‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 13 sur 99 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De l'intérêt du Commerce : ce qu'on doit entendre par cette façon de parler. — Il n'est point, chez un peuple de commerçants, le même que chez une nation agricole. — Véritable idée du commerçant. Ce sont les consommateurs et non les commerçants qui font le Commerce. — Opposition entre les intérêts particuliers des commerçants et l'intérêt commun des autres hommes.

Que le commerce extérieur, selon qu'il se comporte bien ou mal, enrichisse une nation ou l'appauvrisse, c'est une vérité que personne ne

» 11 sera plus facile à beaucoup de gens de se scandaliser de cette expression de La Rivière, que de réfuter les explications qu'il en donne. Que de livres où, fiole d'être remonté aux principes de la science pure, on a déraisonné complètement à propos du commerce tant intérieur qu'extérieur ; et où l'on ne s'est pas aperça, par exemple, qu'il n'y avait que sous le régime de la liberté que les profit* des capitalistes qui font le commerce dussent être considérés comme un accroissement de la richesse nationale ! — V. Dialogue sur le commerce, p. 175-176. (E. D.)

9 11 y a de graves conséqueuces pratiques à déduire de cette vérité. Cependant, plus la consommation s'opère loin du lieu de la production , plus les frais de commerce deviennent considérables ; et comme ces frais forment un revenu pour Ici agents du commerce, ces derniers se persuadent qu'il y a là une augmentation du revenu national.

Cette illusion serait fort innocen'e si de leur esprit elle ne passait dans celui do législateur, et ne nous valait alors, pour enrichir le pays , une foule de mesures qui produisent , en réalité, l'effet contraire. (jrp D.j

L'OHDR£ NATUREL DES SOCIÉTÉS POUTlQl I S

il révoquer en doute, mais qui se trouve tellement dénaturée par la n bizarre de l'interpréter, que les hommes ne peinent convenu enlre eux de ridée qu'on doit se former de Yintérél du commerce : je s;us qu< il ce qu oo nomme Yintéret du commerce est l'intérêt de

i font le commerce; carie commerce n'est point un être particulier. Maïs quels sont ceux qui font le commerce? Voilà ce que les politiques auraient du nous expliquer pour nous mettre d'accord. Ils conviennent uniformément cependant que, par Yintérit du commerce, on doit cuire Yintérit de la nation ; mais, demandez-leur ensuite ce que c'est l'une nation considérée comme corps politique; de quels hommes elle est essentiellement " composée, et quels sont les liens qui les tiennent unis entre eux ; demandez-leur si Vintérét de ta nation^ vu dans le cornmerce, est un intérêt commun a tous ses membres, ou s'il n'est qu'un intérêt propre a une classe particulière ; alors vous royea les opinions se dhi les contradictions qu'elles présentent les armer les unes

contre les autres; chacun, d'après l'idée qu'il se forme d'une nation, et d'une uation par rapport an commerce, fabrique îles principes, et sur ces principes factices établit un système dont il prétend qu'on ne peut s'écarter que tout De soit perdu,

La méprise la plus commune sur ce qui constitue l'intérêt du cornmerct, celle même dans laquelle sont tombés des hommes k grande réputation, c'est de confondre l'intérêt commun de la nation relativement commerce avec l'intérêt particulier des commerçants nationaux, qui

1 I/ixole de Quesuay ne considérait, comme membres essentiels de la nation un du corps politique, que les propriétaires fonciers et les chefs de l'industrie agricole. Cette opinion est tout-à-fait conséquente aux points suivants de sa doctrine, qull il pas perdre de vue, pour bien entendre Mercier de La Rivière : JJ n'y a d'autres richesses que tu subsistances ei les matières premières. U quantité qu'en recueille annuellement un pays, limite la quantité de travail industriel et commercial que ce pays peut entretenir.

rmlne également la puissance de l'État, puisqu'elle décide de la quoliu* de la portion du produit net du sol qull est possible de consamr aux Mi publiques.

rie, manufacturière et commerciale, est une dépense qu'il importe de réduire le plus possible, tant dans Tintërêt de la classe agricole et propriétaire que dans Imitai de VÉiat,

u, Turbot etCondoreet ne se montrent-ils pas, dans leurs écrits, moins favoble* qui* la Rivière aux propriétaires du soh n On a pu sans injustice, dit le dernier, regarder les propriétaires comme formant essentiellement la société ; et si ou ajoute que chez tous les peuple* cultivateurs les limites du territoire sont celles où s'arrêtent les droits de la société ; que les propriétaires de fonds sont les seuls qui soient attaché* à ce territoire par des liens qu il., ne peuvent rompre sans renoncer â leur utre, quVnllu eux seuls portent ràillemeni le fardeau des dépenses publiques, il

pourtant ne sont que les instruments du commerce : en conséquence on n'a plus jugé de l'importance et de Futilité du commerce que par ta fortunes de ces commerçants ; sans examiner aux dépens de qui ce* fortunes sont acquises, ni pour qui elles sont disponibles, on s'est bonnement persuadé que la nation s'enrichissait quand on voyait ces même* commerçants s'enrichir; ce n'est que dans leurs opérations qu'on a considéré le commerce ; et c'est à leur intérêt personnel exclusif, présenté comme étant l'intérêt général, qu'on a sacrifié les intérêts corn* muns de tous les membres essentiels * d'une nation.

Un des moyens les plus puissants dont on se sert pour fortifier et entretenir cette illusion, c'est d'alléguer des exemples; d'attacher nos regards sur quelques peuples de commerçants enrichis par le commerce seulement ; de les présenter comme des modèles à suivre par toutes ta nations9. On s'est laissé séduire par ces prétendus exemples, sans faire aucune attention à la différence qui doit se trouver entre les intérêts de ceux qui trafiquent les productions des autres et les intérêts des propropriétaires de ces mêmes productions : et qui ne voit pas que ces déni positions n'ont rien de commun ; que leurs intérêts sont diamétralement opposés entre eux ; que la manière dont les salariés s'enrichissent n'esi point la même que celle qui enrichit ceux qui les payent ? Par quel excès d'aveuglement a-t-on donc pu confondre, et prétendre assujétir aui mêmes polices, les intérêts de ces peuples de commerçants, qui ne trouvent point chez eux les productions qu'ils trafiquent, et les intérêts des

sera difficile de ne pas les regarder comme étant seuls les membres essentiels de cette môme société ( Vie de Turgot, p. aai). »

Quant à Turgot, personne n'est plus explicite que lui sur ce point, notamment dans le Mémoire sur Us Municipalités et la Lettre au docteur Priée (Yoy. ses OEuvres, t. H, p. 511, 512, 807 et 808).

Si Ton songe que cette doctrine s'alliait chez les Physiocrates au respect le plus profond de la propriété personnelle et mobilière, que leur prédilection pour les propriétaires fonciers ne les empêchait pas de rejeter sur ceux-ci tout le fardeau des charges publiques, et qu'ils repoussaient énergiquement toute distinction ou privilège non justifie par l'intérêt général, peut-être inclinera-t-on à croire qu'elle ne renferme rien d'hostile à cet intérêt. C'est du moins ce qu'essaie d'établir, dans ce chapitre et les suivants, l'auteur de YOrdre naturel qui , défenseur intrépide de la liberté, montre qu'elle seule peut mettre d'aecord, au profit de la masse des travailleurs, l'intérêt capitaliste et l'intérêt terrien.

Au surplus, Adam Smith lui-même, dans le parallèle qu'il trace du rapport que présente avue l'intérêt général de la société l'intérêt propre des propriétaires, des capitalistes et des travailleurs, semble adopter pleinement les vues de l'École de (Juesnay [Rick, des nat., 1. 1, p. 321 et suiv., édit. Guillaumin). (E. D.)

1 Voy. la note précédente.

* Voy. Dialogue sur le Commerce, p. 1*5 et suiv.

L'ORDR] ML ULS SOCIÉTÉS POLITNM ES. 551

jloIcs et productives, qui cueillent sur leurs propres lerrii productions qu'elles commercent entre elles? i très différent de servir le commerce ou de faire le commerce : il rst très différent encore èè trafiquer ou de commercer \ Le vottorier, il par terre, sert le commerce, mais ne le fait pas; lecomnuaire,qui ne fait qu'exécuter les ordres qu'en lui donne, sert le mais ne le fait pas; le commerçant, qui acheté et revend h \ues et pour son compte, sert le commerce, mais ue le fait pas, •mlant (ail quelque chose de plus que les deux premiers : il fro/Eyy«, et les autres ne trafiquent point; mais trafiquer n'est pas corn- .Ou trafique, quand on achète et revend tes marchandises dont d'au k»d1 premiers propriétaires; on commerce, quand on tire de m propre fonds les marchandises qu'on échange contre des valeurs queli autres marchandises ou en argent \ Ainsi, celui qui trafique 'iniiie espèce de salarié qui, par son industrie, parvient à B'aper une partie des richesses des autres hommes; et ceux qui corn- I, ne font en cela que jouir de leurs propres richesses* Kd prenant le terme de commerce dans la plus grande étendue qu'on m rier, nous avons vu qu'il n'en est que deux espèces : celui des prudttr.lions en matières premières, et celui de l'industrie ou travaux de aiaiiH Ces deux sortes de commerce sont utiles l'un à l'autre ;

ut entre eux, en ce que le second ne peut absolument dilater sans le premier, au lieu que le premier peut exister sans le seront il est le germe et l'aliment

r.ut à souhaiter qu'on ne perdit jamais de vue les rapports essen-

trouvent entre ces deux espèces de commerce, et que jamais

roulût renverser Tordre immuable de leur génération; il sérail i

1 Gstxpliealmtis supposent qu'il n'y a pas d'autres commerçants que les produites propriétaires , opinion que srl'eravy formule en ces termes : tnt pr ceiseioent que rechange de productions brutes mi modifiées, « ^tant te principe et l'objet, elles seules formant les ventes et fournissant leurs pajemeuts , il s'ensuit que les cultivateurs et tes propriétaires -eut* et vrais commerçant puisque c'est à eux seuls qu'appartient toute la n, qu il n'Appartient qu'à eux de la distribuer à leur gré ; que ce nVst ils qu'on peut obtenir la portion qu'il leur conTientd'en céder, et que, , ils en sont les seuls vendeurs {Principes du commerce opposé ait "'Mmrwf.jp, 40 (E.

I te marquis de Mirabeau, dans sa Philosophie rurale^ ou

m des bons écrits économiques du iS* siècle, s il n'était surcharge

inquaitdc méthode, « m un commerce de productions, elle

imitions d'ouvriers et de commerçanl*. Le premier rend

nature ï le second ne vend qm ûm dépenses de

• — *i!rf i •-*::. :-. ,. - ^ rr -^ -Hi^nis. ilÉinlfiA

—-iffrt n^zt-si:^ or —-.Tuigr i z.trfk an* e sûh de laquelle îh ■•-■îii'-i:: La-isâÊf-. -* .^ ~:.i .- ifiict> lî *r îtiiirrs-sent après qilk

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pr'jjin- rn^rr^irJi-''. s^n^ d <u»r» - ri# h*>»-^- qui r»:sli!ii»:..t en entier se* d e penses. U' \a vii'fit 'jij'* <*' -t'/jiful r-ommw»: ii*ï ﻫ>netr*ï pa» chez !»** peuple qui habitent d» fjfdprfi, av;tfif fpif. 1«-, i^rrH, y wierit ferti!i-«e« par ces peuple» [T. 111, p. iSûO, édfc. in lu *l« I/^,. .. VE. D.)

1 V. plu-, huit, r#-laii\ wnent » cet aplnri^me, la note de la page 196.

1 Ici, <* u ut m: <lan-> sc^ analyses subséquente.^, I.a Ki vitre entend par consommait un la v\,w, wrictAv et la classe propriétaire, y compris le souverain et fis

considérés comme premiers vendeurs et comme derniers acheteurs, sont les causes du commerce; car ce sont eux qui le provoquent et l'occaaoanent La matière du commerce est la masse de toutes les choses comnerçables fournies par les consommateurs. La fin du commerce est la ««sommation de ces mêmes choses commerçables , et les moyens du ^commerce sont tous les instruments, tous les agents par les procédés desquels on parvient à cette consommation. Ce n'est donc qu'en qua- Elé de moyens que les commerçants tiennent à cet ensemble que nous appelons commerce; il est évident que les consommateurs, qui sont les causes du commerce, qui fournissent les matières du commerce, et dont htilité réciproque est la fin du commerce, sont ainsi ceux qui font véritablement le commerce.

On regardera peut-être comme un pointillage, comme une dispute de mots, ce que je viens d'observer sur les termes dont nous nous servons. Cest cependant pour y avoir attaché des idées vagues et superficielles ipenoiis nous sommes égarés au point de prendre les effets pour les dues, et le voiturier pour le premier propriétaire même des marchandises qu'il transporte. Quand on oppose à des préjugés établis des vérités «portantes et rigoureuses, on ne peut mettre trop de précision dans les idées qu'on attache aux termes dont on fait choix : ces vérités ne sont susceptibles ni de plus ni de moins; à cet égard, le plus ou le moins ne serai qn'erreur et contradiction.

Il en est du commerce comme des procès : ce ne sont point les officiers tttolternes de la justice qui les font, à moins qu'ils n'en aient en leur propre et privé nom; dans tous les autres cas ils ne sont que les instruments du procès; il est vrai qu'ils peuvent bien les susciter, les multiplier, en grossir les frais; mais enfin les procès, lors même qu'ils les occasionnent, sont toujours entrepris par les parties et pour les parties ; les prétentions et les intérêts de celles-ci forment la matière des procès; ce sont donc elles qui les font : aussi est-ce par elles que les frais en •ont payés. Nous devons dire la même chose des agents du commerce : ils sont pour le commerce des instruments dont chaque consommateur

agents, aux besoins desquels il est pourvu par une portion du produit net ; non qu'il Wrille dire que la classe stérile ne consomme point, mais parce que ses consommations, prises sur la masse générale des subsistances et des matières premières, éliminent d'autant la part des deux autres classes. Les Physiocrates regardaient le commerce et l'industrie comme une dépense. En fait, les envisageons-nous d'un œil différent nous-mêmes, puisque sans cesse nous tendons à rapprocher les distances P*r le perfectionnement des moyens de transport et des voies de communication, et à diminuer la main-d'œuvre eu substituant l'emploi des machines à celui des bras delTumime? (E. D.)

55/i MERCIER DE LA RIVIÈRE.

se sert au besoin pour pratiquer les échanges qu'il se propose; mais lors même qu'on emploie leur ministère, ce ne sont point eux qui font commerce des choses qui entrent dans ces échanges, ce sont au contraire les consommateurs qui le font réellement entre eux par l'entremise de ces agents; et ces derniers, en les servant ainsi, ne font véritablement d'autre commerce que celui de leurs travaux qu'ils échangent contre des salaires.

Ceux qui prétendent que par l'intérêt du commerce nous devons entendre l'intérêt de ceux qui font le commerce, ont donc raison dans le principe ; et ils auraient raison encore dans les conséquences, s'ils n'avaient pas mis les commerçants h la place des consommateurs, s'ils avaient voulu voir que ce sont ceux-ci, et non ceux-là, qui font le commerce. Il est donc à propos de leur faire connaître le point flxe dans lequel ils se sont mépris.

La conséquence qui résulte de ces observations, c'est qu'il n'y a que deux sortes d'hommes qui soient essentiels au commerce : le premier vendeur et le dernier acheteur consommateur; aussi commercent-ils sonvent entre eux directement et sans agent intermédiaire; les circuits que fait une marchandise, les changements de main qu'elle éprouve, les reventes qu'elle occasionne ne sont point le commerce , quoique le commerce soit leur objet : ces opérations ne sont en elles-mêmes qu'un mouvement intermédiaire entre le lieu de la production et celui de la consommation, entre le premier vendeur et le dernier acheteur-consommateur. Ce mouvement intermédiaire est celui de la chose commercée, qui part toujours de celui-là pour arriver h celui-ci, et qui, comme je l'ai déjà dit, fait des frais sur la route, mais n'acquiert point une nouvelle valeur \

Au premier coup-d'œil , les intérêts de ces deux hommes paraissent être entre eux en opposition , et cela parce que le vendeur veut vendre cher, cl le consommateur acheter h bas prix; mais un ordre naturel, an ordre immuable a pourvu, et pour toujours, à la conciliation de leurs intérêts, quelque nombreuse que puisse être la multitude des vendeurs et des acheteurs.

Chaque marchandise jouit dans le commerce d'un prix qui lui est propre, et qui est principalement déterminé par l'utilité ou l'agrément dont elle est, et par les dépenses que sa reproduction ou sa main-d'œuvre exige. Ce prix doit être aussi nécessairement relatif aux facultés des consommateurs. Mais que signifie cette dernière façon de parler? Elle veut dire que le prix d'une marchandise ne pouvant être payé que par le prix d'une autre marchandise, etquechaque consommateur ne pouvant acheter

plus haut, la note do la page 194.

>rtiOQ de ce qu*il vend, il s'établit nécessairement , ainsi que

variant de l'impôt, un équilibre entre les valeurs vénales

mniervables, équilibre qui fait que le prix de

ré sur le prix des autres; qu'ainsi la somme des choses à

habituellement balancée par la somme des moyens que les

utd pour les payer*

libre ne peut être dérangé qu'accidentellement : si le prix

d'une marchandise s'élevait au-dessus de son niveau, il n'y aurait plus

ms« il .< mateurs en état de racheter ; d'ailleurs tous les hommes

raient de profiler de sa faveur, et se feraient y Fenvi vendeurs

• i chandise ; on la verrait donc bientôt perdre tout son

par un effet nécessaire de la concurrence, dont le propre est

de\< rabais.

toutes les différentes circonstances qui concourent a fixer les Eiales des rhosescommerçables, la concurrence assigne natuaque espèce et qualité de marchandise, le plus haut prix |ue vendeur puisse se proposer de vendre, et le plusbasprix acheteur puisse se proposer d'acheter, Il existe ainsi nattent une puissance despotique qui marque le prix auquel chaque oamatcur [►eut acheter, parce qu'elle marque le prix auquel il peut tendre : chaque vendeur ne peut donc parvenir & renchérir habituellement s, qu'en se sou mettant aussi a payer habituellement plus cher les marchandises des autres vendeurs ; et par la même raison, chaque (amateur ne peut parvenir h payer habituellement moins cher ce -, qu'en se soumettant aussi à une diminution semblable sur les choses qu'il vend.

parquez ici rumbien sont vaines les spéculations deceux qui, dans

se proposent de faire parvenir une espèce de production k

us liant prix possible, et a son dernier degré possible d'abondance,

r à procurer les mêmes avantages aux autres productions dont

doivent opérer la consommation et le payement de celle qu'on

iser* Un tel projet est précisément celui de vouloir établir plus

«leurs que d'acheteurs, plus de choses à vendre que de moyens

s payer. En vain on se llattera de trouver un débit suffisant chez

certainement, dans Tordre général de la nature, ils ne

\ qui sont destinés a consommer la majeure partie des

de mure territoire; leur consommation a des bornes natu-

parce que les moyens qu'ils ont pour acheter nos productions

comme leur population. D'ailleurs, ils ne peuvent nous payer

hangeant des productions de leur crû; ainsi chaque fois

jus voulez augmenter chez vous l'abondance d'une de vos produc-

lions, et vous en assurer le débit à son plus haut prix possible, il faut nécessairement que vous mettiez votre nation en état de faire plus de consommations, soit de ses propres productions, soit de celles des autres nations. Mais pour cet effet il faut aussi que vous vous occupiez également de l'abondance et du bon prix de toutes les autres productions nationales; par conséquent que vous ayez grande attention de faire cesser tout ce qui peut être contraire aux intérêts des cultivateurs. A cette condition , vous verrez toutes les valeurs qui doivent être échangées les unes contre les autres, se multiplier en même temps, et s'acheminer d'un pas égal vers leur meilleur prix possible; vous verrez aussi l'industrie nationale et la population croître en raison de votre abondance, qui par ce moyen trouvera toujours dans l'intérieur de la nation un nombre suffisant de consommateurs en état de mettre an boa prix aux choses qu'ils consomment : c'est dans l'ensemble que réside la perfection de l'ordre qui procure h chaque partie son meilleur état possible. Si vous perdez de vue la chaîne des rapports, vous ne pouvez plus vous promettre de grands succès : quelque sages que soient vos opérarations à quelques égards, dès qu'elles n'embrassent pas le tout, elles ne vous serviront que faiblement ; encore seront-elles sujettes à des inconvénients.

Qu'on ne m'objecte point que les hommes qui vendent et achètent, ne se conduisent pas sur ces spéculations philosophiques; j'en conviens; mais aussi, comme dit Pope, voyons-nous que l'auteur de la nature a greffé sur un sauvageon un arbre qui porte des fruits excellents : la cupidité, qui divise le vendeur et l'acheteur dans leurs projets, est précisément ce qui les rapproche et les concilie dans la pratique : c'est cette cupidité, ce désir de jouir qui devient l'âme de la concurrence, et la met en étal de donner despotiquement des lois aux vendeurs comme aux acheteurs.

Il n'est point ici question de rendre les hommes philosophes et profonds pour qu'ils puissent garder toutes les proportions qui doivent se trouver dans les échanges qu'ils font entre eux : ces proportions s'établissent d'elles-mêmes, parce qu'il est physiquement impossible qu'elles ne s'établissent pas, parce qu'il est physiquement impossible que la somme des ventes excède habituellement celle des moyens que les consommateurs ont pour acheter; parce qu'il est physiquement impossible qu'une partie des marchandises renchérisse, et soit néanmoins consommée en totalité, si l'autre partie des marchandises, dont le prix sert à payer la première, ne renchérit à proportion ; parce qu'il est physiquement impossible qu'alors le manque de débit ne fasse pas cesser le renchérissement, et ne rétablisse pas l'équilibre dans les valeurs.

Lorsque je veux vendre pour 100 francs de marchandises, qui sans votre consommation deviendraient superflues, et ne seraient pour moi Aucune utilité, mon intérêt est que vous ayez une valeur quelconque de 100 francs à me donner en échange ou en payement : supposons donc que vous soyez en possession de cette valeur, mais aussi que vous n'ayez rien au-delà : si je prétends doubler le prix de cette marchandise que vous devez consommer, vous ne pouvez plus en acheter que la moitié, ii moins que je ne consente qu'en me vendant, vous doubliez aussi le prix de la vôtre, auquel cas il n'est pour vous et pour moi ni perte ni gain. Mais, si des circonstance passagères me permettent de vous faire la loi, il en résulte que vous perdez la moitié des jouissances que vous devriez avoir pour votre argent, et que moi, je n'y gagne rien, puisque dans notre supposition, je ne peux tirer aucun parti de ce qui me reste : de là s'ensuit qu'un tel commerce entre nous ne peut subsister, parce que je vous mets dans la nécessité de faire en sorte qu'il ne subsiste plus. C'est ainsi que je me prépare des pertes et des privations par une voie qui paraissait me conduire à l'augmentation de ma richesse.

Une fois que l'argent a été institué le signe représentatif de toutes les valeurs, il est devenu la mesure commune dont on s'est servi pour les énoncer et les peindre d'une manière sensible : on ne s'informe point du rapport que la valeur vénale d'une marchandise peut avoir avec celle de telle ou telle autre marchandise : Combien vaut-elle en argent? Quelle somme d'argent faut-il pour la payer? Voilà tout ce qu'on demande à savoir : nous sommes si peu dans l'habitude de suivre le fil des liaisons que les choses ont entre elles, que sans nous mettre en peine du rapport que cette même somme d'argent peut avoir avec les autres marchandises, nous croyons gagner beaucoup en donnant moins d'argent pour les choses que nous achetons, ou en recevant plus d'argent pour les choses que nous vendons. Il est pourtant naturel de ne priser le signe quà raiton de la chose qu'il représente.

Un homme qui ne cueille que du vin en augmente le prix en argent

de 25 pour 100; tandis que toutes les autres productions sont renchéries

de 50 : cet homme alors n'esl-il pas moins riche avec un revenu plus

considérable en argent? Changeons l'hypothèse, et disons que le prix en

argent de toutes les choses commerçâmes est diminué de 50 pour 100,

d que celui du vin n'est diminué que de 25 ; dans ce cas, ce même homme

rfest-il pas plus riche avec un revenu moins considérable en argent?

L'argent n'est qu'un gage, n'est qu'un signe représentatif des choses usuelles : c'est donc une bien forte méprise que de le prendre pour ces choses mêmes et de ne pas voir que les valeurs numéraires , les valeurs *n argent, ne sont que des noms, des termes que les hommes emploient

pour se communiquer leurs idées, et parvenir à faire entre eux de* échanges dont ils conviennent par le moyen de ces mêmes termes Aussi, comme je l'ai déjà dit, faut-il ramener toutes ces différentes idées à celle de rechange en nature ', et c'est le moyen de ne pas tomber dans cette méprise inconcevable, qui pourtant n'est que trop commune parmi nous.

Sitôt que nous ne verrons plus dans le commerce que des échanges en nature, nous regarderons les prétentions au renchérissement d'une marchandise comme autant de chimères, et les renchérissements euxmêmes comme des mots et rien de plus : toujours faudra-t-il que chacun reçoive telle quantité de telle ou telle marchandise, pour telle quantité de celle qu'il donne en échange : à vous permis de donner un grand nom à la valeur des marchandises que vous possédez ; cela m'est absolument indifférent, pouvu que, dans la réalité, les échanges des choses commerçâmes entre nous se trouvent toujours faits dans la même proportion.

Le nom des valeurs numéraires peut changer pour les marchandises, comme il change pour l'argent même : qu'un prince double la valeur**méraire de ses monnaies; en résultera-t-il qu'on pourra se procurer le double des marchandises pour la même quantité réelle d'argent? C'est ainsi que quand on laisse les mots pour s'attacher aux choses, on trouve que, malgré les changements qui surviennent dans les dénominations, la réalité se trouve toujours être la même; que les échanges des choses commerçâmes se font dans une proportion qui n'a rien d'arbitraire; que la concurrence enfin ne permet à personne de s'en écarter habituellement et cela par des raisons qu'il serait inutile de répéter.

Voilà comment les prétentions du vendeur et de l'acheteur, quoiqu'elles soient opposées entre elles , se concilient cependant parfaitement; voilà comment chacun d'eux est obligé de se soumettre à la loi qu'il reçoit de la concurrence; comment leur intérêt particulier se borne à profiter, tant en vendant qu'en achetant, des prix qu'elle a réglés : ceta posé, il devient évident qu'ils sont liés par an intérêt commun ; qu'i leur importe à l'un et à l'autre que leurs échanges occasionnent lemoinf de frais qu'il est possible; car il est de toute nécessité que ces frac soient à leur charge; aussi leur intérêt commun est-il tout l'opposé d< l'intérêt particulier des commerçants qui, profitant d'une partie de ce

1 L'importance de cette remarque égale sa justesse. On peut dire que tont ce qv s'est écrit de faux, dans le passé comme de nos jours, sur le commerce, tient prin cipalementà l'obscurité que jette la circulation monétaire sur la véritable nature de phénomènes économiques. (E. D.)

imi: NATUREL DES SOCIÉTÉS BOUTIQUES.

in\ a naturellement chercher h les augmenter, du moins dans

la partie destinée a rester dans leurs mains,

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