I. — Besoins; moyens de les remplir
L'homme est environné de besoins qui se renouvellent tous les jours : il en est d'impérieux et d'indispensables qu'il est forcé de satisfaire, sous peine de souffrance et de mort; il en est de moins urgents, quoique très nécessaires; il en est de simple commodité et de jouissance, qu'il ne songe à remplir que lorsqu'il est tranquille sur les premiers. Quels qu'ils soient, ce n'est que de la terre qu'il peut tirer les moyens de les remplir.
Cette vérité physique que la terre est la source de tous les biens est si évidente par elle-même, que personne ne peut la révoquer en doute. Ses conséquences, qui ne souffrent aucune exception, et qui embrassent l'ordre social tout entier, ont cependant été tellement obscurcies , qu'il est nécessaire de les développer et de les démontrer, afin qu'elles deviennent aussi évidentes que le principe.
IL — Fécondité de la terre^ aidée du travail de l'homme.
Le créateur, en soumettant l'homme h tant de besoins, a rendu la terre féconde, et a doué l'homme d'intelligenee et de force.
L'homme se sert de son intelligence pour observer les lois de la na-
^ ture, pour examiner les productions les plus propres à ses besoins, en
découvrir les propriétés, et étudier les moyens de les multiplier : il fait
usage de sa force et de son industrie pour solliciter et aider la fécondité
de la terre. Ce n est donc pas l'homme qui, par son travail, lui donne
fie trouvent souvent cités et combattus, par Le Trosne, dans le cours du prési'nt ouvrage.
Les principaux points de dissidence, entre Condillac et les Économistes, tenaient aux idées que le premier avait émises sur la productivité de Tindustrie, les causer vi la nature de la valeur^ les effets de l'échange, et la division normale de la société. - Il est certain que son livre, quicontientd'excellenteschoses, est semé de nombreuses contradictions, telles, par exemple, que celle de réputer l'industrie productive et de vouloir, cependant, reporter toute la charge de Tiinpôt sur les propriéiaires. Du reste, et ce n'est pas une remarque sans import^mce, cet écrivain ne conclut pas, en faveur de la liberté^ avec moins de force que les Physiocratcs. Aussi |)Ourrait-on ajouter que, depuis Quesnay jusqu'à M. Rossi, Ton ne rencontrerait peut-être pas un seul nom considérable auquel se rattache la défense du principe contraire. (t. D.)
cseite CKtilté: elle la tient de fa puissance ilu cnéatetir el do b liénédie* ûou originaire, source JRé(»uisable île la fécoadilé de la nature. L'homme ifouve celle faculté existante^ il ne fail que s'en servir. Il reitine la lerre, la divise, et lui confie des seinerices qui lireal du seiu où elleâ soût re* çiics h cause de leur dtïvelotipemetil. Ce priocipe de produciioii nst totijours prêt k agir dès qu'il est sollicité^ ou plutôt il est si efficace par lui-même^ qu'il agit seul et iodtipeiidamiiieat do tout fiecoum, Cc^ a^esl que relativcnieflt h ses besoins que riiomnii'^ a droit d'accuser de sitéri- Utê la terre dépourvue de culture. IV elle-même, elle produit des ftiréti, des arbres de toute espèce, des plantes innombrableSp La culture ne sait que déterminer le genre de ses productians, i>uh$tîlaerleâ unes aux aii* très, en faciliter la inuUiplicatiou fiar des âoius, et la provoquer par des tiecours toujours fournis par la terre* Si les animaux ont en eux-mêmes un priocipe de reproduction ijui leur est propre, il mV toujours dépeudani de la terre , puisqu'ils périraient, s^ils cessaient d'y trouver leur subsistafice.
La reprodticlian des êtres étant uu dévala|>pen)cut successif de la uramière création, tte peut appartenir qu'b celui qui a tiré du néant tous les êtres. Mais il associe en quelque sorte Tliomme h cet acte de sa puiâsaucCf eu exigeant le concours de son travail. Lliumnie peut donc h bon droit appeler son travail productif, ]orgi]u*il remploie h obtenir la I multiplication des biens. En lui-même son travail n'est qu'une aelioo, un mouvement, une manière d'êire dirigée par riuleltigence. Il est productif ou stérile, sujvant la nature de sou objet et du fonds sur lequel il s'exerce; mais quoiqu'il soit stérile, lorsqu'il n'est pas appliqué à la terre, il peut être très utile et très nécessaire,
ÎII. — // faut considérer dans Içs, productions » leur utilité et leur valeur.
C'est donc de la terre seule que l'homme peut tirer les moyens de remplir ses besoins. Mais il ne suffît pas d'estimer les productions^ par leurs qualités usuelles, il faut considérer la propriété qu'elles ont d'être échangées les unes contre les autres, propriété qui dérive de leur utilité *.
L'homme isolé qui , sans rapport avec ses semblables , vivrait sur la récolte, n'estimerait dans les productions que son utilité personnelle:
' V. In note 2 de la page 479.
' Ce passage et les paragraphes suivants prouvent que les Physiocrates avaient conçu, avant Smith, Timportante distinction de la valeur en usage et de la valeur en échange. (E. D.)
il réglerait l*étendue de sa culture sur sa coDsommatioD, et ne travaillerait pas pour faire naître un excédant qui lui deviendrait inutile. Dèslors, le moindre accident physique pourrait le réduire k manquer du nécessaire; et Taute de pouvoir embrasser plusieurs cultures et remplir les besoins de préparations, il vivrait dans une privation presque générale.
Mais pou( peu que deux familles s*établissent à portée Tune de Tautre, il se forme entre elles une association naturelle de travaux et de services, et rechange se présente pour remplir tous les besoins, étendre les jouissances, et faire trouver à chacun, dans sou exédant en un genre, les moyens d*acquérir ce qui lui manque dans un autre.