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fréquence plus ou moins grande permet de juger de la tendance plus ou moins forte à les produire. La tendance déterminée de cette manière n’ai rien d’absolu; il n'existe pas d'unité qui puisse servir de mesure; elle ne peut avoir qu'une valeur relative, c'est-à-dire une valeur comparativement à une autre tendance de même nature. Ainsi, en supposant qu'un million d'hommes de 35 à 40 ans donnent lieu à deux fois autant de mariages qu'un million d'hommes de 45 à 50 ans, on dira que la tendance au mariage chez les premiers est double de ce qu'elle est chez les seconds.
5. La tendance déduite de l'observation des faits n’est qu'apparente, et, dans certaines circonstances, elle peut différer considérablement de la tendance réelle. C'est ce qui à lieu pour les empoisonnements, par exemple; car, malgré l’activité de la justice, un grand nombre de ces crimes restent toujours inconnus.
6. On peut, dans bien des cas, substituer les tendances apparentes aux tendances réelles. Ainsi, d’après les documents de France, on compte, toutes choses égales, deux fois autant d'empoisonnements de 45 à 50: ans que de 00 à 60. La tendance à l'empoisonnement, pour le premier âge, est donc double de ce qu'elle est pour le second; et il est permis de croire que cette tendance apparente s'accorde avec la tendance réelle, si la justice est aussi active pour atteindre les coupables de 45 à 50 ans que ceux de 55 à 60 äns. Dans ce cas, les nombres que l’on compare sont, à la vérité, plus faibles que les nombres réels, mais ils se trouvent diminués dans le même rapport. |
7. Il ne faut comparer entre eux que les faits homogènes : ainsi, les documents généraux de la justice criminelle, en France, ne sont pas comparables aux documents généraux que publie annuellement l'Angleterre sur les
opérations de ses tribunaux, et lorsque en France même on établit des comparaisons, ce ne peut être que pour les crimes de même nature.
8. En se bornant à un même ordre de faits recueillis dans un même pays, il arrive encore que ces faits n’ont pas tous la même importance ; ils varient entre eux par une infinité de nuances. Cependant, quand on opère sur un grand nombre d'hommes, il en est de leurs qualités morales comme de leurs qualités physiques : on peut supposer un terme moyen autour duquel tous les éléments observés viennent se grouper, les uns en plus, les autres en moins. Il y a plus, leur arrangement se fait d'après une loi déterminée, qui est la loi de possibilité et qui est la même pour tous les faits soumis à l'influence de causes accidentellés. |
Ce sont, en définitive, les moyennes que l’on compare entre elles, et ces moyennes sont d'autant plus dégagées des effets de toutes les causes accidentelles, que les observations s'étendent sur un plus grand nombre d'hommes.
9. Les principes précédents ont été appliqués à la formation d’une fable de criminalité, c'est-à-dire d'une table qui indique, pour les différents âges, les degrés du penchant au crime. Or, il se trouve que la loi du développement du penchant au crime est à peu près la même pour la France, pour la Belgique, pour le grand-duché de Bade et pour l'Angleterre, pays pour lesquels ces observations sont bien connues aujourd'hui.
Cette loi, disons-nous, s’est reproduite identiquement la même, d'après les résultats individuéls de chaque année; et l’on peut jusqu’à certain point l'exprimer de la manière suivante : |
Le penchant au crime, vers l’âge adulte, croît très-rapidement; il atteint un maximum et décroît ensuite, mais avec
lenteur, jusqu'aux dernières limites de la vie. Cette loi paraît constante et n’éprouve de modifications que dans la grandeur et l'époque du maximum.
En France, pour les crimes en général, le maximum se présente vers 24 ans; en Belgique, cette époque critique arrive un peu plus tard; en Angleterre et dans le grandduché de Bade, au contraire, elle s'observe plus tôt.
Il existe également une différence pour les sexes : en France, le maximum pour les hommes arrive une année environ plus tôt que pour les femmes, et il est quatre fois plus grand.
On observe aussi une différence pour la nature des crimes : ainsi, pour les crimes contre les propriétés, le maximum devance de deux ans environ celui du penchant au crime contre les personnes, et il est deux à trois fois plus prononcé. Si l'on considère en particulier les principaux crimes, ils se présentent, pour la précocité, dans l'ordre suivant : le vol, le viol, les coups et blessures, les meurtres, les assassinats, les empoisonnements et les faux de toute espèce.
10. Le suicide est également soumis à une loi qui diffère de celle de la criminalité. Le penchant au suicide, déjà développé dès l'enfance, croît sensiblement vers l'âge adulte et va continuellement en augmentant jusqu'à la vieillesse la plus reculée, eu égard aux chiffres de la population.
Cette dernière loi, qui se vérifie d'année en année, comporte une probabilité presque aussi forte que la loi de la mortalité ordinaire. Il y à plus, non-seulement les suicides sont à peu près, chaque année, en même nombre, mais en les séparant par groupes, d'après les instruments qui servent à leur exécution, on trouve encore la même constance.
Cette distribution cependant, constante pour chaque
pays, diffère sensiblement en passant d'un pays à l’autre. Il suffirait, sans doute, de modifier les causes qui régissent notre système social, pour modifier aussi les résultats déplorables que nous lisons annuellement dans les annales des crimes et des suicides (1).
(1) Une partie de ce chapitre a été présentée sous forme de mémoire à l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Bruxelles en 1846, et a été insérée dans le tome XXI des Mémoires de ce corps savant. M. De Decker, depuis ministre de l’intérieur, et M. Van Meenen, vice-président de la cour de cassation, furent invités, selon le règlement, à faire chacun leur rapport sur ce travail. Contrairement aux usages, ces deux savants littérateurs, au lieu de rapports, firent chacun un mémoire d’un grand intérêt sur le même sujet, de l'Influence du libre arbitre de l’homme sur les faits sociaux, dans lequel ils considéraient d'une manière approfondie la même question, mais en la traitant sous des points de vue différents. Sans suivre la même marche et en s'appuyant sur des motifs de conviction dissemblables, les trois mémoires adoptaient cependant les mêmes conclusions, en insistant sur les diverses considérations que faisait naître une discussion pareille.
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DE L'HOMME MOYEN ET DU SYSTÈME SOCIAL PROGRÈS ULTÉRIEURS DE CETTE ÉTUDE.