I. — État de la question
Le travail de l'industrie ajoute une valeur souvent très grande à la matière première.
Mais cette valeur forme-t-elle pour une nation un accroissement de richesse? Le montant des ouvrages fabriqués dans une année donnet-il droit de soutenir qu'une nation a dépensé plus que sa reproduction annuelle, et doit-il être ajouté à cette masse estimée en première main, de manière que/si elle est évaluée trois milliards et qu'il ait été fait pour 500 millions d'ouvrages, la nation puisse être réputée avoir eu une richesse de trois milliards 500 millions?
M. Tabbé de Condillac soutient (p. 63 cl passim), que tous les travaux
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concourent à augmenter la masse des richesses ; que ^industrie des marchands et des artisans est un fonds de richesses autant que ^industrie des colons. II va même plus loin, et dit : Â parler exactement^ le colon ne pro^ duit rien ; il dispose seulement la terre d produire^ Partisan, au contraire, produit une valeur^ puisqu'il y en a une dans les formes qu'il donne aux matières premières. Produire, en effet, c'est donner de nouvelles formes à la matière, caria terre, lorsqu elle produit, ne fait pas autre chose (p. 72).... Je dirai donc que le colon produit les richesses foncières et C artisan les richesses mobilières (p. 75).
Voilà bien expressément les travaux de l'industrie mis au pair avec ceux de la culture, si même ils ne sont mis au-dessus. Voilà deux sources de richesses au lieu d'une, dont on peut additionner séparément les résultats, pour former le montant des richesses annuelles d'une nation.
Si l'on oppose que façonner une chose produite, ou la produire sont des choses essentiellement différentes; que l'industrie ne fait qu'ajouter des formes à la matière première, au lieu que la terre donne des substances qui, de non existantes, deviennent existantes, on vous répondra que la terre, lorsqu'elle produit, ne fait autre chose que donner des formes; et, de cette précision métaphysique, il résultera que l'industrie, qui donne aussi des formes, est également productive; et si l'on insiste et que l'on demande d'assigner la différence entre le colon et l'artisan, la voici, nous dit-on : le colon produit les richesses foncières et Partisan les richesses mobilières.
On conclut le chap. VII en disant : il est donc démontré que Pindustrie
est aussi en dernière analyse une source de richesses Cette question a
été fort obscurcie par quelques écrivains.
Je vais donc travailler à Vobscurcir encore de nouveau, si c'est l'obscurcir que d'analyser ces prétendues richesses mobilières produites par l'artisan, et de montrer qu'elles se réduisent à des frais, puisque l'artisan ne produit ni les matières premières, ni les denrées qu'il cousomme.