‹ Physicale socialeChapitre 134 sur 151 · QE · texte numérisé non relu

QE

Une des plus riches conquêtes scientifiques faites depuis la Renaissance est due au génie de Pascal. Nous en avons parlé au commencement de cet ouvrage; on en trouve aussi un historique rapide dans la savante introduction que l’illustre sir John Herschel a bien voulu nous autoriser à joindre à notre écrit.

On a pu remarquer que les beaux travaux mathématiques auxquels la Théorie des probabilités a donné naissance, étaient plus particulièrement dirigés vers l'astronomie et les grands problèmes de l'univers ; à l'exception de la théorie de la mortalité humaine et de quelques questionsimportantes de la physique sociale, tels que les tables d'assurances, ce genre de calcul était loin d’avoir pris un développement convenable. Il ne pouvait, en effet, en être autrement : Le défaut de liberté dans les États, et le manque de documents nécessaires qui pussent fixer l'attention des observateurs sur la nature de leurs recherches et sur les calculs qui y devenaient applicables, empêchérent pendant longtemps le savant de s'occuper des probabilités relatives à l'homme.

Quand, à la suite de la révolution française et des profonds bouleversements qui agitèrent l’Europe, les savants purent se rapprocher entre eux, observer ‘sérieusement les choses humaines et soumettre au calcul les sciences qui appartiennent à son domaine, on sentit le besoin de s'occuper de ce qui touche l’homme de plus près et de résoudre des problèmes dont les éléments de calcul avaient manqué jusque-là.

On vit alors plusieurs des hommes les plus distingués dans les sciences et les lettres tourner leur attention vers les différentes branches de la statistique. Pour ne parler que de la France, l’auteur de la Mécanique céleste publia la Théorie analytique des probabilités ; Jean-B. Fourier enrichit le recueil des mémoires statistiques sur Paris de plusieurs travaux des plus remarquables ; Poisson donna ses Recherches sur la probabilité des juge-

ments on matière criminelle et en matière civile; Lacroix, son Traité élémentaire du calcul des probabilités; MM. Charles Dupin, Bienaymé, Villermé, de Chateauneuf, Demonferrand, etc., publièrent également des ouvrages qui donnèrent à la statistique une extension toujours croissante, en prenant surtout en considération les besoins les plus actifs de la société. |

La théorie appliquée, si longtemps perdue de vue, faute de documents certains qui pussent servir à ses recherches, faisait des progrès toujours croissants, La statistique sortit alors du cercle dans lequel elle avait cru devoir se renfermer : ses recherches dévinrent générales; mais on en fit les abus les plus graves, et tout en appréciant ses avantages, faute de connaître les règles dont on ne pouvait s'écarter, on fut conduit aux résultats les plus douteux. Généralement, de nos jours, bien des hommes qui se croient imbus des doctrines nécessaires, seraient dans l'impossibilité de dire ce qu'est un résultat probable, douteux ou incertain, et, en général, ce qui constitue la probabilité plus ou moins grande qui forme sa valeur : ces nuances n'ont aucun prix à leurs yeux, ou plutôt toutes sont égales entre elles. C'est ainsi que des gouvernements ne craignent pas de confier à des mains inexpérimentées les intérêts les plus chers qu'ils ont à défendre ; et l'on voit se ruiner, sans paraître y prendre garde, des intérêts sacrés qui concernent des orphelins ou des veuves.

Pendant un séjour temporaire que je fis à Paris, il y a un demi-siècle environ je fus honoré de la bienveillante amitié de M. Bouvard, qui voulut bien me présenter à l'illustre auteur de la Mécanique céleste, dont il était le collaborateur pour la partie des calculs et des observations. J’eus le bonheur alors de pouvoir profiter des conseils de ce grand géomètre et de me concilier l'affection de plusieurs des savants les plus distingués de France, qui 86 réunissaient ordinairement autour de lui.

Plus tard, Jean-Bapt. Fourier, l'auteur de la Théorie mathématique de la chaleur, voulut bien me témoigner également des sentiments de bienveillance dont je garde précieusement le souvenir. J'eus le bonheur de jouir des leçons de ces grands maîtres, et je relis encore avec reconnaissance les encouragements qu'ils voulurent bien me donner. « Je suis flatté, me disait Fourier dans sa premiére missive, des expressions bienveillantes de votre lettre, Je n'ai fait que rendre justice au travail que vous nous avez transmis. Les sciences statistiques ne feront de véritables progrès que lorsqu'elles seront confiées à ceux qui ont approfondi les théories mathématiques. II me sera toujours très agréable de seconder les vues de votre savante Académie et les vôtres par les communications qui peuvent dépendre de moi, L'Académie des sciences de l'Institut et l'administration de la ville de Paris m’autorisent à vous offrir toutes les relations que MM, vos confrères jugeraient utiles aux intérêts des sciences. Je suis présentement occupé de la publication de mes recherches sur l'analyse algébrique. Ensuite je traiterai de nouvelles questions de la théorie analytique de la chaleur et spécialement celles qui se rapportent au système du monde, Lorsque le cours de vos affaires vous

Page 1