‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 54 sur 99 · CHAPITRE III. — Des productions annuelles et de leur distribution · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — Des productions annuelles et de leur distribution

Vous avez distingué, Madame, dans la récolte annuelle ou production totale, deux portions essentiellement différentes, savoir : les reprises du cultivateur et le produit net appartenant au propriétaire ; vous savez maintenant Part fort simple de discerner Pun et Pautre, de les apprécier et de les calculer.

Vous devez donc en ce moment vous peindre à Pesprit toutes les productions naturelles qui viennent d'être recueillies par les hommes des mains de la nature, dans l'espace d'une année ; les minéraux, les fruits, les animaux de tonte espèce,

productions divisées en deux parties, dont la première forme les reprises, et dont la seconde forme le produit pet

Nous allons voir maintenant à quoi doivent et peuvent être destinées ces productions, dont le total a formé la récolte annuelle ; nous allons en suivre la distribution, c'est-à-dire, Madame, qu'après avoir considéré dans le premier chapitre les avances qui précèdent, préparent et opèrent la récolte, après avoir considéré dans le second cette récolte en elle-même, nous allons analyser ce qui la suit

1° Distinction fondamentale des productions naturelles y par r objet de leur destination.

Vous devez, Madame, vous familiariser avec une idée bien simple, mais bien grande et bien utile, qui vous servira désormais dans toutes vos réflexions et vos études économiques ; la voici : Toutes les productions naturelles se divisent en deux espèces, dont l'une s'appelle subsistances, et l'autre matières premières des ouvrages de l'art

Pour que cette distinction se grave mieux dans votre esprit, nous allons l'expliquer en peu de mots.

2° Des subsistances en général

Vous voyez déjà, Madame, que, par le mot général de subsistances, nous devons entendre toutes les productions naturelles qui se consomment pour la nourriture des hommes. Ainsi, le mot de subsistances comprend les animaux, les boissons, les remèdes même.

L'homme civilisé emploie souvent beaucoup d'art à préparer ses mets et ses liqueurs usuelles ; mais il nous est aisé de ne pas confondre ici, comme ailleurs, la forme et le fond, la matière et la façon.

Nous parlerons ensuite de ce qui concerne l'art ou l'industrie ; nous ne nous occupons ici que de la matière physique, dans l'état où la met le cultivateur avant qu'elle sorte de ses mains.

Ainsi, Madame, dans le pain mollet qu'on sert sur la table de votre déjeûner, nous ne considérons que le blé qui va être consommé pour votre subsistance ; dans votre chocolat, que la vanille, le cacao, le sucreet les épiceries qui vont vous servir d'aliment; nous les considérons dans leur état brut et sortant des mains du cultivateur français, asiatique, américain, ou de tout autre qui lésa produites et récoltées. Voilà, Madame, ce qu'on appelle, d'un seul mot, les subsistances.

Si vous vouliez, Madame, une curieuse question de mots, propre à faire disputer deux cents ans tous les Hibernois, s'ils apportaient jamais leur chicane dans la science économique, je pourrais dès à présent vous en donner le plaisir, en mettant le bois que vous brûlez ou faites brûler dans votre maison, au catalogue de vos subsistances ; car enfin le bois n'est ni bu ni mangé, mais seulement brûlé pour votre usage.

Cependant, comme il est vrai que cette consommation subite du bois réduit en cendres dans vos foyers, et le peu d'art qu'on emploie pour le mettre en bûches

ou fagots, ne ressemble point dn tout à l'usage que vous faites de ces bois de rose ou de violette qui s* usent si doucement dans votre commode ou dans votre chiffonnerie, nia l'art qui les polit, les taille, les assortit, pour vous en faire un meuble de bon goût ; vous aurez la bonté de décider vous-même si le bois à brûler doit prendre place parmi les subsistances ou parmi les matières premières des ouvrages de l'art : je suis presque persuadé que vous ne ferez pas, à l'ébène ni au bois de Sainte-Lucie, l'injure de les confondre avec les bûches et les fagots.

J'ai encore une proposition à vous faire qui n'est pas trop civile ; mais enfin que voulez-vous, Madame ? la philosophie n'y regarde pas de si près, il faut bien lui passer quelque chose, surtout quand elle tend à l'utile. U faudra donc me permettre ici de passer sur votre compte, à l'article des subsistances, le foin, la paille, l'avoine, que mangent vos chevaux ; quant aux gens que vous nourrissez, c'est un article qui ne souffre aucune difficulté.

Je crois maintenant que le mot subsistances est suffisamment éclaircl

3° Des matières premières en générai

Ce n'est pas le tout, Madame, que de manger et boire, encore faut-il être vêtu, logé, meublé, porté, amusé, etc.

Faites sur votre ajustement, sur votre hôtel, sur tous vos meubles, équipages et bijoux, la même distinction que nous faisions tout à l'heure sur le pain mollet et le chocolat de votre déjeûner. Laissons à part la façon : cette dentelle n'est qu'un écheveau de fil ou quelques onces de lin ; tout votre habit se réduit à quelques cocons de ver à soie, et à quelques portions de plantes ou de minéraui pour le teindre ; votre montre, vos pendules, ne sont qu'un peu d'or, de cuivre, d'acier et de sable, et cette belle tapisserie des Gobelins n'est tout bonnement que la toison volée à quelques pauvres brebis des champs.

Vous allez vous récrier, sans doute, que je vous fais une triste anatomie des chefs-d'œuvre de l'art; il le faut bien, Madame. Au reste, nos distinctions ne gâtent rien ; vos bijoux et vos parures n'en sont pas moins précieux ni moins agréables, pour être composés de matières premières, telles que la laine, la soie, le chanvre, les bois, les métaux , produites totalement brutes par la nature, recueillies de ses mains et peu façonnées par les cultivateurs ; mais assorties, polies, arrangées, mélangées de toutes les manières par l'industrie des artisans et des artistes, pour en faire des ouvrages utiles ou agréables.

Je crois que, désormais, le mot de matières premières ne sera pas moins intelligible que celui de subsistances.

k° Des façons, ou de Fart et de Vindustrie.

Vous concevez dès à présent, Madame, ce que signifie la façon, et en quoi consiste l'art de donner aux productions naturelles une forme utile ou agréable.

A chaque jour, à chaque instant de votre vie, vous faites usage des productions de la terre pour vous procurer une existence douce et commode, vous jouissez des bienfaits de la nature et des ouvrages de l'art.

Ces jouissances utiles et agréables sont plus ou moins abondantes, plus ou moins

variées, suivant le sort des hommes, mais à chaque fois que vous en profitez, vous pouvez distinguer, comme nous venons de le faire, les productions naturelles en elles-mêmes, des assortiments, des mélanges, des façons et décorations qu'elles ont reçus de l'art ou de l'industrie.

Pour parler d'abord des objets les plus simples, de ceux qui sont employés en subsistances, vous sentez , Madame , en ouvrant un pâté chaud, qu'il ne faut pas confondre le pâtissier avec le laboureur dont le blé produisit la farine, avec la fermière qui vendit les pigeonneaux, avec celle qui fournit le beurre, avec le jardinier qui ût venir les artichauts et le pêcheur qui prit les écrevisses ; vous n'aurez pas plus de peine à discerner, dans un de vos meubles, les productions naturelles et les façons, et par conséquent à distinguer dans votre esprit celui qui a recueilli les matières des mains de la nature, et celui qui les a façonnées, ou mises dans l'état où vous en faites usage.

Ainsi, Madame, voici trois mots qui ne vous seront pas étrangers, producteur, façonneur, consommateur. Prenez pour exemple votre ottomane; producteurs, ce sont les gens qui font valoir à la campagne, qui ont recueilli le bois, le crin, la soie, le fer, l'or, les ingrédients naturels qui servent aux teintures ; voilà les matières premières de votre ottomane : façonneurs, c'est le menuisier, le sculpteur, le doreur, le fabricant d'étoffe, et tous ses ouvriers subalternes, le tapissier et tous les siens. Le consommateur, c'est vous, Madame, qui usez tout cela et qui en jouissez.

5° Des diverses espèces de consommations.

En réfléchissant ainsi, vous devez sentir, Madame, une distinction naturelle entre les diverses manières de consommer, dont l'une est relative aux subsistances, l'autre aux matières premières.

La consommation des subsistances est une consommation, totale et subite celle des matières premières employées par l'art est lente et partielle; on peut dire même tout simplement que les unes se consomment par la jouissance et que les autres s'usent seulement : c'est la manière de parler la plus ordinaire, et nous aurons besoin par la suite de cette distinction. Les édifices publics ou privés, sont les ouvrages de l'art qui durent le plus; les meubles solides viennent ensuite, surtout ceux qui fatiguent peu; puis les instruments et vêtements, qui ne sont usés qu'au bout d'un temps plus ou moins long.

Au contraire, les aliments, les liqueurs, les boissons, les médicaments, les bois à brûler, les parfums et autres choses semblables, se consomment sur-le-champ, et s'anéantissent en entier par la jouissance.

6° Du trafic et des traficants.

Les productions naturelles, qui se consomment en subsistances ou qui s'usent en ouvrages, ont souvent besoin d'être voiturées ou négociées depuis le lieu de la première récolte et de la fabrique jusqu'aux consommateurs; c'est-à-dire, jusqu'à ceux qui les achètent pour s'en nourrir, s'en vêtir, s'en meubler ou s'en amuser.

Yods voyez, Madame, dans un simple déjeûner , réunies sous vos yeux et sous Vos tnains, les productions de tous les climats et des deux hémisphères. La Chine a vu former ces tasses et ce plateau ; ce café naquit en Arabie; le sucre dont vous l'assaisonnez fut cultivé en Amérique par de malheureux Africains ; le métal de votre cafetière vient du Potose ; ce lin, apporté de Riga, fut façonné par l'industrie hollandaise ; et nos campagnes ne vous ont fourni que le pain et la crème.

C'est l'art du négoce et du trafic qui rassemble ainsi toutes les productions naturelles, plus ou moins façonnées, le traficant les achète pour les revendre ; c'est un ministère utile. Les services agréables qu'il nous rend méritent un honnête salaire. C'est un objet dont il faudra nous occuper.

Contentons-nous, quanta présent, de remarquer un seconde espèce d'hommes agissants, qui ne s'occupe point directement de la récolte future, qui ne pense point aux travaux productifs, qui ne fait à ses frais ni les réparations foncières, ni les avances primitives, ni les dépenses annuelles.

De même que les ouvriers façonifeurs s'occupent des productions naturelles, après la récolte, pour les diviser, les polir, les tailler, les réunir, les assortir ; de môme les traûcants s'occupent après la naissance, et souvent après le façonnement de ces mêmes productions, à les acheter de la main de ceux qui les ont fait naître ou de ceux qui les ont fabriquées, pour les revendre à ceux qui les doivârt oser ou consommer, afin de mériter d'eux un juste salaire.

7° Des artistes et des gens à talent.

Il est encore, Madame, dans les États qu'on appelle policés, et surtout dans les grandes villles, une espèce d'hommes qui ne s'occupe ni à faire naître les productions naturelles, ni à les façonner, ni à les trafiquer. Ils ne servent ni à tos aliments, ni à vos meubles, ni à vos parures. Ils ont , Madame, pour la plupart , une fonction bien plus importante dans l'opinion des riches, celle de vous amuser.

Ici , Madame, doivent se ranger dans votre esprit tous les arts agréables ; h poésie , la musique , la peinture , la sculpture et tout ceux qui marchent à leur suite.

La médecine, la jurisprudence contentieuse, la littérature et les sciences même, peuvent en quelque sorte trouver ici leur place ; il faut nécessairement y ranger tous ceux qui profitent et qui vivent des travaux de leur esprit.

Ce n'est pas que l'instruction , la véritable , l'utile instruction , n'ait dans la société civile un rang plus distingué, comme nous l'expliquerons, Madame, quand nous parlerons de l'autorité; mais il ne s'agit ici que de consommation , ou de jouissances, et des moyens de se les procurer.

8° Ces trois espèces réunies forment la classe stérile.

Il a fallu , Madame , réunir sous un seul mot , et caractériser par une seule idée naturelle, tous les hommes qui n'ont point une influence directe sur la production, qui ne préparent pas les récoltes par eux-mêmes, et qui ne font à leurs frais et dépens ni les avances foncières , ni les avances primitives de l'eiploitation , ni les avances annuelles de la culture.

EXPLICATION DU TABLEAU ÉCONOMIQUE. 8/i7

Nous avions nommé les cultivateurs classe productive, parce qu'ils opèrent la production comme causes, par leurs dépenses, parce qu'ils la préparent directement et immédiatement

La classe propriétaire n'avait pas besoin d'un autre nom ; parce que sa propriété indique les avances foncières, et tout ce qui prépare la culture, dont l'effet est la production.

Jusqu'à présent , Madame , notre échelle était simple et naturelle. La classe propriétaire fait et entretient à ses frais les avances foncières , qui rendent la terre propre à être cultivée ; ce sont les premiers apprêts , les préliminaires les plus éloignés, d'où s'ensuivra la production, mais seulement d'une manière médiate, par le moyen de la culture ou de l'exploitation.

La classe productive fait et entretient à ses frais les avances primitives et les avances annuelles de la culture, d'où résultent immédiatement la récolte des productions naturelles.

La troisième classe , qui n'est pas productive, et qu'on a nommée par cette raison classe stérile, façonne ou trafique les productions naturelles, ou même ne fait que les user et les consommer. Cette classe renferme tous les ouvriers ou fabricants, tous les marchands détaillants, ou en gros, les artistes ou les gens à talent, de quelqu'espèce qu'ils puissent être ; en un mot , tout ce qui ne fait pas, à ses propres frais les dépenses productives, foncières, primitives ou annuelles.

9° Objections contre le mot de classe stérile.

Croiriez-vous , Madame, que cette division si simple de la société en trois classes principales, relativement à la production et aux récoltes, a souffert de très grandes difficultés. Le mot stérile a révolté l'amour-propre; on a imaginé qu'il signifiait classe nuisible , classe inutile à la société.

Certainement, vous êtes trop raisonnable pour croire ni l'un ni l'autre. C'est un service très agréable que vous rend chaque jour la personne qui vous frise, c'est un art très utile que celui du boulanger et du cuisinier ; vous savez de même apprécier l'industrie de ceux qui fabriquent des étoffes pour vos meubles et vos vêtements.

Mais aussi , vous savez , Madame, que produire et façonner sont deux opérations toutes différentes, quoique très utiles et très agréables l'une et l'autre , et prenant pour boussole, 1° le moment de la récolte; 2° les avances qui la pré|iarent ; 3° les façons qui la suivent , vous ne pourrez jamais vous abuser sur les caractères distinctifs de la classe productive et de la classe stérile.

Il y a cependant une seconde difficulté, plus subtile, mais qui n'est pas plus difficile à éclaircir, quand on a bien saisi le principe ; la voici.

Parmi les ouvriers qui façonnent les matières premières , il y en a beaucoup qui travaillent pour les cultivateurs eux-mêmes, non -seulement pour les vêtir, les loger, les meubler , mais encore pour leur fournir même les instruments propres à leur culture.

La fabrication de ces instruments est une des conditions préliminaires des

récoltes ; c'est une des causes préparatoires de la production. Peut-on l'appeler un travail stérile? Peut-on placer celui qui s'en occupe, au rang des simples ouvriers de la classe stérile ? Telle est, Madame, la question dans toute sa force.

Avouez franchement que la solution vous embarrasse un peu. Mais pour la trouver, prenez d'abord un objet sensible ; par exemple, le charron qui fait une charrue de labourage : puis, examinez quel est celui qui fait la dépense de la charrue pour l'user à la terre? Certainement, c'est votre fermier : c'est donc sa dépense, à lui, qui est productive , non celle du charron ; car votre fermier lni rembourse tout ce que lui a coûté la matière première et lui paye en outre la ; façon.

C'est la dépense qui caractérise la classe propriétaire et la classe productive ; elles retranchentdeleurs jouissances possibles pour le moment, et elles en sacrifient les objets à la terre, pour la rendre fertile, pour aider, provoquer, perfectionner sa fécondité. Par exemple, vous payez des ouvriers pour étendre votre jardin potager, vous dépensez une somme pour rendre le nouveau sol que vous y ajoutez propre aux légumes ; voilà une dépense productive qui se fait à vos frais.

L'ouvrier même le plus nécessaire aux réparations foncières, aux avances de premier établissement et aux avances annuelles de l'exploitation, fait tout le contraire. C'est aux frais du cultivateur ou du propriétaire qu'il travaille ; il ne se retranche pas la moindre jouissance actuelle pour la terre et sa production future ; bien loin de là, il se fait payer sa façon et acquiert par là des jouissances qu'il n'aurait pas eues. Distinction trop frappante, et qu'il est impossible de contester!

La récolle de 1767 étant faite, les cultivateurs et les propriétaires pourraient employer pour leur bien-être ou leur plaisir particulier, à volonté, toutes les productions, s'il n'y avait pas de dépenses productives à faire, en 1768, pour la récolte de 1 769 et les suivantes. C'est en vue de ces productions, et pour les opérer, qu'ils sont obligés de prélever avant tout de quoi entretenir les avances. Ils sont donc dans l'impossibilité de jouir de la récolte de 1767, comme ils en jouiraient, si Tannée 1768 devait être la dernière du monde.

Au contraire, les ouvriers qui s'occupent à fabriquer les instruments nécessaires aux avances mêmes, jouissent d'autant, parce qu'ils se font payer par les cultivateurs ou les propriétaires la matière et la façon.

L'objet de la dépense est donc différent entre les deux classes propriétaire et cultivatrice d'une part, et la classe stérile de l'autre; aussi, la manière d'être payé est fort différente.

Le propriétaire et le cultivateur sont payés immédiatement parles bienfaits de la nature, par la fécondité de la terre, par la portion que surajoute la récolte au-delà des semences; la classe stérile tout entière, même quant à la portion d'ouvriers qui travaillent aux instruments aratoires, en est payée médiat ement, c'est-à-dire par le cultivateur ou le propriétaire. C'est avec lui qu'ellec ompte, c'est sur lui qu'elle profite , non avec la nature et sur la fertilité de la terre.

Ainsi, Madame, le charron et le maréchal même, qui font une charrue de labour, sont de la classe stérile : 1° parce qu'ils opèrent avec du bois et du fer pour faire une charrue ; or, ils n'ont jamais travaillé ni ne travailleront pour produire ce bois et ce fer. Ils les façonnent, mais ne les ont point recueillis ini-

EXPLICATION DU TABLEAU ÉCONOMIQUE. 8/i9

médiatement des mains de la nature ; 2° parce qu'ils ne font point la charrue pour l'oser à leurs propres frais et dépens à une terre labourable ; mais, au contraire, pour la vendre avec profit à un fermier qui Fusera , lui , quand elle sera sienne, parce qu'il l'aura payée ; 3° enfin, parce que ce n'est pas de la terre elle-même, immédiatement, que ce charron et ce maréchal reçoivent le payement de la charrue ; mais médiatement, par le laboureur qui en fait l'avance pour un travail futur, et qui la paye par provision, aux dépens d'une récoite antérieure, à laquelle cette charrue n'avait pas servi.

Si les fabricateurs des instruments de labour et de toute autre culture sont eux-mêmes de la classe stérile, par ces trois raisons que je crois évidentes, concluez, Madame, combien à plus forte raison appartiennent à cette classe tous ceux dont les travaux n'aboutissent qu'à préparer les productions de l'année précédente, pour les faire consommer agréablement cette année-ci, sans servir, directement ni indirectement, à la production future.

Tels sont ceux qui fabriquent les maisons, les étoffes, les meubles, les voitures, les bijoux ; tous ceux qui voiturent, trafiquent, achètent et revendent; enfin, tous ceux qui vivent de leur talent.

Reste encore cependant une dernière objection dont vous allez sentir toute l'importance Tous ces hommes-là, nous dit-on, sont pourtant les causes occasionnelles de la production ; car ni le propriétaire ni h cultivateur ne feraient les dépenses productives, s'il n'y avait rien à gagner pour eux à ces avances, s'il n'en résultait aucune utilité, aucun plaisir, aucune jouissance. Or, il n'y en aurait certainement aucun sans les ouvriers, les marchands, les gens à talent; à quoi serviraient aux propriétaires des terres, et aux cultivateurs de faire venir beaucoup de blé, de vin, de laine, de soie, d'or, d'argent, de bétail, de poisson, d'huile, etc., s'il n'y avait pas des ouvriers qui façonnent, des marchands qui trafiquent, des gens à talent qui amusent. C'est le désir de jouir des façons , du trafic ou des amusements, qui excite aux dépenses productives : donc, l'industrie est productive, et même plus productive que les dépenses foncières et la culture ; donc, la classe prétendue stérile est tout le contraire.

Que répondriez-vous, Madame,à cette terrible objection, si souvent répétée avec tant de confiance ? J'imagine, d'abord, qu'avec le sens droit que Dieu vous a donné, vous seriez tentée de ne rien répondre, et que vous diriez : Eh bien ! nous voilà d'accord. Quand même le désir dont vous parlez, et qui n'est qu'un motif excitant, selon vous-même, pourrait être regardé comme une cause occasionnelle de la production, au moins ce serait la cause la plus éloignée de la récolte actuelle ; certainement, en parlant de cette récolte actuelle, et en rétrogradant ve rs les causes par une marche naturelle, nous trouvons pour première cause, la plus prochaine, la plus directe, la plus immédiate, les avances annuelles. Si je demande à toute personne raisonnable , qui est-ce qui a produit les épis dans ce champ ? elle me répondra, c'est la semence et le labour ; car, pour recueillir des moissons, il faut fumer, labourer et semer.

J'insiste et je demande : Mais, pour labourer et semer, que faut fi ? la réponse est aussi simple : des chevaux, des charrues, des semences. Voilà donc le bon sens qui nous mène aux avances primitives.

Mais est-ce tout ? non. Ne faut-il pas que le champ soit propre a h culture ? oui. Ne faut-il pas de quoi loger le laboureur, les chevaux et les fruits? oui. Et voilà les avances foncières.

Vous voyez, Madame, que nous venons d'expliquer comment et par quels moyens s'opère la production. Il est vrai qu'on peut nous faire une autre question : Pourquoi et en vue de quel avantage pensez-vous à opérer la production? Mais, Madame, le pourquoi n'est pas le comment, et ce sont deux choses très différentes dans tout le reste de la vie ; par quel motif voudrait-on les faire confondre, dans l'économie politique, sous ce beau prétexte de cause occasionnelle?

Si vous faisiez à votre tapissier la question très sensée : Comment fait-on un lit? de quoi est-il composé ? quels sont les ouvriers dont on a besoin pour le préparer et le dresser ? trouveriez-vous sa réponse juste, s'il vous disait : Madame, comme ainsi soit que le sommeil et l'envie de dormir à son aise sont h cause occasionnelle et le motif excitant pour faire un lit , il nous faut mettre dans le premier rang tous les sommeils futurs de ceux qui reposeront dans le lit sur lequel vous m'interrogez. Voilà les premières causes productives, aussi nécessaires que l'étoffe et la façon du lit, parce que, sans les sommeils et les besoins qu'on en aura, qui que ce soit ne penserait à faire un lit.

Cette comparaison nous conduit à une petite explication qui vous paraîtra très plaisante aujourd'hui, Madame, et qui cependant a été nécessaire pour empêcher force honnêtes citoyens pleins d'esprit de déraisonner, d'après certains maîtres qui se croyaient fort habiles, et qui n'ont pas voulu s'en dédire.

10° Question singulière : Si le besoin ou le désir de jouir sont jamais les vraies causes de la production ?

Voici, Madame, la manière dont quelques docteurs prétendus en économie politique avaient échafaudé leur système, sur le fondement des besoins et des désirs.

« L'homme, disaient-Us, ne penserait jamais à tirer du sein de la terre lapins grande quantité possible de productions naturelles, s'il n'était excité par le besoin ou le désir de jouir, qui le déterminent aux travaux productifs ; mais ce besoin et ce désir n'existeraient pas eux-mêmes dans le cœur de l'homme, si l'industrie ne les avait fait naître, en montrant l'objet de jouissance. On ne se fait point de besoin, on n'a nul désir d'une jouissance dont l'objet est inconnu ; or, c'est l'industrie qui fait connaître l'objet de jouissance, qui le fait exister : c'est donc elle qui donne naissance au besoin et au désir , c'est donc elle qui produit la culture elle-même, c'est elle, par conséquent, qui doit tenir le premier rang parmi les causes productives. »

Examinez un peu, je vous prie, Madame, cette généalogie; vous sentira une réclamation intérieure de la raison, qui vous avertira de vous en défier. Voulezvous que nous l'éclaircissions davantage ? Rien n'est plus facile.

Demandez d'abord comment et avec quoi le premier industrieux donne l'être à un nouvel objet de jouissance ? Vous verrez qu'il lui faut, outre l'esprit inventif, des matières premières pour les façonner d'une manière nouvelle, et des subsistances pour vivre pendant qu'il invente , exécute et perfectionne mm ou-

EXPLICATION 1)1 lAttLËAU ÉCONOMIQUE. 831

voila dont revenus à ta production de ces matières et subsistances* comme première condition indispensable, et comme première cause occasionnelle C'est une irés belle et très utile invention que celle du premier qui s'imagina de faire de la toile ; mais pour qu'il conçût lui-même cette idée, pour qu'il pilt leiécuter, il fallait que la terre eût produit, non seulemrnt son chanvre, mais encore sa subsistance et celle de tous les ouvriers qu'il employa ; il fallait que sua travail et celui de ses coopéraieurs ne fût point absolument nécessaire à la su h lialance de l'année suivante ; autrement, il aurait affamé quelqu'un l'année dV Bt sa toile n'aurait pas rempli le vide causé dans l«fi Mibsi stances. C'est donc la production précédente d'une matière première et d'une certaine portion de subsistances, qui donne le loisir d'imaginer et d'exécuter les ouvrages de l'art. Voilà un premier principe à suppléer à toute théorie de* tu soins et des désirs.

Il osi vrai qu'une seule pièce de toile peut exciter dans dii mille homm» passion la plus vive pour une jouissance si commode et si agréable ; oui, Madame. Mais de tous cee désirs, quelque vivacité que vous leur supposiez, il ne résultera pas même un seul écheveau de fd, à moins que vous ne supposiez deux choses indispensables : la première, qu'il y aura du chanvre et du lin: la seconde, qu'il y aura de quoi faire vivre tous les ouvriers qui vont en fabriquer de la toile.

Supposons qu'une révolution pareille commence à s'opérer en la présente année 1768 : voîcî quelques hommes industrieux qui ont trouvé du chanvre produit par la nature; ils avaient des subsistances à leur disposition, ils ont fait vivre des ouvriers qui ont façonné de la toile; tout le monde trouve l'invention admirable. Qu'en va-t-il résulter ?

Si vous me le demandez, Madame, voilà ma réponse : (S est selon* Premièrement, si vous ne changez rien aux avances productives; s'il n'y a pas plus de champs préparés par les propriétaires pour être des terres à lin ou a chanvre; s'il n'y a pas plus de travaux et de dépenses primitives ou annuel Us faites pour produire la matière des toiles en plus grande abondance il n'y aura pas moyen de faire plus de toile en 1 7G9, je vous en avertis.

Secondement , si, en augmentant les avances productives et en multipliant h matière première de la toile, vous n'augmentez pas les autres avances produciiv< ■:, pour multiplier les a «1res productions, et notamment les MMfett ru es, vous;jourre/ bien avoir phisde jouissances en toiles, mais vous en aureï moins en autres choses ; t*est encore un second avertissement que je vous donne. Car, enfin» vous ferez \ivrc les ouvriers en façonnant le chanvre et le lin ; mais vous n'aurez pas plus de subsistances que ci-devant, par conséquent pas plus d'hommes à faire vivre. Il faudra donc occuper à la toile ceux qui travaillaient à autre chose ; il faudra donc perdre les jouissances qu'ils vous procuraient, ponr jouir de la toile à leur place. Le vrai moyen de vous procurer dans quelque temps force toile 53ns préjudice des uuires jouissances, consiste donc à augmenter successivement les avances productive*, de manière qu'il en résulte aux récoltes futures, en excédant sur hs récoltes actuelles, lft la matière première des toiles; 2" les subsistances de tous Otttriers qui les façonnent.

Cette explication sortit pour voua faire sentir lequel «Ys deux Bit vraiment, cf-

ficacement, directement et immédiatement productif, ou du besoin et du désir, même de l'industrie qui les excite l'un et l'autre, ou des dépenses foncières, des avances primitives et annuelles qui font naître les matières premières et les subsistances.

11° Récapitulation des trois Classes de la Société.

Reprenons donc le simple et le vrai. Toute la société se divise en trois classes, qui sont caractérisées par le rapport plus ou moins immédiat qu'elles ont avec la récolte des productions naturelles, soit subsistances, soit matières premières,

La première classe, qui a un rapport antérieur le plus direct, le plus immédiat avec la récolte , c'est la classe cultivatrice ou productive, qui fait et entretient i ses frais les dépenees annuelles, et même les avances primitives de la culture ou de l'exploitation rurale : c'est la nature qui la paye de ses frais.

La seconde classe, qui a de même un rapport antérieur, mais médiat, est la classe propriétaire, qui fait et entretient à ses frais les avances foncières, et prépare ainsi efficacement le sol à recevoir la culture, laquelle opère la production. C'est aussi la nature qui la paye par le moyen du cultivateur. Car vous avez vn, Madame, que la production (comme effet, tant des avances foncières que des avances primitives et annuelles) se partage de droit naturel entre le cultivateor et le propriétaire ; que la part de l'un s'appelle reprises, la part de l'autre produit net

Enfin, la troisième est la classe stérile, qui n'a aucun rapport direct, réel et physique antérieur à la production, mais seulement postérieur ; qui ne s'exerce qu'à gagner de quoi vivre, c'est-à-dire, à se procurer une portion des subsistances ou des matières premières, ou même des ouvrages façonnés, et qui, pour les gagner ou les obtenir de la part des propriétaires ou des cultivateurs ( auxquels toutes les productions naturelles appartiennent dans le moment de la récolte) , s'occupe à fabriquer, négocier ou faire usage de ses talents quelconques , mais qui ne peut, premièrement, jamais façonner que des matières premières déjà produites, ni consommer ou faire consommer au-delà de la récolte passée ; secondement, qui ne peut jamais, par son industrie, ajouter un seul épi de blé, ni une seule tige de chanvre à la récolte future (si ce n'est par le moyen des propriétaires et des cultivateurs qui augmentent leurs avances productives) ; en sorte qu'elle ne peut influer qu'en idée sur la production.

12° Distribution des subsistances et des matières premières entre ces trois

Classes.

Quand vous vous serez accoutumée, Madame, à vous représenter ainsi la société civile divisée en trois classes, 1° productive, 2° propriétaire, 3° stérile, vous concevrez aisément de quelle manière se distribuent entre elles les productions naturelles annuellement récoltées.

Sans oublier jamais la distinction fondamentale des reprises du cultivateur et du produit net appartenant au propriétaire, vous vous direz à vous-même : « Le total de ces productions se divise encore sous un autre aspect : en subsb- « tances et en matières premières. C'est ce qu'il faut bien concevoir. »

1] faut dooc voir la marche très simple de leur distribution, et la hn physique en vertu de laquelle il résulte de cette distribution, on l'accroissement de la culture, ou son dépérissement, c'est-à-dire, ou la ruine ou la prospérité de tous les

•<-*de J'Ltat.

Supposons, Madame, que dans un royaume la masse des productions naturelles, soit subsistances» soit matières premières, ait été partagée en cinq porliojti égales entre elles pour rassortiment et la valeur des productions.

Supposons encore que trois de ces portions serrent aux cultivateurs pour

leurs reprises. Vous concevez t Madame , par le résultai du chapitre premier.

que de ces trois portions les deux premières sont la valeur des avances an*

uuelles ; la troisième, la valeur de l'intérêt h dix pour ceût attribué pour l'entre-

des avances primitives.

Ces trois portions ainsi prélevées, iî nous en reste deux qui forment le produit net, et par conséquent la culture de cet empire rend, en produit net, cent pour cent des avances annuelles ; car les avances annuelles sont deux, et Je produit net aussi deux, suivant notre supposition. Ceci s'entend au moyen du chapitre second.

Supposons encore, i* que la classe productive ou les cultivateurs, qui ont gardé trois portions pour leurs reprises, en dépensent deux en subsistances pour eux, juin] leurs ouvriers et animaux domestiques,

Vuns voyez, Madame, qu'il leur reste une troisième portion, ou précisément le tiers de leurs reprises, qu'ils peuvent employer en matières premières plus «>u moins façonnées par l'art, ou voiturces, ou négociées.

2" La classe propriétaire a reçu, suivant notre supposition, deux portions jiour le produit net qui lui appartient. Supposons qu'elle en garde une pour ses subsistances à elle et à tous ses domestiques, commensaux et gagistes immédiats, il lui en reste encore une portion qu'elle peut employer en matières premières plus ou moins façonnées, voit urées ou négociées,

3U Vous allex conclure, Madame, que, des cinq portions qui forment antre récolte, iî en va tomber deux entre les mains de la classe stérile. La première sera tirée du lot des reprises, et lui sera donnée par la classe productive ; la seconde sera tirée du lot du produit net, et lui sera donnée par les propriétaires.

Que fait la classe stérile de ces deux portions ? Vous devez le savoir» Madame: « lie en consomme une partie en subsistances; elle emploie l'autre, comme ma-

rei premières, en ouvrages de l'art; elle les fabrique, voiture et négocie,

H y a donc, selon notre supposition , une seule des cinq portions employée en matières premières : des quatre autres, deux sont consommées en subsistances par ta classe productive ; la troisième Test aussi en subsistances par la classe propriétaire ; la quatrième Test de même par la classe stérile.

Mais, Madame, quand cette cinquième portion a été façonnée, voituréc, trafiquée par les agents de la classe stérile, comment croyez-vous qu'elle se distribue ?

Premièrement, les agents de la classe stérile en retiennent pour eux-mêmes le plus qu'iJs peuvent ; ils ont raison, c'est leur intérêt et leur droit : première portion, qu'ils font très bien de rendre la meilleure possible pour eux, La mronde, ils la vendent à la classe propriétaire, en échange de la moitié de son pu»

dnit net ; et In troisième, ils la fendent à la classe productive, en échange du tiers de ses reprises.

Voilà donc, Madame, les matières premières, après la façon, le voiturage et le négoce, distribuées aux consommateurs pour qu'on les use, et distribuées en trois lots : le premier à la classe stérile elle-même, le second aux propriétaires et le troisième à la classe productive. Ces trois portions ensemble ne valait intrinsèquement et originairement que la cinquième partie de la récolte, et, après les façons, la classe stérile en rend deux portions seulement, pour l'échange desquelles, néanmoins, elle reçoit deux cinquièmes de la production totale.

Supposons, par exemple, Madame, que ces ouvrages de l'art, dont toutes les matières premières réunies ne valent qu'un cinquième de la récolte totale, sont eux-mêmes divisés en trois autres parties égales ; que la classe stérile n'en retient qu'une pour elle-même ; qu'elle vend une des deux autres à la classe propriétaire, et la troisième aussi à la classe stérile. Si vous examinez bien la dépense journalière des diverses classes, vous trouverez que toutes ces suppositions se réaliseraient dans l'état de prospérité.

Quel serait donc, dans l'état dont nous parlons, le prix des façons, voitures ou négoces?

La classe propriétaire donne à la classe stérile la cinquième partie de la récolte totale brute, ou non façonnée ,• elle en reçoit une quinzième partie de cette même récolte façonnée et trafiquée.

La classe stérile donne de même un cinquième des productions naturelles, mais encore brutes, pour en recevoir un quinzième façonné.

D'où il résulte que les façons ou les services quelconques de la classe stérile coûtent aux deux autres classes trois cent pour cent.

13° Avance* de la Classe stérile.

Vous concevez, Madame, que, dans l'échange continuel qui se fait entre la classe stérile et les deux autres , si cette première donne à la classe propriétaire un quinzième de récolte façonnée en échange d'un cinquième brut , il faut qu'elle ait par avance, et en réserve de l'année dernière, ce quinzième prêt à user.

II faut de même qu'elle ait tout prêt le quinzième qu'elle doit rendre à la classe productive, et encore le quinzième qui lui reste façonné à elle-même, et que ses agents usent en fabriquant, voiturant, négociant.

Rien de plus naturel ni de plus aisé à observer, dans le fait, que cette avance. Tout artiste, tout manufacturier, tout marchand, est obligé de faire un magasin qui précède son débit

Chaque vente fait un vide dans ce magasin ; mais aussi chaque achat et chaque fabrication le remplit Ceci est une idée qui ne doit pas trouver beaucoup de peine à se placer dans votre esprit.

U° Premier Tableau de la supposition prise pour exemple.

Avances annuelles, deux.

Reproduction totale, cinq

A partager ainsi .*

Reprises : i° Avances annuelles, deux.

2° Intérêts des avances primitives, un.

Total des reprises, trois.

Produit net : Qui de cinq, produit total, ôte trois, reprises, Reste, produit net, deux.

Reprises, trois.

Pr0ddeux!lf Valcnt cinq, wprodttrfta* totale.

Distribution des cinq, que vaut la production totale. Les subsistances valent quatre :

Savoir : 1° Deux, pour subsistances de la classe productive. 2° Un, pour subsistances de la classe propriétaire. 5° (7n, pour subsistances de la classe stérile. Les matières premières façonnées valent un, ou le cinquième de la production totale.

1° Un tiers de ces matières premières que retient la fhw*/ *» irn/« «/m-i/am* cla9se 'Mrtf'i pour user elle-même.

?aio?r • * Un autre «™i <lui e8t achele Par la classe pro-

prié taire.

5° Un autre tiers, par la classe productive. Chacune de ces trois portions, étant le tiers d'un cinquième, est la quinzième partie de la production totale.

15° Première ligne du fameux Tableau économique, formée d'après cette supposition.

CAuttf productive. Classe propriétaire. Classe stérile.

Avances annuelles de Produit net de Avances stériles, ou magasins

la culture, la culture, de marchandises façonnées,

deux. deux. une.

Voilà, Madame, la première ligne du fameux Tableau économique ; vous sentez combien elle suppose de principes et d'observations très importantes.

Si vous voulez , dans le commencement, vous familiariser davantage avec cette image, suppléez, pour vous. aider au-dessus, dans votre esprit : « Avances pri- « mitives, cinq fois deux, ou dix, portant un d'intérêt ; par conséquent, reprises « valant trois, lesquelles, ôtées d'une production totale valant cinq, ont laissé « deux de produit net »

Reproduction totale, Reprises, Produit net,

cinq. deux, plus un, ou trois. deux.

C'est cette première ligne, sous-entendue, qui produit celle du fameux Tableau.

Nous expliquerons, dans le chapitre suivant, les autres lignes de ce tableau , et , par elles , tout l'effet de la distribution bien ou mal faite sur la prospérité ou la ruine de l'État

CHAPITRE IV. — De la circulation de l'argent entre les trois Classes de la société. 1° Considérations préliminaires.

Attachons-nous d'abord, Madame, à bien saisir deux objets correspondants et relatifs l'un à l'autre , que je vais tâcher de tous montrer sous la forme la plus simple et la plus intelligible qu'il me sera possible.

Ces deux objets sont : premièrement, la distribution et la consommation journalière? des productions naturelles, annuellement renaissantes dans l'État , dont je vous ai déjà fait le tableau ; secondement, la circulation de l'argent monnayé, entre les trois classes de la société, par le moyen de laquelle s'opère à présent la majeure partie de cette distribution 'et de cette consommation dans les États policés

Ainsi, Madame, nous allons considérer premièrement toutes les productions naturelles, annuellement recueillies des mains de la nature, ou la totalité des subsistances et des matières premières, comme la masse générale des consommations nationales ; masse qui se diminue, à chaque instant et dans chaque lieu, à mesure que quelque production naturelle, plus ou moins façonnée, est bue, mangée, brûlée, abîmée, usée ou consommée, de quelque manière que ce puisse être.

Remarquons aussi, Madame, en passant, pour éviter toute confusion, que le commerce, qu'on appelle extérieur, de la nation avec les étrangers, ne dérange rien du tout à notre objet actuel.

Par ce commerce, la nation échange seulement des denrées ou marchandises de son territoire pour d'autres denrées ou marchandises d'un autre territoire ; c'est-à-dire, que les productions nationales sortent de la masse générale des consommations que nous devons faire, et que les productions étrangères y entrent à leur place.

Pour éclaircir cet effet par une comparaison, c'est précisément, Madame, comme si vous échangiez, dans le courant de votre dépense, de la petite monnaie contre de grosses pièces, ou de grosses pièces contre de la petite monnaie.

Tout de môme, une partie du vin et du blé qui se recueille en France, sort de la masse générale des consommations à faire en France par les Français, et, à sa place, le commerce extérieur nous en donne la monnaie en sucres, en cafés, en épiceries.

Tout de môme aussi , nos toiles, nos draperies, nos soieries ou les autres marchandises manufacturées en France, sortent de la masse des consommations nationales , et le commerce extérieur met à leur place des métaux, des mousselines et d'autres pareilles marchandises.

D'où résulte cette idée fort claire, ce me semble, et très facile à retenir : « Tout « ce qui s'use habituellement ou se consomme journellement, après avoir été « produit ou acheté par échange, forme la masse générale des consommations. » C'est là le premier objet à fixer avec attention et à ne point perdre de vue.

Nous allons donc à présent considérer, en second lieu, la somme des monnaies quelconques , actuellement circulante dans l'État , comme une quantité de lettres de change acceptées, de mandements assurés, de billets au porteur ou de

titres efficaces , acquittâmes sur-le-champ, à la volonté du porteur, sur la masse générale des productions ou des consommations.

Rien de plus simple ni de plus naturel que cette idée.

En effet, Madame, quiconque tient à présent de l'argent dans sa main est le maître de choisir, à proportion de sa somme, telle ou telle matière plus ou moins façonnée, tel mets, tel meuble, tel bijou qu'il lui plaît En livrant son argent, il s'approprie l'objet qu'il a choisi, pour l'user et le consommer à sa volonté.

C'est-à-dire, qu'il fait acquitter son mandement, sa lettre de change, sur la masse des consommations, qu'il réalise son titre et qu'il s'en dessaisit ; ce titre produisant alors l'effet pour lequel il avait été reçu.

Ces idées préliminaires étant bien établies, voyons, Madame, comment s'opèrent la distribution et la consommation journalières des productions naturelles, par le moyen de la circulation de l'argent monnayé, entre les trois classes de la société.

2° Première distribution de F argent par la Classe productive.

C'est au premier possesseur de la masse des consommations qu'il appartient sûrement de tirer, sur cette niasse, des billets au porteur; des titres assurés, des mandats acquittâmes sur-le-champ et à volonté.

Or, c'est à la classe productive qu'est dévolue en première ligne la propriété des denrées et matières premières, qui sont les fruits de ses avances et de ses travaux. C'est donc la classe productive qu'il faut considérer comme première distributrice de tout l'argent circulant, qui forme actuellement le pécule national

Et en effet, Madame, les cultivateurs font nécessairement deux sortes de dépenses : l'une, antécédente à la reproduction et préparatoire, qui entre dans les avances ou primitives ou annuelles ; c'est, par exemple, l'achat des instruments etdes autres marchandises manufacturées nécessaires à leur exploitation ou à leurs jouissances personnelles. L'autre dépense est subséquente et relative au produit net; c'est le payement des redevances, soit aux propriétaires particuliers, à titre de ferme, soit au souverain, à titre d'impôt

Ainsi, vous voyez que la classe productive distribue en argent à la classe propriétaire la totalité du produit net, et à la classe stérile une portion de ses propres reprises annuelles, qu'on peut évaluer au tiers, parce que l'agriculture consomme moins de marchandises manufacturées que de denrées simples et de matières premières.

Supposez un grand empire, où la reproduction totale vaille trois milliards. Supposez que cette reproduction se divise premièrement en un milliard 500 millions de reprises (savoir, un milliard pour avaqces annuelles, et 500 millions pour intérêt an denier dix de cinq milliards supposés d'avances primitives) ; secondement, en un milliard 500 millions de produit net ou revenu,

La distribution commencera par le double versement que fait la classe cultitivatrice, savoir : premièrement, de 50Q millions à la classe stérile, pour achat de marchandises plus ou moins façonnées, ce qui forme le tiers des reprises; secon-

dément, d'un milliard 500 millions à la classe propriétaire pour payement do revenu.

Vous voyez, Madame, qu'il y a dès lors deux milliards de pécule national en mouvement, ou d'argent circulant entre les trois classes.

C'est-à-dire (suivant notre manière de considérer l'argent monnayé), qu'il y a des mandats, des lettres de change, des billets au porteur acquittâmes à volonté par la production totale ou par la masse générale des consommations, pour la valeur de deux milliards ; et que ces titres efficaces doivent être soldés et acquittés par la totalité des marchandises plus ou moins façonnées, qui sont consommables, double versement d'argent fait par la classe productive. Première époque.

3° Circulation de l'argent, opérée par la classe propriétaire.

Examinons à présent comment se fait la circulation ultérieure de l'argent. La classe propriétaire a besoin de deux espèces d'objets propres à ses jouissances : lo de denrées comestibles ou de subsistances, de blé, de vin, de viande, de poisson, de fourrage, etc. ; 2° de marchandises manufacturées pour logement, ameublement, bijoux, habits, équipages, etc. Cette classe verse donc aussi l'argent des deux mains, comme la première, et paye aux deux autres.

Quand la classe propriétaire achète des subsistances immédiatement aux cultivateurs, elle leur rend en partie l'argent qu'elle en a reçu pour le produit net ou revenu ; c'est à peu près la moitié de ce revenu, l'un portant l'autre, qui se dépense en comestibles, soit par les propriétaires particuliers, soit par le clergé, soit par le souverain et tous leurs salariés divers. Seconde époque.

On peut donc compter que la moitié de l'argent qui forme le revenu ou le produit net, n'a qu'une circulation incomplète dans la société. J'appelle circulation incomplète le mouvement d'un argent qui ne passe pas successivement dans les trois classes de la société, mais qui ne roule qu'entre deux seulement

Cette moitié de l'argent du revenu, rentrant à la classe productive, qui le reçoit immédiatement des propriétaires , elle n'a qu'une circulation imparfaite. Dans notre exemple, c'est 750 millions qui retournent ainsi dans le cours de Tannée directement à leur première source, c'est-à-dire que, suivant notre manière d'envisager la distribution des dépenses nationales, c'est pour 750 millions de mandements sur la caisse générale des consommations, acquittés immédiatement au profit de ceux qui les ont reçus.

U° Seconde circulation de Forgent, opérée par la classe propriétaire.

Mais l'autre moitié du revenu se dépense par les propriétaires à classe stérile ; c'est cette moitié de l'argent qui éprouve une véritable et parfaite circulation, puisqu'elle passe par les trois classes de la société avant de retourner à sa source, comme vous l'allez voir.

En effet, les propriétaires particuliers, ou les grands copropriétaires universels, qui sont le souverain et le clergé décimateur, dépensant cette année la moitié de leur revenu à la classe stérile, ils réalisent, à leur égard, leurs mandements ou lettres de change sur la masse totale des consommations; ils reçoivent

des marchandises plus on moins façonnées en échange de leur argent, et ils les usent ou consomment Troisième époque.

5° Troisième circulation de V argent, opérée par la classe stérile.

La moitié du revenu passe donc dans la classe stérile et forme le second article de son pécule particulier ; car vous avez vu ci-dessus, Madame, que cette même classe stérile avait reçu, de la part des cultivateurs, le tiers de leurs reprises annuelles. Ainsi, dans notre exemple, la classe stérile doit recevoir chaque année 1 milliard 250 millions, savoir : 1° de la classe productive, 500 millions, valant le tiers de ses reprises ; 2° de la classe propriétaire, 750 millions, valant moitié du revenu ; en tout, 1250 millions. Quatrième époque.

Mais on voit encore que le premier article de cette recette forme pareillement une circulation imparfaite ; car, la classe stérile, qui reçoit 500 millions de la part des cultivateurs, ne les rapporte point aux propriétaires des fonds de terre, mais les rend à la classe productive.

6° Analyse de la circulation totale, opérée par la classe stérile.

Si nous voulons analyser cette restitution que fait la classe stérile à la classe productive, nous trouverons ique la dépense générale de tous ceux qui façonnent ou négocient les matières premières se réduit à deux objets, savoir : 1° à l'achat des comestibles ou subsistances ; 2° à l'achat des matières premières qu'il faut ouvrer ou façonner : c'est à l'un ou à l'autre de ces objets que se réduit, en dernière analyse, la dépense totale dp la classe stérile, considérée dans son entier. Les achats ou échanges que les ouvriers et les marchands font entre eux forment un mouvement intérieur dans cette classe seule, dont nous n'avons aucun compte à tenir, parce qu'il est évidemment proportionné aux deux recettes que fait la classe stérile, soit de la part des cultivateurs, soit de la part des propriétaires.

La classe stérile dépense donc chaque annn'ée tout ce qu'elle a reçu, moitié en subsistances, moitié en matières premières, c'est-à-dire, dans notre exemple, 625 millions en subsistances et 625 millions en matières premières ; car, puisqu'elle vend habituellement des marchandises plus ou moins façonnées, soit à la classe productive, soit à la classe propriétaire, il faut bien qu'elle achète continuellement les matières premières ; d'ailleurs, elle ne travaille et ne façonne que pour vivre. Cinquième époque.

7° Distinction nécessaire à retenir.

Nous voyons donc h circulation de l'argent distinguée en trois distributions, dont deux forment une circulation imparfaite, savoir : l°la portion que les cultivateurs donnent à la classe stérile pour solde de marchandises, laquelle vaut le tiers des reprises ; 2° celle qui revient immédiatement aux mêmes cultivateurs de la part des propriétaires, auxquels ils ont payé le revenu : cette seconde portion équivaut à la moitié du produit net ; 39 l'autre moitié de ce même revenu forme seule une circulation complète, et ne revient aux cultivateurs, qui l'ont donnée

aux propriétaires, que par la dépense de la classe stérile, qui la reçoit des propriétaires et l'emploie en achat de subsistances et de matières premières.

Ainsi, dans notre exemple, la production totale valant 3 milliards, les reprises 1 milliard 500 millions, le produit net valant aussi 1 milliard 500 millions, il y a pour 2 milliards d'argent circulant au total

Savoir, premièrement, 500 millions, valant l'intérêt des avances primitives, donnés par la classe productive à la classe stérile , en achats de marchandises ouvrées ; secondement, 1500 millions de produit net ou de revenu donnés par la même classe productive aux propriétaires, au souverain , au clergé décimateur.

Ces deux milliards, ainsi donnés, par la classe productive, lui reviennent en cette manière : 1° de la classe propriétaire, 750 millions, valant la moitié du produit net ou du revenu ; 2° 1250 millions de la part de la classe stérile, savoir : 625 millions en achats de subsistances, et 625 millions en achats de matières premières. Total : 2 milliards.

La classe stérile, dont la dépense ou le reversement d'argent à la classe productive est de 1250 millions, les a reçus, savoir ; 500 millions de la classe productive, et 750 millions de la classe propriétaire.

Ainsi, des deux milliards qui sont en mouvement entre les trois classes, il y en a : 1° 500 millions (tiers des reprises) qui n'Ont qu'une circulation imparfaite de h classe productive à la classe stérile, et par restitution immédiate, de la classe stérile à la classe productive ; 2° 750 millions (moitié du revenu) qui n'ont encore qu'une circulation imparfaite de la classe productive à la classe propriétaire, et par restitution immédiate, de la classe propriétaire à la classe productive ; 3° enfin, 750 millions (autre moitié du revenu) qui ont seuls une circulation complète, puisqu'ils passent de la classe propriétaire à la classe stérile en achats de matières ouvrées ou négociées, et ne retournent à la classe productive que par cette classe stérile.

En général donc (permettez, Madame, que je le répète encore pour le mieux graver dans votre mémoire), le total des sommes qui forment circulation, entre les trois classes de la société, vaut le tiers des reprises et la totalité du produit net. Le tiers des reprises et la moitié du produit net n'ont qu'une circulation incomplète : l'autre moitié du revenu circule seule parfaitement dans les trois classes.

8° Circulation de / argent combinée avec la répartition et la consommation journalière des productions annuellement renaissantes.

A près avoir ainsi détaillé la circulation de l'argent, il nous faut examiner l'autre objet corrélatif, c'est-à-dire la consommation des produits naturels.

A les considérer dans leur premier état et à l'instant de la récolte, toute la masse de ces productions est dans la possession de la classe productive ; rappelons-en le passage. Premièrement, il est une portion des reprises qui n'entre point dans le négoce et qui reste aux cultivateurs, pour leur propre consommation pour celle de leurs agents et de leurs animaux. Nous avons vu que, dans

l'état d'ordre, de maintien et «lo conservation, c'était les deux tiers des reprises, parce que la classe agricole, qui doit prélever chaque année sur la masse générale des productions la totalité de ses reprises, n'en dépense chaque année qu'un tiers à la classe stérile.

Il reste donc les deui tiers des reprises en niasse immune, pour laquelle il ne doit point être thé de lettres de change, mandats on billets au porteur, parce que le colon doit le» consommer lui-raéme. Tremièrc portion privilégiée, de laquelle dépend pritici paiement» ramme vous voyez, le travail et la reproduction future; car il faut que les animaux de service utile et les Hommes agricoles vivent, c'est-à-dire, aient été nourris pour travailler. Première portion des denrées consommables*

La seconde portion des productions naturelles passe dans la classe stérile , en temps que devenue propriétaire, par avance, du tiers des reprises. Je dis propriétaire, parce qu'elle a reçu eu argent, de la part des cultivateurs, un titre efficace, jusqu'à concurrence du dernier tiers des reprises ; ce titre est donné par la classe productive, en payement des marchandises façonnées dont elle a besoin. Seconde portion des denrées consommables.

Les productions, dont la valeur forme les reprises du cultivateur, étant ainsi distribuées en deux portions diverses, il reste la niasse des fruits disponibles, dont le prix est le produit Del ou revenu (nous les appelons ici disponibles, c'est-àdire, non affectés nécessairement aux avances primitives annuelles de la culture). La moitié de ces fruits est achetée immédiatement par les propriétaires à la classe productive, ou ce qui revient au même» le revenu est évalué et payé en denrées au lieu de l'être en argent, circonstance assez commune. C'est la troisième portion des fruits consommables.

La quatrième passe encore dans la classe stérile. Nous avons vu que la classe propriétaire, y compris le souverain et le clergé décima leur, dépense environ la moitié du produit net en marchandises plus ou moins façonnées et trafiquées, c'est-à-dire, qu'elle donne successivement à la classe stérile la moitié de l'argent cio revenu, valant 750 millions. Dans notre exemple, c'est la quatrième et dernière portion des productions.

Mais, Madame, observez que la classe propriétaire ne reçoit pas pour 750 millions de denrées brutes ou de matières premières, telles que les vend le cultivateur; autrement, il faudrait supposer que les ouvriers façonneurs et les agents dut rafic n'ont rien gagné, pas même leur vie.

Les propriétaires ne reçoivent donc de la classe stérile qu'une portion des matières premières achetées par cette classe :.la façon, le transport et le trafic absorbent le reste, c'est-à-dire que ce reste est retenu et consommé, dans la classe stérile, par les artistes et fabricants ; c'est la ce qui constitue leur profit* Il est telle façon, dont l'effet est de faire consommer, par ces agents de la classe stérile, pour dix fois et même cent fois plus de productions naturelles en fariumanL que ne vaut la matière première sur laquelle ils s'exercent ; telle est, par exemple, une belle pièce de dentelles. Il en est de même quant aux ventes que fait la classe stérile à la classe productive, jusqu'à concurrence du tiers des reprises, valant dans notre exemple 500 millions.

8ô& L'ABBÉ BAUDEAU.

Sous ce point de vue, deux milliards d'avances annuelles ne sont pas plus effrayantes, quand il s'agit d'un grand empire, que deux mille] francs quand il s'agit d'une petite ferme.

Ces deux milliards d'avances annuelles formeraient trois milliards de reprises, à cause de dix milliards d'avances primitives, dont il faut l'intérêt à dix pour cent

Et, si vous supposez seulement que le produit net est égal aux avances annuelles, ou qu'il vaut tout juste cent pour cent, c'est cinq milliards de reproduction totale annuelle qu'il faut supposer à cet empire.

Ces connaissances préliminaires étant une fois sous-entendues, elles vous donneront tout-à-coup des tableaux économiques d'une grande clarté.

11° Formule générale du Tableau économique.

Voici, Madame, en quoi consiste tout l'artifice : formez trois colonnes, l'une aumilieu, que vous appellerez classe propriétaire, n'oubliant jamais que le souverain et tous les possesseurs de fonds de terre sont réunis sous cette désignation ; que les avances souveraines de l'autorité, instruisante , protégeante , administrante , et les avances foncières des pères de famille sur leurs héritages privés, sont le titre en vertu duquel cette classe revendique légitimement le produit net

A sa droite, mettez une colonne que vous intitulerez classe productive ,• à sa gauche une autre, que vous intitulerez classe stétile :

En cette forme :

CLASSE CLASSE CLASSE

productive, propriétaire. stérile.

Maintenant, commencez par peindre la circulation complète.

Vous venez de voir que c'est à peu près la moitié du revenu*

H faut donc vous figurer, que la moitié du produit net, évalué en argent, part de la colonne de droite qui est la classe productive, et qu'elle arrive à la colonne du centre qui est la classe propriétaire ; quand elle est à cette classe, elle en repart pour aller à la classe stérile qui occupe la gauche ; mais elle n'y reste pas, elle en repart une troisième fois pour retourner à la classe productive.

En exprimant ces trois voyages par des lignes simples pointées, vous trouverez qu'elles formeront une espèce de triangle de cette forme :

CLASSE

CLASSE

CLASSE

productive.

propriétaire.

.Moitié du produit net.

stérile.

lo .

. . Circulation complète. .

Moitié du produit net. . . .

. . . .Moitié du produit net.

Telle est, Madame, la première partie du Tableau* elle représente la circulation complète que fait à peu prés la moitié du produit net

Mettons, en seconde partie, l'autre moitié de ce même produit net, qui n'essuie qu'une circulation incomplète ; il ne nous faudra d'abord qu'une ligne simple partant de la colonne, classe productive, et allant à la colonne du milieu, classe

propriétaire ; puis tout à coup une seconde ligne simple reprenant le même chemin ; c'est-à-dire, repassant de là colonne du milieu à colle de la classe productive, en cette forme :

CLASSE

CLASSE

CLASSE

productive.

propriétaire.

.Autre moitié du produit net.

stérile.

Autre moitié du produit net* •

Enfui, Madame, pour achever, il ne faudra plus, en troisième partie du Tableau, que la seconde espèce de circulation imparfaite ; vous savez que c'est environ le tiers des reprises.

Mais la classe propriétaire n'a point de part à cette portion, elle ne se négocie qu'entre la classe productive et la classe stérile ; il faut donc, pour la peindre, une première ligne simple qui parte de la colonne classe productive, puis tout-àcoup une seconde ligne simple qui reprenne le même chemin, en cette forme :

CLASSE CLASSE CLASSE

productive, propriétaire. stérile.

'Tiers des reprises.

Tiers des reprises* *

Ces trois petites figures bien simples formeront , Madame, le Tableau complet

dont je me flatte que vous comprendrez facilement désormais tout l'artifice : le

voici donc entier.

Première formule générale.

CLASSE CLASSE CLASSE

productive. propriétaire. stérile.

Circulation complète.

.Moitié du produit net.

Moitié du produit net. . . 5° .^oitié du produit net.

Première circulation incomplète.

i ° .Autre moitié du produit net.

Autre moitié du prodnilnet. 2» *

Seconde circulation incomplète.

'Tiers des reprises.

Tiers des reprises' * «o

Ajoutez ici les deux «autres tiers des reprises.

Total de la reproduction Toial du produit net, ou Total. Recelte et dépense annuelle , ou recette et dé- recette et dépense de la classe de la classe stérile. pente de la classe productive, propriétaire.

OS

L'ABBE BÀUDEÀU.

Seconde formule explicative d'un Tableau calculé.

CLASSE CLASSE CLASSE

productive. propriétaire. stérile.

300 millions . dépensés en ouvrages .

300 millions de circulation, complète, moitié du produit net.

300 millions de première, circulation incomplète, moitié du produit net

' 300 millions, dépensés en subsistances.

.300 millions. Ouvrages vendus aux propriétaires.

.200 millions. Ouvrages vendus à la tlasse productive.

200 millions de seconde cir-- * culation incomplète, un tiers des reprises ou intérêt des a Tances primitive*

Plus 400 millions non circulants, qui font les avances annuelles.

Total de la reproduction , 1200 millions.

Savoir :

lo Avances annuelles, 400 millions non circulants, et dépensés en nature.

2° Intérêts des avances primitives, 200 millions, dépensés en ouvrages stériles.

Donc, en tout, reprises, 600 millions.

3« Produit net, 600 million*».

Total de la 1200 millions.

reproduction,

Total du 600 millions.

produit net ,

Recbttb totale, 500 millions.

Dépense :

300 millions en subsistances.

300 millions en ouvrages stériles.

Dépense :

250 millions en ces.

250 millions premières.

subsistan-

en matières

Ouvrages vendus.

A la classe propriétaire, 300 millions.

A la classe productive, 200 millions.

CLASSE productive.

Troisième formule simple, particulière.

CLASSE

propriétaire.

.750 millions.

CLASSE

stérile.

750 millions . .' ". . "50 millions.

• * .750 millions.

750 millions ' •

'500 raillions.

500 millions ;

1000 millions.

Reproduction totale, 3 milliards.

Savoir ;

Avances annuelles, \ milliard.

Intérêts des avances primitives, 500 millions.

Donc, total àcb reprises, 1500 millions.

Produit net, 1500 millions.

Total, 1500 millions. Produit Total, 1250 millions.

Subsistances, 625 millions.

Matières premières, 625 millions.

Subsistances, 750 millions.

Ouvrages stériles, 750 raillions.

Ouvrayts vendus, A la classe productive , 500 millions.

A la classe propriétaire,

750 millions.

Remarquez, je tous prie , Madame, que c'est pour tous faciliter l'intelligence des lignes du Tableau, que je les ai détachées, et que j'en ai formé trois figures distinctes et séparées ; c'est aussi pour éclaircir quelques difficultés qu'on avait élevées contre la première formule, plus simple dans sa construction '.

L'inventeur du Tableau économique les avait prévenues par des explications claires et précises ; mais la critique n'a pas voulu joindre ces explications à la formule elle-même, et c'est pour prévenir de pareilles contestations que je me suis permis de détacher ainsi les trois figures , de l'avis et consentement du premier Maître, dont le génie créateur enfanta l'idée sublime de ce Tableau, qui peint aux yeux le résultat de la science, par excellence, et qui perpétuera cette science dans notre Europe, pour la gloire éternelle de son inventeur et pour le bonheur de l'humanité.

1 Voy. cette formule, plus haut, p. 65.

Page 1