CHAPITRE II
DES PROGRÈS ULTÉRIEURS DE NOS CONNAISSANCES SUR LES LOIS DE DÉVELOPPEMENT DE L'HOMME.
Je n'ai pu présenter dans cet ouvrage qu'une esquisse incomplète du vaste travail qui reste encore à faire; mais les difficultés étaient trop nombreuses et les matériaux que je devais mettre en œuvre, trop défectueux, pour que je pusse me hasarder plus avant sur un terrain presque entièrement nouveau. Cette étude, du reste, offre trop d'attraits, elle tient par trop de côtés à toutes les branches des sciences, à toutes les questions les plus intéressantes de la philosophie, pour ne pas trouver des observateurs zélés qui chercheront à la porter plus loin et à la réduire de plus en plus en corps de science. Cependant il sera bien difficile de marcher d'un pas sûr, avant d'avoir réuni plus de lumières et d’avoir plus d'observations exactes que nous n’en possédons maintenant. C’est de la bonté des matérlaux que doit dépendre la solidité de l'édifice.
Il faudrait, dans ces sortes de recherches, produire toujours avec soin les documents originaux, en indiquer
les sources et donner tous les renseignements qui peuvent en faire apprécier la valeur. Ces documents devraient être tels, qu'on pût en déduire rigoureusement les moyennes et les limites entre lesquelles tombent les valeurs particulières. J'ai été forcé moi-même de dévier plus d'une fois de la route que je voudrais voir suivre par d'autres, parce que, pour rendre mes idées sensibles, j'ai dû mappuyer sur des exemples. |
Il serait également à désirer que chaque fois qu'on emploie des nombres et qu'on en déduit des résultats, on eût soin de calculer les erreurs probables. Il ne suffit pas de posséder des matériaux, il faut encore en connaître la valeur. Un des plus grands défauts des statistiques actuelles est de présenter indistinctement, sur la même ligne, tous les nombres que l'on a pu recueillir et de les faire concourir à un même résultat, sans tenir compte de leur importance ni de leur valeur probable (1). Cette confusion doit nécessairement apporter de grands obstacles à la marche des sciences et faire prévaloir pendant longtemps encore des erreurs dangereuses.
Il est une autre recherche qui ne mérite pas moins d'attention. Il ne suffit pas en effet de reconnaître qu’un effet dépend de plusieurs causes, il est extrêmement important de pouvoir assigner le degré d'influence de cChacune de ces causes; c'est à démontrer la possibilité de trouver une mesure convenable pour une pareille appréclation que je vais mattacher en terminant ce travail.
Il faut d'abord admettre en principe que là où il n'existe point de causes variables, les effets produits seront con-
(1) Des traités, publiés comme statistiques, ne renferment souvent que des observations si imparfaites et si peu nombreuses qu’on ne peut même les considérer comme éléments de véritables statistiques, ayant un but utile. Si l’on ne peut éviter d’en faire usage, il faut moins en prévenir de leurs défectuosités.
stamment les mêmes; et que plus les causes seront, variables, plus aussi les effets varieront en général dans des limites étendues. Ainsi, en supposant que la volonté de l'homme agisse indépendamment de toute loi fixe et dans les sens les plus divers, les plus désordonnés, on devra - nécessairement trouver que les effets produits présenteront également les anomalies les plus grandes, et des écarts qui varieront dans les limites les. plus larges. Or, ce sont ces écarts quil convient d'examiner et de mesurer.
Pour fixer nos idées, supposons qu'on veuille rechercher s1l existe des causes en général qui modifient la répression du crime, ou la sévérité avec laquelle on punit les coupables. Il faudra recourir nécessairement à des observations recueillies avec soin; et si les résultats annuels ne sont pas constamment les mêmes, on sera forcé d'admettre que les variations proviennent ou des erreurs des observations, ou de l’influence de causes locales, ou de l’action de causes morales inhérentes à l'homme. En se livrant à de semblables recherches, on trouve effèctivement que ces éléments varient selon les temps et les lieux. Or, comme le nombre des causes influentes probables peut être extrêmement grand, il convient de les étudier individuellement ; c'est ainsi que nous pourrons d’abord écarter de nos résultats les causes influentes relatives aux localités, en prenant toutes nos observations dans un même pays; et que nous éliminerons aussi les causes influentes qui tiennent à la périodicité des saisons, en faisant porter nos recherches sur toute l'étendue d'une année, sauf à revenir ensuite sur l'appréciation de toutes les causes influentes prises séparément.
En réunissant les documents statistiques que présente la France pour ses cours d'assises et pour les six années qui précèdent 1831, on trouve :