité du pays.

« J'ignore absolument et je ne saurai jamais si le nombre des crimes sur lesquels les tribunaux ont à prononcer forment le sixième, le septième ou telle autre partie que l’on voudra du nombre total des crimes. Ce qu'il m'importe de savoir, c'est que ce rapport ne varie pas d’une année à l’autre. Dans cette hypothèse, je puis juger relativement si une année a produit plus ou moins de crimes qu’une autre.

« Je puis même comparer les provinces entre elles, toutefois en admettant non-seulement que le rapport demeure invariable d'une année à la suivante, mais encore d'une province à l’autre, et que la justice met partout la même activité à la poursuite des coupables. Dans un même royaume, surtout dans des provinces qui ont beaucoup de similitude, ces comparaisons peuvent s'établir sans trop d’inconvénients; mais il n’en est peut-être pas de même pour des provinces très-éloignées l’une de l’autre et de mœurs trèsdifférentes. Il y aurait peu de chances pour l’invariabilité du rapport.

« Les comparaisons deviennent plus difficiles encore quand il s’agit de pays absolument différents. Les éléments alors n’offrent plus rien de comparable, et l’on.se trouve réduit à faire des hypothèses plus ou moins hasardées. Voilà ce qu'ont trop perdu de vue les auteurs qui se sont occupés de comparer les peuples sous le rapport de la moralité et en ne faisant usage que de leurs documents statistiques, traduits en nombres.

« Ce qui précède peut faire comprendre aussi pourquoi, quand il s’agit de la moralité, il faut avoir égard plutôt au nombre des crimes et des accusés qu’à celui des condamnés; quand un crime est constaté, si l’acquittement a lieu, il n’en reste pas moins établi qu’il y a eu crime.

« En résumé, on doit admettre que les documents statistiques n’expriment que d’une manière plus ou moins approchée des valeurs réelles à la connaissance desquelles ils doivent suppléer. Quelquefois ces documents représentent avec un degré d’approximation très-grand les chiffres qu'ils remplacent; tels sont en Belgique ceux des naissances, des décès, des mariages. Quelquefois ces données ne sont connues que dans des limites plus ou moins larges ; il faut mettre alors beaucoup de circonspection dans leur emploi.

“ [Il peut arriver encore, comme pour les statistiques criminelles, que les valeurs connues soient de beaucoup inférieures aux valeurs réelles. Il est impossible dans ce cas, à moins qu’il n'existe entre elles un rapport déterminé et constant, de suppléer aux secondes par l'emploi des premiéres. »

pour juger de sa moralité plus ou moins grande; mais cet état relatif peut être très-différent d’un pays à l’autre, et l'inexactitude des statisticiens ferait porter tout l'avantage du mauvais côté : un pays très-immoral même et trèsinexact à dévoiler les méfaits sur lesquels il ferme les yeux, peut paraître plus favorable que tel autre pays d’une exactitude admirable et qui connaît et inscrit tous les méfaits qui se présentent.

Quand donc on s’en tient à des rapports et qu'on ne cherche pas à avoir des valeurs absolues, on peut substituer ces trois classes de faits l'une à l’autre. Ainsi, en comparant deux catégories d'hommes d'âges différents, on peut substituer au nombre des criminels qu'elles renferment respectivement celui des accusés qu'elles donnent aux tribunaux, si l'on a lieu de croire que la justice n’est pas plus favorable à l’une qu’à l'autre; on peut prendre encore le nombre des condamnés ou bien celui des acquittés, s'il est prouvé que la répression est exactement la même des deux parts.

Tout repose ici sur l'hypothèse que la justice poursuit les criminels avec la même activité, quel que soit l’âge ou le sexe, et qu'elle conserve la même probabilité de les atteindre ; en sorte que les crimes connus sont dans un rapport constant avec les crimes réellement commis et dont nous n'aurons Jamais la connaissance complète.

Cette distinction est très-importante, car on peut faire d'étranges erreurs, en comparant des peuples entre eux et en la perdant de vue. Un pays qui punitle plus d'assassins n’est pas le pays où l’on commet le plus d'assassinats : cette manière de raisonner conduirait à d'étranges erreurs.

En résumé, on conçoit qu'il existe chez tous les hommes une certaine possibilité de se mettre en hostilité avec les lois et de se livrer à quelque acte répréhensible. Cette

possibilité, quelque minime qu'elle soit, admet des degrés inférieurs jusquà pouvoir devenir absolument nulle, comme aussi elle peut croître, chez quelques-uns, jusqu'à devenir égale à la certitude. Ainsi, d'une part, quelques citoyens ne se mettront certainement pas en opposition avec les lois, tandis que de l’autre, au contraire, cette opposition se manifestera sans aucun doute. Les autres citoyens, en plus grand nombre, se rapprocheront plus ou moins des premiers. La figure suivante pourra rendre cette distribution sensible aux yeux.

Probabilité du crime et nombre des eriminels.

Au point 0, la probabilité du crime est absolument nulle. Cette probabilité augmente à mesure qu'on s'éloigne du point o, pour avancer en ligne droite vers le point #, où elle se convertit en certitude. La ligne courbe oui, par la grandeur de ses écarts de la ligne droïte oi, indique le nombre des criminels qui correspond à chaque probabilité.

Ainsi, le nombre maximum, représenté par l’ordonnée ab, a pour lui la probabilité ob de commettre un crime.

Les jeunes enfants, et malheureusement bien peu de personnes adultes, se trouvent au point o ou dans son voisinage, sans avoir la pensée du crime. Cette pensée se développe avec l’âge et les hommes croissent au point de former un maximum numérique ba, bien éloigné cependant du maximum de criminalité #, qui ne peut exister que chez

quelques âmes perverses. Si la courbe s’abaisse après le point a, ce n'est sans doute point parce que l'homme s’améliore, mais parce que le nombre des criminels s’amoindrit par l’âge.

Je me propose maintenant d'appliquer la théorie précé- dente à un exemple particulier puisé dans les documents de la justice criminelle. Jerechercherai quel est, en France et dans quelques autres pays, le degré du penchant au crime pour les différents âges de la vie.

Jetons d'abord un coup d'œil sur les nombres généraux, afin de reconnaître jusqu'à quel point ils ont pu être modifiés, non-seulement par le libre arbitre de l’homme, mais encore par les divers événements politiques, et particulièrement par les révolutions de 1830 qui ont éclaté en France et en Belgique. Le tableau pour la France indique,

d'après les âges, le nombre annuel des accusés depuis

1826 jusqu'en 1844 inclusivement.

Si nous fixons notre attention sur les valeurs particulières de ce tableau, nous trouverons que le plus grand nombre d'accusés s’est présenté à l’âge de 21 à 25 ans; or, pendant ces quatre années, on a compté 22,697 accusés, ou bien 95,674 par an. Pour la période quinquennale de 25 à 30, le nombre a été de 24,599 ; et de 22,914 seulement pour une période semblable de 16 à 21 ans. Le nombre des accusés à donc été successivement croissant depuis ce dernier âge jusquà 23 ou 24 ans; il a diminué ensuite : les valeurs pour les trois périodes ont donné les nombres 4,583, 5,674 et 4,920. On peut remarquer aussi que ces nombres ont continué à diminuer graduellement jusqu'à la fin de la vie.

ms. PR

LS

1Q [ap] (an)

* AGES

Moinsdel6ans| 124

16 à 21 ans. .11,101|1,022

2 à 25 — |1,16311,095 25 à 50 — |1,500/1, HR 3035 — 927 = So 35 à 40 — 643 s 40 à 45 — 601 De = 15 @ 507 — 398 ra 50 à 55 — 961 nm D 55 à 60 — 168 = 60 à 65 — 155 ES TE — pire 70 à 80 — 4

80 etau-dessus

Age inconnu. .| 46

Total général. |6,98816,9297,39617,573)6,96217,606|8,237|7,51516,95217,225|7,232| 8,094

NOMBRE DES ACCUSÉS EN FRANCE, D'APRÈS LES AGES. (cnMEs vives.)

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