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V. la noie précédente

DE LINTÈRÊT SOCIAL. 891

tendu pour les pays où la culture et le débit de cette plante sont libres.).

Il faut, pour qu'une chose qui est un bien par sa nature, ait une valeur propre, que son acquisition ne soit pas si facile que chacun puisse se la procurer par soi-même; il faut que son abondance ait des bornes, ainsi que la possibilité de Tobtenir. L'eau est un bien usuel des pfus indispensables, mais elle est trop commune pour avoir une valeur propre. La nature la donne sans frais, et en plus grande quantité qu'il ne faut pour nos besoins. Si le travail de la puiser ou de la transporter lui communique une valeur, ce n'est qu'une pure valeur en frais, c'est le payement d'un service rendu. En un mot, la qualité de richesse suppose non-seulement une propriété usuelle, mais encore la possibilité d'échanger, puisque la valeur n'est autre chose que le rapport d'échange. L'eau n'est donc pas richesse, puisque, quoiqu'elle soit très nécessaire, 00 ne trouve pas à l'échanger, attendu que tout le monde peut s'en procurer sans l'échange; mais si l'on ne veut pas prendre la peine de l'aller chercher, il faut payer le salaire k celui qui rend ce service ; ce n'est pas l'eau qu'on paye, c'est la peine.

Pour prouver que l'eau a une valeur k elle , M. Tabbé de Condillac dit (p. 14) ^ : c qu'on ne payerait pas des frais de voiture pour une chose qui ne vaudrait rien. » Mais le mot valoir peut s'entendre de deux manières qu'il faut distinguer. Si l'on entend par valoir avoir une utilité, sans doute l'eau vaut et vaut beaucoup; il n'est point étonnant qu'on paye le travail de celui qui l'apporte. Mais dans les discussions économiques, il s'agit de la valeur vénale, relativement k l'état des richesses d'une nation. Le blé a une valeur propre, et lorsqu'il est transporté, il augmente de valeur en raison des frais. Mais, de ces deux valeurs, on ne doit considérer que la première, lorsqu'il s'agit de calculer les richesses, d'une nation, relativement aux reprises de la culture et à la formation du revenu. Or, l'eau n'a qu'une valeur en frais. Cette question n'est pas si indifférente qu'on pourrait le croire, elle tient k la nature du commerce.

VL — LutUilé neêt pas la mesure de la valeur.

Quoique la valeur suppose une utilité quelconque, il ne s'ensuit pas qu'elle soit proportionnée au degré d'utilité, parce qu'il est encore d'autres causes qui la déterminent.

Sans cela, les choses les plus nécessaires auraient le plus de valeur.

* Du livre intitulé : Le commerce et le gouvernement considérés relativement Vun à Vautre, Le lecteur devra se rappeler à l'avenir que toutes les indications en parenthèse se rapportent à cet ouvrage. Voir la note de la page 886. (E. D.)

et c*est le contraire qui arrive* Il ne me parait doûc pas exact de dire < que la \îileur est dans Testime que bous faisons des choses, el que cette estime est relative k notre begoin (p. 15). » Plus^ au contraire^ le bcsoiD d*uiie cliose est grand et général, moins elle a Je valeur vénale, (tarée que le débit en étant plus assuré, 'a raison de ce qu'elle convieM à plus de monde, ou s'efforce de la multiplier.

M. Tabbéde Condîllac apporte (p, 150} une autre raison pour laquelle le priï des choses nécessaires est toujours bas, en comparaison du prti des choses superllues. « Le prii des choses nécessaires, dit^îl , sera très bas par comparaison au prix des choses superflues, parce que loul le monde est intéressé à tes apprécier au plus juste. Au contrai re^ te prii des choses superllues sera très haut par comparaison, parce que ceux mêmes qui les achètent ne sont pas intéressés à les estimer avec préei* sion. À quelque prix qu'on les achète, celui qui les paye avec an argeot surabondant, est toujours censé donner moins pour plus, »

Je ne pense pas que cette raison soit celle du moindre pris des choses nécessaires, et il est bon de distinguer ici les productions d^avec les M ouvrages de main d*€euvre. Le prix des productions nécessaires est le plus bas, parce que, comme je viens de dire, on le multiplie eo raison du besoin et du débit, et que la grande concurrence entre les vendeurs les force de se contenter du juste prix. Les productions moins néces- ■ saires ou superflues sont plus chères, d'abord par la raison générale ^ qu'elles convienneutà bien moins de consommateurs, et que leur usage suppose plus d'aisance. Mais it est une raison plus décisive encore^ qui met une différence dans le prix, c*est celle des frais plus ou moins grands de culture. Du vin, du chanvre, de beaux fruits, des légumes, doivent être plus chers que du blé par proportion , parce qu'ils coûtent plus de travail et de frais. Ainsi, quoique l'on fût assuré du débit, on ne pourrait les donner à moins sans perle; et si l'on n'en trouvait pas le débit, on en restreindrait la culture. La qualité des productions influe aussi sur leur valeur comparative. L'infériorité est compensée par le moindre prix , et tous les besoins sont remplis. D'ailleurs, les productions d'une qualité supérieure sont ordinairement moins abondantes que celles d'une qualité inférieure; la vigne du meilleur plant rend moins; les cantons qui donnent du vin supérieur sont rares, et jouissent d'un privilège qu'ils tiennent de la nature.

C'est le concours de toutes ces causes, combinées avec celles dont f ai encore à parler, qui déterminent la valeur, et non c l'intérêt qu'a l'acheteur d'apprécier plus ou moins juste et d'estimer avec plus ou moins de précision, ni la considération particulière si le prix qu'il donne est surabondant pour lui ou non. » Cette considération peut le porter à

satisfaire des besoins qu*uii homme moins riche se refuse , ou même des goûts de fantaisie et de délicatesse, mais non ^ payer plus cher. Je reviendrai par la suite a ce principe de M. Tabbé de Condillac.

Quant aux ouvrages de main-d*œuvre, le prix est composé de la matière première et des frais de fabrication. Si les plus nécessaires sont les moins chers, c'est que les matières premières et les frais sont moindres, c'est que la laine est moins chère et plus commune que la soie , c'est ensuite que les artisans des travaux grossiers font moins d'avances, et se contentent d'un moindre bénéfice. S'agit-il des ouvrages d'un laxe recherché, c'est que les ouvriers capables de les exécuter ne sont pas si communs, et vendent leur temps plus chen k raison de leur talent; c'est souvent encore que leurs ouvrages sont renchéris par les marchands qui les débitent.

VU. — Deuxième cause de la valeur^ les frais indispensables.

Une autre cause de la valeur, existe dans les frais indispensables qu'une chose a coûtés. Cette cause est commune à toute espèce de frais , soit de culture, soit de transport ou de main-d'œuvre. Il faut, avant tout, qu'ils soient remboursés par le prix. Mais ce qui m'occupe en ce moment, c'est les frais de culture, qui constituent le prix fondamenial des productions.

Si ces frais n'étaient pas restitués par le prix , on n'aurait plus ni la volonté ni le pouvoir de continuer les mêmes travaux et les mêmes avances pour perpétuer la reproduction ; et il faut observer que l'échange ou la vente doit procurer, non-seulement le remboursement des frais de culture, mais en outre un excédant ou indemnité des premières dépenses laites, originairement, pour mettre l'héritage en état d'être cultivé : c'est cet excédant qui constitue la valeur foncière des héritages, et qui fournit le revenu.

Quelque juste et indispensable que soit cette cause de la valeur, il peut arriver des cas particuliers où elle cesse d'agir en grande partie. Les productions d'un héritage ingrat ou faiblement cultivé peuvent ne pas donner de produit net, quelquefois même ne pas rembourser tous les frais, tandis que celles d'un héritage fertile et bien cultivé donnent un grand excédant C'est que toutes les productions d'un même genre ne forment proprement qu'une masse, dont le prix se détermine en général et sans égard aux circonstances particulières. L'avantage ou la privation des débouchés peut aussi produire la même différence.

De là, suit une observation bien importante dans la pratique : c'est

TBOSWE-

ijue le bon prix Jcs prottuclioiis^ procuré , lanl p^r la facîHlc muDicalioufi ijuc par h liberté ûw conimerec, ei*t une eausic d';iboiiilau€e et <lc richesse d*aulani plus ellicaci\ qu'elle met en élal de culùi^r bien des héritagcH, dont h bas prix rendrait ta culture imjiûssihle.

VnU — Troméme cau$e, h rareté ou f abondance.

liiïer J

La rareté ou rahondancc est encore une des causes qui indueni beaucoup sur la valeur. Quoique celte cause aoil physique par ellemême, elle esl aussi relative, élimt sinon délruile, du moins ma* diliêe par une cause plus puissante encore^ par la quantité combine*

des gens qui demandent et qui offi'ent

En effel, augmentez le tionibrc des cansommaleurs , l^état d'atioodance ne sera plus un obstacle ik b falenr; augmenter la masse des j»ro*iuctions par le muyen du coramercc, la rareté locale ue se fera plus sentir. C'est parcelle raison que la gréte qui afflige quelque canton m produit aucun effet sur la valeur^ et n'est qu'un inalbeur partiruK^r* Plus les échanges sont libres et faciles^ plus la possibilité de la 00010)»* nication est grande; et plus on voit le prix s'égaliser au loiti, pinson voit s'étendre la masse des productions et le notnbre des aehetctira Laï récoltes de Picardie inilucnt sur le pris de celles de Provence^ el celles de Pologne sur le prix de celles de TEspagne. Si cette oommunioLtioa est restreinte par quelque obstacle, par quelque désordre social, IVlat des récoltes locales agit sur les prix d*une manière bien plus sensible. Si j'ôte ou si j^ajoute un seau d'eau sur un grand volume, la dîfféreoce est nulle; si je fais cette opération sur un tonneau, elle est très remarquable.

Dans les choses de luxe, de curiosité et de pure fantaisie, la rareté est le principal mérite. On ne les recherche que pour se distingtier, et il n'y àirrait plus de distinction si tout le monde pouvait en avoir. Si le diamant était aussi commun que le verre, il ne serait pas plus cher; il le serait même beaucoup moins, parce que te verre a de grandes proprtétés usuelles que le diamant n'a pas \ Les coquilles qui omeot nos cabinets resteraient sur le bord de la mer, si elles étaient aussi communes que le galet ; elles étaient beaucoup plus chères il ; a vingt ans. Comme on a vu qu'elles étaient recherchées, le commerce en a apporté, et Tabondance en a lait baisser le prix. Mais, comme personne ne nmÊÊ^ apportera des tableaux de Rubens ou de Le Sueur, te prix ne séiÉ qu'augmenter.

* V. M. Roesi, Coun d'économie p^/t'I., 1, p. 67.

Il est donc vrai, par rapport aux choses qui ne sont pas consommables, ni propres à un usage vraiment utile, que c*est Tidée qu^on y attache et la rareté qui en font le prix. Mais ces causes, formant Topinion générale, suflisent pour donner un cours aux choses, de manière que leur prix ne dépende pas de Topinion particulière des contractants, comme le prétend M. Tabbé de Condillac, ainsi que je le dirai ci-après.

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