V. Maximtt du docteur Quesnay , p. 389 de ee volume
im ^ L'ABBÉ B4UDEAU.
€ je résiste. Mais je ne puis m'en rendre complice^ je ae le pui^ qi € me chargeant voIoDtâireraeai d'un crime. La qualité de mandataire 4 do Tautorité ne peut Taire illusioii k ma coDscience : ce n'e&t potuli « Tautorité que je servirais, c'est la force prédominante agissant contre^ « le devoir et riniérêt de l'autorité, faisant ce quelle doit empôclier, ' € détruisant ce qu'elle doit opérer. »
Un tel langage serait étrange dans les nations où règne rignorancQJ absolue de la loi de justice , de Tordre de bienfaisance prescrit imr 11 l nature^ il n'y serait hasardé par qui que ce soit; mais, par la même rai-l son^ le langage contraire serait étrange dans une nation universel IcraenlJ instruite, et il n'y serait hasardé par qui que ce soit.
Vous trouveriez donc des mandataires qui se présenleraienl pôor"' être, s'il le fallaiti victimes des attentats médités contre la loi de justice, contre Tordre de bienfaisance, mais qui refuseraient d'en être com[>li€e9| et vous en trouveriez d'autant plus, que Tinstroction serait plus parfaitei; seconde différence.
Enfin, outre celui qui souffre usurpation et violence, et ceux qui le opèrent, il faut compter pour beaucoup la multitude qui en est témoin
Dans un peuple instruit, tous les esprits seraient scandalisés, tous le C€Burs seraient blessés à la vue de vos attentats, Topinion univcrselld^ ferait naître des sentiments qui n'existent point dans la nation ignoranl et abrutie, qui ne réfléchit m ne juge. Haine et mépris pour les auteurs" et les complices des violences usurpatrices et vexatoires ; compassion et intérêt pour les malheureux qui auraient souffert injustice; amour et respect pour les sages et vertueux mandataires de Tautorité, qui auraieot préféré d'en être victimes avec eux, plutôt que de s'en rendre coupables : troisième différence.
Il en est une quatrième, et ce n'est peut-être pas la moins sensible. Vous-même que j'ai supposé méchant de propos délibéré, c'est-à-dire usurpateur des propriétés et violateur des libertés; vous-même qui n'en avez pas moins dans l'esprit et dans le cœur la faculté de sentir la force de la loi naturelle, l'attrait de l'ordre bienfaisant, croyez- vous que vous seriez toujours le même dans Tune et l'autre nation? Non, vous ne le croyez pas.
Le peuple ignorant et abruti ne vous offrant nulle résistance, nulle idée contraire à vos caprices, ils seraient aussitôt satisfaits qu'adoptés; vous n'auriez pas le loisir d'y réfléchir, vous ignoreriez la majeure par^ tie des maux qui en seraient la suite ; ils ne vous jetteraient pas dans la nécessité de punir des hommes innocents et vertueux , pour le refus juste et glorieux de coopérer k vos délires ; vous n'auriez pas k braver la haine et le mépris public, formels et indubitables. Vous n'auriez donc
ni le temps, ni les motifs de délibérer sur TaccomplissemeDi de vos Tantaisies, ni de raisons puissantes pour les rétracter.
Ailleurs, celte universalité dMdées contraires, cette disposition générale des victimes de vos attentats à les éluder autant qu'il serait humainement possible, soit par la force, soit par l'adresse; cette horreur des mandataires de Tautorité à s'en rendre complices, cette indignation générale de tous les témoins, vous constitueraient vous-même dans un état totalement différent de l'autre.
Toutes volontés de l'homme sont mobiles et transitoires, surtout les fantaisies arbitraires et déréglées. Je vous suppose le même degré de passion : si vous aviez affaire au premier de ces peuples, je ne doute presque point que cette passion ne soit satisfaite avant que ses mouvements soient apaisés. Si vous aviez affaire au second, je conçois de vous-même quelque (espérance, et tout homme raisonnable sera de mon avis, parce que notre vouloir dépend des moments, des circonstances et des opinions environnantes : quatrième différence.
Ces passions des souverains et de ceux qui les approchent de plus près, sont donc en effet d'autant plus redoutables, que l'ignorance des principes de la justice et de l'ordre est plus profonde et plus universelle dans le peuple. Elles sont d'autant moins funestes, que l'instruction a plus répandu ces principes salutaires et les sentiments qui les accompagnent
Ils en sont intimement persuadés, ces hommes lâchement avides de crimes, qui mettent leur plaisir et leur gloire k fouler aux pieds tous les droits de l'humanité. Il n'est rien qu'ils redoutent autant que l'instruction, autant que le langage de la raison et de la justice; on a toujours VQ, on verra toujours une guerre ouverte entre les philosophes qui éclairent le monde, et les usurpateurs qui veulent le dominer, le tromper, le dépouiller au gré de leurs caprices *•
Si c'est par le témoignage de celui qui reçoit les coups qu'on doit juger de leur effet, l'utilité de l'instruction universelle contre la tyrannie est démontrée par la haine des tyrans.
I^ premier et le principal caractère d'une monarchie économique est donc l'établissement, le maintien, la perfection progressive et continuelle de renseignement universel, le plus clair, le plus efficace possible, qui grave profondément dans tous les esprits l'ensemble des principes simples , sublimes et sacrés de la loi de justice et de l'ordre
* Du|)ont (le Nemours exprimait les mêmes idées dans les Èphémérides de 1769. V., plus haul, p. 315 et 516. (E. D.)
762 VAMÈ MIJDEAU,
de iiienfaisaoce, principes i^videmiueni éieruclâ et immûîiblês, qui gool de tous les temps, de tous los siècles ot rie tous lesi honimes.
Car, multiplier de plus c» phiB les objets propres aux JQiiiâfiâtic(^ utiles ou agréables qui foDt le bicn-élre et la propagation de respÈa'^ humaine sur la terre ^ c'cât évidemment le \œn do la Dature^ Tintérét gént^ral rie Thumanité, la bienfaisance essentielle.
Diminuer la masse de ces objets, empêcher leur accroissement, c'est évidemment le mal moral par essence, c'est rinjuslicc, le crime que rien ne peut pallier, le délit qui porte le caractère naturel et ioeQaçable de réprobation.
Respecter les propriétés et les liber es qui en sont la suite, ne jaiaaîs lea violer ni les opprimer, c'est justice naturelle, essentielle, éternellet immuable; c'est i^videmmeut la conditiou absolue, indispeEisable, sMS laquelle on ne peut remplir le vœu de la nature, ni suivre son allrail universel. Toute contra veniion k cette loi est évidemment en opfiasiiiaii formelle avee le devoir naturel, avec Tiatérét général de riiumaDité.
Concourir a la perfection des libertés et :i Taccroissenient pragressif des propriétés, c'est Tordre naturel de bienfaisance qui résulte nécessairement des travaux de chaque citoyen dans une soeiété bien organisée, par raccroissement coniiouel du [mouvoir, du savoir et du vouloir, dans les trois classes d'hommes qui sont occupés des trois arts caractéristiques des États policés.
Dans cette organisation prospère, les uns procurent immédiatement les jouissances utiles, ou par les formes qu'ils donnent aux productions de la nature et par Tassemblage qu'ils en font, ou par les services personnels d'agrément et d'utilité; les autres opèrent et préparent la récolte de ces productions dans l'état de simplicité primitive; les troisièmes rendent chaque portion du sol susceptible de ces travaux qui produisent la récolte; les quatrièmes opèrent la sûreté, la facilité, l'utilité de tous les travaux par le perfectionnement continuel de l'instruction , de la production, de l'administration.
Tous ont leurs propriétés, leurs libertés sacrées et inviolables; tous ont leur devoir à remplir ou leur travail à faire, qui est le titre de leur propriété ; tous ont le droit de faire à leur gré tout emploi légitime de leur personne, de leurs facultés, de leurs talents ou acquis ou naturels, de leurs richesses, soit mobilières, soit foncières; tous sont soumis à It loi éternelle de justice par essence de respecter inviolablement les propriétés et les libertés d'autrui.
Tant que ces vérités aussi simples que sublimes, aussi évidentes que salutaires, ne seront pas gravées très profondément dans toutes les âmes où la raison commence à se développer, tant qu'elles n'y seront pas la
base de ropinion universelle et populaire , tant qu'elles n'y seront pas consacrées par une espèce de culte religieux, comme la vérité, la justice par essence, la source de toute prospérité, l'intérêt le plus précieux de rhumanité sur la terre, vous n'aurez point cncere une monarchie économique, vous aurez un État mixte^ partie lumières, partie ténèbres, partie justice, partie injustice, partie bien, partie mal moral, partie politique, honnête et bienfaisante, partie politique usurpatrice, vexatoire et destructive '.
Dans ces États mixtes, vous serez d'autant plus éloigné du despotisme arbitraire proprement dit (qui est la destruction fondamentale de toute propriété, de toute liberté, par l'idée funeste, absurde et abominable de la servitude universelle), que vous verrez plus de lumière sur ces principes sacrés répandue dans le peuple; vous en serez d'autant plus près, que la nation sera plus ignorante sur ce code universel et primitif de la nature.
Les philosophes qui se sont occupés en théorie de la constitution d'un État mixte, et les politiques qui ont réalisé leurs idées dans la pratique, se sont occupés de deux objets qu'ils ont regardés comme les plus importants, savoir : premièrement, la protection au dedans et au dehors, qui renferme la législation et la défense militaire; secondement, l'administration, qui renferme la recette et la dépense des revenus de la souveraineté. Tous ont absolument oublié l'instruction morale économique ; on peut assurer, sans leur faire injure, qu'ils n'ont pas même soupçonné son efficacité, réellement et essentiellement destructive du despotisme arbitraire.
Trois erreurs tacites, qui servaient de base ii leurs recherches ou à leurs opérations, leur ont fait méconnaître et rejeter le plus précieux avantage de la monarchie économique, et chercher dans des institutions arbitraires, mobiles et variées sous mille et mille formes diverses, cet heureux préservatif dont la nature a donné la vertu spécifique à l'instruction et k elle seule; c'est ce que je tâcherai de développer en peu de mots.
YI. — Analyse des États mixtes comparés à la Monarchie économique.
Dans toutes les nations connues, soit républiques, aristocratiques ou démocratiques, sous les formes diverses dont elles ont clé bigarrées, soit principautés plus ou moins tempérées par des contre-forces, des corps politiques et des lois appelées fondamentales, il est aisé de remarquer trois préjugés capitaux qui règlent toutes leurs institutions.
Le premier concerne la législation , le second regarde lu perception
Avons-nous, aujourd'hui m<*mc, auu-e chose que cela? (E. D.)
L'ABBÉ BADDEAU.
ilu revenu public, le troisième, cnCm^ rintérët national ou h patriotisaoïT
1" Que le pouvoir législatif arbitraire appartienne aux hoaiiH6sq»ï sont appelés souverains et reconnu pour tels; qu*en vertu de ce pouvoir ils aient le droit indéfini d*âttribiier ou d'enlever les propriétés, de Ikr ou de délier les libertés, d^ordonner ce qui est contraire ^ la loi de la justice, et de violer les règles de Tordre prescrit par la nature; que ce droit soit suprême^ absolu, illimité, c'est le premier des préjugés, ou la première erreur fondamentale de tous les Étals mixtes*.
Que la perception du revenu publie ne soit point fondée sur nn titre de propriété, mais sur le besoin , sur la volonté, sur la puissance des souverains; qu*elle n*ait point de règle fixe et naturelle, autre que la dé* pense : c'est le second des préjugés.
Enfin, que Tintérêt national doive être exclusif et oppressif des inté-, r£ts de tout autre peuple ^ même souvent des intérêts de chaque ci^ loyen; c'est le troisième des préjugés ou la troisième des erreurs f[ue vous trouverez dans tous les États mixtes, servant de base tacite a tou* tes leurs institutions.
La première est renfermée implicitement dans la définition de la liberté, devenue comme classique par la célébrité de VEsprit des foii, où M. de Montesquieu Ta consacrée : « Être libre, c'est ne pouvoir être empêché de faire une chose que la loi ne défend pas^ c'est ne poti* Yoir être forcé de faire une chose que la loi n^ordonne pas. »
Ajoute/, à cette première défiDÎlion une secoTidc que voici : « La loi est la volonté du souverain, constatée et promulgnée suivant les fiir* mes authentiques », et vous aurez les résultats suivants, qni sont étâbGs dans tous les États mixtes, non-seulement en spéculation, mais encore en pratique.
Dans les démocraties ob le peuple, collectivement pris, est ceué souverain, soit que Tuniversalité en exerce le droit par elle-même, soit qu'elle l'exerce par des représentants de son choix , le plus grand n<Hnbre des citoyens ou des représentants a droit de faire des lois par bel volonté, revêtue des fopialités ordinaires; cette volonté du plus grand nombre est une loi également respectable, Clément obligatoire, non* seulement pour chaque citoyen qui doit l'exécuter par principe d*amonr et de Justice, mais encore pour chaque mandataire de Tantorité soaye-
' Cette doctrine sacrilège, encore soutenue de nos jours, avec cette seule i rence que c*est le peuple qu*on investit du pouvoir «aiu bome$ refusé au moiiaïqiit. Ta été notamment par les plus célèbres pubiicistes des siècles antérieurs. Noos n'avons pas besoins de dire qu'il faut en excepter Turgot, à ceux qui ont lu les MHêcours en Sorbonnfy les LeUre$ sur la toléranee et k Conciliateur, (E. D.)
INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ÉCONOiMIQlJE. 785
raioe, qui doit la faire exécater par religion iDtérieure, soit qu'elle se trouve ou non conforme au vœu de la nature, à Tordre physique essentiel de bienfaisance, à la justice naturelle et primitive *•
En sorte que, dans cette atroce république où les enfants disgraciés de la nature, qui n'étaient pas propres k produire une race de robustes spadassins, étaient condamnés k mort, et que, chez ces peuples asiatiques où les vieillards décrépits devaient être tués par leurs enfants , c'était un crime de ne pas tuer son père ou son fils, tout de même, sans nulle différence, que c'en est un de tuer son père ou son fils, dans les États où le parricide et le meurtre des parents sont défendus dans tons les cas.
En sorte que le même homme raisonnable, juste, compatissant, constitué juge criminel dans les deux nations différentes, doit punir avec le même sentiment intérieur, sans nulle différence, Thomme qui aurait conservé la vie k son père ou son fils, malgré la loi positive, et celui qui les aurait massacrés ailleurs, malgré la loi.
M. de Montesquieu ne le croyait pas sûrement , quand il écrivait des principes et des définitions confuses, qui renferment implicitement celte absurdité abominable.
Ce n*est sûrement pas être liire^ quoi qu'en dise sa définition, que d'être empêché de conserver la vie k son père et k son fils, parce qu'il y a en une volonté de quelques hommes qui l'ont défendu avec quelques formalités; d'être, au contraire, obligé de les tuer soi-même, parce que ces bommes-lk vous l'ont ordonné avec les mêmes formes.
Eussent-ils été cent millions d'hommes unanimes , cette volonté-là eût-elle été revêtue de tout ce que vous appelez forme , elle n'aura jamais été une loi^ mais précisément tout lo contraire. En tont temps, le fils, le père, qui aurait dit : c Prenez ma propre vie, puisque vous en avez la force, mais je n'égorgerai point mon père, je n'égorgerai point mon fils, > aurait fait acte d'homme libre et vertueux. Le magistrat qui aurait dit: c cherchez ailleurs des assassins, mais je ne frapperai point de mort ce fils, ce père, juste, bienfaisant, qui respecte le sang de celui qu'il a fait naître, ou de celui qui lui donna le jour, » aurait fait acte d'homme libre et vertueux.
Dans tous les temps, dans tous les lieux, l'homme, le magistrat qui aurait senti cet éclat de lumière dans son esprit, ce sentiment de justice et de tendresse dans son cœur, et qui les aurait étouflës, aurait fait acte d'un lâche et vil esclave souillé d'unxrime horrible.
Il ne fallait qu'un pareil exemple pour persuader aux hommes lu feus-
* Rousseau ne professe pas d'autre doctrine, dans le Ccntrot worial. (E. I>.)
L'ABIVÉ BAUDEiU.
setc de ce principe, laat et si umversGlIêiDeat adopté dans tous les Étskis mixtes.
C'est par cette erreur principale qo'ils tietioenl tous plus ou moins au despotiame arbitraire : vérité très facile h démontrer, quoique profondt'?meot oubliée par les législateurs spéculatifs et pratiques.
Le vrai caractère du despotisme arbitraire, c'est qae la valonté bu* maioe, même injuste et dér^iisonnable, puisse non-seulement violer lc$ propriétés, opprimer les lib^^rlés d'un citoyen, maïs encore l'obliger à cette violation, k cette oppression des propriétés et libertés de ms coacitoyens.
Que ce soit la volonté d^nn seul ou la volonté de plusieurs^ i^n quel nombre que vous les supposiez, aussitôt qu'elle est contradîclotre toi de justice par essence, k rordre bienfaisant de la nature; ausîMiol qu'elle est oppressive, usurpatrice , destructive^ ses commandemunis sont parement arbitraires; la force prédominaute qui les; appuie est I**iir seul titre; ils n^ont rien de commtin avec Vuntoriié; tout au contrains. Ils font précisément ce qu'elle doit etapêchcr, et ils empêchent ce qu'elle doit procurer.
L'idée qu*on se forme communément du pouvoir législatir^ même dans les États démocratiques, établit donc tacitement partent le despo^ tisnie purement arbitraire de quelques bommes, dont le nombre e^ plus grand ou plus petit, suivant la combinaison des Etals miites plus ou moins populaires. D:m.^ la démocratie la plus absolue, c'est le *U-^potisme arbitraire du plus grand nombre, non-seulement sur le plus petit nombre des citoyens actuels , mais encore sur tous les citoyens à naitre, jusqu'^ la réformation du commandement injuste et deslnicteHr qu'on a décoré du nom de loi, et sur tous les mandataires de la souveraineté qui seront chargés de son exécution jusqu'à ce qu'on l'aie rétractée.
Quand l'esprit humain manque de saisir le juste milieu, rien n^est plus commun que de le voir allier ensemble les deux extrêmes ; c'est ce qu'on peut remarquer dans tous les États mixtes, comme dans le despotisme purement arbitraire d'un seul, par rapport k cette prétendue puissance législative arbitraire.
On commence, dans les républiques mêmes, par confondre V autorité, qui n'est et ne peut être que justice et bienfaisance, avec le pouvoir et l'action même de nuire et d'opprimer arbitrairement; on accorde sans difficulté le caractère de loi à tout commandement émané sous telle forme de telles ou telles personnes, conforme on non à la loi de la nature, à son ordre essentiel.
Après avoir fait ce premier pas, quand on souffre trop violemment des
aUeintes porlées aux propriétés, aux libertés par ces commaodements arbitraires, on ne fait que s'attaquer ou par la force ouverte, ou par des pratiques sourdes, aux auteurs mêmes de ces volontés injustes ou destructives, ce qui constitue Télat de révolte ou de guerre intérieure plus ou moins envenimée; autre extrémité qui n'est pas moins contraire à la justice, h la raison, à Tintérét de Thumanité.
De ià tant de révolutions parfaitement inutiles, outre qu'elles sont souvent abominables par les scènes qu'elles occasionnent; de Ik cette espèce de guerre sourde et continuelle que M. de Montesquieu a prise pour la vie des États policés; guerre entre les volontés arbitraires qui dominent et les volontés arbitraires qui sont dominées, dont l'effet est à peu près, comme il le dit, de faire passer les États mixtes de la démocratie la plus anarchique au gouvernement le plus déréglé d'un seul homme. L'objet éternel de cette guerre est de conquérir ce qu'on appelle pouvoir législatif, c'est-à-dire la prérogative de donner à ses volontés, raisonnables ou non, justes ou non, avantageuses ou non pour l'humanité, force de loi.
Dépouiller de ce pouvoir telles on telles personnes pour le transférer à telles ou telles autres, voilà tout ce qu'opèrent les troubles et les révolutions, qui ne sont jamais qu'offensives contre les hommes armés de ce pouvoir, et accusés d'abuser de leurs prérogatives.
Bien loin d'être la vie des États policés, cette guerre sourde et continuelle des gouvernements mixtes, si féconde en éruptions violentes, est la maladie qui les consume et les fait périr, la maladie, c'est-à-dire le vice contraire à une bonne et saine constitution.
Le vrai moyen de la guérir, c'est de répandre dans tous les esprits la connaissance claire et distincte des vérités contraires à l'erreur fondamentale qui l'occasionne. Nulle volonté humaine n'a le droit de violer la loi naturelle et de contredire aux règles de bienfaisance * : un commandement de cette espèce n'est point acte d*au(ort(^, mais de force prédominante. Tout homme peut en être victime. C'est un calcul que devrait faire sa prudence ; nul homme ne peut jamais sans crime s'en rendre complice.
Mais ce n'est point par des hostilités contre les personnes, qu'on arrête l'abus dfts forces combinées pour le service de l'autorité. C'est par la démonstivition de leur injustice, de leur déraison et des effets pernicieux qu'ils entraînent.
Plus cette démonstration aura saisi les esprits, plus vous verrez naître
* C'est même, dans toutes les religions révélées, un principe que Dieu est censé avoir fait publier celte loi : lu ne prendras point le bien d'aulrui.
7» rSÏBE BAUDEAtï.
frolistactes h resécuiîoa des commaDdemeots arbïlraîres cl désastrevu^ Toutes les lois soûl faites par la nature, toules sont renfermées dao» ' sa loi primilivé, étemelte, immuatile de justice, et dans sou ordre es* seutiél de bleuraiBance : toute action^ toute voloaté, tout jugement Conforme î* cet ordre, îi cette loi, sont ii^ft;toul ce qui leur est coo traire est mal, de cjoelque part qo*îl vienne, sous quelque forme qu'il se présente, et quelque espace de temps qui se soit écoulé depuis sou établissement Si on le souffre^ c'est par violence et crainte de pis; mais c*es»l toujours crime de le faire souffrir aux autres : si on en sait le mat, c'est crime de milice réfléchie; si on ne le sait pas, c'est crime d'ignorance : c^est toujours crime, toujours délit '.
Mais, outre les lois de justice et de bienfaisance naturelles, n'en ^t-' il {las d'autres purement bumaines, relatives aux temps, aui mœurs, aux circonstances, aax climats, aux institutions politiques, aui formas de gouvernement , par conséquent mobiles, variable^ et même en qiieU lym sorte arbitraires, dans leur établissement ?
Il en est sans doute, et beaucoup, dans les Èlats miœtes^ des Ims de cette espèce; mais j'ose dire qu'il en existerait bien peu, sons ce nom sacré, dans une véritable monarchie écanomique.
Pour nous en convaincre, rassemblons dans notre esprit le recueil énorme des législations connues , tant anciennes que modernes. Après nous en être fait un tableau général, élaguons tout ce qui eoneeme Padministration du fisc ou des revenus publics, les institutions caractéristique$ des divers {Itats mixtes et de leurs formes, tout ce qui parait évidemment bizarre, injuste, inutile, contradictoire, absurde, destrnclif, quand on le compara k Tordre essentiel de bienfaisance, et voos Terrei sMl en restera beaucoup.
Ce reste, nompiezle loi, si vous le voulez; mais convenez qu'an fond il n'est composé que d'arrangements, de dispositions domestiques, el qu'il doit être mis daqs une classe bien différente de celle qui renferaie les saintes et majestueuses lois de la nature.
C'est une des équivoques si communes dans notre langue, équivoques dont la malheureuse abondance cause tant d'obscurité dans nos idées les plus communes, et même dans nos discussions les plus philosophiques.
On a donné le nop de his à toutes les volontés du souverain considéré comme tel , mémo ^ celles qui ne portent que sur les détails journaliers de l'instruction, de la protection, de Tadministralion; et, parce que tous les mandataires du souverain doivent à ces règles respect
' V. Mercier de la Rivière page, ^1 de ce volume.
et obéissance, on les a confondues avec les lois immuables de la justice essentielle, et de Tordre bienfaisant de la nature.
Dans cette confusion étrange, tantôt on attribue à de simples arrangements ou dispositions domestiques, le caractère obligatoire, indélébile et inviolable des lois; tantôt on attribue aux lois le caractère versatile, de simple convenance locale et momentanée, des arrangements domestiques.
On ne fait point en d'antres matières cette confusion : tout père de famille sait bien qu'il peut arranger on déranger à sa guise, suivant les circonstances, les meubles de sa maison , et même la plupart des dispositions intérieures; mais il sait bien aussi que, pour en proportionner les fondements, les murs principaux, les voûtes, les charpentes, les toits, les angles essentiels, il y a des règles ]d'architecture naturelles et inviolables , qu'il ne peut attaquer sans faire crouler son habitation*
On n'a point englobé sous la même idée ces règles essentielles de l'architecture pour la maison, avec ces dispositions intérieures des petites pièces particulières et des ameublements.
Pourquoi, dans la constitution des États, a-t-on confondu les règles essentielles qui sont vraies lois, avec les arrangements domestiques qui concernent simplement les détails de l'organisation des mandataires des trois ordres, et de la manière dont ils doivent remplir leurs fonctions, conformément aux lois de la justice essentielle, de l'ordre bienfaisant?
De même que le père de famille dont nous parlions peut arranger les pièces particulières ou les meubles de sa maison , k condition qu'il ne dérangera point les parties constitutives et fondamentales de l'édiGce , réglée par les lois de l'architecture; de même aussi, les dispositions du grand père de famille pour l'organisation de ses mandataires, et pour l'accomplissement de leurs devoirs, sont assujéties à cette condition , qu'elles ne contrediront jamais en rien les lois essentielles de l'ordre que Dieu prescrit à la société. C'est à cette condition, uniquement, qu'on peut varier les institutions et les arrangements.
Il est donc plus simple, plus vrai, plus salutaire, pins conforme au respect qu*on doit à la nature et à son auteur suprême , à cette espèce de culte religieux qu'exigent sa loi de justice et son ordre de bienfaisance, de dire que les hommes n'ont point ce pouvoir législatif ar&tbilraire; que toutes les /où existent éternellement, d'une manière implicite, dans un code naturel, général, absolu , qui ne souffre jamais d'exceptions, jamais de vicissitudes.
Toute action, tout arrangement, toute disposition, toute institution des hommes quelconque , depuis les souverains jusqu^aux derniers sujets, d'où résulte renversement de l'ordre, infraction des sainte lois
790 SPV l^'ÀSBË fiàUDËAU.
de la Daiuref est crimê^ qui que ce sDit qui le fasse ou qui rordoDoe, dt quelque maoïère que ce puisse être.
Toute actiou , tout arraugement^ toute disposition , toute iiistît»tio& des booimes quelconque, qui lend k maintenir les lois, à entreleoÊr parmi les hommes Tordre qui eu est TefTet , est nn bien.
Tout ce qui ne nuit ni ne perfectioQDe, n'est ni injmticenî Bien foi'
Ce principe caractéristique des institutions ou dispositions bumaioes, qu'on appelle communément lois positives, est précisément conlradic* toire au code du despotisme arbitraire que j'ai renfermé ci -dessus en ces trois mots ; Tout est bien quand il est ordonné, tout est mal quand il est dérendu , tout est indifférent quand il n'y a point d^ordre qui le caraetérise eu bien ni eu mal
A une condition indispensable clairement expliquée, vous potivei appeler lois humaines ou positives ces règlements du souverain , qui concernent les fouctious de ses mandataires dans Tordre de riuslmctjûn , de la protection, de Tadministratian* Cette condition, la Toîet : c'est la soumission absolue au code éternel et inviolable de la nature, diamétratement opposé au code absurde et destructeur du despotisiM arbitraire.
Peu importe donc sur quelle léte réside ce pouvoir secondaire et subordonné qu'on appelle ordinairement législatif; peu importe qu*il soit entre les mains d'un pu de plusieurs hommes.
Car enfin telle serait la force nécessaire au bien de l'humanité, mais aussi très efiicace de l'instruction morale économique, qu'elle détrairaît dans tous les esprits ce malheureux préjugé sur le pouvoir arbitraire, qui confond par une équivoque funeste la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, le crime et la vertu.
Si la législation essentielle, imprescriptible, de l'ordre naturel était une fois bien connu ; si elle était une fois prise pour base fondamentale , pour règle universelle et inviolable de toute institution humaine relative aux propriétés, aux libertés, k l'instruction, à la protection, à l'administration qui les conservent, les accroissent, les perfectionnent de plus en plus '; si toutes les consciences étaient parfaitement éclairées sur les devoirs et les droits qui résultent de cette législation éternelle et divine, supérieure à tout , il est évident que dans ce cas vous n'auriez plus le moindre exemple de commandements injustes mis à exécution, ni de révolte brassée contre l'autorité; plus de traces de cette guerre entre les volontés arbitraires qui oppriment et les volontés arbitraires qui sont op-
* V. plus haut, les notes des pages 526 et K9â.
INTRODUCTION A LA PHaOSOPHlE ÉCONOMIQUE. 701
primées ; plus aucun germe des idées et des sentiments qui l'entretiennent, ni des fâcheux éclats qu'elle produit si souvent, au grand préjudice de Thumanité.
Cest cette perfection de connaissance , de lumières , de conviction intérieure, confirmée dans toutes les âmes, qui constituerait la perfection totale de la monarchie économique, dans laquelle tout abus de la force souveraine d'une part et toute désobéissance à l'autorité d'autre part, seraient impossibles.
Perfection absolue, qui n'est qu'une idée sans doute , qu'un être de raison, quand il s'agit de la pratique; mais idée qui n'en est pas moins naturelle et essentielle, être de raison qui n'en sert pas moins de règle inviolable.
C'est ici que je crois devoir insister sur cette vérité simple, mais indispensablement nécessaire k bien connaître et k se rappeler sans cesse.
VII. — Réponse aux objections contre VefficaeUé de l'Instruction
économique.
c Si la conviction intime, générale et continuelle, du code essentiel de la justice et de l'ordre dans toutes les âmes, fait le caractère des monarchies économiques parfaites et absolues, en ce cas, c'est une chimère que vous avez décrite et que vous conseillez de chercher. > On a répété cette objection sous mille et mille formes différentes, qui reviennent toutes à peu près au même, et on l'a cru triomphante, tant il est vrai que les hommes sont faciles a distraire des vérités utiles !
Oui, toute perfection absolue est chimère pour les hommes, si vous appelez chimère ce point idéal et métaphysique que la raison conçoit, et qui sert de règle primitive dans la spéculation et dans la pratique.
Demandez aux géomètres qu'ils vous montrent en réalité un cercle parfait, physiquement décrit, ils vous diront que c'est évidemment la chose impossible aux hommes. Demandez aux mécaniciens qu*ils vous montrent une machine parfaite , en quelque genre que ce soit , par exemple aux horlogers, une montre, une pendule de toute perfection physique : demandez aux naturalistes qu'ils vous montrent un animal , un végétal, un minéral même, parfait, accompli , absolument pur, sans alliage ou sans défaut dans son espèce, ils vous répondront que c'est la chose absolument impossible.
Qu'en concluez-vous? Qu'a-t-on coulume d'en conclure? En est-il moins vrai qu'avec le compas le meilleur possible , et l'attention et l'habitude la plus grande possibles, on décrit le cercle le plus cercle qu'il soit possible, c'est-à-dire le moins éloigné de l'idée métaphysique d*unu
circonférence doat tous les poiDts sont égalemem étojgités du oBuU-e? Idée lîiélapiiysique, c'est-à-dire impossible k réaliser.
En est-il moins vrai que ce cercle tout idéal sert de rè^le fonclaiDentale k tous les autres^ et qu'il les juge t0us, depuis le cercle le plus ia* forme que trace la main lucertaiite d*un enfant ou d^un vieitlard^ josqs^à celui que décrit avec le plus parfait des compas le géomètre le |ilus exercé ?
En est-il moins vrai que c'est une montre totalement idéale et impo^ sible k réaliser, qui a jngé, qui juga et jugera toutes les montres phy^ques faites et h faire, et qui a marqué la différence entre la plus détra* quée et le meilleur chef-d'ceavre de Julien Leroy?
En est-il moins vrai que c^est sur un modèle idéal et imaginaire qu'on pense ex qu*on dit : cette plante, cet arbre, cet animal est beau, est bon, est plus beau, est meilleur; que c'est d*après une ciiimère qu'on décide du titre de l'or et de tVgent qui sont entre nos mains?
En conetuez-vous que toutes les règles de géométrie, de mécanique^ de pliysique, de chimie^ sont absolument fausses et inutiles; qu'il n'y a point de ditfêrence entre les cercles, entre les macliines de l'art, enlre les productions naturelles, entre les élres vivants, entre les métaui, que tout est égal et doit être fait ou pris au hasard? Ce serait évidemment le comble du délire.
Eh! pourquoi, sMI vous plaît, voudrîez-vous que l*art d'organiser les sociétés humaines n'eût pas comme les autres, pour patron ou pour modèle, une idée métaphysique de perfection impossible à réaliser dans son tout complet et absolu, mais dont Tignorance et la maladresse nous éloignentphis, dont la science et Texercice nous approchent davantage?
La santé parfaite d'un homme est aussi une chimère toute métaphysique, elle n'existera jamais; donc, il ne faut point mettre de différence entre Tétat de l'homme qui est actuellement le plus près de la mort, et de celui qui jouit de la meilleure constitution ?
Il en est de même de tout ce qu'on voit, de tout ce qu'on peot imaginer : comment des hommes raisonnables, des philosophes, ont-ils cm que c'était une objection proposable contre les principes de la science économique, et notamment contre le premier de tous, savoir : l'efficacité de l'instruction?
Vous supposez, nous ont-ils dit, les hommes parfaits, sans ignorance, sans passion, et dès lors vous êtes dans la région des cbîmères et des abstractions métaphysiques.
Oui , nous le supposons^ quand il s'agit de définir le point de la plus grande perfection possible. Toutes les sciences et tous les arts en font
autant, c'est par Ik même quMls sont arts et sciences, car sans cela ils ne seraient que tâtonnements et routines aveugles.
Mais ces chimères jugent les réalités : elles sont d'autant meilleures, qu'elles s'en éloignent moins; d'autant plus mauvaises , qu'elles s'en écartent davantage.
Oui, pour qu'un État fût en réalité une monarchie économique de toute perfection, il faudrait que les idées et les sentiments qui résultent de l'instruction morale économique fussent toujours présents et agissants dans tous les esprits et dans tous les cœurs; ce qui est impossible \k espérer, et même, si vous voulez, chimérique à imaginer.
Tout de même que, pour faire une montre de toute perfection, il faudrait des métaux absolument parfaits, travaillés avec une attention et une exactitude parfaites, par un homme parfaitement instruit, parfaitement adroit; ce qui est impossible à espérer et même chimérique à imaginer.
J'ose croire qu'après cette explication, les hommes instruits rougiront désormais de nous faire cette objection tant rebattue jusqu'à présent*.
L'idée métaphysique de monarchie économique toute parfaite étant donc prise pour modèle, pour but vers lequel on doit tendre sans cesse sans jamais espérer de l'atteindre entièrement, on verra que sa touteperfection consiste principalement dans la persuasion intime, spéculative et pratique, universelle et continuelle, du code éternel de justice et de bienfaisance naturelles, persuasion qui est l'eflet le plus complet possible de l'instruction morale économique, de l'instruction la plus parfaite imaginable.
De ce principe désormais incontestable, k ce que j'ose croire, ils conclueront que le perfectionnement progressif et continuel de cette ins-
^ S*il est rare que les adversaires du progrès n'aient pas de bonnes raisons personnelles, quand ils argumentent, de Tioiperfection de notre nature, contre la recherche des principes du bien abiolu^ on ne peut se dissimuler qu'il ne manquera jamais, peut-être , d'hommes instruits pour renouveler Tobjection ; mais la réponse n'en est pas moins victorieuse. Elle n'est, aussi, qu'un judicieux développement de la pensée de Turgot, dans les lignes ci-après : « C'est toujours le mieux dont on doit s'occuper dans la théorie. Négliger cette recherche sous prétexte que ce mieux n'est pas praticable dans les circonstances actuelles , c'est vouloir résoudre deux questions à la fois : c'est renonc^jr à l'avantage de poser les questions dans la simplicité qui peut seule les rendre susceptibles de démonstration ; c'est se jeter sans fil dans un labyrinthe inextricable, et vouloir en démêler toutes les routes à la fois, ou plutôt c'est fermer volontairement les yeux à la lumière, en se mettant dans l'impossibilité de la trouver. (Plan d*un Mém. sur les imfosil,^ Œuvres, I, p. 595). »
79/1 L^ABBÉ EAOBH
troctiots imUlliiue mv h code étemel, emporte nécessairement même le perfeelronuL^meiit progressif et eontinuel des sociéies policées. Cesl^Mlire, que ce perrectionoement de Fitislrticlioii morale écooo* mîque, après avoir écarlé de plus en pi os Tidée fatale et almirde du poiivoîr soi disant Wgislatii'arbilrairi;, qui stTt de base au desiioiisiDe déréglé iï*uu ou de plusieurs, rend rail de {dus eo plus les passions lui* maiues moins funesles ei moins dafigereuseâ, tunt les pussions dm hooimesdépasilairesdes forces el des ricliesseâ eombiiiécs par Tart social, qm celles des hommes proprié laires de leurs seules force^^, de leurs seules richesses privées.
On ciiçoiicluefa 1% que de multiplier ou de diminuer le nombre é$ eeuxdont les vcdooieB aveugles, usurpalrices, désaslreus*^s, forceut des aveugles il souffrir ou à opérer des usurpations^ des vexations ;12r, que détruire les uns pour les remplacer par d'autres, ce n'est pas le vrai remède au\ maux que fait souffrir nécessairement à rtumianité tout attentat contre les propriétés et les liberlés; et qu'un seul rayon de lumière économique répandu, conservé d;ins un peuple, vaut mille foin plus que toutes les révolutions, toutes les iastitulions dont Tbisloire nous présente te détail^ avec la preuve trop complète de leur inutililé.
On en coucluera que <hnâ les Èiati mixte» (quelque nombre d'hoiD* mes qui soit renfermé sous ce titre de souverain, quelque espèce de forme qui soit usilée pour opérer ce qu'on appelle loi), la perfection ou la prospérité sera t oujours proportionnelle il Tinsiruction morale économique, toujours à la persuasion intime, spéculative et pratique, du code éternel de justice et de bienfaisance.
Avec elle, tout est bon, tout est efficace; sans elle, tout est mauvais, tout est inutile. Quand on invoque des lois fondamentales, si ce sont les lois de ce code sacré, immuable, imprescriptible, dicté par la nature et son auteur suprême, on a toujours droit et raison à la face du ciel et de la terre; mais cette réclamation toujours sainte et légitime, qui ne peut être rejetée sans crime, est d'autant plus sûre de son effet, que ce code divin est plus connu, plus respecté, plus chéri.
Si, par pouvoir intermédiaire^ on entend le pouvoir des consciences vraiment éclairées , des âmes pénétrées d'horreur pour le crime , d'un culte religieux pour la loi de justice , d'un amour tendre et généreux pour l'ordre bienfaisant, on a toujours raison de compter sur leur force; mais elle sera d'autant plus irrésistible, qu'ils seront en plus grand nombre etplus animés de ces sentiments sublimes.
Si l'on entend, par conireforces, l'état des mandataires et des coopérateurs de l'autorité souveraine, sollicités d'un côté par leurs passions privées, par leurs intérêts exclusifs, usurpatifs et vexatoires, retenus
de Taulre par leur propre sentiment intérieur de la justice et de Tordre, par la lumière qui éclaire leurs consorts et leurs égaux , par celle des peuples qu'ils ont à protéger, instruire ou rendre prospères, par celle des hommes qui les surveillent et les régissent eux-mêmes, on a raison de croire k leur eflicacité; mais elle est d'autant plus certaine, que ces lumières générales, qui sont contreforces des passions particulières, sont plus vives et plus répandues.
Si vous appelez lois fondamentales des volontés humaines qui ne soient pas fondées sur la loi de justice essentielle et d'ordre naturel de bienfaisance; si vous opposez ces commandements arbitraires au langage de la raison, à l'intérêt universel, vous avez tort; vous manquez au respect que nous devons tous au législateur suprême , vous blessez les droits de l'humanité.
Si vous appelez pouvoir intermédiaire la faculté d'empêcher même ce qui est bien et de nécessiter même ce qui est mal; d'arrêter ou de dévoyer l'autorité instruisante, protégeante, administrante, vous avez tort, et vous résistez d'une manière funeste à l'ordre bienfaisant.
Si vous appelez, enfin, contreforces le choc des passions aveugles, exclusives, oppressives, usurpatrices, contre d'autres passions aveugles, exclusives, oppressives, usurpatrices, comme l'entendent et l'expliquent formellement de célèbres modernes, vous avez tort encore, parce que vous substituez la guerre à la paix, les combats à la société, la lumière aux ténèbres, les vices et les crimes aux bienfaits et à la vertu.
Il est certain, comme vous dites, que, si deux hommes sont acharnés l'un contre l'autre, il vaut mieux qu'ils se tiennent colletés à force égale autant qu'il est possible, et qu'ils épuisent leurs forces en vaines tentatives l'un contre l'autre, que si l'un prévalait pour assommer son adversaire; mais il vaudrait beaucoup mieux qu'ils ne se battissent point, qu'ils ne fussent point ennemis, et que, connaissant l'égalité de leurs forces, écoutant d'ailleurs la raison et la justice, ils allassent en paix chacun à leur ouvrage.
Cette lutte continuelle des dépositaires de l'autorité, qui se coilelent sans cesse (même à forces égales, ce qui serait la sublime perl'ection d'un système tant vanté et si peu digne de l'être), est évidemment un état de guerre ; le contraire de la société, le contraire dans le principe, le contraire dans l'action, le contraire dans les effets.
Je n'en dirai pas davantage sur cet article important , pour ne pas outrepasser les bornes qui conviennent k cet ouvrage élémentaire : l'intelligence du lecteur peut suppléer le reste.
On conçoit maintenant cette vérité, que les formes des États démocratiques, des aristocraties, des monarchies plus ou moins tempérées.
796 ^ ^^ t'ABBli lUliDEAÏ^
suol absolumenL el t0Uilemefit iotlilïémiites pour l'oiijei i)« uo a%ttil rti vue daii leur iusliiutiou. Tiitit que Terreur fond amen lal 6 mr le ^»ouvoir législatif, tâDt que rigtioraDCê du code Udturel de justice et de bîeo^ faisauce seront répandues parmi le peuple « ces forme» sont ioutile^; elles le sont encore, si la lumière de rinslniction monile économique I est bien vive, bien générale dans ta nation, parce que c'est elle qui rem-, plit l'objet, et non les iûBtilutions diverses, mobiles et arbitraires, ^M
Quant aux impôts, j'en appelle à rexpérieuce pour décider si le ré^^ gime fiscal le plus conou des anciens n*est pas né dans des rcpublique'» autant que dans les monarctnes, ou même dans les États puremeot des^ potîques; si le reDouvellemenl de ce système n'a pas réglé la perception de tous les Étals de notre Europe, sous quelque forme qu'ib soieoL adminislrés.
Mais c^esten parlant des retations politiques des nations entre elles, que je me réserve de faire sentir les vices atroces que Tignorance et la cupidité mal entendue ont pour ainsi dire sanctifiés dans les ÈtaU mix- «le, sous le nom de pairioîiiim,
YUL — Résuma général d$s relaliùns pùtUîjuûi entre te Souverain <i
tes Sujets,
Résumons cet article, auquel j'ai donné toule retendue que san portance me paraissait ériger.
Pour établir entre le souverain et les sujets ces relations de vraîe «société, d'unité d'intérêts , d'association de vues, de concours de IrsTanx, de paix enfin, d'amitié, de respect et d'amour mutuel, il faut deux objets capitaux, savoir : 1*" la perception économique des vrais revenos de la souveraineté, qui fournit k l'autorité suprême les moyens de remplir ses fonctions, non-seulement sans qu'elle ail besoin ou intérêt d'asarper les propriétés, de violer les libertés, mais, au contraire, en faisant coosister son vrai besoin, son intérêt réel dans leur inviolable conservation, dans leur prospérité progressive et continuelle; 2° l'instruction morale économique la plus parfaite possible, qui empêche autant qu'il se peut humainement les abus de toutes les forces, même de celles qui sont combinées et rendues supérieures a toute autre pour le service de l'autorité, c'est-à-dire pour l'accomplissement de ses devoirs.
C'est en ces deux moyens que consiste, suivant la politique honnête et bienfaisante, la relation entre les citoyens et la souveraineté.
Tout le reste est émané d'une politique mal éclairée , oppressive , tyrannique et désastreuse, qui n'opère que des relations de guerre , de jalousie, d'opposition d'intérêts, que destruction ou empêchement do bien, qu'injustice et désordre.
Ce principe général est éternel, absolu, invariable, d'une suprême évidence , et c'est principalement sur cette vérité fondamentale qu'il faut fixer, autant quMl est possible, l'attention de tous les hommes.
Au contraire, les questions accessoires Tout pour ainsi dire fait éclipser dans tous les temps, parce que les politiques et les philosophes même ont donné tous leurs soins k ces objets secondaires , soit dans la pratique, soit dans la spéculation.
I.a solution de ces problèmes do second ordre étant moins évidente, moins nécessaire, la science de Téconomie politique en a paru beaucoup moins certaine, beaucoup moins respectable, depuis qu'on Ta fait descendre des premiers principes indubitables , dont Feffet infoillible est le bien de l'humanité, à ces idées ultérieures, qui ne saisissent pas les esprits d'une manière si vive, si souverainement irrésistibles.
Car les hommes dévoués aux premiers travaux de l'art social , c'està-dire, dépositaires de l'autorité suprême , doivent être dispo ses de telle manière, dans un Etat policé , que tout se rapporte à un éentre commun, à une intelligence, une volonté première, qui rassemble tous les moyens et qui en dirige l'emploi vers le but général de l'instruction, de la protection, de l'administration universelles.
C'est cette unité qui caractérise proprement un État, une société policée; c'est ce qu'on appelle souveraineté.
C'est à cette intelligence, à cette volonté unique et suprême, que retentit tout ce qui s'opère de bien et de mal dans l'Etat : c'est elle qui dirige d'une manière plus ou moins immédiate tous les mandataires de l'autorité dans les trois ordres d'instruction, de protection et d'administration *.
Mais cette volonté doit elle être celle d'un seul homme ou de plusieurs? Cet homme seul ou cet assemblage d'hommes plus ou moins nombreux, doivent- ils apporter en naissant, par le titre seul de leur origine, ce droit d'avoir une volonté de si grande importance, de si grande efficacité? Doivent-ils ne tenir ce droit que d'un choix libre et réfléchi? Comment ce choix doit-il être fait, par qui, et sous quelles conditions, et pour quel espace de temps?
Toutes ces questions secondaires, qui se présentent naturellement à l'esprit des hommes, ont occasionné mille et mille solutions diverses
' On voit, parce passage, que le système de centralisalion adopté par l'Assemblée constituante et tous les gouvernements qui se sont succédé depuis, n'est qu'un empnmt fait à la doctrine de Quesnay, avec cette modification , toutefois, que le pou- \oir souverain .1 oublie, cl oublie trop souvent eucore, que la loi, pour être véritablemeni /oi, a besoin d une autre sanction que le suffrage de la majorité. (Y. ph» haut, $ 6.) (E. D).
798 ^^^^^^ VAMt MVmxV.
dans la spéciilalioii, et de ]k sont nées dans la pratique mes iV Etais miœtes.
Le$ partisaDsde la monarchie héréilitaire^ontiejiticnt que tout acte d'aulorilé doil être censé n'être émané que de rintelligeiice ei deb volonté d'im seul homme, qui soit tel par le titre de sa naissance et pr le droit de primogéniture; en sorte que sa qualitu oc loi soil attribuée que par la Providence suprême, el quit soit consiilué caqull esl pr Dieu même, dont il est le représentant dans la société.
On ne peut nier que cette idé<ï ne parte d\ni principe saint elsiiklh me. Cette volonté unique et suprême^ qui ftit autorité^ n'est pasà pro* prement parler une volonlé tainiaine : c'est le vœu niétne dtï la aatiirifi Tordre du Ciel Ja loi éternelle, l'ordre évident et nécessaire.
Les Chinois sont le seul peuple connu dont les philosophes parais^nt toujours avoir été pénétrés de cette première vérité : ils î'apjielkEit Tordre ou la voix du Ciel, et réduisent tout le ^ouverneiiicul h ceti seule loi , de se conformer k la voix du CieK
ite même, disent*ils, qu'une in tell licence « qu'une volonté unique suprême dirige tout Tensemble de Tordre naturel, dont une poftii est le hien-étre ou le malheur de Thumanité sur la terre; de même, ui intelligence, une volonté unique et suprême doit diriger dans TEt: loutrensemhie des travaux souverains de Tart social, qui approclient plus en plus les intelligences et les volontés de tous les hommes du général vers lequel ils sont inclinés par la raison éclairée, pour la prospérité de Tespèce entière.
C'est en ce sens qu'ils appellent leur empereur le fils afoé da Gel, qui est le père et la mère de TEtat.
C'est en ce sens qu'ils disent de la manière la plus simple, en même temps qu'elle est la plus énergique et la plus salutaire, que le devoir de ce fils aine du Ciel consiste à former son intelligence k celle du Ciel, et sa volonté à la volonté du Ciel, dans tout Tordre de justice et de bienfaisance qui concerne la propagation et le bien-être de Tespèce hnmaine sur la terre.
Quand les Lettrés chinois prononcent que Tempereur est le représentant et le mandataire de Tétre suprême, Chang-ti^ ils n'entendait point que ses volontés quelconques, purement humaines et variables, tiennent lieu de Tordre du Ciel et de la volonté souveraine qui gouverne tout Tunivers : erreur qui caractérise tous les despotismes arbitraires.
Ils savent, ils enseignent k tout le peuple, ils défendent même an péril de leurs vies, quand il le faut, cette grande et sublime vérité, qu'il
y a une loi du Ciel, conlenant des règles éternelles, immuables, de justice et de bienfaisance qu'il faut connaître et observer.
Quand ils Texécutent, ils disent qu'ils obéissent au souverain Seigneur Chang-ti, et à son fils aîné, qui en est Torgane choisi par sa seule providence.
En sorte que l'empire de la Chine est, par l'instruction des Lettrés qui le gouvernent, l'État le plus approchant qui soit au monde connu de la vraie théoeraixe^ que j'appelle monarchie économique.
C'est-à-dire, que l'enseignement moral économique de la loi divine de justice, de l'ordre divin de bienfaisance, en est le premier et suprême législateur; qu'il y règle et dirige sans cesse Tinstruction publique et privée de tous les hommes, notamment et principalement celle des mandataires de l'autorité; la protection civile , militaire et politique de toutes les propriétés, de toutes les libertés; l'administration universelle, tant pour la perception des revenus publics qui fournissent les moyens d'exercer les fonctions de l'autorité, que pour l'emploi des forces et des richesses combinées à cet effet.
Quand une fois on s'est fait ce premier principe moral et politique, de regarder le chef d'une société policée comme le représentant et le mandataire de l'autorité divine, dont l'emploi est de prononcer la volonté de Dieu même, la loi de ce que Dieu a voulu être juste, l'ordre de ce que Dieu a voulu être bienfaisant, on est incliné à laisser en effet a la Providence le choix de son mandataire.
H est certain que, chez un peuple où la loi naturelle de justice, l'ordre naturel de bienfaisance, considérés comme volontés de l'Être suprême, sont l'objet d'un vrai culte religieux , la monarchie tant considérée , à la manière des Chinois, uniquement comme organe et comme instrument de celte volonté céleste , l'hérédité absolue paraîtrait confirmer celte idée. Par elle, en effet, c'est la providence de l'Être suprême seule qui choisit son lieutenant sur la terre.
Que le titre et la qualité de premier et suprême organe de celte autorité divine soit héréditaire et patrimonial, même dévolu par la règle de primogéniture, ce que les Chinois n'ont pas entièrement admis, c'est peut-être, en effet, une confirmation de l'idée théocraiique dans Tesprit du prince même et des peuples: c'est, d'ailleurs, une plus grande et plus intime unité d'intérêt entre le souverain et ses mandataires d'une part , et toutes les classes de citoyens de l'autre.
Toutes les formes contraires h l'unité, à l'hérédité, \k la primogéniture ont été inventées pour suppléer à l'effet que produirait cet enseignement moral économique, si elles étaient dirigées contre le despotisme arbi-
8M MJ^. L'ABBÉ BAUDEAll
traire, qui est précisémeût lecanlraire de la ihéûcralieou de la mouar-
clitê économique.
Mais ces formes, indifférentes par eUcs-méraes pmir l'effet auquel q« lesdestioail, n'ool élé et ne seront jamais accompagnées d'aucun véritable succès, qu au moyeu des idées et des sentiments de justice el de bieufaisaûce que riostruction développe et confirme dan» les âmes, et ce dans une proportion exacte avec la force de ces mêmes fteuUmeubk Saus eus, toutes les formes quelconques manqueront toujours leur but, comme l'histoire nous apprend, eu effet, qu'il a lonjours été manqué dans les républiques de la Grèce, par eiemple^ qui ne counureul jamais les lois de Tordre, et dont les annales ne nous offrent qu'un spectacle continuel d'attentats affreux contre la paiiL et le bonheur de rtiumaniti*.
Dans ces peuplades inquiètes, usurpatrices, tpauniques, qui aeces* sèrent d'arroser de sang humain, de couvrir de ruines, et de réduire eu friches » le sol le plus fertile et te mieur situé du monde connu, régnaient les trois erreurs que j'ai désignées comme les UéaujL des ÎMm mixtes. {Voy. § VI.)
Erreur sur le pouvoir législatif arbitraire qui, suivant les ^ihUosophafi et légialaleui^ de la Grèce, pouvait ordonner même ce qui ê-st mal , et condamner même ce qui est bien, de par la nature; erreur sur la perception des revenus publics dont ils avaient si peu les vrais principes, qu'ils inventèrent eux-mêmes ou adoptèrent avec empressement les formes de perception les plus destructives des propriéiés, les pins oppressives des libertés, les plus dévastatrices des héritages fonciers, des richesses d^exploitation, et par conséquent de raliment nécessaire des arts stériles et du patrimoine de la souveraineté ; erreur abominable sur leur patriotisme, qui n'était qu'une déclaration continuelle de guerre contre tous les autres peuples, suivie d'hostilités déclarées ou couvertes, que la fraude, l'injustice, le pillage, la cruauté ne manquaient jamais d'accompagner.
A la vue des maux que souffrit l'humanité dans cette portion de la terre, pendant l'espace de temps que quelques historiens éloquents onl rendu si célèbre, tout homme juste et bienfaisant décidera du mérite de ces principes constitutifs des États mixtes que les philosophes el les politiques de la Grèce regardaient comme leur chef-d'œuvre, que les mo-
' M. Tabbé de Mably, mal servi par sa mémoire, avait prétendu, dans ses OouUê iur Vordre naturel el essenliel des Soeiélés poliliquei (lettre V, p. 144), que les républiques grecques n'avaient point de terres en friche ; mais dans le même temps parurent traduites les Économiques de Xénophon : on y trouva des plaintes sur l'étendue de ces friches, et un chapitre exprés sur les défrichements.
(lernes ont empruntés d'eux pour en étaler, ou la spéculation dans des livres, ou la pratique dans nos républiques des derniers siècles/
Ce n'est donc pas avec les républiques infectées de ces trois erreurs désastreuses que je laisse à mes lecteurs le soin de comparer l'idée ihéocratique des Chinois, ou oûeux encore celle d'une véritable monarchie économique, dont le seul, le continuel législateur universel serait l'ordre suprême de justice et de bienfaisance ; c'est avec des républiques également éclairées sur ces trois grands objets fondamentaux, également pénétrées d'amour et de respect pour les lois de la nature juste et bienfaisante, qu'ils doivent établir cette comparaison.
 quelque nombre de personnes qu'ils attribuent le nom de souverain^ à quelques titres ou conditions qu'ils attachent leur élévation à ce premier rang, ils verront toujours l'instruction morale économique, et les sentiments qu'elle fait naître, établir entre ce souverain et l'universalité des citoyens des relations de paix, d'unité d'intérêt, d'associations de travaux, de concours des volontés et des forces vers un seul et même but, vers la multiplication progressive et continuelle des objets de jouissances, qui font la propagation et le bien-être de l'espèce humaine sur la terre*
Art. IV. — Analyse des relations particulières entre le Souverain et chacune des Classes de la société.
Après voir posé les principes généraux de la politique honnête et bienfaisante, qui ne met entre le souverain et les sujets que des relations de paix, de vraie société juste et bienfaisante, il n'est plus nécessaire d'analyser qu'en résultats les relations particulières.
Voici quatre principes généraux dérivés immédiatement de ceux qui viennent d'être détaillés^; ifs contiennent les règles de ces relations particulières:
l"" Vis-à-vis des mandataires de son autorité, c ne point violer leur conscience éclairée. » — 2° Vis-à-vis des propriétaires, c ne point violer leurs héritages, leurs avances foncières, les droits qui résultent de leur propriété. » — 5"" Vis-à-vis de la classe cultivatrice, € ne point violer le dépôt des richesses d'exploitation ou des avances productives. » — A"" Vis-à-vis des agents de la classe stérile, c ne point violer leur propriété personnelle et mobilière; la liberté qui en résulte d'user à leur gré de toutes leurs facultés, de tous leurs talents acquis ou naturels, et des richesses qu'ils ont méritées par un emploi juste et légitime des uns ou des autres. »
Telles sont les lois de h justice éternelle et divine.
Au contraire, 1* exciter de plus, en plus, dansla classe des Diandataires
802 î;M1BÉ BALDElU
ou coopëmleursi de i'aotoritéjcs seoliments qai naissent de h coîiRCÎence droite et bien éclairée, — 2^ Animer de plus en plus réomlatioo des propriétaires fonciers, améliorer, perfectionner, multiplier leurs avâDC«& — 5** Procurer raccroissement des richesses d'exploitation, la masse des avances productives, raSsance, la bonne volonté des cultivateurs et des autres cntreprenears des travaux frucliUanls.^ — 4' Développer Tin* dustrie façonnante^ voîturière, négociante ; abréger ses travatix, restreindre ses frais et multiplier aes effets; faciliter, accueillir^ éncoura» ger tout ce qui tend h varier, à multiplier les jouissances nécessaires on couiinodes, les services d'agrément et d'utilité. Telles sont les règles de Tordre bienfaisant. Cesl là ce qu'on doit appeler maintien, augmentation^ perfeelton de V autorité gouveraîne ; en même temps aussi accroissement de la prospérité publique des autres classes de la société.
Si jamais un prince est vraiment grand, vraiment puissant, vraiment riche, vraiment digne d'amour et de respect, vraiment image de la 0tvinilé suprême sur h terre, c'est quand il règne par la justice et la bien* faisaoce, par des mandataires instruits, ûdèles, intègres et courageux, sur un sol vivifié par de grandes et majestueuses avances souveraiiios^ par de bonnes et riches avances foncières, par d'opulentes avances d*eïploitation ; sur un sol couvert^ par conséquent, d'une superbe reproduction totale, annuelle, qui fournit un grand produit net, totalement disponible, et par conséquent sur une multitude innombrable d'hommes instruits, justes, laborieux, libres, heureux et dignes de Tétre.
Chercher ailleurs les moyens d'établir Tautorité des souverains, leur gloire et leur richesse, c'est Tillnsion de la politique aveugle, injuste et désastreuse, qui ne fait naître parmi les hommes que divisions, guerres et crimes.
C'est évidemment sur ces principes qu'il faut juger, 1* les prétentions du despotisme arbitraire qui ne s'occupe qu'à soumettre, autant qu'il peut, les esprits et les consciences mêmes aux volontés quelconques des mandataires de la souveraineté, fussent-elles absurdes, iniques el dévastatrices jusqu'à l'excès le plus évident, et qui se sert, pour obtenir ce succès abominable, du moyen le plus infaillible, c'est^ihdire de l'ignorance universelle qu'il étend, qu'il perpétue, qu'il confirme le plus qu'il lui est possible, même dans les chefs d'une nation, à plus forte raison dans le commun du peuple, en y substituant la superstition, la cupidité et la crapule, compagnes de la servitude, alliées inséparables de la tyrannie dans la guerre éternelle qu'elle fait aux lumières de la raison, de la loi naturelle et de l'ordre bienfaisant ; — ^^ toutes les inventions fiscales, anciennes et modernes, toutes les subtilités des législations em-
î-iacJO
brouillées et versatiles, dont Teffet est de décréditer les propriétés foncières, leur acquisition, leur conservation, leur perfection progressive et continuelle; de rendre remploi que fait un homme sage de son intelligence, de ses soins, de ses richesses mobilières à la création d'un héritage, le plus mauvais emploi qu'il puisse choisir pour son bien-élre et pour celui de sa famille; de rendre au contraire, par mille et mille moyens que fournissent les dépenses excessives du luxe public ou privé, toute autre espèce d'emploi de ses talents et de ses fonds pécuniaires plus avantageuse, plus prompte et moins pénible que les augustes, mais laborieuses fonctions du propriétaire foncier; — SUoutesles pratiques désastreuses qui gênent, qui vexent, qui dépouillent, qui avilissent, qui désolent et dépeuplent en tant de manières la classe cultivatrice, qui dégradent et anéantissent ses richesses d'exploitation, le fonds de ses avances primitives et celui de ses avances annuelles, sources immédiates de la culture et de la reproduction annuelle ; — 4!" tous règlements arbitraires, toutes exactions, toutes prohibitions, toutes attributions de préférence qui donnent des entraves a Tindustrie façonnante , voiturière, négociante, qui gênent les talents, les services personnels d'agrément et d'utilité.
Entretenir ce chaos de préjugés désastreux et de volontés destructives, c'est évidemment trahir l'autorité, ravager le patrimoine du souverain, ternir sa gloire, anéantir son pouvoir, détruire sa richesse, lui ravir le bonheur le plus grand, le plus pur, dont un simple mortel soit capable sur la terre; celui de procurer la vie et le bien-être à plusieurs milliers, k plusieurs millions de créatures humaines, non-seulement pendant sa propre vie, mais jusqu'à la consommation des siècles : le bonheur sacré, car j'ose l'appeler ainsi, d'être essentiellement l'image vivante de Dieu sur la terre, l'instrument infaillible de sa toute-bienfaisance envers le genre humain.
Telle est l'idée qu'on ne devrait jamais laisser perdre de vue pendant on seul instant de leur vie aux mortels privilégia que la naissance ou le choix ont mis à la tête des dépositaires de l'autoritésuprême. Je laisse à mes lecteurs le plaisir de la développer eux-mêmes.
Art. V. — Analyu deênlatiùm polùiques^itUéréi entre les iroi$ Classes
des ioeiéiés policées.
Rien de plus évident désormais, k ce que j'ose croire, que l'unité d'in. térêt entre la classe propriétaire, la classe cultivatrice et la classe stérile d'un État éclairé sur les principes de l'ordre bienfaisant et de la justice essentielle.
Premièrement, les propriétaires fonciers ont un principal intérêt qui
Wk vhmt BÂUDRAr
les uiiil inUmemênt avec la sfMiverainelé, par la mmn qiip la prospérité dateurs tiérilagcs est d^aytaoi plus assurée qwe Tauioriïd a plus ik iB0}€ns pour remplir ses fondions niajeslueuses d'insiruire, de f»roléger, d'admiDÎslrcr; qu'elle a oifiinsde teolaliaos et de facilités mallieureui^e» d^abiiser des forces et des richesses combinées pour ml objet.
hhh \h ont encore deux autres intérêts^ doot le premier leur est commun avec la classe cultivatrice, Tautre avec la classe stérile.
En eîTct, que TÉiat ait le boubeur de posséder un 1res grand nombre d'entrepreneurs, de ^iirecteurs eu chef de toutes sortes d'euploitatiom productives; qu'ils atetit tous beaucoup de lumières et de nebesseStdei ateliers opulents^ des instruments eiïpédittfs , de^coopëratenrs exerces, libres^ exempts ainsi que leurs chefs mêmes, de toute exaction, de laule gène, de toute contrainte : il est d*uue suprême évidence que le prodiiit uet ou le revenu clair et liquide annuel des propriétaires fonciers dépend ïmmédîatemeiit de leite prof^périté de la classe cultivatrice*
Je Tai déjà fait observer deux fois, et je le répèle pour la troisi^e (car quelle est ht vérité frappante et utile quil ne faut païî répéter c^at fois avant de la fairte comprendre, de h persuader et surtout «fcn faire tirer des conclusions pratiques?), la production totale et le produit niM d^UQ bérit^ige sont absolument relatifs non-seulement aux avances fao* cières du maitre, mais encore aux avances d'exploitation, autant qiraux avances souveraines.
Supposez que le sol d'un canton, d'une province, d'un État, soit totalement viviflé par les grands travaux de Tadministration publique, et par les avances foncières de l'administration privée, alors tout dépend évi* demment des exploitation productives, du savoir, de l'émulation, des moyens que vont apporter sur ce sol les entrepreneurs en chef des travaux fructifiants et leurs coopérateurs.
Une même ferme, exploitée par un cultivateur pauvre et mal habile, donnera dix fois moins de produit net que sous la main d^ùn taboureur opulent et savant dans cet art, père des autres, qu^on commence enfm ^ connaître et à considérer à peu près comme il doit l'être.
Le sort de la classe cultivatrice règle donc manifestement celui des propriétaires fonciers. Tant plus il existe d'hommes instruits et de richesses d'exploitation, tant plus valent nécessairement les héritages fonciers, tant plus ils donnent de produit net aux propriétaires.
Qu'on juge par Ih combien elle était déraisonnable et désastreuse, cette ignorance des propriétaires fonciers qui se prêtaient autrefois avec tant de facilité, et même de plaisir, aux institutions et aux pratiques po-
INTRObiJCTIO.^f A LA PHILOSOPHIE ÉCONOMIQUE. SO^
liUques, judiciaires ou fiscales, qui chargeaient de chaioes , et même d'opprobre et de servitude, la classe cultivatrice tout entière, jusqu'aux plus riches et aux plus habiles des entrepreneurs et directeurs en chef, dont Fatelier de culture, autrefois si peu considéré, vaut souvent dix fois plusquele fonds de ces manufactures fastueuses, qui font illusion à Tignorance des citadins soi-disant politiques !
Mais le sort de toute la classe stérile et des quatre divisions qui la composent, n'est pas plus indifférent aux propriétaires fonciers que celui des cultivateurs.
Car si le savoir, la richesse, l'émulation de la classe productive règleni la valeur du produit net des héritages; l'art, l'aisance, la bonne volonté des ouvriers façonneurs, des voituriers, des négociants , des hommes capables de rendre des services personnels, font jouir de ce produit net, et règlent la variété, l'agrément, l'utilité de ces jouissances, qui font le bien-être des hommes sur la terre.
Il est encore d'une souveraine évidence, qu'après avoir supposé tout le territoire d'un vaste État vivifié par les plus grandes avances foncières de l'administration privée, couvert de richesses d'exploitation habilement employées, comblé par conséquent ^e la plus opulente|;récoltc de toute espèce de productions naturelles, soit subsistances, soit matières premières, vous n'avez point encore la mesure précise et caractéristique des jouissances qui procureront à tous les individus la conservation et les douceurs de la vie. Ces jouissances, leur abondance , leur variété, leurs agréments, dépendront de l'art qui façonne ces productions, qui les assemble, qui les combine entr'elles.
Si vous n'avez dans la classe stérile qu'ignorance , pauvreté, découragement causé par le monopole, par les taxes déréglées, par les volontés arbitraires, une abondante récolte vous procurera cent fois moins de jouissances agréables, parce que la maladresse, la mauvaise volonté ou les faux frais de toute espèce en détruiront la plus grande partie.
Au contraire, si vous avez beaucoup d'hommes à talents capables de traiter en grand et de perfectionner les arts, vous verrez ces jouissances multipliées au centuple par le bon emploi des subsistances et des matières premières, par l'épargne des pertes et des faux frais qui résultent de l'établissement des grands ateliers, de la perfection des machines et des procédés qui naissent de la liberté, de l'immunité, de Taisance d'une classe stérile nombreuse, instruite et animée d'une grande envie de bien faire.
Qu'on juge par Ih combien elle était encore déraisonnable et désastreuse, cette i(][norance des propriétaires fonciers*, qui regardaient avec la plus extrême indifférence les institutions monopolaires , tnxativcs ,
prohibitives, qui repoussaient rindusine des arts stériles, qui lui dos* iiâicot partout de& entraves, et qui k faisaient gémir sous le joug d^ eiaclious multipliées.
C'est évidemment auï jouissances qui font Tentretien et le channe àû la vie de tous les citoyens, que s*attaqtiftient tous ces Qéaux désastreux; c'est surtout aux jouissances des propriétaires fonciers.
Rien n'est donc plus important ^ la prospérité des sociétés policées que la connaissance claire, distincte et toujours présente de celle précieuse unité d*intérêt, qui fait dépendre essentiellement ie sort de h classe propriétaire du sort de la classe stérile et du son de la dasâe productive, tout autant que de la fidélité des mandataires de )a sûuieraineték remplir leurs fonctions augustes dInstractioQ, de protection^ d'administration.
Secondement, les mêmes liens de paix et de fraternilé joignenl encore la classe productive aux deux autres; sa prospérité dépend évident ment de rexactitude avec laquelle tous les travaux de Tart social sool accomplis dans TÉtâL Les avances souveraines de Tautorité suprême instruisante, protégeante, administrante, et les avances foncières des propriétaires sont, d'une part, les préliminaires indispeusalites de ses exploitations et de leur prospérité; la multiplication , Tindustrie, Taisance, la liberté absolue, Timmunîté parfaite des agents de la cla^e st^ rile^ sont, d'une autre part, indispensablement nécessaires à ses jouissances.
Sans les travaux préliminaires de Tart social, les hommes déyoués aniquement à Part productif ne pourraient remplir leurs fonctions; sans les travaux subséquents de Tart stérile, ils ne pourraient en jouir pour leur bien-être et la perfection de leur ministère.
Troisièmement, enfin , les salariés qui composent !a dernik'e classe de citoyens, artistes, gens à talents ou à services personnels, OQvriers façonneurs, voiluriers, négociants quelconques, n'ont encore dMntérét que la multiplication des matières premières et des subsistances, et surtout de la portion vraiment disponible, c'est-à-dire surabondante, audelà de ce qu'exige Tentretien continuel des avances qui perpétuent la reproduction.
Leur sort dépend donc évidemment du sort de la classe productive, de Fétat des propriétés foncières, et de la conduite des agents de Tautorité suprême.
Quand on considère, sous ce coup-d'œil économique, les empires vraiment policés, on est tout étonné de trouver dans le moindre des citoyens un centre de réunion qui communique, par des relations évidentes d'ifitérét commun, avec des millions d'autres hommes; on voil
INTAODUGTiœi A LA PHILOSOPHIE ÉCONOMIQUE. 807
clairement que lesjouissaDces utiles ou agréables, qui font sa conservation, son bien-être, la multiplication de sa famille, en quelque position que TOUS le supposiez, tiennent essentiellement à la prospérité de tons les arts caractéristiques des sociétés policées*
On voit très distinctement que son sort privé dépend pour le passé , pour le présent, pour le futuc, de Tinstruction, de la protection, de Tadministration publiques, de la manière dont ces fonctions augustes ont été, sont et seront remplies par plusieurs mandataires de Pautorité; qu'il dépend de même de Tétat de plusieurs propriétés foncières, du sort et de la conduite des propriétaires de ces héritages et de celui de leurs cultivateurs; qu'il dépend, enfln, d'une foule â*agents de la classe stérile et de leur industrie.
Cest une spéculation digne d'occuper tout homme curieux de se pénétrer des vérités utiles, spéculation qui n'est pas moins agréable qu'instructive; j'exhorte mes lecteurs à s'en occuper.
Qu'ils commencent par se considérer eux-mêmes avec toutes leurs facultés, tous leurs talents, tontes leurs propriétés ,. toutes leurs jouissances habituelles; qu'ils analysent les travaux dont ils profitent sans cesse, dont ils ont profité, dont ils profiteront; qu'ils se représentent la diflérence des résultats qu'ils auraient éprouvés par le passé , qu'ils éprouveraient à l'avenir, dans le cas où chaque travail des trois arts aurait été ci-devant ou deviendrait dans la suite plus ou moins perfectionné, plus ou moins détérioré dans tontes ses branches.
Qu'après avoir ainsi décomposé leur propre sort, ils analysent celui de tous leurs concitoyens, depuis le monarque jusqu'au dernier des mendiants, et qu'ils voient ce que l'homme est à l'homme : Homo homini quid prœitat?
Quiconque voudra donner une seule fois k cette belle théorie toute l'attention qu'elle mérite, sera désormais incapable d'être séduit par la politique fausse, impie et désastreuse, qui regarde tous les hommes comme ennemis de tous les hommes, les intérêts comme opposés et destructirs, l'usurpation des propriétés, la violation des libertés, comme l'essence des États. Il verra clairement que cette monstrueuse doctrine des ennemis de l'humanité n'est pas moins absurde qu'elle est abominable.
Il verra que, si l'homme ignorant et cupide se trouve quelquefois par erreur et passion en contrariété d'intérêt et de vues avec un ou deux hommes, ce même mortel n'en est pas moins actuellement en société très intime, très évidente, très nécessaire , avec des millions et des milliards d'hommes passés, présents et k venir; qu'il profite actuellement dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il a , de leur sagesse, de leur jus-
BOR ^^^^^ L'ABBÈ BAUDEiU.
lice, de leur bienfaisaoce, de leurs talents; quil sert actuel h?meol, aième sans le vouloir et mm le savoir, par mille et raille itiamères, k la iradîtion coDserviilrice de tous les ans qui les transmet à la poslérhé, peolêtre ^ des millions et milliards de générations.
Parvenus à cette idée simple, mais, je crois, d'une évidence très frappante et d'une utilité très réelle, nous n'avons pltis qu'un \m% à Taire pour compléter Fanal yse des Étals policés, c'est de considérer tes r^ lalions politiques des natiotiseatre elles*
Art, VI. — Analyse palitique des relations d'mtérêî qui unù$mt^ ùu yW divisent^ ks Nations entre dles ^
Si le sol de U planète que nous habitons était partout te même, si Faspect du soleil et les inlluences du eiei n'y causaient aucune variété de climat, si les trois arts caractéristiques des sociétés policées s*y exct^ Câient précisément de même manière et avec les mêmes rësuUats, si on pouvait dire enfin : toute terre rapporte toujours tomes espèces do productions, eu même quantité et même qualité, qui sont psrLigées et employées de même; en ce cas les nations pourraient s'isoler et ii^avoir aucune relation entre elles.
Mais remarquons d'obord qu'elles n'aui*aient aucun motif ju^^te et nh sonnable de jalousies, d'inimitiés et de guerres. Jedis, lâs nations etleii citoyens qui les composent.
Mais la variété des climats, du sol et de ses protluciioos naturclle.s dans les trois règnes animal, végétal ou minéral; les différences encore plus grandes entre les hommes et les trois arts caractéristiques des sociétés policées, produisent évidemment cet effet parmi nous, que plusieurs des jouissances utiles ou agréables qui servent à votre bien-être, TOUS sont procurées par des hommes , des productions et des travaux qu'on appelle étrangers.
Ce mot est devenu depuis longtemps un signal de combat parmi les hommes. Un préjugé fatal, mais presque universel, a fait confondre les idées d'étranger et d'ennemi, non-seulement dans la spéculation, mais même dans la pratique. On a regardé les nations comme nécessaireflient constituées dans un état de guerre Tune contre l'autre : on a pour ainsi dire sanctifié ce préjugé malheureux ; on en a fait une vertu sous le nom de patriotisme '.
Si les productions de la terre façonnées ou récoltées sur le sol d*un État étranger étaient funestes et mortelles pour les citoyens d'un autre
' V. sur le même sujet, Mercier de la Rivière, chap. IX.
• Vertu encore fort à la mode de nos jours î (E. D.)
empire, il est évident qu'il faudrait 8'interdire toute coromunication de peuple k peuple, encore n'en résulterait-il pas un état formel de guerres et de combats.
Mais la nature bienfaisante ayant attaché le bonheur des individus, la propagation de Tespèce, aui productions diverses qui naissent d'un pôle à l'autre, et sous Tun et sous l'autre hémisphère; la douceur de la vie, la commodité de l'existence étant évidemment pour nous le résultat de mille et mille jouissances variées, dont les objets sont rassemblés des quatre coins de l'Univers, comment donc peut-on méconnaître l'unité d'intérêt qui lie nécessairement les nations les plus étrangères?
Pour nous pénétrer de cette vérité précieuse , comparons ensemble deux peuples que la nature aurait constitués dans un état de ressemblance parfaite, et que le développement des arts caractéristiques des sociétés policées aurait entretenus dans cette égalité complète et absolue.
Concevez maintenant que la première de ces deux nations vient de comprendre tout-à-coup et de sentir vivement ce grand et sublime principe dont l'évidence est si frappante : € que l'humanité tout entière D'est sur la terre qu'une seule et grande famille divisée en plusieurs branches; que l'intérêt de tous et l'intérêt de chacun est le même , savoir : la multiplication progressive et continuelle des objets propres aux jouissances utiles où agréables; que pour tous, c'est un crime ou délit de détruire ces objets de jouissances , de les empêcher de naître; que pour tous, c'est bienfaisance et vertu d'en accroître la masse. »
L'universalité de ce peuple étant pénétrée de ces maximes évidentes et fondamentales, nul peuple, nul sol, nulle production, nul travail , n'est regardé comme étranger dans le sens odieux que la politique destructive attache à ce mot.
En effet, le commerce parfaitement libre y naturalise tout, et rien n'est plus évident que cette naturalisation.
Considérez-vous le citoyen de cette sage et heureuse nation comme producteur, comme ouvrier façonneur, comme voiturier,'comme négociant ou comme consommateur? écoutez ce qu'il vous dira :
c Si sous le nom d'étranger vous entendez un homme ennemi d'un autre homme, ou seulement un homme indifférent à l'autre, comment voulez-vous me faire considérer comme étranger en ce sens, à moi propriétaire et cultivateur d'an vignoble qui fait mon patrimoine, l'homme, quel qu'il puisse être, qui boit mon vin et qui le paie?
€ Comment voulez-vous me faire considérer comme ennemi, comme indifférent, celui qui doit user ce meuble, ce vêtement , ce bijou dont la façon procure la subsistance et le bien-être de ma famille entière?
c Comment me persuaderez-vous que je dois fuir et haïr celui qui doit
me rembourser me& frais de voiture, et me payer les béaéfices de mon IraOc?
€ Par la même raisoD, comment me persuaderez-vous qu*ils étaieirl pour moi des hommes enuemis, des hommes indifférents, ce Chinois qui cultiva le thé que je bois, cet Arabe qui fit naître mon café, ce Grec qui me procura ce vin de Chypre?
€ Quoi! c'était un homme enuemî uo homme indifférent, cet lodieu qui recuêiilait, qui filait si bien le colon , qui en ourdissait une toile si fine, qui la peignait avec tant de grâces, de couleurs si belles et si dura* blés, pour ma parure et mou ameublement l
€ Quoi! ce sont des hommes ennemis, des hommes indifférente pour moi , voilurier et négociant, que ces producteurs de denrées, ces fabricateurs d^ouvrages également utiles et agréables à mes concitoyens, qui me les livrent en échange des denrées et des ouvrages de mes compatriotes!
< Non, sans doute, anctin de ces hommes n'est ennemi ni même indifférent pour nous, vous diraient unanimement dauB celte nation sage les propriétaires, tes cultivateurs, tes agents de la classe stérile, et même les mandataires de Tautorité souveraine, considérés comme consommateurs des marchandises étrangères. »
Établissez-vous donc en idée au milieu de ce peuple fraternel, ami de tous les peuples, vous jeterez tes yeux sur toute la terre habitée, el vous direz : « Si depuis une extrémité jusqu'à Tauire, Tart sotia], Fart productif et Tart stérile étaient portés au point de la ^plus grande perfection qui soit actuellement connue du peuple le pins florissant, quelle abondance de productions diverses , quelle variété dans les objets dé jouissances ne résulterait pas de cette prospérité! Quelles portions ne pourrions-nous pas espérer d'en recueillir, nous qui sommes liés d'amitié, de commerce libre avec tout FUnivers!
€ Au contraire, si tout-h-coup le désordre extrême se mettait dans toutes les nations avec lesquelles nous sommes en communication réciproque des objets propres k nos jouissances; si les révoltes, les pillages, les incendies , les meurtres couvraient tous leurs territoires de sang et de ruines; si les récoltes y étaient toutes anéanties, si toute fabrication d'ouvrage, tout commerce y étaient détruits, quel vide affreux dans nos jouissances, quelle perte de nos productions ! »
Rien de si simple que ces réflexions : elles vous montrent avec évidence quels sont les vrais amts, quels sont les vrais ennemis d'une nation fraternelle qui communique avec toutes les nations pour leur bienêtre et pour le sien.
€ Nos ennemis, vous dirait-elle , sont ceux qui empêchent, qui trou-
blent, qai détruisent qnelqae part que ce soit snr la terre les travaux de Fart social, ceux de I art productif, ceux de Part stérile, parce qu*il résulte de leurs hostilités contre cette branche de la famille universelle un vide nécessaire dans la production de ses denrées et de ses ouvrages, dont nous recevions notre part; un vide par conséquent dans la consommation de nos denrées et de nos ouvrages dont elle recevait sa part en échange.
€ Nos vrais amis sont ceux qui perfectionnent, en quelque lieu que ce soit, ces trois arts caractéristiques des sociétés policées, parce qu'il est impossible que le commerce parfaitement libre et la fraternité générale ne nous communiquent pas, tdt ou tard, d'une manière plus ou moins immédiate, notre portion de Faccroissement des objets de jouissances qui résultent nécessairement de cette perfection des trois arts. >
An reste, elle est aussi simple dans la pratique même que dans la spéculation, cette fraternité générale; elle consiste uniquement dans le re9peei inviolable des propriétés ei des libertés des hommes quelconques, c'est-à-dire dans Taccomplissement de la loi générale étemelle de justice par essence.
II est étonnant que des philosophes, même des plus célèbres, se soient donné tant de peine pour chercher ailleurs les principes du droit des gens , comme s'ils étaient autre chose que ceux du droit na-turel et du droit social des États.
Ne jamais usurper nulle propriété , ne jamais violer nulle liberté , c'est le commandement universel qui lie tous les hommes, en tous les cas, les souverains et les peuples autant et tout de même que chaque individu.
Ce qui distingue et caractérise les nations, c'est Yautoriié qui les éclaire par l'instruction, qui les garantit par la protection, qui les enrichit par l'administration. Tous les hommes qui vivent habituellement et à demeure sous le pavois de Vautorité tutélaire et bienfaisante^ sont de la nation , ils composent le peuple, ils appartiennent k l'État ou à la société policée.
Ceux-là profitent immédiatement des travaux de l'art social accomplis par les mandataires de l'autorité souveraine : ils sont eux, leurs propriétés personnelles, mobilières ou foncières, l'objet direct et prochain de ces travaux; c'est à eux qu'instruction, protection, administration sont dues parla souveraineté, non-seulement à^itre de justice, puisque les mandataires de l'autorité sont payés pour ces fonctions ; mais encore à titre de sagesse, puisque le patrimoine de la souveraineté, ses richesses, sa puissance, ne sont pas moins proportionnels à l'exactitude qu'on met à remplir ces fonctions, que Faisance et le bien-
M^ L'ABBÉ BAlUïEAU:
être de toiiles les autres classes et des indivîdtis qui les ~
Cesl ce droit direct et immédiat h rinstruclioo, à la protection, il radmiuistrâtioo ^ qui caractérise le citoyen.
Vétran§€r e&t riiûmmo qui vil sous Tinflueûce directe et immédiate d'une aulre autorité; m^h c*esl toy}oiïrâ un homme : ses propriété, ses libertés n'eu soûl pas moios ses propriélés et ses libertés k lui. Sou ti^àvail quelconque, daus Tune des trois classes de la société à laquelle il appartient, u'eo concourt pas moins au maioiicn, à la perfection d'un des trois arts qui font la propagation et le bien-être de riiuiua^ ntté; ce travail n*en contribue pas moins k rentretieii de la masse gé oérale d'objets propres aux jouîssances utiles cl agréables, qui fonl vivre notre espèce , et qui rendent sa vie douce, son eiîstence commode.
Cet bomme n'est point mnêmi quand il n*tisurpc aucune propriété, quand il ne viole aucune bberté ; car la véritable inimitié eonstste précisément dans ce caractère d'usurpatioii et de violation, qui porle avac lui sa réprobation de par la nature, de par le jii{çenienl éiidenl de la raison^ et le sentiment irrésistible de la conscience.
M*est-il pas étrange que des hommes, même éclairés^ et capables d'instruire les autres, ou du moins présumés Têlre, se soient persuadd"^, aient fait croire k taut de peuples et à tant de générations, «jue les usurpateurs de leurs propriétés, les violateurs de leurs libertés ëiaient leurs associés et leurs amis; que des liommes innocents et paisibles qui s'occupaient à l'autre bout du monde uniquement de leur propre bien - être , sans avoir jamais pu troubler le leur, étaient leurs ennemis ?
Quelque bizarre et funeste que soit cette idée, le prétendu droit des gens arbitraire et versatile qu'on a cherché mal-k-propos dans des principes autres que celui de la loi naturelle , en a fait naitre une seconde plus absurde encore et plus désastreuse.
On a qualiGé d'ennemis^ on a traité comme tels, non-seulement des hommes innocents qui ne commettraient nul attentat contre nos propriétés, contre nos libertés; mais qui plus est des hommes directement utiles, qui travaillaient prochainement à rendre nos propriétés, nos libertés plus fructueuses pour nous, plus productives des jottûsances qui fonl notre vie et notre bien-être.
On a fait contre ces hommes utiles toutes sortes d'hostilités^ c'està-dire, d'usurpations et de destructions de leurs propriétés^ de violations de leurs libertés; et ce qu'il y a de plus déraisonnable et de plus criminel, c'est aux dépens de nos propriétés et de nos libertés, a nous citoyens, qu'on a commis ces délits contre des hommes qui ,
bien loin d'être dos ennemis, ne nous étaient pas même étrangers^ puisqu'ils pouvaient nous être utiles.
Ces hostilités absurdes et funestes à Thumanité sont de deux sortes: les unes se font à découvert et à force ouverte par les invasions à main armée, suivies de meurtres, d'incendies, de pillages; les autres se font sourdement par les exclusions, les prohibitions, les taxes et les surcharges du commerce, ou par des perfldies cachées qui mettent le trouble et la confusion dans l'administration publique, dans les causes de la prospérité des arts utiles.
Quelles idées que celles de ces hommes avides du sang humain, que de lâches flatteurs ont tant enivrés d'un sot orgueil , et qu'ils ont voulu même rendre respectables aux hommes dont ils étaient les fléaux les plus détestables ! Ruiner toutes les propriétés , enchaîner toutes les libertés des hommes qui avaient le malheur d'être immédiatement assujétis h leur pouvoir tyrannique; prodigner leur subsistance, celle de leurs familles et de leur postérité, leurs facultés, leurs travaux, leurs vies même, pour détruire les propriétés d'autres hommes, pour anéantir les fruits de leurs travaux, pour subjuguer leur personne, et pour acquérir la malheureuse puissance de les tyranniser comme les autres!
Quels hommes, quelles opérations, dont les effets sur la terre, sur ses productions, sur les avances et les travaux qui la rendent fructifiante, sur les hommes qui couvrent sa surface, sur leur multiplication, sont précisément les mêmes, sans nulle espèce de différence, que si des milliers d'animaux carnassiers et indomptables, une maladie violente épidémique, un déluge d'eau ou de feu avaient été envoyés par le Ciel sur les mêmes contrées !
Si ces monstres à Ogure humaine , qu'on appelle des Conquérants , doivent avoir des statues et des autels, ainsi que la basse adulation de quelques lettrés l'a tant répété, c'est donc comme la fièvre, la famine et la peste avaient des temples .dans l'antiquité païenne ! C'est dans le même sens que quelques «peuples sauvages ont pris pour principe de leurs superstitions, qu'il ne faut point de culte ni de prières à Dieu qui[ne fait que du bien, mais qu'il en faut au diable qui fait du mal. Ce n'est sûrement pas un culte de respect et d'amour.
Moins destructives en apparence, les hostilités sourdes et détournées d'une politique ignorante ne sont pas moins funestes à l'humanité que les violences de la force ouverte.
Voyez ces institutions restrictives, prohibitives, perturbatrices, spoliatrices, qui sont les chefs-d'œuvres des modernes , et considérez bien quels en sont les effets pour le total de l'humanilé !
CombieD de temps, combien d'hommes, eombieD de lâlenis^ eomtiieu de richesses sont employés dans le moment on vous lisez ceci, k qaoîî à empêcher des produclious naturelles de croître , d*élre façonnées, voiturées, échangées 1
Qtiel est TelTet de ces travaux si continuels^ et malheureasement si efficaces^ malgré les efforts de T industrie des hommes pour les combattre? c'est que toutes les jouissances qui résulteraient de la naissance des productions, de leur façonnement, de leur échange, manquent à Thumanité; c'est que les hommes qui auraient fait lousies travatix préparatoires de leur naissance d'abord^ et puis de leur consommation, sont morts ou ne sont point nés ; c'est que les races qu'ils auraient fondées n'existent point; c'est que le sol qu'ils auraient d'autant virilié, r^te d'autant éloigné de la prospérité,
Le résultat de ces hoiiilité^ cachées est donc au fond le même que celui des invasions a force ouverte ; dépopulation de Tespèce bumaioe, dévastation de notre mère commune, ta terre, source de notre vie, de notre bien-être.
Considérez la nation diamétralement opposée à ce peuple fralernel qui communique librement avec toute la terre, la nation qui regarde tout élranger comme ennemi , *]ui s'interdit toute jouissance des productions d'un autre sol, tout débit à Vétrangerde ses propres marchan*' ^ dises : supposez qu'elle porte à la plus sublime perfection Tart destruc- ^H teor de ces deux espèces d*hostilités qae j'ai désignées.
Quels effets voyez-voas résulter, en faveur des individus qni la composent, de cette perfection d'inimitiés et de jalousies, si ce n'est privation de plaisir et de bien-être, destruction des récoltes et des revenus, suite continuelle de crimes de lèse-humanité, et par conséquent, suite continuelle des maux qui sont les suites inévitsJbles et physiquement nécessaires de tout délit tant privé que public?
La politique raisonnable, juste, bienfaisante, effacerait donc do die* tionnaire des peuples civilisés, ces mots absurdes et atroces de natùms rivales^ de nations natureUemmt enmemieê; elle effacerait même ceux de nations indifférmies.
En effet, le vrai droit des gen$, qui n'est pas autre que la loi naturelle elle-même, et qui consiste précisément et uniquement à n'usurper la propriété^ â ne violer la liberté de nul homme quelconque^ nécessite évidemment la liberté pleine et absolue du commerce et son immunité; car tout ce qui met la moindre gène, la moindre exaction sur les échanges, est évidemment usurpation de propriété, violation de liberté ^
' On suppose partout le droit de régler le commerce ; on autorise même les corps
La liberté, rimmunité du commerce rendent intéressant pour tous les peuples de la terre le sort de chaque nation particulière, le sort de chacune des classes qui la composent.
Considérez-les sous ce point de vue, et vous sentirez que, bien loin d'être un objet indifférent pour toutes les sociétés humaines, c'est au contraire un de ceux qui règlent leur bien-être, que la perfection progressive ou la dégradation continuelle de Fart social, de Fart productif et de Tart stérile dans chaque nation.
Et pour vous en mieux convaincre, n'oubliez pas que les peuples mêmes qui ne paraissent pas communiquer immédiatement entre eux , ont néanmoins des relations médiates et de reflet en seconde ou troisième ligne.
Par exemple, le sauvage de l'Amérique septentrionale qui chasse au fond des bois, ne paraît avoir aucun rapport avec le propriétaire ou le cultivateur d'un vignoble de Bordeaux, ni avec un manufacturier de Lyon, ni avec un gentilhommeallemand ; cependant, l'Anglais, qui commerce le castor pris dans cette chasse, fournit au gentilhomme allemand une coiffure plus commode et moins coûteuse : enrichi par ce commerce, il achète le vin de Bordeaux; et le propriétaire du vignoble achète pour lui , pour sa femme, pour son ameublement , des soiries de Lyon.
Après nous être ouvert les yeux par cet exemple particulier, donnons l'essor aux idées générales.
Concevons d'une part notre planète divisée en mille peuples absolument isolés, ou totalement occupés h se nuire; à détruire respectivement, autant qu'ils peuvent les uns chez les autres, l'art social, l'art productif et l'art stérile; assez malheureux pour avoir tous réussi de mieux en mieux pendant plusieurs siècles dans cet abominable projet, qui est pourtant la base de ce qu'on appelle politique.
Imaginons au contraire une planète toute semblable divisée en mille peuples fraternels, unis par la liberté et l'immunité du commerce, qui par conséquent s'excitent et s'entraident mutuellement, bien loin de se nuire; assez heureux pour avoir tous réussi de mieux en mieux, pendant plusieurs siècles, à perfectionner les trois arts caractéristiques des sociétés policées.
A laquelle des deux planètes aimeriez-vous mieux appartenir? dans laquelle espéreriez-vous mieux assurer votre bien-être et celui de votre
exclusifs, ou les gouvemears (aux Étate-Unis), à prohiber IVxportation de certaines denrées dans certaines occurreDces; tant on est loin d'avoir senti que la loi de la liberté entière de tout commerce est un corrollaire du droit de PROPRiéré; tant on est encore plongé dans les brouillards des illusions européennes! (Turgot, Uttre au Dr Price^ Œuvres, II, p. 807).
Sffi L'ÂBBt BAtîDBAU,
postériré? .inqnel des deux Etals Imîiveriez vous pins honnête et plus doiiK f fa voir conlribuéî
U câl impossible que des hommes raisoDDablëi^f eo fonnâfil une |iareitle question , ne sentent pasqne ta .nolntion eu est é^idtfUe^el delà plus suprême évidmcê.
Il n'est donc pas vrai, de par la nature ^ de par la loi de la justici» et Tordre de sa bienfaisance, que les nations soieiil même indifférente* aux nations; à plus forte raison, est-il faux et abominable de penser et de dire qu'elles leur soient ennemies.
Quelques hommes peuvent malheureusement être enmtnis des hommes, et ceux-là sont faciles à reconnaître; ce sont ceux qui empichmi ou (\iù déiruii^il les produetiom et les /Vuissatic^f qui en résultent, c'est-îi-dire, ceux qui concourent à dégrader quelque part que ce soit Tart soeidl, l'^rt productif, les arts stériles; c'est-à-dîre ^ ceux qui opèrent quelque part que ce soit usurpation des proprié»^, ei violation des !ibert*is: ceux-là^ quels qu'ils puissent é(re, sont évidemment des ennemi*.
Non-'seulement^ en considérant les maux qu'ils font à rbunianité ou ne peut regarder leurs attentats que comme évidemment crîminels et détestables; mais encore, en considérant leur motif et leur but
I ne peut s'empèeber de les trouver mauifestement absurdes, ^ue eherchez-vous à vous procurer par ces hostilités ouvertes oi cachées contre d'autres nations, dont les effets désolent nécessairement l'humanité? de la gloire et des richesses, de la puissance.
Mais est-ce qu'il n'y a pas une gloire attachée à la bienfaisance, sar tout à la bienfaisance des souverains? est-ce que les vertus même imparfaites du bon Numa, de Titus, de Trajan, de Marc Aurèle, ne les ont pas immortalisés autant que les conquêtes d'Attila, de Gengis-kan , de Tamerlan?
Est-ce que les pacifiques empereurs Ya-o, Chun et Yu , fondateurs de rinsiruction et de la prospérité chinoises, dont la mémoire est sans cesse bénie et adorée sans interruption par cent millions d'hommes depuis plus de quatre mille ans, et commence à l'être dans notre Europe même, peut-être pour continuer des milliers de siècles, n'ont pas acquis une vraie gloire ?
Mais, est-ce qu'on s'enncAtf jamais par des usurpations? Comptez ce que vous avez dépensé de biens, de temps, <l'i^4H^^ pour désoler et envahir quelques-uns des cantons de la terre; sPiWs en aviez employé le tiers seulement en avances souveraines sur votre propre territoire, vous y auriez multiplié les productions, les hommes et les arts, et vous vous seriez fait un revenu dix fois plus grand que celui qui peut
résulter de vos usurpations, un revenu qui serait le fruit juste el légitime de la bienfaisance, qui n'aurait point fait répandre de sang humain, qui n'aurait fait, qui ne ferait répandre de larmes que celles du plaisir.
Mais la puissance est fille de la richesse^ surtout de la richesse qui vient de justice et de bienfaisance; la triste, Tabsurde, la cruelle envie^ qu'on a voulu décorer, sous le nom de politique, du titre de science d'état, ne s'occupe qu'à épier les accroissements de la puissance d'autrui , qu'à les empêcher, qu'à les détruire. Que de soins, que de dépenses n'emploie-t-elle pas pour obtenir ce succès !
Le quart de ces avances et de cette intelligence, employé à fonder votre propre puissance , vous mettrait au - dessus de ces progrès qui vous paraissent si redoutables. Au lieu d'assaillir sans cesse dix ou douze nations, c'est-k-dire la malheureuse humanité, c'est-à-dire ceux de vos propres citoyens qui profiteraient par communication du bien que vous empêchez, que ne vous faites -vous vous-même riche et puissant du fonds de ces dix ou douze guerres sourdes et déguisées ?
Quelle émulation ! et combien elle est absurde ! Que diraient-ils ces hommes si supérieurement habiles, à ce qu'ils imaginent, s'ils voyaient un propriétaire particulier former le dessein de tenir sa richesse toujours égale à celle de ses voisins, et pour y parvenir, mettre ses soins, sa dépense, non pas à cultiver ses terres, à bonifier ses avances foncières , à bien assurer le débit de ses denrées, mais à troubler les dépenses de tous ses voisins, à faire dégrader secrètement leurs édifices, leurs fossés, leurs plantations, à leur disputer les eaux, les marnes, les engrais, à les laisser perdre pour lui-même, plutôt que de permettre qu'ils en profilassent, à faire périr autant qu'il pourrait de leurs récoltes, à éloigner d'eux les acheteurs? Quel jugement porteraient-ils d'une pareille conduite? ne décideraient-ils pas que cet homme est insensé et furieux ?
Eh bien ! est-ce que les nations considérées comme telles, sont autre chose que de grands propriétaires de terres ?
Que les hommes jugent par là du mérite réel de ces inventions désolatrices, dont la basse adulation et l'ignorance servile ont fait tant de cas.
Si les souverains et leurs mandataires se livrent aux idées bruyantes de guerres, de conquêtes, ou aux idées sombres de cet art qu'on appelle politique, c'est imtqtiement faute de connaître combien de gloire, de richesse, de puissance leur procurerait l'exercice paisible, juste et bienfaisant de leur autorité.
Dans l'état actuel où se trouve la civilisation de TEurope, consi-
dércz nuel est Ti
au k rel^iur îi V ordre bienfati^nl de la m-
empire
tiire, lïaahlisseuKiiil de la vérilable iti^tritclion nmrale écoiiomi<jtie uni- verHi^lle, de la plus !ikiiii(de ei plus infkillilile prola:tion , de b ^nlt^H ¥énl3ble el légiUm^ |*ercejilioft du revenu ptildic et des vraies àé~ penses souveraines d'admiiiiî^lraliotv, ne porlerait^m pas b |;lnire, 1:* riclicsse, la puisëimce du souvoiMin ï\ itu tlegré iiifuiimerit &ijp*^fi€fir aux résultais des gucriejs ouverles ùa caehées^ même le» plu* lieureuses !
C'est donc évidemment î*ur la Bage»H auianl que mr hjuâliee qu'ej^Lj fondée la politique tionnétc cl bieriraiHatit^; , qui n'établit ùuiie le nations que des relalions de paix, d'unité d'intérêt, de fraierniléj de liberté el dHmmimité du commerce, de respect inviolable pour le propnéléseï les libertés.
N'iiAurper aucune propret* U\ ne vt&Ur uueum tibfrté^fCesi la loi d< nations, c'est4-dire que c'est te seul lien qui dciil les arreler dans IV sage de leurs propHeté^s el tle leur liberté; c'est la loi de tcHilfisfes classes de chaque société; c'est la loi de cbaque indiviilu qui la» wm*pose; c'est à cette seule condition que peui être rempli le âevoir naturel de pourvoir^ suivant l'attrait qui nous y sollicite sans cesse, k notre canservation , et îi noire bien-être*