‹ Physiocrates (volume 2)Chapitre 69 sur 99 · V. la note précédente · texte numérisé non relu

V. la note précédente

tendu pour les pays où la culture et le débit de cette piaule sont libres.).

Il faut, pour qu'une chose qui est un bien par sa uature, ait une valeur propre, que son acquisition ne soit pas si facile que chacun puisse se la procurer par soi-même; il faut que son abondance ait des bornes, ainsi que la possibilité de l'obtenir. L'eau est un bien usuel des plus indispensables, mais elle est trop commune pour avoir une valeur propre. La nature la donne sans frais, et en plus grande quantité qu'il ne faut pour nos besoins. Si le travail de la puiser ou de la transporter lui communique une valeur, ce n'est qu'une pure valeur en frais, c'est le payement d'un service rendu. En un mot, la qualité de richesse suppose non-seulement une propriété usuelle , mais encore la possibilité d'échanger, puisque la valeur n'est autre chose que le rapport d'échange. L'eau n'est donc pas richesse, puisque, quoiqu'elle soit très nécessaire, on ne trouve pas à l'échanger, attendu que tout le monde peut s'en procurer sans l'échange; mais si l'on ne veut pas prendre la peine de l'aller chercher, il faut payer le salaire h celui qui rend ce service ; ce n'est pas l'eau qu'on paye, c'est la peine.

Pour prouver que l'ean a une valeur à elle, M. l'abbé de Condillac dit (p. 14) a : € qu'on ne payerait pas des frais de voiture pour une chose qui ne vaudrait rien. » Mais le mot valoir peut s'entendre de deux manières qu'il faut distinguer. Si l'on entend par valoir avoir une utilité , sans doute l'eau vaut et vaut beaucoup; il n'est point étonnant qu'on paye le travail de celui qui l'apporte. Mais dans les discussions économiques, il s'agit de la valeur vénale, relativement à l'état des richesses d'une nation. Le blé a une valeur propre, et lorsqu'il est transporté, il augmente de valeur en raison des frais. Mais, de ces deux valeurs, on ne doit considérer que la première, lorsqu'il s'agit de calculer les richesses d'une nation, relativement aux reprises de la culture et à la formation du revenu. Or, l'eau n*a qu'une valeur en frais. Cette question n'est pas si indifférente qu'on pourrait le croire, elle lient à la nature du commerce.

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