L -^ Distinction enire te Commerce et le Trafic K
Acheter les productions naturelles, ou brutes ou façonnées ^ des mains de ceux qui les ont produites ou travaillées, pour les revendre % ceux qui doivent les consommer en subsistances, ou les user en ouvrages de durée , c'est là ce qui caractérise le trafic ou le négoce.
Le commerce^ pris dans sa véritable essence, est au contraire tout échange des productions naturelles, brutes ou façonnées,. qui se &it entre les hommes.
Deux producteurs voisins qui échangent de leurs denrées pour les consommer réciproquement, font un vrai commerce^ sans TinterventioD de nul ouvrier façonneur, de nul voiturier, de nul trafiquant Cest le commerce le plus simple qu^il soit possible , mais aussi le plus avantageux aux deux producteurs, parce qu'il leur assure k eux seuls la eom^
* Yoy., sur le coininerce, les ch. 10, il, 12 et 15 de VOrdfe nat. et esseni. des soc polit, de Mercier de La Rivière.
êonmation de tous les objets échangés, sans quMls soient obligés de payer aucuns frais ni salaires.
Qnand il est plus agréable ou plus utile que les productions échangées reçoivent des façons, supportent des frais de voiture, et passent par les mains des traflquants, le commerce en est alors moins simple ou plus compliqué. Fa^^onner^ vaiturer^ trafiquer les productions échangées, sont donc trois accessoires, surajoutés et accidentels, au commerce proprement dit.
Si Tordre de la nature eût été qu*en semant du grain dans mon champ, le pain fût né comme il sort de la boutique d'un boulanger, et que mon plus proche voisin , en semant du lin dans sa chenevière , eût recueilli du linge tout prêt, comme il sort des mains d'une ouvrière, nous pourrions faire ensemble, sans Tentremise de nul autre agent intermédiaire, réchange ou le commerce le plus simple, et par là même te plus avantageux qu'il soit possible.
Biais les accessoires coûtent des frais ou des salaires aux producteurs et aux consommateurs^ qui sont les vrais, les premiers, les essentiels agents de tout commerce ; ces frais, surajoutés à l'échange pur et simple, le leur rendent d'autant moins profitable*.
C'en est assez pour faire sentir avec évidence que trafic et commerce ne sont pas la même chose.
Les trafiquants, négociants ou marchands, dont le ministère est d'acheter du producteur les denrées simples, ou du façonneur les marchandises ouvrées, pour les revendre au consommateur, serveut donc le cornmerce; par leurs soins, ils facilitent souvent les échanges et les consommations : c'est là ce qu'on veut exprimer quand on dit, improprement, qu'ils font le commerce.
On dit encore, par exemple : < Les Hollandais font un grand commerce dans la mer Baltique. > Or, dans le vrai, c'est un grand trafic. Les Hollandais n'y sont qu'agents accessoires et accidentels du commerce^ qui se fait entre les producteurs et les consommateurs du nord et du midi.
Ces agents accessoires du commerce font un profit mercantile, qui est le prix de leur industrie, le salaire de leurs peines, l'intérêt de leurs avances, la compensation de leurs risques. Mais le principal avantage des
* H était difficile de trouver une expression plus piquante à cette vérité , que la Pétition des fabricants de chandeites^ bougies , lampes , chandeliers , wouchettes , éteignoirs^ et des producteurs de suif^ huile^ résine^ alcool^ et généralement de tout ce qui concerne l'éclairage..., contre la lumiî^re du soleil ; délicieuse plaisanterie qui appartient a Tautcur de Cobden et la Lique^ à Bf . Frédéric Bastiat, que nous avons déjà cité. (V., Journal des économistes^ t. XII, p. 304). (E. D.)
^ehanget (doril les itègociaots font les 0|>ératîons de délail) est loujoiî pour les producteurs et pour le» consommateurs, qmjoummî des maf' chundins échangées, I
Doue, lus productmn, qui sont h première ligue ou ta source de tout (commerce, et le;^ comommatêurs^ qui en sont le but ou la fin, et la dernière ligne, sont les parties esseuiielles et constilulives, sans lesquelles il ii*esl pas possible que le Gommerce existe : $am mtB les tratiquanls m seraient rùn ; car le négoce ne peut jamais s^en passer. Mais ils peuvent eux, commercer sans îrafiquanU^ et alors le commerce n'en est qBe meilleur.
Une doctrine sophistique s'était élevée, dans notre Europe moderne, sur h* fondeinent ruineux de celte équivoque, trop commune dans uolrô langue. Jifaui favoriser te commerce - c'est un axiome général dont 1%. vérité ne peut jamais être conieslée; car il signilie, dansTexacte vérité qu'il faut exciter et procurer à qui mieux, la multiplicalion des productions, celle des échanges, celle des jouissances ou consommations, qui font le bieu-étre des hommes
Donc, il faut favoriser le trafic et les trafiquants. C'est une conctnsk>] toute différente deTaxiome fondamental, conclusion trop souvent pris dans le sens le plus équivoque^ et qui mérite d*étre appliquée d*ua< manière toute contraire à celle de plusieurs Traités soit disant poli tiquet sur le commerce, — Car enfln, qu'en tendez- vous par ces mots, favorùer k trafic et les trafiquants? Vous pouvez leur donner deux sens tout différents : dans le premier, la conclusion sera très véritable et très utile; dans le second , elle sera très fausse et très préjudiciable; c'est ce que je tâcherai de développer ici, en traitant premièrement des vraies faveurs faites en même temps au commerce proprement dit , et au trafic qui en est Taccessoire; secondement, des faveurs pernicieuses accordées k quelques trafiquants, contre l'intérêt du commerce.