‹ Physiocrates (volume 3)Chapitre 65 sur 92 · IX. — Quatrième cause ^ la concurrence · texte numérisé non relu

IX. — Quatrième cause ^ la concurrence

Cest donc la concurrence des consommateurs et des productions à vendre qui décide souverainement de la valeur. Les circonstances locales cèdent à cette cause générale, et sont presque effacées par elle, à moins qu*elles ne soient très étendues, comme il arrive lorsqu'une grande contrée est affligée de la disette , ou se trouve dans Pabondance. Mais la concurrence ne fixe la loi des prix que d'après les causes ci-dessus.

Ainsi, par exemple, comme la communication ne peut se faire sans frais, la concurrence n'établit ordinairement le niveau que sous la différence qui en résulte, quoique souvent aussi elle agisse sans y avoir le moindre égard, comme je le ferai voir par la suite.

Le pouvoir de la concurrence n*empéche pas la vérité du principe , que la valeur dépend de la rareté ou de Tabondance ; mais c'est que cet état est relatif, et c'est la concurrence qui le détermine. Chacune de ces causes a donc son effet propre, et agit suivant Tétat donné des choses; et comme cet état est dans une variation continuelle, la valeur n'est jamais fixée et ne peut l'être. Voulez-vous la fixer autant qu'il est possible, établissez la plus grande liberté de commerce, et ouvrez-lui de toute part des communications.

X« — Lee productions sont elles-mêmes la cause ultérieure de la valeur.

^Mais il est ici un enchaînement nécessaire. La concurrence, qui n'est que la combinaison des productions avec la consommation , déterminant les rapports d'échange, il faut aller plus loin, et rechercher quelle est la cause ultérieure de la valeur; et nous reconnais trons que ce sont les productions elles-mêmes.

•^ Ce point de vue est très important k envisager. Ce sont les productions elles-mêmes qui sont le principe de la valeur; elles entrent toutes dans la balance des échanges, et font contrepoids les unes avec les autres. C'est donc l'état de la culture qui décide, non-seulement de la quan-

thé des choses consomraables, mats aussi de leur valeur^ potsqtii? i*^ lut qui diîcide de la facullé de les obtenir par réeiiangê, el qui ftiur les mojens plus ou moins abondants de les payer. I.a icrre, k la vérilé ne dcmue que les produetiotis qui tiennent de la nature la qualité physique d'être propres h nos besoins; et c'est rechange qui leur atlribuc la valeur, qtialité relative el accidentelle* Mais, comme ce sont lis productions elles-mêmes qui sont la seule matière des éclianges, il â*eûsiiif qu'on peut dire exactement que c'esl la terre qui produit nuii-î^f dément tous les biens, mais toutes les richesses.

Les travaux et les dépenses qu'on Tait pour la terre ont pour objet d* fournira la consommation, et n'ont pas d'autre but. C*est le suceès ée CCS travaux et de ces dépenses qui décide de la faculté de consommer, non-seulemeutpour ceux qui font naître les productions, mais pour toute la société: car, prise dans sa totalilë, elle n'a k dépenser que sa reproduction annuelle; laquelle se partage en deux parts, les r^pris^ de la culture el le produit net, qui,dis4lribuécf^ ensuite et subdivisées à l'iofini par le payement de tous les autres travaux, alimentent le rarplnij de la société.

On opposera pent-ôtre que cette manière de voir paraît cnntrcdire k principe, que Pabondance et la rareté inlluent sur la valeur, et qu'il s'ensuivrait au contraire que l'abondance, bien loin de ia diminuer,^ auraîl pour elfet de l'augmenter, ou du moins de la soutenir. Mais iw^Ê n'y a point ici de contradiction ^ et ces deux causes agissent sans se nuire, parce que les états de rareté et d'abondance sont relaiifâ, noaseulement à la masse de la reproduction, mais aussi au nombre des consommateurs, et surtout k leurs facultés, et encore k la facilité et à la liberté du commerce.

A cette réponse générale, on peut en ajouter une plus particulière. Il est certain que, toutes choses restant les mêmes d'ailleurs, raboodance de telle production a pour effet d'en diminuer la valeur ; c'est-k-dire, qu'on en donnera plus que l'année précédente, pour avoir la même quantité d'une autre production dont la récolte n'a été qu'ordinaire, et vâe versa. La raison en est que, sans que le nombre des consommateurs soit augmenté, sans que la quantité des autres productions soit plus grande» il se présente à l'échange une plus grande quantité de la production dont il s'agit. Il faut donc, pour pouvoir être débitée, qu'elle baisse de prix ; c'est-k-dire, qu'on en donne plus qu'k l'ordinaire pour une quantité dé terminée des autres productions. Car, la faculté de la payern*étant pas augmentée pour les consommateurs, qui ne peuvent l'acquérir que par l'échange de leurs productions, dont la mesure est restée la même; si les propriétaires de la production surabondante ne voulaient pas lâcher

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la maia, il leur en resterait nécessairement une partie. Ils sont donc forcés par la nature des choses, par le besoin de vendre et la concurrence qui est entre eux, de baisser le prix.

Mais supposonsqu^une année soitégalementabondanteen toutes sortes de productions , pourra-t-on dire qu'elles soient toutes diminuées de valeur? On le dira peut-être, si Ton ne considère que les apparences et le rapport de Targent avec chaque production en particulier. Mais si le commerce ne se faisait que par échange, il faudrait dire que la consommation a pris un accroissement notable, et non que chaque production a perdu de sa valeur ou de son rapport d'échang^. Car, si Pon donné plus de telle production, on reçoit plus des autres : Tégalité relative est donc conservée; il n*ya de changement absolu que dans la consommation, et la consommation n'est augmentée que parce que la faculté de consommer est accrue généralement

L'introduction de l'argent dans le commerce ne change rien à ce rapport Car, si l'on est forcé de donner pour 18 liv. une quantité de telle production qui en valait 24, lorsqu'on employera ce même argent à acheter, on aura également pour 48 liv. ce que l'on payait 24. On peut donc consommer un quart de plus, et ^est être plus riche que de pouvoir consommer davantage.

XI. — La valeur dépend de la population et de l'aisance de la population.

Le nombre des hommes n'influe pas toujours sur la consommation autant qu'il le devrait Elle dépend non-seulement de la population , mais de l'aisance ou de la misère de cette population qui décide de la consommation effective et du prix auquel elle se fait ; car le débit se fait k tout prix, et il n'y a que le bon prix qui puisse soutenir ou relever la culture.

Dans une nation appauvrie de longue main par une administration contraire à l'ordre, deux causes concourent k priver les productions delà valeur à laquelle efles atteindraient naturellement l"" La population est moindre, parce qu'elle se proportionne toujours aux moyens de subsistance, quoiqu'elle les excède plutôt qu'elle ne reste au-dessous K 2^ Parmi les hommes qui existent, il en est un très grand nombre qui désireraient bien consommer, et qui sont réduits à des privations rigoureuses. Leurs facultés sont si bornées, qu'ils ne peuvent payer qu'à bas prix le peu de consommations qu'ils font, de manière que le besoin de

* V. Quesuay , XVP Maxime du gauvememeni économique,

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