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II. — Principes fondamentaux des Monarchies économiques

La loi naturelle de la justice qui prohibe les délits, c'est-à-dire qui défend que nul homme se procure le bien-être personnel au préjudice d'un autre, soit par usurpation de ses propriétés, soit par empêchement mis à l'usage de sa liberté ; l'ordre naturel de la bienfaisance générale essentielle , qui fournit aux hommes les moyens efficaces et multipliés de se procurer le bien-être personnel, non-seulement sans délit, c'est-à-dire sans usurpation des propriétés, sans violation ou empêchement des libertés, mais encore en opérant, et nécessitanOpour ainsi dire, le bien-être d'autres hommes : tels sont les premiers principes fondamentaux des vrais monarchies économiques '.

1 Yoy. plus haut, Origine et progrès d'une science nouvelle , Jl, texte et notes.

INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ÉCONOMIQUE. 7/i9

Leur but, ou la Ko universelle vers laquelle tend essentiellement et sans cesse toute leur organisation politique, est le grand intérêt général, évident, éternel de l'humanité, c'est-à-dire la multiplication continuelle et progressive de tous les objets propres aux jouissances, utiles ou agréables , qui font la conservation et le bien-être de l'espèce humaine sur la terre.

Ce but des monarchies économiques est évidemment conforme au vœu de la nature, k l'attrait général et continuel qu'elle inspire k tous les hommes, au devoir naturel , qui nous est prescrit à tous impérieusement et sans relâche, de réaliser notre bien-être personnel , sous peine de souffrance et de mort

Respecter les propriétés et les libertés, c'est évidemment le véritable, le seul moyen de parvenir k ce but général, c'est-à-dire de satisfaire cet attrait, de remplir ce devoir naturel et universel de l'humanité sur la terre.

Propriété i c'est ce qui vous est propre ou spécial k vous particulièrement , non k un autre. — Il y en a de trois espèces : la première est radicale, c'est la propriété de votre personne, de vos organes corporels, de vos facultés intellectuelles.

Cette première propriété nous est accordée par la nature de la manière la plus inviolable, comme je l'ai rappelé ci-dessus, en réfutant le délire absurde et funeste des insensés qui s'imaginent pouvoir s'approprier réellement la personne d'autrui.

De cette première propriété, dérive nécessairement la première liberté; car qui dit liberté, dit usage raisonnable et légitime d'une propriété ou, pour être encore plus exact et plus précis, faculté non-empêchée de faire cet usage ou de ne pas le faire : définition essentielle et de la plus extrême importance, à laquelle je prie qu'on fasse ici toute l'attention qu'elle mérite, afin qu'on ne l'oublie jamais.

La liberté étant donc en général la faculté non-empêchée de faire k son gré un usage raisonnable et légitime d'une vraie propriété, la première des libertés est la liberté personnelle , relative h la première des propriétés.

La liberté personnelle est donc la faculté non-empêchée de faire a son gré un usage raisonnable et légitime de ses organes corporels, de ses qualités morales et intellectuelles.

Raisonnable et légitime, c'est-à-dire conforme k la loi naturelle de la justice par essence et k l'ordre naturel de la bienfaisance universelle.

Que l'homme prétende faire de sa propriété personnelle un usage fou contre lui-même, un usage criminel contre d'autres hommes, ce n'est pas de sa part réclamer la liberté, c'est s'accuser de démence et de délit;

c'est se déclarer aliéné de la raison, violateur de la loi naturelle, destructeur de Tordre bienfaisant, ennemi de l'humanité.

Or, ce n'est pas pour ce délire, pour cette destruction, que la nature nous a donné les organes corporels, les facultés intellectuelles, puisqu'elle nous inspire une répugnance indélébile, universelle, continuelle, pour les privations, les peines et la mort, qui sonl évidemment pour l'humanité les suites nécessaires et infaillibles des délits commis contre la loi de justice essentielle, contre son ordre de bienfaisance universelle; puisqu'au contraire elle nous donne un attrait général, indélébile et continuel pour la conservation et le bien-être, qui sont évidemment pour l'humanité les suites nécessaires et infaillibles de l'accomplissement de la loi de justice, de l'observation de son ordre bienfaisant

Liberté personnelle n'est donc pas licence effrénée d'user des ses facultés morales ou corporelles, même contre soi, même contre autrui ; ce qui serait ériger en principe le comble de la folie, consacrer les plus abominables forfaits, et dévouer l'humanité à toute espèce de destruction.

En user pour soi , c'est être homme sage et raisonnable. — En user, sans usurper nulle propriété, sans violer nulle liberté d'autrui, c'est être un homme juste. — En user de manière qu'il résulte un accroissement de bien-être pour l'humanité, c'est être un homme bienfaisant.

La seconde espèce de propriété s'appelle mobilière; tous les effets que vous avez acquis, ou que vous vous êtes rendus propres par l'usage raisonnable et légitime de vos facultés corporelles et morales, sont à vous a juste titre; ils composent votre propriété mobilière, et sont les fruits de votre propriété, de votre liberté personnelle.

Faire à votre gré, de ces objets qui vous appartiennent, tout usage légitime et raisonnable, c'est la seconde espèce de liberté. — Mais, parmi tous les emplois qu'on peut faire librement de ses propriétés personnelles et mobilières, il en est un plus important pour le bien-être de l'humanité, c'est celui de se former des propriétés foncières, c'est-à-dire d'employer ses facultés intellectuelles et ses effets mobiliers à la préparation d'un sol qu'on rend productif des objets propres aux jouissances utiles ou agréables.

Consacrer ainsi ses soins et ses richesses mobilières à la préparation fondamentale d'un fonds de terre qu'on rend plus utile, c'est en acquérir la propriété, c'est se le rendre propre et spécial. Dès que cet emploi de vos facultés et de votre richesse mobilière n'est infecté d'aucune usurpation de propriétés, de nulle violation des libertés d'autrui, c'est une propriété foncière légitimement acquise; c'est bien mieux encore, c'est un acte de bienfaisance, car le sol est rendu plus utile, plus fructifiant, et par conséquent il accroît la somme des jouissances qui sont indispen-

sables à notre espèce : le bien-être de l'humanité tout entière en augmente. Et cet accroissement n'est pas momentané, il durera plus ou moins, suivant la solidité des travaux ou des avances foncières.

Faire à votre gré, de vos héritages fonciers, tout usage légitime et raisonnable, c'est la troisième espèce de liberté, qui résulte de la troisième espèce de propriété.

Il est évident, comme je Pat fait sentir ei-dessus, que la loi naturelle de la justice par essence et l'ordre de la bienfaisance consistent en ces deux points : c premièrement, que nul homme n'usurpe les propriétés, que nul homme ne viole les libertés d'autrui »; secondement, c que chaque homme contribue le plus possible à procurer aux autres des propriétés légitimes, un juste et raisonnable usage de ces propriétés. * — Il est donc évident que le plus grand bien-être général de l'humanité dépend de la multiplication et du bon emploi des propriétés et des libertés.

Ces vérités sacrées sont le premier principe fondamental des monarchies économiques, et c'est en conséquence de cette première idée qu'on s'y forme celle de l'autorité souveraine, qui est le second principe fondamental.

Le pouvoir de faire exécuter le mieux possible la loi naturelle de la justice par essence, l'ordre naturel de la bienfaisance universelle, c'est ainsi qu'on définit X autorité suprême dans l'analyse des monarchies vraiment économiques.

Garantir toutes les propriétés d'usurpation, toutes les libertés de violation, c'est donc la première fonction de l'autorité : elle est relative à la justice essentielle.

Diriger, faciliter, aider de mieux en mieux l'acquisition des propriétés, l'usage des libertés, c'est la seconde fonction de l'autorité : elle est relative à la bienfaisance universelle.

Bien loin que propriétés et libertés soient deux opposés à'autorùé, ee sont au contraire évidemment les deux corrélatifs; l'un est l'objet à procurer, l'autre est le moyen; l'un est la cause, l'autre l'effet.

Ces principes lumineux et salutaires une fois établis, la farce fui domine et V autorité, sont évidemment deux choses totalement différentes.

La force supérieure, naturelle ou factice, ou simple, ou réunie, peut et doit servir l'autorité. J'ai tâché d'expliquer comment l'art social combine ainsi les forces physiques et morales, de telle sorte qu'elles remplissent en effet le but général des monarchies économiques, ce vœu de la nature pour le bien-être des hommes, qui consiste dans l'accomplissement de la loi de justice et de son ordre de bienfaisance.

L'emploi des forces supérieures que fait agir l'autorité, est alors aussi saint, aussi respectable, qu'il est actif et imposant; mais ce n'est pas parce qu'elles sont forces supérieures ,' c'est parce qu'elles agissent, de par l'autorité, pour remplir son vrai devoir et pour atteindre à son vrai but, qui est en même temps le vœu de la nature, le bien de l'humanité entière.

Mais il est malheureusement trop vrai que les forces combinées à l'effet de servir l'autorité, peuvent être employées a un objet tout contraire; qu'elles peuvent être mues par l'orgueil et la cupidité, qu'elles peuvent opérer l'usurpation des propriétés, la violation des libertés; alors, elles sont simplement forces opprimantes, et ne sont point autorité.

En effet, le véritable caractère essentiel de l'autorité, c'est principalement que chacun des soins qu'elle prend et des travaux qu'elle accomplit, est véritablement l'auteur ou la cause d'un grand bien pour la société, pour toute l'humanité.

Cette qualité d'auteur ou de cause première dans l'ordre naturel de la bienfaisance générale, rend l'autorité si respectable et si sacrée aux yeux de la raison, que l'on ne peut, sans se rendre pour ainsi dire coupable de lèse-majesté, confondre les forces opprimantes, vexatoireset usurpatrices, avec le devoir et le droit de faire régner la loi naturelle de la justice par essence, l'ordre naturel de la bienfaisance générale, droit qui est évidemment l'autorité.

La force opprimante et usurpatrice, mise en usage par la volonté déraisonnable, par l'orgueil exalté, par la cupidité envahissante de qui que ce soit, n'est jamais que délit, qu'attentat contre la raison et l'humanité.

Dans les personnes privées, toute force oppressive et usupatrice résulte de leurs propriétés ou facultés actuelles ; mais user de ces propriétés, de ces facultés pour attenter aux propriétés et facultés d'autrui, ce n'est pas liberté, c'est crime.

Ce principe est de la plus suprême évidence. Si la supériorité de la force légitimait tout usage des facultés qui la rendent actuellement supérieure (ce qu'on appelle vulgairement droit du plus fort), il n'y aurait pas la moindre différence morale entre celui qui, pour son plaisir seul, dévorerait les entrailles de sa mère vivante, et celui qui s'exposerait généreusement au plus grand danger connu pour sauver la vie de plusieurs milliers d'hommes, et pour assurer leur bonheur. Paradoxe absurde, qui n'a pu tomber dans l'esprit que de quelques systématiques, prétendus philosophes, dont l'imagination s'était échauffée par degrés dans l'ombre de leurs cabinets !

Avoir une force privée actuellement supérieure à telle ou telle autre, c'est donc un résultat de vos propriétés. N'être empêché par qui que ce soit d'en faire un bon et légitime usage, c'est liberté; en user pour usurper les propriétés ou pour violer les libertés d'autrui , c'est crime ou délit.

Avoir une force combinée par les procédés de l'art social, supérieure à toutes les forces privées, c'est l'apanage de la souveraineté; en user pour l'observation de la loi naturelle de justice et pour le règue de Tordre naturel de bienfaisance , c'est exercer V autorité; en abuser, au contraire, pour usurper les propriétés et violer les libertés, pour contredire la loi naturelle de justice, pour renverser l'ordre naturel de bienfaisance, il est évident que ce n'est pas la même chose.

Usage et abus des forces sont, pour tous les hommes quelconques, précisément les deux contraires. — Vouloir effacer cette différence indélébile par rapport à l'autorité, qui est l'usage des forces combinées par l'artsocial et supérieures à toutes les forces privées; usage, c'est-à-dire emploi légitime et salutaire qui est auteur ou cause de bien-être, cause primitive, féconde, et par conséquent digne de respect, d'amour et de reconnaissance;

Vouloir en transporterie nom, les caractères et les droits à tout emploi queconlquede ces forces, fût-il même l'emploi le plus opposé à la loi naturelle de justice, à l'ordre naturel de bienfaisance, le plus usurpatif des propriétés, le plus oppressif des libertés, le plus destructif du bienêtre de l'humanité, c'est évidemment contredire d'une part la raison, la règle essentielle du bien et du mal moral; mais c'est aussi , d'autre part, dégrader l'autorité de son caractère bienfaisant par essence, lui ravir le plus précieux de ses avantages, celui de ne mériter jamais qu'amour, respect et reconnaissance.

Rien n'est donc plus intimement correspondant l'un à l'autre, que les propriétés, les libertés et l'autorité : bien loin qu'il y ait jamais entre elles aucune opposition ou contrariété, cette union, cette corrélation est si intime, si essentielle, que tout emploi de forces quelconques, oppressif des libertés et usurpatif des propriétés, est précisément et directement le contraire de l'autorité. — Tels sont les principes fondamentaux, constitutifs, des monarchies économiques; ils sont simples, évidents, honorables et salutaires a l'humanité : ce sont les premières règles de la politique publique, honnête et bienfaisante. — Les relations qu'ils font naître et qu'ils maintiennent entre le souverain et les sujets sont toutes d'union, d'utilité, de services réciproques, de concours ou de tendance au même but, d'association de travaux, de partage équitable et amical

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15k L'ABBÈ BAUDEAU.

du fruit de ces travaux. — Cette sage et heureuse correspondance roule sur deux pivots, qui méritent la plus sérieuse attention.

Il faut premièrement que le souverain puisse exercer l'autorité tulélaire et bienfaisante par lui-même et par ses mandataires de tous les grades; il faut que nul ne puisse aimer des forces combinées pour l'exercice de cette autorité.

Mais comment l'intelligence humaine peut-elle organiser une société policée de telle manière qu'il en résulte ce pouvoir d'exercer l'autorité tutélaire et bienfaisante, avec cette impossibilité d'abuser des forces au préjudice des propriétés et des libertés? C'est un des plus grands et des plus importants problèmes de l'art social.

Les plus grands génies de l'antiquité, les plus illustres d'entre les philosophes modernes, se sont occupés de la solution de ce problème, et leurs opinions spéculatives n'ont pas été moins variées que les systèmes pratiques des nations anciennes et nouvelles.

Deux objets principaux, qu'on a communément beaucoup moins considérés que tous les autres, sont pourtant la clé de toutes les difficultés réelles ou apparentes de ce problème. — L'un est celui qui fournit les vrais moyens d'exercer l'autorité, l'autre est celui qui empêche le plus qu'il est possible que nul n'abuse de ces moyens, en faisant un emploi déraisonnable, injuste et fatal des forces qu'ils rassemblent.

C'est ici le lieu de développer ces deux grands objets, les plus essentiels de ceux que l'art social ait à régler dans les sociétés policées, pour la prospérité des États et le bonheur de l'humanité.

Le premier est la perception vraiment économique des revenus publics; le second est l'instruction générale aussi vraiment économique, d'où résulte l'opinion universelle et populaire. J'ai donné ci-dessus les premiers principes relatifs à ces deux points capitaux des monarchies, et j'ai promis de les traiter plus en détail quand il s'agirait de concilier ensemble l'autorité et la liberté, qu'un absurde et funeste préjugé regarde comme les deux opposés les plus inconciliables, pendant que, dans la réalité, l'un est la cause et l'autre l'effet, comme j'ai déjà commencé de le prouver, et comme j'espère le persuader intimement, dans le développement des deux grandes questions qui vont nous occuper.

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