I. — Des Ouvriers employés aux subsistances
Observons d'abord une distinction qui ^c trouve plus ou moins mar-|
71& n UAVUfc BAUDEAU.
quée dans les gninis Élata poUeés, entre les ehefis et dioeelean des lni»r/ ¥sax de ce genre, et les simples ouvriers ou manceavres qm opèrAil leurs ordres.
Leehef fiùl les awices ov les piépsrstifii de Isfidncstion^ileit ( Kes risques, il Fordonne et b dirige psff soft trt ; le ompto omrier < lente et reçoit son salaire.
} Cette distinetion peut être naturelle et anntagense, mais eHe fétà «être factice et nuisible ; c*est ce qu'on doit considérer.
On sait désormais ce qu'il faut entendre par une distinction avanlageoseou nuisible. La première est celle qui ùfète la mnlliplicatioades JMissances, T^piélioration des fluets qui procareàt fOUd bieihètn; Tautre est celle qui diminue eette somme de jornasances, cette nUMe des objets propres k nous les procurer.
Or, il est sensiUe que les objets sont Êiçonnés beaucoup nûenSyà HHnns de frais, d'une manière plià prompte et moins variride dana^ un grand atelier pourvu par ^avance de matières premières, de gfwds 6| ibrto instruments, sons la directi<m d'un |eèe babilp maître, qu'ils »• le sont en petit par un simple ouvrier dépowhru d'art et de nu^ens»
C'est donc un bien réel quand il s'élève un chef qui sait,--qoi nmt et ^i peut opérer en grande même dans les manufactures jni n'ont pe» objet que le façonnement des subsistances '. .^
Prenons pour exemple l'art le plus utile de tous, celui qui mes isÉlr nit Faliment le plus commun et le plus indispensable : l'art de la bou« laDgerie.
La différence est énorme pour l'épargne des frais de tout genre, comme locatioDS de magasins, manutention, mélange et assortiment des farines, frais de fabrication, cuisson et débit du pain, entre une grande boulangerie dirigée par un seul chef riche, honnête et habile, et la cuisson que fait une pauvre femme particulière, ou même un pauvre ouvrier sans avances, dont le débit est très borné; Tun peut vous donner du pain excellent à beaucoup meilleur marché ; Tautre ne peut se procurer à lui-même ou vous vendre que du pain très médiocre et fort cher.
C'est la force des avances, la bonne qualité qui résulte de la conservation et de la combinaison des farines, Tensemble et la continuité des
* On voit , par ces détails , et surtout par ceux qui suivent , que Tabbé Bandeau avait prouvé, par anticipation, contre les Socialistes, que la luUe du eapilal conirt le travail n'est pas un mal, bien qu'il puisse résulter de ce fait, comme de beaucoup d'autres , des inconvénients passagers. Ce qui est un mal sans compensation , c'est l'absence de la liberté ; et l'auteur ne tardera pas à le démontrer énergiquement. (E. D.)
opérations^ Tefficacité des boDoes et grandes machines, qui procurent ces avantages réunis da bon prix et de la qualité supérieure.
Cest le manque de moyens, de local, d'instruments et de direction générale, qui rendent le pain des fobrieateurs isolés plus cher et moins bon que celui des grandes boulangeries K
J'aime à insister sur cet exemple, parce qu*un des plus grands services qu'on puisse rendre à l'espèce humaine est, et sera toujours probablement dans notre Europe, de procurer au peuple de bon pain à bon marché.
L'établissement des. grands et forts ateliers, sous la direction de chefs opulents et industrieux, tend donc k procurer au même prix une plus grande somme de jouissances plus agréables : c'est donc un vrai bien pour l'humanité, quand c'est la liberté, Finstruction, l'aisance et l'émulation qui les procurent.
Mais si la distinction des ouvriers en maîtres, chefs ou directeurs des fabrications, et en simples manœuvres ou compagnons, comme ils s'appellent, est purement factice; si elle est appuyée sur des prohibitions, des privilèges exclusifs, des formalités et des exactions, alors elle est BQsible au lieu d'être profitable , puisqu'elle tend k diminuer les jouissances, à augmenter le prix et altérer la qualité, au lieu de procurer le bon marché des subsistances et leur amélioration. — C'est ce qu'on voit néanmoins dans presque toutes les sociétés de notre Europe moderne. Les privilèges exclusifs d'ouvrier en chef se vendent moyennant quelques taxes et quelques formalités, même dans les métiers qui regardent les aliments les plus indispensables au pauvre peuple, tels que le pain, la viande, les légumes, les boissons, le bois k brûler, les épiceries communes et autres denrées comestibles. Dans quelques pays mêmes , les drogues médicinales sont assujéties au privilège exclusif de vente et de fabrication *.
Une première faute en attire toujours plusieurs autres : on a senti partout que des artisans privilégiés, ayant le droit de fabriquer les subsis-
* J'en ai donné des preuves dans les Avis au peuple, et dans VÀvis aux honnêtes gens. Tout le monde peut vériûer, par exemple, dans la maison de Scipion, à Paris, qui sert de boulangerie générale à tous les hôpitaux de la ville et des environs , dépendante de V Hôpital général, combien peu coûte la fabrication du pain qui est exceUent dans son espèce. — Voyez la Notice sur Bandeau, p. 652 de ce volume.
• On peut consulter, sur le régime monopolaire et fiscal auquel Pauteur fait allusion, le Mémoire au roi, de TurgoC, qui précéda les célèbres édiu de février 1776, ces édits et les doléances du pariement consignées dans le Procès-verbal du lit de justice, tenu à Versailles le 12 mars de la même année. (V. Œuvres de Turgot^ II, p. 657el8uiv.) (E. D.)
tances, exerceraient une espèce de tyrannie sur les consommateurs, s'ils étaient en petit nombre; on a senti qu'ils en trouveraient les prétextes dans les taxes qu'on leur imposait, et dans les formalités auxquelles on les assujétissait; qu'ils y trouveraient même les plus grandes facilités par leur réunion en espèce de république ou de corps et communauté, ayant ses lois, ses usages, son espèce de magistrature.
On a cru trouver un moyen d'empêcher ce monopole et cette collusion en multipliant le nombre des ouvriers en chef par privilège, et même en leur cherchant des concurrents parmi le peuple des campagnes voisines. — Mais on n'a pas pris garde que ce moyen était contradictoire avec le principe infaillible d'où dérive l'avantage public et universel , c'est-h-dire avec le proGt du fabricateur, la bonne qualité des matières et des façons, et le bon marché des subsistances. Ce principe , c'est un grand et fort atelier conduit par un chef riche, honnête et intelligent, qui opère librement et sans exactions.
Si les systèmes soi-disant politiques ne s'en étaient jamais mêlés, Taocienne et primitive liberté, antérieure b tous règlements, a tous privilèges exclusifs, à toutes corporations, k toutes taxes, à toutes prohibitions,subsisterait encore; car c'est'évidemment l'état naturel ; c'est celui d'où les hommes sont certainement sortis par chaque ordonnance, par chaque établissement réglementaire '•
En cet état, l'adresse, le bonheur, l'aisance, l'émulation, l'honnêteté des meilleurs ouvriers auraient produit peu à peu ces grands, ces riches ateliers si profitables au bien général.
Dans cet état de liberté, d'immunité parfaites, nul fabricateur de subsistances ne pourrait obtenir la préférence que par la meilleure façon et le meilleur marche; nul ne trouverait aucun obstacle à la mériter à ce prix : de là naîtraient des désirs, des efforts et des succès continuels, au grand avantage de tous; désirs, efforts, succès dirigés vers le vrai but, c'est-a-dire vers la formation progressive et continuelle des plus grands, des plus riches, des meilleurs ateliers, qui opèrent la perfection et le meilleur marché.
Au lieu de la liberté et de Vimmunilé^ dès que vous avez fait marcher le privilège exclusif, les formalités, les corporations et les taxes; dès que vous avez pris, pour contrepoison des fraudes et des malfaçons 'iifentraîne ce système, la multiplication des ateliers, il est d'une souveraine
* Rien de plus vrai. — Mais , pour retrouver cette ancienne d primilivc Uberlc doiil parle Uaudeau, n'y a-l-il pas lieu de croire qu'il faudrait remonter, si ce n'est à !a période Adainique, du moins aux temps cpii avoisinent le delnire ." (K. 1).^
évidence que vous êtes dans la route précisément opposée à celle qui conduit au plus grand atantage de tous.
Le privilège et le règlement éteignent nécessairement le désir et le pouvoir de perfectionner Tart ; les taxes, les formalités longues et dispendieuses, la multiplication des ateliers qui subdivise les profits, en ôtent les moyens.
Cette erreur est néanmoins presque générale dans les États policés de notre Europe ; et, ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'elle a plus opéré sur les subsistances de première nécessité que sur toutes les autres. Les boulangeries, les boucheries, les ventes des petites denrées et boissons usuelles, sont presque partout assujéties k des règlements, des formalités, des exactions et des privilèges exclusifs.
Ce mauvais système part de la même source que celui de rançonner par des impôts et charges personnelles les ouvriers de la culture. — On a cru favoriser les propriétaires des terres en rejetant les taxes sur les artisans de toute espèce. Quelle faveur , cependant, quand on y réfléchit avec attention ! Des ouvriers privilégiés k prix d'argent, surchargés d'exactions, gênés par toutes sortes de règlements, et multipliés le plus qu'il est possible, ne peuvent opérer que plus mal et vendre plus chèrement. Vendre plus cher, c'est diminuer la somme àesjouissanees; opérer mal, c'est altérer le bien-être ou l'utilité qu'elle devrait procurer : mais jedemande quel autre mal pourrait donc faire aux propriétaires l'exac^ tioD directe d'un impôt payé par eux-mêmes, que de leur enlever une somme de jouissances et de les réduire à consommer des objets d'une qualité fort inférieure k ceux dont ils devraient user?
Je reviendrai sur cet objet, digne des plus sérieuses réflexions; qu'il me suifise , quant k présent, de remarquer d'abord la nécessité d'accorder le premier rang, dans toute spéculation politique, aux ouvriers en chef dont Yart a pour objet le façonnement des subsistances.
Secondement, la grande utilité générale du meilleur prix et de la qualité supérieure, qui résulte nécessairement en cette partie, comme en toute autre, des grands et forts ateliers établis par de fortes avances, conduits par un chef riche, honnête, habile et plein d'émulation.
Troisièmement, que la formation de ces ateliers opulents est l'efiet nécessaire et infaillible de V immunité^ de la liberté parfaites ; que les exactions, les règlements, les prohibitions, les taxes, les formalités, les privilèges exclusifs , sont évidemment les obstacles les plus opposés à ces établissements.
Quant aux simples ouvriers ou manœuvres de toutes ces fabrications de première utilité, leur sort peut être fixé dans le second rang, par des causes toutes naturelles : défaut de savoir, défaut d'émulation ou de
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I conduite, déraut de moyens ou d'avances, trois raisons qui peuvent icondamner un ouvrier k travailler toute sa vie sous la direction d*on jchef, comme simple instrument passif de Tart auquel il s'est dévoué. (Mais, dans la plupart des États prétendus policés par la manie r^ieimentaire, il est des causes purement factices qui dérangent Tordre na- Jturel, en violant les libertés, en étouffant les talents et en forçant h I destinée des hommes.
Telle était par exemple cette loi singulière des anciens Égyptiens, qui nécessitait les enfants k se consacrer aux mêmes travaux que leur père. — Tel est l'usage des pays où règne encore la servitude personnelle; où, par suite de cette horrible oppression, le maitre se croit en droit de distribuer arbitrairement des emplois à ses esclaves. — Telles sont encore toutes les exclusions prononcées par les systèmes modernes des corporations, des statuts et règlements qui les concernent
Ce système absurde est né dans les temps d'ignorance et de guerres intestines, quand le système féodal a commencé k se dissoudre dans notre Europe méridionale. Après avoir rendu les villes du même empire étrangères aux campagnes même les plus prochaines, et pareillement étrangères les unes aux autres, on les a composées elles-mêmes successivement de cent et cent petites républiques également étrangères entre elles et même souvent ennemies.
Une politique fausse et barbare a mis toute son étude a fomenter, a forlificr sans cesse ces divisions, ces guerres sourdes de toutes les villes contre toutes les campagnes; des villes contre les autres villes et des habitants des| mêmes cités, pelotonnés par corps et communautés d'artisans les uns contre les autres; et l'on appelait encore sociétés policées des nations ainsi organisées par l'esprit de jalousie, d'exclusion, de défiance, d'usurpation et de représailles.
De Ik sont nées les règles bizarres d'apprentissage, de corapagnonage, de chef-d'œuvre, de réception à la maîtrise, même dans les arts les plus simples, tels que ceux qui façonnent les subsistances.
De la sont nées les préférences et faveur des fils ou gendres des privilégiés du corps, et les exclusions des étrangers qui n'auraient pas rempli les formalités, subi les longues éprouves, rendus les longs services prescrits par les statuts.
Le résultat de toutes ces belles inventions, c'est qu'un homme riche, habile, industrieux, honnête, qui fait, qui peut, qui veut rendre un service 1res utile au public, même dans la fabrication des subsistances les plus nécessaires, le rendre mieux, le rendre k plus bas prix, en est for-
mellement empêché par de prétendues lois, aecumuléesan hasard sans connaissance de cause et sans réflexion \
C'est là ce qu'on doit appeler des causes factices^ opposées à rétablissement des bonnes et utiles fabrications de subsistances ; obstacles mis aox succès de Témulation, obstacles qui sacrifient le bien-être public, qui violent les libertés, et qui attentent aux propriétés de toutes les classes. — Les simples ouvriers de ces fabrications devraient donc, suivant le droit naturel, être tels par leur choix ; ils devraient, pour s'ériger en chefs ou directeurs de ces travaux, n'avoir besoin que des trois conditions prescrites par la nature, c'est-à-dire de le savoir^ de le pou-l voùr^ de le vouloir. Toute autre condition imposée répugne essentiellement à l'idée d'un État policé suivant les vrais principes économiques.