VI. — Résumé des trois Ordres de mandataires du Souverain
Premier ordre d'instruction générale, dont la base fondamentale, uniforme et universelle, doit être la morale économique dont les objets ultérieurs sont les trois arts caractéristiques des Etats policés, Vart social, Vart productif, Vart stérile , et leurs principes de théorie plus ou moins détaillés, leur pratique plus ou moins développée, suivant les lieux et les personnes, suivant leur qualité, leurs talents et leur condition.
Second ordre, celui de la pro(0c(tonjudicielle, militaire et politique, qui garantit à chacun des hommes toute liberté d'acquérir des propriétés légitimes, et toute liberté de jouir de celles qu'on s'est acquises, c'estk-dire, qui repousse, prévient ou punit toute violence, toute usurpation, soit du dehors, soit du dedans, par la force publique de l'autorité souveraine, partout présente, partout surveillante, partout imposante.
Troisième ordre, celui de l'administration, qui reçoit les revenus de la souveraineté sans délit, sans gêne des libertés^ sans violation des propriétés, sans destruction de la masse des jouissances; mais, au contraire, qui dépense ces revenus pour le maintien et l'accroissement progressif de celte masse, en assurant aux hommes de mieux en mieux renseignement qui les fait savoir^ la sûreté qui les fait vouloir^ et les grands moyens d'utilité publique qui les font pouvoir^ d'où résulte le perfectionnement continuel et progressif des trois arts, et par une suite nécessaire, la plus grande prospérité de l'État, la propagation, le plus grand bien-être de l'espèce humaine.
Tous les hommes dévoués à ces fonctions augustes et bienfaisantes de l'autorité publique cl suprême, enseignante, protégeante, administrante, forment, dans la première classe des citoyens, la première division que j'appelle de la souveraineté.
Art. II. — Seconde division de la première Classe. 1. — Des fonctions de T Administration privée. I/adniinistralion publique et souveraine dispose la totalité du sol de
rËtat à la plus grande prospérité progressive des arts qui caractérisent les États policés, en y formant les grandes propriétés communes, les rivières navigables, les ports, les villes et les autres édifices publics , en les entretenant et les perfectionnant de plus en plus.
L'administration privée des pères de familles dispose d'une manière plus prochaine chaque partie du même sol à cette prospérité, en y formant des propriétés particulières, des domaines cultivables, des fonds productifs, tels que les terres, les bois, les prés, les vignes, les pêcheries, les mines, les carrières, et autres semblables héritages privés, qu'on appelle propriétés foncières.
Sur la surface du sol le plus fécond en lui-même, la nature seule n'offre k l'industrie de l'homme cultivateur que des obstacles à vaincre. Les terres incultes et sauvages, sur lesquelles on n'a point fait de grands travaux pour extirper les pierres, les plantes, les racines; pour bien mélanger les diverses couches, pour les rendre accessibles aux influences de l'air, pour y procurer l'écoulement des eaux par une pente convenable, par des fossés et des rigoles , pour les entretenir dans un état de fraîcheur et de température par de bons abris , tels que les haies, les plantations bien entendues d'arbres fruitiers ou d'autres; ces terres, quoique cultivées péniblement avec des soins assidus par un grand nombre de colons, ne produiraient qu'une petite quantité de fruits , dont la récolte serait difficile, et la qualité médiocre.
Au contraire, sur un sol naturellement pareil, mais préparé par de grands travaux fonciers , et bien pourvu des édifices nécessaires à son exploitation, un très petit nombre d'hommes peut faire naître et recueillir une récolte infiniment meilleure et plus abondante.
Il est donc évident que tous les arts productifs et tous les arts stériles se fixent et prospèrent de plus en plus, à proportion que la récolte annuelle des terres, bien préparées par de grands travaux fonciers^ fournit une si grande abondance des productions les plus propres aux jouissances des hommes (soit subsistances, soit matières premières), qu'il y a beaucoup ^ jouir pour chacun de ceux qui peuvent avoir concouru à la naissance de ces productions, et encore pour ceux qui concourent à leur donner, après la naissance, les différentes formes d'où dépendent l'agrément et l'utilité des jouissances.
Les arts productifs ou non productifs, leur développement, leur perfection progressive, dépendent donc immédiatement des avances foncières^ ou des travaux que font l'émulation et l'industrie privée sur un sol déterminé, pour le rendre plus aisé à cultiver, plus abondant en meilleures productions, plus commode à récolter.
69(r L'ABBÉ BAUDEâU.
IL — Droits de la propriété foncière.
C'est rutilité très évidente des avances foncières, c'est leur elBcacité ou leur influence sur les travaux des autres arts, c'est la durée de cette efficacité pendant plusieurs années et même pendant plusieurs siècles , qui fonde la prééminence de la classe propriétaire, la légitimité de ses droits, même de celui d'hérédité, c'est-k-dire de transmission à ses re« présentants.
Car la surabondance de productions annuellement récoltées, qoi est Teffct des avances foncières, forme sans cesse un titre incontestable aux représentants de Thomme qui les a faites, et qui les a fait telles précisément en vue de mériter, de recueillir à Tavenir par lui-même ou par les stens, une portion dans cette récolte devenue surabondante, uniquement par son travail ou par sa dépense.
Quel serait en effet la raison, le droit ou Tintérét de disputer, à lui on k ses représentants, cette portion si légitimement et si utilement acquise? Faire des avances foncières, n'est-ce pas consacrer des biens, dont vous pourriez jouir actuellement en toute autre manière, k préparer un soU k le rendre plus productif, pins utile aux arts de toute espèce pendant un long espace de temps? L'effet de ces avances foncières ne dure-t-ii pas k proportion de la grandeur et de la solidité des travaux, c'est-à-dire k proportion do la dépense et de l'industrie qu'on y emploie?
Un hom^;^ qui incorpore ses biens k la terre pour la rendre plus fructifiante, s'incorpore donc lui-même k ce sol ; il prend racine dans l'État, s'il est permis de parler ainsi : son existence, ses jouissances, sont attachées intimement au territoire.
Les propriétaires fonciers appartiennent donc plus spécialement et plus intimement k chacun des empires policés, par le litre même de leur propriété *.
Dans les gra-. les rociélés, le souverain choisit naturellement ses coopéraleurs ou mandataires dans la classe des propriétaires fonciers^ parce qu'ils ort plus de loi; r, plus d'instruction, plus d'union fixe et immédiate avec les intéiêlN \l les devoirs de la souveraineté.
C'est de là qu'est née l'idée de la noblesse et de sa destination, idée que l'ignorance et les préjugés ont souvent trop défigurée.
Sans remplir aucune des fonctions de l'autorité souveraine, un propriëlaire' (\{n Tait, qui entretient, qui améliore sans cesse les avances foncières sur son héritage particulier, travaille essentiellement et infailliblenjenlà la peileclion j)rogressive des arts caractéristiques de la société.
* V. plus haut, le toxfc tit les notes de la p. 549.
Ses travaux et ses avances font nécessairement prospérer de plus en plus Vart productifs par conséquent tous les arts stériles : c'est un acte de sagesse et de bienfaisance; c'est le plus louable, c'est«à-dire le plus utile, dont rbomme privé soit capable sur la terre.
Le propriétaire n'a au-dessus de lui que la souveraineté, dont les travaux continuels font naître les siens, en lui procurant Tinstruction, par laquelle il iait incorporer utilement au sol ses biens actuels, et s'en faire par ce moyen une source d'autres biens sans cesse renaissants pour luimême et pour sa postérité : en lui procurant la certitude de jouir lui et les siens, certitude sans laquelle il ne voudrait pas faire le sacrifice de ses biens actuels et d'une jouissance toute prête, à l'espoir incertain de jouir plus dans un temps futur et dans sa postérité; en lui procurant enfin le pouvoir de recueillir les fruits de ce sacrifice, dont YuiUilé plus ou moins grande dépendra toujours de l'autorité souveraine, de ses succès ou de ses erreurs.
Mais, au-dessous des propriétaires fonciers est immédiatement la classe productive, dont les travaux supposent les avances foncières, et dépendent évidemment de ces travaux.
A plus forte raison, toute la classe des arts stériles qui attend elle* même ses matières premières et ses subsistances de la classe productive.
La propriété foncière est donc le caractère général et distinctif de la nMesse dans les États policés ^ En ce sens , tous les nobles sont égaux entre eux, et la richesse fait la seule difiérence.
Les fonctions plus ou moins importantes de l'autorité souveraine instruisante, protégeante, administrante, forment une seconde distinction parmi les mandataires du souverain; et ceux qui les ont remplies avec nne grande utilité publique, laissent en héritage k leur postérité, comme fruits de leurs grands travaux et de leurs grands succès, une illustration qui les rend plus chers k la société, c'est-à-dire qu'on prend un double plaisir à les voir justes, bienfaisants et prospères, qu'on a une double indignation, un double chagrin à les voir méchants et malheureux.
Résumé général de la Classe noble ou propriétaire.
1* Le souverain et tous ses représentants mandataires, ou coopérateurs dans l'ordre de l'instruction, dans l'ordre de la protection et dans l'ordre de l'administration ;
â° Les propriétaires particuliers dont l'administration privée fait, entretient et perfectionne les avances foncières, les édifices, les prépara-
* Que ToD fasse toujours attention que TÉUt, dont je cherche ici i crayonner re8qui89e,ne ressemble nullement aux États que nous voyons.
692 L'AfifiÉ BAUDËAL.
lions de toutes sortes qai précèdent et qoi rendent plas fructifiants les travaux de Varl productif.
Telles sont les deux divisions qui forment la première cla$se d'hommes dans les sociétés policées.