TOTAUX
NOMBRES PROPOR- TIONNELS.
Cette remarque s'applique également aux résultats de toutes les années suivantes jusqu'en 1844, sans qu’il y ait jamais eu une exception, je ne dirai pas seulement pour le nombre maximum, mais pour aucun des nombres spécifiés dans le tableau. Voilà, certes, une constance bien grande dans une classe de faits qui sembleraient devoir se produire de la manière la plus désordonnée. L’année même qui à vu changer la forme du gouvernement a exercé. si peu d'influence sur la marche régulière des crimes, qu'il faut en être averti pour reconnaître un faible accroissement d'accusés, dû particulièrement à des crimes politiques. Encore cette anomalie ne dérange-t-elle pas la décroissance progressive du nombre des accusés en rapport avec les âges.
Il était surtout intéressant de rechercher si les écarts par rapport à la moyenne de 1826 à 1844 offre de grandes variations. On peut consulter les nombres maximum et minimum des accusés de chaque catégorie, dans la succession des dixneuf années. Le rapport de ces nombres permet de juger de quel côté se trouvent les plus grands écarts. Je n'ai pas cru devoir faire usage des résultats donnés par l’année pendant laquelle le choléra a régné dans Paris, bien que je n'aie élagué aucun chiffre pour les crimes. Cependant la révolution de 1830 pouvait, dans l’ordre moral, constituer une anomalie semblable à celle qu'a produite le choléra dans l'ordre physique. |
Malgré cette omission, il est facile de reconnaître que le crime a varié dans des limites moins larges que ne le fait généralement la mortalité. Cet exemple confirme donc pleinement ce que j'avais énoncé déjà, dans ce qui précède, au sujet d’autres faits moraux; par suite l’on est en droit de conclure que le libre arbitre ne laisse, dans les documents recueillis par la justice, aucune trace de son in-
fluence. Il faut rechercher dans d’autres causes la régularité que manifestent les chiffres.
Cette constance qu'on remarque dans le nombre annuel des accusés nest pas un phénomène qui soit particulier à la France, on le retrouve dans les documents statistiques des autres pays; les tableaux que nous donnons plus loin pour la Belgique, le grand-duché de Bade et l'Angleterre en fournissent la preuve.
Le tableau qui comprend les accusés de l'Angleterre est surtout digne de remarque : une année semble reproduire à peu près exactement ce qui à été annoté dans le cours de l'année précédente ou pendant l’année qui a suivi. Il serait impossible de trouver un autre ordre de faits sociaux, ou même de faits purement physiques, où les mêmes résultats se reproduisent avec autant de constance.
Ceci ne montre pas seulement que les nombres cités dans le tableau donné plus loin pour l'Angleterre sont, comme ceux de France, entièrement dégagés des effets du libre arbitre de l’homme, mais encore que l’état social, en Angleterre, n’a pas subi de variation essentielle de 1834 à 1841. |
Par ce résultat curieux, on comprend l'influence que peuvent exercer une bonne législation et un gouvernement éclairé. Qu'on vienne à changer l'ordre établi, et bientôt l'on verra changer aussi les faits qui s'étaient reproduits avec tant de constance. Ce sera au statisticien à reconnaître alors si les changements ont été avantageux ou nuisibles. Ces premières études prouvent, me semblet-il, à l'évidence, l’importante mission du législateur et la part de responsabilité qu'il doit prendre dans tous les phénomènes relatifs à l'ordre social.
Cherchons maintenant à quel âge le Français commet le plus de crimes et de délits, ou plutôt à quel âge 1l a une
plus forte tendance à se mettre en hostilité avec les lois de son pays. Je considérerai d'abord les choses d’une manière générale et sans avoir égard à la gravité des faits dont il se rend coupable.
Le tableau qui en présente le résumé, page 340, nous fait connaître comment les choses se sont passées pendant dixneuf ans. J'ai préféré le chiffre des accusés à celui des condamnés, parce que la composition du jury ayant subi plusieurs modifications, les valeurs n'eussent pas été directement comparables. Du reste, nous pourrons examiner plus tard la même question en faisant usage du nombre des condamnés, ou même du nombre des acquittés, ce qui pourra sembler étrange au premier abord.
Dans l'hypothèse où je me place, je suppose implicitement que la marche de la justice n'a point varié et que les crimes et délits ont été poursuivis avec la même activité pendant la période sur laquelle j'opère. Il faudrait multiplier tous les nombres du tableau précédent par un facteur inconnu, pour établir quels sont les nombres réels des crimes commis, ou plutôt par des facteurs, car les différents crimes n’admettent pas les mêmes omissions.
Si je considère les résultats comme exprimant, par périodes de cinq ans (1), les quantités relatives des crimes et délits commis à chaque âge, je vois d'abord qu'année moyenne, on comptait 127 accusés âgés de moins de 16 ans; ce nombre a diminué graduellement, et il n'était plus que de 73 dans la dernière période.
Le chiffre annuel des accusés de 60 à 65 ans était de 126 dans la première période quinquennale; mais on
(1) La période de 1841 à 1844 ne compte que quatre années : la dernière colonne du tableau qui suit, renferme les moyennes des nombres donnés dans les quatre colonnes précédentes. (Voyez, plus haut, le tableau de la page 335.)
remarquera quil s’est soutenu pendant les trois périodes suivantes, qui ont donné successivement 118, 127, 127. Il en a été à peu près de même pour les différents âges ; les mêmes périodes de cinq années n’ont offert que de légères variations dans leurs différents chiffres.
Il suit de là que le nombre des accusés pour chaque âge a conservé une constance remarquable pendant les dixneuf années qui ont précédé 1845.
Cette constance même permet de conclure, avec une assez forte probabilité, que ce qui s'était produit d'une manière si régulière a dû se reproduire encore en 1845; en sorte que, cette année, on aura compté, pour chaque âge, environ respectivement le même nombre d'accusés âgés de 16 à 21 ans.
Or, en se servant de la table de population que contient l'Annuaire de France (voyez ci-contre), on peut estimer quil se trouvait dans le royaume 3,017,450 jeunes gens de 16 à 21 ans. La probabilité pour trouver un accusé parmi eux était donc x —0,0004. Pour un homme de 21 à 25 ans, la même probabilité était 0,0005, par conséquent plus forte. Les documents du passé nous montrent donc que l'homme de 21 à 25 ans a plus de chances pour être mis en accusation que le jeune homme de 16 à 21 ans.
Les probabilités 0,0004 et 0,0005, ou plus exactement 0,0003996 et 0,0005202, expriment ce que jai nommé le penchant apparent au crime, lequel peut différer du penchant réel, p. 327. Cependant, quand les mêmes faits se sont répétés pendant dix-neuf ans avec la constance que témoignent nos tableaux, il devient extrêmement probable que la différence peut être considérée comme étant à peu près nulle et que la réalité est conforme aux résultats des. observations. Nous disons, dans ce sens, que le penchant
au crime, en général, est plus fort de 21 à 25 ans que de 16 à 21, et que les intensités relatives sont comme les fractions données plus haut, ou bien encore comme 5202 à
Le tableau suivant fait connaître, d'après le même calcul, le penchant au crime pour les différents âges et pour chacune des périodes quinquennales. Afin de rendre les comparaisons plus faciles, les nombres de chaque colonne ont été réduits proportionnellement, de manière que leur total fût partout égal à 100. La dernière colonne renferme les moyennes des nombres contenus dans les quatre colonnes précédentes.