V. — De t instruction économip^e et de son efficacité
La perception directe des vrais revenus de la souveraineté procure donc les mqyeos de remplir les fonctions augustes et bienfaisantes de Tautorité suprême : c'était la première partie du problème k résoaâre.
^ Croit-on^ par exemple^ que les propriétaires, qui payent aujourd'hui 976 nuDions de couU*il>ution foncière, ne gagneraient rien à prendre à leur charge les 1506 millions du budget, si, par contre-eonp , ils étaient dégrevés de tout ce qu'ib payent , directement ou indirectement , ponr Tenreglstrement et le timbre , les droits de douane et la taxe du sel, Timpôt sur les boissons et le tabac, Pexcédant sur les frais du service de la poste, etc.? Et puis, d'ailleurs, est-ce que TÉtat aurait besoin d*m revenu de 1 mUliard S06 millions , s'il n'était pas , comme le remarque raU>é Baudeau , obligé de salarier tous ses mandataires , tous ses fournisseurs, tons ses employés quelconques, à proportion des surcharges occasionnées à leurs êépemes par mille et mille sortes de taxations t Est-ce qu'entre autres réductions possibles, il n'y aurait , notamment, rien à rabaUre sur le chiffre de la 4* partie dn budget des dépenses, absorbant à elle seule, sous la rubrique. Frais de régie^ de pêreepHon eS d'exploitation des impôts et revenus publics^ la somme de i50 millions (Budget de iS46]? k la vérité , ce n'est point aux hommes de finances qu'il faut soumettre de pareilles^uestions. (E. D.)
Une portion sagement déterminée dn revenu clair et liquide des fonds de terre, procure une richesse publique évidemment supérieure à toute richesse privée , par conséquent une puissance prédominante et souveraine, qui s'accroit sans cesse par le bon usage qu'en fait Tautorité.
Hais comment empêcher Tabus de cette puissance, ou le mauvais emploi des forces qu'elle rassemble? C'est la seconde partie du problème.
Dans toutes les contrées du monde connu , dans toutes les époques des histoires qui nous restent, on a vu les hommes s'agiter pour la solution de cette grande question politique.
C'est uniquement pour cet objet important que furent instituées toutes les républiques anciennes et modernes, que furent consacrés les contrepoids politiques ou les contre-forces qu'on appelle aussi pouvoirs intermédiaires, que furent enfin invoquées et pour ainsi dire sanctifiées, les lois qu'on appela fondamentales dans les différents empires.
Toutes ces inventions caractérisent les États mixtes qui ne sont ni le despotisme arbitraire, ni la monarchie économique.
Je les appelle mixtes, parce que leurs constitutions mobiles et arbitraires peuvent remplir tout l'intervalle qui se trouve entre le despotisme arbitraire « proprement dit, qui est le comble du désordre et de l'injustice, et la vraie monarchie, qui est la perfection de la justice par essence, et de Tordre naturel de bienfaisance.
D'où il résulte que les institutions caractéristiques d'un État mixte sont d'autant plus préjudiciables, qu'elles s'écartent plus de la monarchie économique.
Vivement frappés des maux qu'entraine l'abus des richesses et des forces combinées pour le service de la véritable autorité, les hommes ont cherché les moyens d'empêcher cet abus; ils en ont inventé mille espèces différentes, totalement inutiles, et ont négligé le seul véritablement efficace, qui est l'enseignement public, général et continuel de la justice par essence, de l'ordre naturel de bienfaisance.
Tous les autres moyens, tels que les formes républicaines, les contreforces politiques et la réclamation des lois humaines et positives, appelées fondamentales, sont des remèdes insuffisants pour arrêter les abus de la force prédominante, destinée à servir l'autorité véritable, instruisante, protégeante et administrante.
Mais l'enseignement économique est le vrai remède k cet abus : c'est ce que je me propose de développer en peu de mots, sans insister
* V.^ sifr le DeipoUime arbitraire^ Mercier de La Rivière, p. «Md de ce volume, fil note.
Î/ABIÎÉ liAUDKÂlJ.
sut- des déic^il.H qui n€ peuvent entrer dans un ouvrage élémenlaire '
Figtirez-voiiseii efftil un peuple lolaletiicul inslruiî, depuis phigieun» i sièele^i do tou^ tes principes de la morale économique, M%%i simple^! qu'elle est sublime et salutaire* Figurez-vous que runivcrsalilé presque^^ entière des ciiojcns sait, dès sa plus tendre jeunesse, ce que c est que ; propriété, que liberté, que justice, que bieuraisaoce, que crime ei délit naturels; ce que c'est qu'autorité, qu'instruction, que protection, qu*âd' minislraîiou ; ce que sont les trois arts caractérîsùques des États pobcés, ce que sont tes trois classes dlioïuraes qui s'en occupent . quels sonl^ leurs devoirs et leurs droits respectifs, quel est le voeu général de i nature, Tintérêt universel de l'espèce humaine, le but des sociétés^ quelles sont les institutions sociales qui remplissent ce i^rand objet ^ quelles sont les erreurs qui en détournent les hommes réunis en ÉtaU politiques.
Ne vojex*vous pas dans c^lte instruction générale aoe çonlre*for naturelle opposée a us volontés usurpatrices et vexatoires, contre^ force d'autant plus puissante^ que la conviction sera plus intime, la lumière plus vive, le sentiment plus enraciné?
Rappelez'Vons que cet enseignement des précieuses vérités morat économiques est simple, naturel, satisfaisant pour Fesprit et pour cœur; qu'il est plus facile h inculquer au commun des hommes, que^ Tassemblage de traditions, d'opinions et de superstitions populairc$^H dont toutes les nations connues sont infeciêes sras nulle exception,^' même les moins policées de TAmérique septentrionale.
Considérons maintenant que les dangers à prévenir sont des usurpa^ lions de propriéêëSj des violations de libertés publiques ou particulières, par des volontés spéciales et transitoires, ou par des règlements généraux et permanents : ceci posé, faisons ce parallèle.
Voici deux empires dans lesquels la force prédominante est exacte-» ment la même quant aux richesses du souverain et au nombre de ses mandataires.
Mais dans l'un de ces empires règne l'ignorance la plus profonde sur la loi de la justice essentielle, sur Tordre bienfaisant de la nature ; le peuple abruti n'a ni le loisir, ni la volonté de réfléchir; les préposés du
• Voyez, sur cette nécessité de l'instruction, ou plutôt de réducation , Quesnay, Droil naturel^ chap. 5 , p. 55 de ce volume , et la seconde de ses Maximes gêné" raies, p. 81, ifcirf.; — Turgot, commencement du Mémoire sur les municipalités; — Mercier de La Rivière , Ordre naturel des sociétés politiques^ ch. 8 des anciennes éditions ; — et surtout, M. Rossi, Cours d'économie politique^ T. 1, 17* leçon.
lere
régime arbitraire n*y connaissent pour toute loi que Tordre ou la défense émanée du maître.
Dans l'autre empire est répandue partout la lumière la plus vive sur les droits sacrés des propriétés et des libertés, sur les vrais avantages du souverain, sur ses relations de société avec les propriétaires, les cultivateurs et la classe stérile, sur son unité d'intérêt avec eux, avec leurs propriétés et leurs libertés.
Supposez maintenant que vous êtes souverain, que vous désirez le pouvoir malheureux d'usurper à votre fantaisie ces propriétés, et de violer à votre gré ces libertés, soit en détail et pour le moment présent celles du particulier, par de simples ordres; soit en gros et pour longtemps celles de plusieurs collectivement pris, par des règlements pernicieux.
A laquelle des deux nations vous adresserez-vous par préférence, dans l'espoir de réussir plus certainement et avec plus de facilité? Est-ce à la nation universellement et parfaitement ignorante? Est-ce à la nation universellement et parfaitement éclairée ? Cest évidemment k la première.
Là vous ne trouverez ni résistance de la part de ceux qui souffriront de vos caprices usurpateurs et vexatoires, ni refus de ministère de la part des préposés qu'il vous faudra mettre en œuvre, ni murmure de la part des témoins.
Ailleurs, vous trouveriez, au lieu de victimes patientes et dévouées , des hommes instruits de leurs droits, qui sentiraient vivement l'injustice de vos attentats contre l'ordre et la loi suprême de la nature : première différence.
Vous trouveriez des mandataires instruits de leur devoir naturel imprescriptible, supérieur atout, qui vous répondraient : « Usurper les € propriétés, violer les libertés, c'est précisément ce que nous devons € éviter comme hommes privés, c'est précisément ce que nous devons € empêcher comme dépositaires de l'autorité. Abuser de ses forces pour
< commettre cette usurpation, cette violation, c'est, de par la nature,
< le caractère du crime ou du délit : nul ordre quelconque ne peut Tef- € facer, ce caractère indélébile imprimé par l'Être suprême. Nul homme,
< nul assemblage d'hommes ne peut rendre bien ce qui est mal, juste € ce qui est injuste, bienfaisant ce qui est destructeur '. Je puis comme « homme, par prudence, être victime d'un caprice vexatoire et usurpa- « teur armé d'une force prédominante; je calcule les inconvénients et « les dangers, et d'après le conseil tenu dans moi-même, je souffre ou