‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 48 sur 99 · JJ'IV :.LS, H · texte numérisé non relu

JJ'IV :.LS, H

816 L'ABBÉ BAÙDEAU.

postérité? auquel des deux Etats trouveriez vous plus honnête et plus doux d'avoir contribué?

Il est impossible que des hommes raisonnables, en formant une pareille question , ne sentent pas que la solution en est évidente, et de la plus suprême évidence.

Il n'est donc pas vrai, de par la nature, de par la loi de la justice et l'ordre de sa bienfaisance, que les nations soient même indifférentes aux nations; à plus forte raison, est-il faux et abominable de penser et de dire qu'elles leur soient ennemies.

Quelques hommes peuvent malheureusement être ennemis des hommes, et ceux-là sont faciles a reconnaître ; ce sont ceux qui empêchent ou qu\ détruisent les productions et les jouissances qui en résultent , c'est-à-dire, ceux qui concourent à dégrader quelque part que ce soit l'art social, l'art productif, les arts stériles ; c'est-à-dire, ceux qui opèrent quelque part que ce soit usurpation des propriétés, et violation des libertés : ceux-là, quels qu'ils puissent être, sont évidemment des ennemis.

Non-seulement, en considérant les maux qu'ils font à l'humanité, on n&peut regarder leurs attentats que comme évidemment criminels et détestables; mais encore, en considérant leur motif et leur but, on ne peut s'empêcher de les trouver manifestement absurdes.

Que cherchez-vous à vous procurer par ces hostilités ouvertes ou cachées contre d'autres nations, dont les effets désolent nécessairement l'humanité? de la gloire et des richesses, de la puissance.

Mais est-ce qu'il n'y a pas une gloire attachée à la bienfaisance, sur tout à la bienfaisance des souverains ? est-ce que les vertus même imparfaites du bon Numa, de Titus, de Trajan, de Marc Aurèle, ne les ont pas immortalisés autant que les conquêtes d'Attila, de Gengis-kan , de Tamerlan?

Est-ce que les paciliques empereurs Ya-o, Chun et Yu , fondateurs de l'instruction et de la prospérité chinoises, dont la mémoire est sans cesse bénie et adorée sans interruption par cent millions d'hommes depuis plus de quatre mille ans, et commence à l'être dans notre Europe même, peut-être pour continuer des milliers de siècles, n'ont pas acquis une vraie gloire ?

Mais, est-ce qu'on s* enrichit jamais par des usurpations? Comptez ce que vous avez dépensé de biens, de temps, d'industrie pour désoler et envahir quelques-uns des cantons de la terre; si vous en aviez employé le tiers seulement en avances souveraines sur votre propre territoire, vous y auriez multiplié les productions, les hommes et les arts, et vous vous seriez fait un revenu dix fois plus grand que celui qui peut

résulter de vos usurpations, un revenu qui serait le fruit juste et légitime de la bienfaisance, qui n'aurait point fait répandre de sang humain, qui n'aurait fait, qui ne ferait répandre de larmes que celles du plaisir.

Mais la puissance est fille de la richesse, sunout de la richesse qui vient de justice et de bienfaisance; la triste, l'absurde, la cruelle envie, qu'on a voulu décorer, sous le nom de politique, du titre de science d'état, ne s'occupe qu'à f'pier les accroissements de la puissance d'autrui , qu'à les empêcher, qu'à les détruire. Que de soins, que de dépenses n'emploie-t-elle pas pour obtenir ce succès !

Le quart de ces avances et de cette intelligence, employé à fonder votre propre puissance , vous mettrait au - dessus de ces progrès qui vous paraissent si redoutables. Au lieu d'assaillir sans cesse dix ou douze nations, c'est-à-dire la malheureuse humanité, c'est-à-dire ceux de vos propres citoyens qui profiteraient par communication du bien que vous empêchez, que ne vous faites -vous vous-même riche et puissant du fonds de ces dix ou douze guerres sourdes et déguisées ?

Quelle émulation ! et combien elle est absurde ! Que diraient-ils ces hommes si supérieurement habiles, à ce qu'ils imaginent, s'ils voyaient un propriétaire particulier former le dessein de tenir sa richesse toujours égale à celle de ses voisins, et pour y parvenir, mettre ses soins, sa dépense, non pas à cultiver ses terres, à bonifier ses avances foncières , à bien assurer le débit de ses denrées, mais à troubler les dépenses de tous ses voisins , à faire dégrader secrètement leurs édifices, leurs fossés, leurs plantations, à leur disputer les eaux, les marnes, les engrais, à les laisser perdre pour lui-même, plutôt que de permettre qu'ils en profitassent, à faire périr autant qu'il pourrait de leurs récoltes, à éloigner d'eux les acheteurs? Quel jugement porteraient-ils d'une pareille conduite? ne décideraient-ils pas que cet homme est insensé et furieux ?

Eh bien! est-ce que les nations considérées comme telles, sont autre chose que de grands propriétaires de terres ?

Que les hommes jugent par là du mérite réel de ces inventions désola trices, dont la basse adulation et l'ignorance servile ont Tait tant de cas.

Si les souverains et leurs mandataires se livrent aux idées bruyantes de guerres, de conquêtes, ou aux idées sombres de cet art qu'on appelle politique, c'est uniquement faute de connaître combien de gloire, de richesse, de puissance leur procurerait l'exercice paisible, juste et bienfaisant de leur autorité.

Dans l'état actuel où se trouve la civilisation de l'Europe , consi-

dérez quel est l'empire où le retour k Yordre bienfaisant de la nature, rétablissement de la véritable instruction morale économique universelle , de la plus simple et plus infaillible protection , de la seule véritable et légitime perception du revenu public et des vraies dépenses souveraines d'administration, ne porteraient pas la gloire, la richesse , la puissance du souverain à un degré infiniment supérieur aux résultats des guerres ouvertes ou cachées, même les plus heureuses !

C'est donc évidemment sur la sagesse aulant que sur la justice qu'est fondée la politique honnête et bienfaisante , qui n'établit entre les nations que des relations de paix, d'unité d'intérêt, de fraternité, de liberté et d'immunité du commerce, de respect inviolable pour les propriétés et les libertés.

N'usurper aucune propriété, ne violer aucune liberté, c'est la loi des nations, c'est-à-dire que c'est le seul lien qui doit les arrêter dans l'usage de leurs propriétés et de leur liberté; c'est la loi de toutes les classes de chaque société; c'est la loi de chaque individu qui les compose; c'est h cette seule condition que peut être rempli le devoir naturel de pourvoir, suivant l'attrait qui nous y sollicite sans cesse, i notre conservation , et à noire bien-être.

liÉSUMÉ GÉNÉRAL.

Rassemblons dans Tordre le plus clair qu'il nous sera possible les principes économiques dont l'évidence doit être désormais assez frappante pour saisir tous les esprits attentifs.

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