‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 27 sur 99 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Analyse générale des trois CI i^vs d'hommes qui composent les États policfe.

Aut. I *f. — Analyse morale,

II y a deux manières d'envisager la masse totale des Mens, ou la jme générale des jouissances utiles et agréables, qui IbuL la conservation ei le bien*êlre de l'espèce humaine sur la terre.

uns ne considèrent cette masse que dans son élatactuel ; ils la rerdenl comme si elle était nécessairement bornée a cet état : en conce, ils tâchent de s'en assurer une portion, la meilleure qu'il leur soit possible» et de rappliquer à leur bien-être particulier, sans penser aucunement a l'augmentation de la somme totale de ces biens, augmentation dont ils ne paraissent pas même soupçonner la possibilité,

autres, au contraire, prennent pour principe * que la fécondité « de la rialurc et l'industrie des hommes n'ont point de limites qu'on « puisse connaître et assigner; que la reproduction annuelle des sub- « si et des matières premières peut s'accroître sans cesse; que

* les richesses de consommation et de durée peuvent se multiplier « d'années en années ; qu'ainsi le nombre des hommes et leur bien-être t peuvent augmenter de plus en plus*» En conséquence, ils désirent •msemenl continuel et progressif : ils se font un devoir d'y conirilme r autant qu'il est en leur puissance*

hommes qui pensent ainsi dans la spéculation, et qui se conduisent

en conséquence dans la pratique, sont les vrais amis de l'humanité.

Mais il faut mettre une distinction entre ceux qui ne s'occupent à

■rer leur bien-être personnel qu'en s'attribuant a eux-mêmes une por-

1 des biens actuellement existants, sans penser et sans concourir ii

erotssement continuel et progressif de la masse totale.

uns usurpent, ou par la force on par la fraude, les fruits du travail d autrui; ils enlèvent a d'autres hommes des jouissances que ee travail leur aurait procurées; ou, ce qui revient au même, ils les emhent de se procurer ces jouissances. Ceux la sont criminels. Or, il y a, comme on sait, des degrés dans le crime ou dans l'usurpation des jouissant

Il est impossible d'usurper des biens sans causer une diminution

masse totale; c'est-à-dire, que toute usurpation rend , nécessai-

ueol et infailliblement, cette masse moindre qu'elle n'aurait été sans

nrpation ; car l'usurpateur emploie toujours une force, une industrie,

tinc avance plus ou moins grande, a dépouiller autrui. S'il les employait

à quelques travaux d'un des trois arts qui constituent les Klals policés,

les fruits de cet emploi ou de ce travail existeraient de plus.

La grandeur du crime est donc proportionnelle au délit ou à la destruction, c'est-à-dire, au préjudice que l'usurpation cause à la masse générale des biens, ou à la somme totale des jouissances utiles on agréables.

Presque toute usurpation de jouissances détruit beaucoup plus de biens qu'elle n'en attribue à l'usurpateur. Il en est de telle sorte que l'usurpateur détruit mille et mille fois plus qu'il ne jouit. Que ceux-là sont détestables, quand ils savent le mal qu'ils opèrent ! qu'ils sont malheureux, quand ils ne le savent pas ! Détruire, usurper, empêcher les jouissances : voilà donc le délit

Le contraire du crime qui détruit, c'est la bienfaisance, qui augmente la masse générale des biens ou la somme totale des jouissances par me espèce de création, c'est-à-dire, par l'accroissement continuel et progressif des travaux qui appartiennent aux trois arts caractéristiques des sociétés policées, k l'art social, à l'art productif, à l'art stérile.

La bienfaisance (j'entends la bienfaisance générale, en grand, qui a pour objet l'espèce humaine tout entiire, et non la bienfaisance particulière, en petit, qui a pour objet de compassion ou de générosité tel ou Id individu), la bienfaisance est doue proportionnelle à l'accroissement que reçoit la somme totale des jouissances utiles ou agréables, qui font le bien-être et la perpétuité de notre espèce.

Entre la bienfaisance créatrice et l'usurpation destructive, il y a la justice, quiconsiste à mériter sa portion dans la masse générale existante, sans concourir à son accroissement, mais aussi sans nuire, sans empêcher et sans usurper.

L'effet de la justice est de maintenir la somme totale des biens; c'est le premier besoin de l'espèce humaine en général, et le premier devoir de chaque homme en particulier; car il faut que quelque créature humaine souffre ou meurt quand on retranche quelqu'un des objets de jouissances.

Donc, à considérer les hommes suivant le mérite ou la moralité de leurs actions, il y en a qui concourent simplement à l'entretien de b masse des biens actuellement existants; il y en a qui concourent à l'accroissement continuel et progressif de cette masse; il y en a malheuresement qui concourent à sa diminution, qui détruisent, qui usurpent? qui empêchent.

Les premiers sont justes, les seconds sont bienfaisants, les autres sont criminels : c'est là ce que tout homme doit trouver écrit dans son âme.

Art. II. — Analyse politique.

Après s'être ainsi rappelé l'idée claire et précise du mérite moral des hommes et de leurs actions en général, quand on veut l'appliquer in

rNTfiOMJCTÎON \ là PHILOSOPHIE ÉCONOMIQ Gu9

il faut partager en trois classes tous les hommes qui composent iplc le plus innombrable d'un Etat policé.

classes sont relatives aux trois sortes d'arts qui caractérisent les sociétés polir*

Ainsi, les hommes occupés aux travaux de Fart social forment la pres; les hommes occupés aux travaux de Tari productif forment la seconde; les hommes occupés aux travaux de l'art stérile forment la troisième. Je range les trois classes suivant Tordre de leur causalité; t-Vdirè, suivant Tordre de I1 influence ou de Tetïieaeité des travaux de Tune sur les travaux de Tautre, et sur les fruits de ces travaux.

Je commence par analyser simplement ces trois classes, pour expliquer ensuite le plus clairement que je pourrai, comment, dans chaque diion des trots classes, les hommes peuvent, ou être justes, ou exercer la bienfaisance, ou se rendre coupables de délit.

CflAPITRE Ul.

Analyse particulière de la première Clause.

*l l'art social qui caractérise cette première classe, Elle renferme donc- tous les hommes dévoués k Texercice de Tautorité publique, ei ousceux qui remplissent les fonctions de l'administration priVéô, [ai font les avances foncières. Ce qui forme deux divisions de celte e classe, savoir : i* celle du souverain, et 2" celle des propriétaire fonciers,

< in L'appelle en général classe des nobles ou des propriétaires, et pour

abréger, classe propriétaire* En effet, la seconde division de cette classe

est totalement composée des hommes qui possèdent les héritages privés

ii sont chargés des avances foncières; ainsi, cette seconde division

forme proprement une classe propriétaire.

Mais, puisque la première division est composée de tous ceux qui exeri1 Tautorité souveraine, et puisque Tune des principales fonctions de itorîté est de former, de maintenir, de perfectionner les grandes propriétés publiques, qui rendent plus immédiatement le sot de l'État :eplible des travaux de Tart productif, et par conséquent de Tart stérile, on regarde encore avec raison Tautorité souveraine comme la première et la plus grande propriété d'une société policée, ses propriétés réellement étendues sur toute la surface de TÉtal* Le nom de propriétaire convient donc k Tune et à Tautre division de la première classe ; mais la nature même de ses fonctions et de ses droits la petit faire nommer aussi classe des nobles, et en ce sens, la noblesse, biru loin d*étre une chimère, ainsi qu'on le dit quelquefois, est une réalité

très utile aux empires civilisés, comme je le ferai voir par l'importance des travaux qui caractérisent cette première classe, et par leur influence sur la prospérité générale des États, pour le bien-être de l'humanité.

Art. Ier. — Analyse de la première division en trois ordres dp Mandataires du Souverain.

Tout État policé n'est proprement qu'une grande famille composée de plusieurs petites familles particulières, et l'autorité publique n'est que le devoir et le droit de pourvoir à l'instruction, à la protection, à l'administration universelle.

Mais le chef d'une famille particulière a souvent besoin de s'associer des coopérateurs pour l'accomplissement de ses devoirs et l'exercice de ses droits, parce que la multitude et la variété des soins qu'ils exigent demandent plus de forces physiques et morales qu'un seul homme n'en peut employer.

A plus forte raison, le chef de la grande famille, qui est le souverain, a-t-il besoin de s'associer, ou plutôt de mettre en mouvement une foale d'agents, sans lesquels il ne pourrait ni accomplir ses devoirs, ni exercer le droit qu'il a de pourvoir à l'instruction, à la protection, à l'administra* tion générale.

Ces agents sont les mandataires et les représentants du souverain dans tout ce qui regarde l'exercice de l'autorité publique; ils lui sont comptables de la manière dont ils s'acquittent des emplois qui leur sont confiés.

On doit donc distinguer trois ordres de mandataires, suivant les trois fonctions de l'autorité publique : ordre de l'instruction, ordre de la protection, ordre de l'administration.

Page 1