V. lau<4edelap
être dix fois moindre, et la récolte dix fois plus abondante, si les avances sont plus grandes et meilleures.
II. — Du sort des sing^ks manceuwres des expkntations prûduciives.
Dans plusieurs contrées de la terre connue, les hommes dévoués aui travaux journaliers de Tart productif sont encore de malheureux esclaves attachés au sol par les liens de la servitude, c'est-à-dire, par ce titre barbare qu'on appelle le droit du plus fort, (/rotï prétendu , qui légitimerait les crimes les plus atroces, tout aussi bien que l'attentat d'un homme qui ravit h un autre homme la liberté de sa personne, l'usage de son intelligence et de ses forces.
Dans presque tous les autres pays de notre Europe, on parait accorder k ces ouvriers si précieux l'affranchissement personnel ; mais les restes déplorables de l'antique barbarie les font gémir sous le joug dur et flétrissant d'une fiscalité désastreuse.
Il y a donc des nuances dans le sort de ces ouvriers, ou serfs, ou réputés libres.
Premièrement, dans les pays d'esclavage proprement dit, ce qui caractérise l'homme qu'on appelle serf^ c'est qu'il ne peut quitter ni Tétat d'ouvrier de culture, ni le territoire sur lequel il est né, si ce n*est par la volonté de son maître, c'est-à-dire, d'un autre homme qui se regarde comme propriétaire de sa personne, de son industrie, de son travail , et d osa famille même.
La manière de pourvoir à la subsistance de ces hommes opprimés par la violence est différente, suivant les pays, les usages, les lois et les fantaisies des oppresseurs. — Les uns donnent au serf qu'ils tiennent sous leur joug une portion de terre a cultiver pour ses propres nécessités. Il faut qu'il lire comme il peut sa subsistance et celle de sa famille du champ qu'on lui laisse labourer pendant certains jours de chaque semaine. — Tous les autres jours le serf doit travailler au profil de celui qui se dit sou niaîlre , sous les ordres d'un directeur qui l'emploie tantôt il des travaux cliampélres el productifs, tantôt a des services piirement domestiques, a des voitures ou à des fabrications de l'art stérile.
Celte forme est eu usage dans (juchpics unes des colonies américaines; elle est presque universelle dans le nord de rKurope, avec cette singularité, que le paysan serf est oldi^içé de rendre annuellement, en arj^ent on eu nature, une portion des fruits (ju'il a recueillis sur son chain[). (7ost par des impôts personnels, par des monopoles ou privilèges exclusifs de vendre le sel, les boissons fortes ou les aiitres marchandises; c'oil par l'droit de taxer et d'acheter les «lenrées du crû par eux-mêmes,
par leurs régisseurs, ou par leurs fermiers, que les petits despotes arbitraires de ces contrées rançonnent ainsi leurs malheureux esclaves.
Une politique barbare, mais conséquente dans sa férocité, condamne ces infortunés k l'ignorance la plus grossière, et les façonne k Tobéissance purement passive sous le bâton d'un commandeur. Le découragement , la stupidité, l'ivrognerie, sont les suites naturelles et inévitables de cet état
La conséquence, ultérieure mais infaillible, de cette tyrannie, c'est l'anéantissement presque total des trois arts qui caractérisent les sociétés policées. L'art social ne peut jamais s'établir dans une horde composée d'esclaves et de despotes arbitraires. L'instruction claire , universelle, et progressivement perfectionnée, de la morale économique, peut-elle s'accorder avec l'attentat général et continuel des hommes sur la liberté personnelle des autres hommes? U autorité peni-eWe remplir les devoirs de la protection, c'est-k-dire, réprimer les usurpations et garantir les propriétés, quand on a une fois substitué, au titre naturel et légitime qui caractérise le propriétaire et non l'usurpateur, le seul titre de la force et de la violence, qui caractérise les oppresseurs et les opprimés; les oppresseurs qui peuvent tout oser, et les opprimés qui doivent tout souffrir?
G)mmentse pourrait-il, dans un pareil désordre, que l'art productif et et les arts stériles ne fussent pas dans l'inertie , dans la confusion ? Où ponvez-vous trouver des chefs d'exploitations rurales, ayant le savoir, le pouvoir, le vouloir de faire prospérer les travaux de la culture ? Gomment ferez-vous sortir cette race précieuse de fermiers riches, industrieux, zélés et honnêtes, du milieu de ces esclaves sans cesse abrutis et dépouillés ? Vos serfs ont-ils les moyens, ont-ils le savoir, ont-ils un intérêt k perfectionner leur travail, dont les fruits ne sont pas pour eux?
Espérez-vous que l'art de varier les jouissances par l'assemblage des productions naturelles, par le façonnement des subsistances et des matières premières, fleurira sur votre territoire? Où trouverez-vous des ouvriers, si vous attachez par violence k une chétive et pénible culture toute la postérité des malheureux que vous tyrannisez? I^sattendezvons du dehors? Mais quelques garants pour leurs propric^tés et leurs libertés que vous leur donniez, où sera le débit de leurs ouvrages, au milieu d'un peuple dénué de tout?
Quelle chimère plus absurde que l'idoe de civiliser un empire , en y laissant dans l'esclavage delà glèbe tous les ouviiersde la culture! c'est-a-dire, en y détruisant l'idée de loi naturelle, de la justice fondamentale, pour y substituer la loi du plus fort, afl*reuse constitution qui met une chaîne d'oppresseurs et d'opprimés k la plaee d'une chaîne de tra-
vaux bienfaisants et salutaires, qui se préparent et se succèdent les uns aux autres.
Comment peut-on ignorer que resclavage de la glèbe ne saurait jamais subsister dans un territoire, sans que les propriétaires fonciers, tyrans des ouvriers de culture, ne soient eux-mêmes les victimes nécessaires ou du despotisme arbitraire le plus absolu, ou de Tanarchie la plos complète ; deux fléaux également destructeurs de tous les arts caractéristiques des sociétés policées et de la prospérité générale, qui ne peut résulter que des travaux de ces mêmes arts?
Il est impossible que le maitre d'un serf ait Tidée de l'autorité bienfiiisante, dont les travaux augustes instruisent les hommes , protègent les propriétés et les libertés, préparent les travaux productifs et les trayaoi stériles, par de grandes avances qui en assurent le succès; dont le bnt est d'exciter de plus en plus le savoir, la confiance, l'émulation, la sécurité, l'activité, le désir du plus grand bien-être. — Il est impossible qu'il n'attache pas à ce mot sacré l'idée barbare et repoussante de la violence, de la domination arbitraire , de la tyrannie soupçonneuse. — Et de Ik résulteront toujours ou des efforts continuels pour se soustraire à toute autorité, ou la soumission aveugle, qui plie par crainte sous le joug d*un pouvoir arbitraire.
Aussi voyons-nous dans l'histoire ancienne et moderne resclavage de la glèbe s'adoucir k mesure que les nations se rapprochent de Tëtat vraiment civilisé. — De là sont nées d'abord deux sorlos de demi-affranchissement des paysans serfs. Le premier consiste à leur imposer seulement une taxe personnelle, en lenr laissiuil toute liberté de quitter leurs terres pour vaquer dans les villages cl dans les villes a toute espèce de travail productif ou stérile : cet usage est à présent très commun chez les Moscovites. — Le second consiste à ne leur imposer qu'une redevance réelle et territoriale, soit en argent, soit en denrées, mais à les astreindre toujours a la glèbe; oi ces redevances foncières sont ou fixées à une quotité drterminoe qu'on appelle cens, ou proiiorlionnelles aux récoltes de chaque année, ce que nous appelons en France agrière ou champart.
Ces redevances commencent h s'établir dans le nord de l'Europe, mais elles y rnbsistent encore presque partout avec la servilu<^e personnelle, jieri''eusement détruite dans nos contn'os méridionales. — Nos cens et renlos soip^nGiiriales, nos revenus fixes en nature, ou nos champarts proportionnels aux récoltes, restes de la ronstitulion féodale et de la servi" tude , ne sont ]>lus que des droits de copropriété' foncière réservés îi notre ancienne noblesse et a s«^s représontants.
Chez noMs Touvricr «les exploiiaiions productives est censé libre.
maître de sa personne et de sa famille; il peut s'instruire, s'enrichir, s'élever ë toutes les professions de la société.
fç. Trop heureuse révolution arrivée depuis plus de quatre siècles dans le midi de TEurope, dont elle ferait depuis longtemps le séjour de la paix et de la prospérité pour les hommes, si les erreurs de la fiscalité mal entendue n'en avaient détruit les heureux effets !
Exemple frappant qui doit servir de leçon pour les peuples du Nord , 8*îl8 veulent un jour se policer et détruire la servitude de la glèbe, attentat funeste dont la réprobation éternelle est le premier acte fondamental de toute civilisation ! — En effet, le régime fiscal s'est appesanti partout sur les simples ouvriers ou manœuvres de la culture et des autres exploitations productives; on les a surchargés de taxes personnelles^ d'impôts sur leurs consommations , de corvées , d'enrôlements forcés , et d'autres exactions arbitraires de toute espèce.
Les propriétaires fonciers sont presque partout les auteurs, les instigateurs de ce système désastreux ; ils imaginent que les charges aggravées sur le pauvre ouvrier des campagnes soulagent d'autant leurs héritages du poids des impôts excessifs. Cette erreur, quoique générale dans notre Europe méridionale, n'en est pas moins souverainement absurde; car, enfin, en voici le résultat très infaillible et très évident.
Les ouvriers de la culture et des autres exploitations productives, rançonnés et vexés par des charges arbitraires, sont ou plus chers à soudoyer, ou plus malheureux. Plus chers, s'il faut que le cultivateur en chef (soit fermier, soit propriétaire) leur restitue le montant de toutes les exactions qu'ils souffrent, et leur procure encore une vie douce et commode. Leurs salaires doivent augmenter sans cesse à proportion de leurs impôts, s'il faut que leur sort ne soit pas rendu pire. — En ce cas, la culture est surchargée de tout l'impôt et de tous les frais qu'il coule à lever, et cette surcharge, supportée d'abord par le cultivateur en chef, tetombe bientôt sur le propriétaire même, dont le revenu quitte et net est diminué dans le bail à ferme; c'est ainsi que l'assiette et l'augmentation continuelle des taxes et des autres charges sur les ouvriers ruraux fait diminuer le loyer des terres, ou les empêche d'augmenter de prix dans la progression qu'elles devraient suivre, préjudice évident pour les propriétaires. — Autrement, il faut supposer que cette race précieuse devient chaque jour plus misérable, que son sort est rendu plus dur, sa vie plus triste et plus pénible; en ce cas, il est évident qu'elle se dépeuple, qu'elle se décourage, qu'elle perd l'émulation, l'industrie, la vigueur, qu'elle ne peut plus produire de nouvelles recrues de bons, de riches, d'habiles fermiers ou directeurs en chef de grandes exploitaiions productives. C'est ainsi que les mêmes taxes opèrent encore par
un autre moyen la dégradation de l'art productif; c'est ainsi qa'elles font diminuer la richesse et l'industrie dans la classe cultivatrice, et qu'elles dégradent par conséquent le prix des terres, ou le loyer qa^en retirent les propriétaires fonciers.
L'avidité ou l'orgueil mal entendu travaillent donc contre eux-mêmes, quand ils veulent rejeter sur le simple ouvrier des campagnes le poids des impôts arbitraires : ce poids retombe tout entier sur le prix de leurs héritages; mais il n'y retombe qu'après avoir opéré la ruine de la classe cu/^tra^rtce, qu'après avoir diminué la population de cette espèce d'hommes les plus laborieux de la société, qu'après avoir excité tous ceux qui peuvent s'instruire et s'enrichir à quitter, le plus tôt qu'il est possible, un état de misère et d'avilissement.
Pour comble d'erreur, la plapart des systèmes de la fiscalité moderne assimilent en ce point les chefs mêmes de la culture et des autres exploitations productives aux simples manœuvres qu'ils emploient dans leurs ateliers.
Ces fléaux destructeurs de l'exaction arbitraire et flétrissante chassent donc sans cesse des campagnes la postérité des fermiers riches , actifs et intelligents; et dans le même temps ils empêchent que cette race précieuse de fermiers ne se repeuple par la prospérité, par Témolation des ouvriers de l'art productif plus habiles et plus heureux, qui la recruteraient sans cessej dans un empire où le système fiscal, respectant leur liberté personnelle cl le prix de leur travail journalier, leur laisserait l'espoir et l'aisance de s'élever, eux ou leur postérité, jusqu'à celle qualité de cultivateurs en chet.
Toutes les exactions qui tombent sur l'une ou l'autre division de la classe cultivatrice, sont donc en effet une spoliation de l'art productif, et c'est ainsi qu'on les appelle dans le langage économique.
C'est-à-dire que ces charges avilissantes et ruineuses pour la classe productive de VEtat tendent à la rendre sans cesse moins nombreuse, moins riche, moins active, moins habile; que leur effet immédiat el infaillible est par conséciuenl la dégradation de la culture et des autres exploitations productives; par consé(|uenl la diminution des lécolles; par conséquent la diminution de la n);isse des subsistances el des matières premières; par conséquent la diminution de la somme totale des jouissances utiles el agréables qui font la propagation et le bien-être de l'espèce humaine sur la terre.
Malheur donc aux propriétaires fonciers et aux mandataires quelconques (le rautorilé souveraine ; malheur aux ouvriers de tous les arts stériles, loFvSquo les hommes dévoués aux travaux <le l'art [>ro(luctir languissent s«>u3 le joug dur cl llélrissant de la sor\ilude ou de la fiscalité î
Dans une société vraiment policée suivant les principes éconouiiques, les simples ouvriers de la culture, ceux des autres exploitations des deux règnes animal et minéral, seraient des hommes libres, quittes de toute charge, absolument maîtres de leur travail et des propriétés mobilières acquises par ce travail. — Aucune exaction ne leur ôterait la possibilité de s'élever à la qualité de fermiers ou directeurs en chef de la culture, aucune prohition ne les tiendrait exclus, ni eux ni leur postérité, des emplois quelconques de Vart stérile, ou même de Yart social.
Jtésumé général de la classe productive ou cultivatrice, — Tous les hom- . mes employés aux exploitations diverses des trois règnes, c'est-k-dire, premièrement, à la chasse, à la pèche, au pâturage; secondement , à la culture des végétaux ; troisièmement , à la fouille des métaux et des minéraux de toute espèce, composent cette seconde classe.
La première division comprend les directeurs en chef des exploitations productives. Ils font à leurs dépens, risques, périls et fortune, tous les préparatifs et tous les procédés de ces exploitations, et payent en argent ou en nature une ferme aux propriétaires fonciers, qui partagent ces revenus annuels avec le souverain ; cette ferme étant le prix des grandes avances publiques faites par l'administration générale ou souveraine, et des avances foncières faites par l'administration privée.
La seconde division de la classe productive est composée des simples ouvriers des exploitations des trois règnes. Ils sont salariés par les chefs et directeurs, et travaillent pour le compte de ces premiers entrepreneurs, aux risques, périls et fortunes des entreprises dont ils ne sont que les manœuvres.