V. — Effet d'un impôt mis à la sortie sur les productions
De deux choses l'une : ou le droit de traite (mis dans l'intérieur ou à la frontière, la chose est égale) arrête la sortie, et dès-lors il prive la production d'un débouché qui en aurait augmenté la valeur; et il blesse le propriétaire foncier qui a droit à cette valeur , ou il ne l'arrête pas ; niais il ne la permet qu'en prenant le montant de l'impôt, en diminution du prix en première main ; et c'est d'autant préjudicier k la valeur, et par suite k la reproduction et au revenu. Si telle quantité de productions qui vaut 100 liv. ne peut être exportée qu'autant qu'elle se vendra 120 liv.
* le Trosne écrivait ce livre en W75, et la liberté de Texportation aceordée , par Tédit de 1764, avec des restrictions analogues à celles qui existent encore aujourd'hui, avait alors cessé depuis le ministère de Tabbé Terray. Tout ce qu'avait osé faire Turgot, par Tarrét du conseil du 15 septembre 1774, avait été de rétablir la libre circulation des grains à Tintérieur et d'affranchir ce commerce des entraves des règlements et du monopole. (E. D.)
* Ceci est écrit en février 1777. ~ La date consignée dans ceUe note de Le Trosne nous semble être le résultat d'une erreur typographique, attendu que le privilêgedu iRot, ou l'autorisation d'imprimer, porte celle du 10 mai i776. (E. D.)
U90 ^^^B LE TBÛSNÈ*
à l'étraDger, y compris les frais et le bénéfice légitime du l rafle , le marchand pourra l'acheter 100 liv.; mais, fi*il survient nn impiH Ap i p. 100, il ne poorra Tacheter que 96 Uv. ; car n'y ayanl rien a reimocher mr les 20 liv, de frais indispensables, l'impôt ne peut se placer qo'en dtminution du prix en première main. En tout étal de canse, le négocisBi calcule les frais rju il aura h faire. S'il survient un imimt, il le réunit im frais et otfre en conséquence. On ne s'en aperçoit nullement: on préiid pour le prix naturel ce prix avili par t' impôt, dont VeÏÏni ^rait «rarrêtei la sortie, si le propriélairc de la production ne cédait à la loi de ta nécessité, qui, sans qu*il en connaisse les causes, détermine les prix dV près les circonstances. Mais ce qu'il faut bien remarquer, pour sentir toute rétendue du préjudice, c'est qu'il n'y a pas deux prix en première main; et que la perle ne tombera pas seulement sur ta prcidnctjoii qui mrU mais aussi sur celle qui se consomme dans rintérieur, et qui ncîie vendra qu'au prix déterminé par la possibilité du prix de la sortie. ■
On aimerait sans doute à se persuader que Timpôt sera supporté par rétninger,qui payera plus cher, sans que le prix eo soit moins faTOrable eu première main* On peut d'abord observer que, siTélranger pajefitm cher en raison de rimpiUJI consommera moins en ce genre on en d'aiijH trt's, parce que la faculté de consommera des bornes, que la survenanr^ d'un impôt û*étend pas. Mais il est une réponse plus directe cl plus éi*^ cisive. On ne pourrait se tlalter de faire tomber l'impôt sur rétranïrffv™ que lorsqu'il s'agit de productions privilégiées, que l'étranger ne pourrait absolument tirer d'ailleurs ; et l'on peut dire qu'il en est bien peu de ce genre, puisque les étrangers trouvent moyen de remplacer nos vins, nos eaux-de-vie et nos sels. Quoi qu'il en soit, il paraît que, si l'étranger paye 100 liv. la production grevée de 4 liv. d'impôt, il la payerait également tOO liv. s'il n'y avait pas d'impôt ; et la concurrence entre les marchands les forcerait alors de faire raison au premier vendeur du montant de cet impôt. C'est donc sur la nation qu'il.retombe, et d'une manière infinimentplusonéreuse,que n'est le produitde l'impôt, comme je l'ai obervé.
A plus forte raison l'impôt tombe-l-il sur la nation, lorsqu'il s'agit d'une production qui se trouve aisément chez plusieurs nations, quoiqu'avec des différences pour la qualité, ^étranger informé des prix se pourvoit ailleurs, ou bien il refuse d'acheter jusqu'à ce que le prix soit réduit. Or, les frais du commerce et de l'impôt étant indispensables, l'abaissement du prix ne peut se placer que sur la valeur en première main. La même chose arrive lorsque le marchand national va lui-même présenter sa production chez l'étranger : il ne la vend qu'au prix courant, et comme il a calculé sur ce prix, il a réglé sur lui et sur les frais l'offre qu'il pouvait faire au premier vendeur. La suppression de l'impôt ne fe-
raitdoDC que rendrc^au premier vendeur, la portion de valeur querimpôt lui faisait perdre.
Quelque chose qui arrive, la perte reste sur la nation qui vend ; et elle la supporte au centuple du montant de Timpôt, parce qu'elle rejaillit sur toute la masse des productions du même genre, qui est également à portée de sortir, et dont le prix se règle sur celui du débouché, quoiqu'elle se consomme dans l'intérieur.
Si les autres nations veuderesses de la même production l'ont aussi grevée d'un impôt, elles en supportent toutes également la perte sur le prix en première main; par la raison que l'étranger qui paye à tel prix avec la charge de l'impôt, payerait au même prix , quand même il n'y aurait pas d'impôt.
Il suit de là que , quand même on pourrait soutenir que l'étranger supporte réellement quelque portion de l'impôt, lorsqu'il se trouve établi partout (car lorsqu'il n'est que chez une nation, elle le porte nécessairement tout entier), de manière qu'il pût profiter de quelque chose à la suppression de l'impôt, il est constant que la nation, qui la première ôterait tous ses droits de traite, en gagnerait tout le montant en accroissement de valeur en première main; car elle vendrait au prix courant îles nations qui auraient conservé leur impôt, dans lequel prix entre le montant de l'impôt. De deux choses l'une : ou elle vendrait au même prix que les autres, et elle profiterait en entier de la circonstance ; ou elle lâcherait la main, et alors elle se trouverait vendre seule, tandis que les autres ne pourraient plus vendre, ou seraient forcées, pour conserver la concurrence, d'abaisser encore leur prix en première main. De quelque manière que ce soit, elle y gagnerait tellement, que les autres seraient bientôt obligées d'en faire autant, sans qu'il fût besoin de négocier avec elles dans un congrès.
Mais quelle nation, ou plutôt quel gouvernement (car les nations sont nulles) sera assez sage pour donner ce premier exemple ; pour cesser de se ruiner, parce que les autres se ruinent ; pour essayer de la liberté, et lui donner toute confiance ; pour étonner ses voisins par ses succès ; pour sacrifier un misérable impôt de cinq et gagner cent; pour donner une extension inattendue, non-seulement à son commerce extérieur, mais^ ce qui est autrement important, Isa culture par le moyen de la valeur? Cependant on prétend être fort éclairé sur le commerce, et l'on se montre jaloux de l'étendre ; mais quels moyens prend-on pour y réussir ? On le met en pièces pour se l'arracher ; on veut le retenir en Tenchainant; on l'érigé en affaires d'État ; on établit des conseils et des préposés pour le diriger; on entreprend la guerre pour son intérêt prétendu; tandis que sans répandre le sang, sans avoir querelle avec personne, il est si facile
de lui douoer fiur le champ un t<^l essor! Admînislraleurs! dâîgnenei* vous écouler les conseils d'un tic ces hommes quHI plait de ref^fder comme les délractcurs du commerce? Urisezses chaînes, supprimer lo* traites, dites-lui qu'il est libre; laissez-le faire, et cessez de vous occuper de lui \
Vr, — De r effet du renchérissement des frais de transpùrt.
Cet effet est le même que celui d'un impôt mis a la sortie. Le mar^ chand calcule tous les frais quil sera obligé de faire jusqu*à la revenir, et il règle le prii de Tachât en conséquence; et, comme tous les marchands éprouveolceméme renchérissement, ils font tous le même calcul
Or, rexelusioD des étrangers pour la voiture a évidemment Tcflet de la renchérir, soit qu'elle soit absolue, comme elle était portée par l'éJit de 1764 pour Pexportation de nos grains, soil qu'elle ne fasse quegre¥iÉl leur service d'un droil de fret imposé pour favoriser le voiturierregnicol&
Ed général^ il est certain que les Hollandais naviguent a moindres frais que nous; le fur de l'argent qui est très bas chez eux facilite les entreprises, et les force de se contenter d'un moindre bénéfice que news : ils y suppléent parleur extrême frugalité, et par réconomie qu^ils mettent dans toutes les parties de la navigation. D'ailleurs, ta tnarine é<aji{^ leur héritage et leur patrimoine, le nombre de leurs vaisseaux esl ir considérable : or, en tout genre, c'est la quaniité qui décide du prii.
D'un autre côté, si ces raisons influent sur le prix de la voiture ^h^f" une nation, et la rendent moins chère relativement au prix d'une autre nation ; cette différence disparaît à l'égard de plusieurs vaisseaux de dilférenles nations qui se trouvent en concurrence dans un même port. Il n'cslplusalorsquestionduprix particulier h chaque nation: toutcèdeala raison prépondérante de la concurrence; ou bien, si un vaisseau se donne a moindre prix que les autres, c'est qu'il est pressé de partir, ou que s;i roule le porte dans l'endroit. Mais en général le prix esl le même pour tous les vaisseaux qui se rencontrent dans un même port.
En lui-même, le fret n'a point de prix déterminé; il se règle sur le besoin et les circonstances : il baisse et renchérit suivant la demande.
Il suit de là, 1° que le fret, considéré de nation à nation, peut être plus cher chez l'une que chez l'autre ; 2° mais qu'il esl le même pour les vaisseaux de plusieurs nations qui se trouvent dans un même port ; o** que le fret n'ayant rien de lixe par lui-même, mais étant sujel, comme tout autre marché, a varier suivant la demande, le seul et vrai moyen de le faire baisser est d'admettre la concurrence la plus entière; car si la quan-
* V. plus haut, p. 552, comme M. Dupont de Nemours poétisait cette peni^ee de Le Trosne.
tité de ceux qui ont besoin de voiture, influe sur le fret à Teflet de le renchérir, la quantité de vaisseaux qui sont à louer dans un même port, influe sur lui à raison de le réduire; et quel que soit le nombre des vaisseaux marchands dans une nation, il n^approchera jamais de celui que la concurrence procurerait. Ainsi, tout ce qui n'est pas e//e, ne suffit pas; tout ce qui tend à la restreindre est ane cause de renchérissement. 4"" Si les étrangers sont exclus du transport d'une marchandise en particulier, leur concurrence cessant en cette partie , la voiture renchérit nécessairement, non-seulement pour le transport de cette marchandise, mais aussi dans toutes les autres parties, surtout lorsque la branche réservée est considérable. Car alors le nombre des voitariers diminue; les vaisseaux exclus n'influent plus sur le fret k Teflet de le réduire, et les regnicoless'en prévalent à Teflet de le faire payer plus cher. La concurrence des étrangers dans les autres branches pourrait rendre les efiets de l'exclusion moins sensibles; mais, si elle est chargée d'un impôt mis sur la navigation étrangère, elle n'est plus pleine, entière et libre. L'étranger est forcé de s'en rédimer sur le prix de la voiture; ou, s'il ne peut soutenir la concurrence du regnicole privilégié, l'impôt devient pour lui une exclusion positive, dont le regnicole profite pour être le maître du prix. 'Quelque chose qui arrive, le renchérissement retombe sur la nation qui vend.
Mais, s'il est de son intérêt de n'accorder aucune préférence aux voituriers regnicoles, elle ne doit non plus en accorder aucune aux étrangers, et ce serait leur donner une préférence très eflective que de laisser subsister le moindre impôt sur leurs services, et de les soumettre h des gênes, à des obligations qui les renchérissent, et qui autorisent les nationaux, pour ne pas perdre la concurrence, à solliciter des impôts sur la navigation étrangère. L'ordonnance de la marine mériterait h cet égard un examen : dès qu'on voudra établir la liberté, il la faut entière et indéfinie de toute part.
J'ai prouvé assez au long, dans le chapitre précédent, § VI , l'intérêt qu'a une nation k la réduction des frais de voiture, et par conséquent h la concurrence. J'ai traité cette question bien plus au long, et sons tons les rapports, dans la dispute que j'ai soutenue en faveur de la concurrence des étrangers pour la voiture de nos grains. On trouvera les pièces pour et contre cette grande question dans le Journal du commerce de 1765 et de 1766, et dans un Recueil que j'ai donné en 1768'. Je me contenterai d'en extraire ici la comparaison de la somme qu'on peut
^ Recueil de piutieurs mareeauw ieofMmiques^ 1768, in-i2.— Voir la Note bibliographique jointe à la Notice sur Le Trosne.
faire gogoer parTeielusion a«i voituiier reguicoi^ mec b perle qui en rémlie pour h tialîou.
Si mm exporlons 100,000 loiineaux, qui font S^UICH) ^ »0O,0ttï setiers, à 3(3 livres de ffpl par lonueau Tuu tbn^ l'autre, ne n'eslqii* trois millicog six cent mille livres* Voyons ce que no«8 potirrmos perdrr de salaires eu admettant les élranj^ers. Je suppose que la conçu rrenc^ tasse baisser \u prix (Pun quart : on peut très bien admcilrc cette hvfjn^ tbèse, surtout si l'on titail eu même temps tout droit de fret; la iioiaino n'est plus que de 2,700J^fM> livres, dout nous gagnerions hien au moins h moitié. Cesl donc l,*KiO,00<l livrer que nous laisserions paSM^r a rélranger. Si, comme cela doit arriver oécessaireniGUl, la eoncurreuft^ augmente notre eiportatiou, nous pourrons lui lai^^^r passer une âûfonn* plus forte ; mais nous partagerouî> cel arï!roîs&emenl, et nous ne devons |}as compter ce que nous ne gaguerous pas de cette partie^ pttjscitielk B^Mwallpas eu lieu sans la concurrence* Il ne faut donc eompler que 1,530,00r> livres que nous manquons <te gagner^ et balancer eet le perle avec le bénéfice qui résulte de la coueurrence.
Or, i", par le principe que ve qu'on épargne sur les frais est le pne* tnier gagné, nous aurons 9 livres de plus par tonneau vendu à Tétrâii^ ger; sur lfX),000 tonneaux, c'est î>00,0(M) livres.
2" Si ta concurrence augmente seulement d'un tiers en sus notre exportation, nous vendrons k t'étranger 50,000 tonneaux de ptns, qui. à 150 livres pris dans nos ports, feront entrer dans le royaume une somme de 7,500,000 livres de prix principal ; et la réduction de 9 livres par tonneau tournera de même au profit de la valeur première.
5" Mais le plus grand bénéfice se trouve dans TaugmentatioQ la valeur sur tout le blé qui se consomme dans le royaume. Au moyen de la réducliou des frais, il se vendra plus cher dans les ports, et le prix intérieur de proche eu proche se met au niveau du prix des déboachés. S'il se vend dans le royaume trente millions de setiers, et que la valeur augmente de vingt sous par seller, voilà un accroissement de trente millions tout entier au profit du produit net. Quelque réduction qu'on voulût faire sur ce calcul, il doit demeurer pour constant qu'il n'y a nulle proportion entre la somme des salaires qu'on veut conserver, et la perte qui eu résulte.
VII. — De r effet d'un impôt mis sur la sortie des matières premières
de Vindustrie.
' Il est bien des droits de traite dans lesquels on ne peut soupçonner d'aulre motif qu'un pur intérêt bursal, sans mélange d'aucun prétexte <('i»térél du ctmmerce : tels sont ceux qui portent sur les subsis-
DE L'INTÉRftT SOCIAL. 995
tances. Ces impôts ne méritent d'entrer dans la discussion acluellc que pour faire sentir combien ils sont préjudiciables, et en même temps dénués de tout fondement, même spécieux.
Mais est-on mieux fondée a réclamer comme fort utiles, et a décorer du beau nom d'impôt d'encouragement les droits qui tendent h empêcher la sortie des matières brutes, et qu'on a mis fort haut, dans l'intention d'en réserver la main-d'œuvre à la nation ?
Voyons donc ce qu'il peut y avoir h gagner pour elle, et si ce prétendu gain peut entrer en compensation avec la perte ?
J'ai établi dans le chapitre précédent, § III et YI , le principe que la nation, en tant qu'elle a des productions à vendre, n'a d'autre intérêt que de les vendre au meilleur prix possible , et par conséquent dans l'état d'immunité et de concurrence : il s'ensuit qu'il lui est parfaitement égal où elles seront transportées et fabriquées.
De deux choses l'une : si vous n'aviez pas mis d'impôt, ou l'étranger aurait recherché vos matières brutes, ou il ne les aurait pas tirées. S'il n'était pas dans le cas de les tirer, il était inutile de mettre un impôt et de donner un exemple funeste, trop souvent suivi de représailles. Vous appréhendiez donc qu'il ne les achetât, et c'est pour l'en empêcher que vous avez mis un impôt. Mais, en produisant son effet d'écarter les étrangers, cet impôt nuira à la valeur de vos productions; il détruira la concurrence, il établira un privilège en faveur de vos manufacturiers, et ce privilège est dirigé contre vous. Il est vrai que le prix de liberté pourrait contribuer a renchérir vos matières premières; mais il ne les porterait qu'à leur prix naturel, et c'est en cela même qu'il est avantageux, sans pouvoir devenir nuisible à vos manufactures. En effet, tout ce qui tend à favoriser la culture et k augmenter le revenu d'une nation, tend à multiplier les salaires, la main-d'œuvre et la consommation. Il est indifférent au fabricant k quel prix soient les matières premières; il faut toujours qu'il en trouve le remboursement dans la revente. Tout ce qui l'intéresse, c'est que la nation soit en état de beaucoup consommer, et de bien payer sa consommation ; et par conséquent tout ce qui tend au bien de la reproduction lui est avantageux. Doit-on craindre que l'étranger, par ses enlèvements, ne réduise l'industrie a manquer de matières brutes? Mais cela est impossible. ' Il résultera seulement de la liberté du commerce, qo^elle les achètera concurremment avec l'étranger, et plus cher que si l'étranger était exclu, et elle aura sur lui l'avantage de n'avoir point de frais de transport à payer, ou d'en avoir moins. Elle n'en manquera donc jamais : outre qu elle pourra en
'V., plus tiaut, la note de la p. aoo, el plus loin le $ iO de ce chapitre.
990 LE TROSNF.
tirer d'ua autre cMé plus h sa portée qu'à celle deT^tranger, la culture, :irnm6} par le bon prix, travaillera à les multiplier, cl stirtira bientôt aux besoins Au dedans et du dehors : jamais une matière qui a un bon débil ne peut manquer. C'e$tduijc procurer un mal certain^par la cratntad^oû mal idéal et chiutérique, que de taire tomber, au moyen des prohtbitioni^ la v:)kur d'une production par ta peur d'en manquer.
Il est un molif plus spécieux qui engage k prohiber, ou du moins I grever ta sortie des maii^rcî> brutes» c'est Tespérance de les vendre fabriquées h IVltangor. TV ;d>ord, celte espérance peut être trompée : il aurait puarbeler les matières [trenuères, et pourra ne les point acheter fabriquées, parce qu'ivoire relus il uurs tiré d'ailleurs les matières pretnièrè*.
M?iis, quand mf^me vous seriez assuré de les lui vendre fabriquéfôi^cet avantaf^c est-il dmic si grand, qu'il mérite d'être acheté par une exclusicuCEtuère ou partielle, par une atteinte portée à la liberté naturelle et à la réciproeité du commerce? Si la matière ouvragée acquiert une uoa** velle valeur, celte valeur n*est assurément pas un accroissement de richesse. Elle eal, comme je Tai prouvé assez au long dans le chapitre V, le prix de la l^ihriiMtion, c*est-h-dire, deaconsonnnations faites parles ouvriers^ dont le montant se reporte sur la matière ouvragée, el doit être payé par ceux qui voudront jouir du travail. Ce n'est que le simple remboursement d'une avance; ce n*est qu'une valeur de eompeit^ilion mise h la pbce d'ime valeur détruilep La revente procure en outre un excédant, qui est le bénéfice de l'entrepreneur. Mais ce bénéfice est très personnel à celui qui le fait, et n'est point un bénélice national, ni contribuable aux besoins publics.
11 n'y a donc que l'avanlage de la consommation des ouvriers qui puisse intéresser la nation, en tant qu'elle soutient la valeur. Mais une nation, qui jouit de la liberté du commerce au-dedans et au-dehors, ne doit jamais s'inquiéter de la consommation ;elle se fera toujours, et au prix le plus favorable dans chaque circonstance donnée; et c'est un moyen b'en faux d'administration d'avilir, par une prohibition de commerce, la valeur d'une production quelconque, pour favoriser la consommation des autres.
Il est vrai que le débit des productions, sous la forme que leur donne l'industrie, a l'avantage de contenir plus de valeur en moins de volume, et de toûter moins de frais de transport: aussi ne faut-il pas Tempêcher. Mais faire valoir ce moyen, c'est convenir que le travail de l'industrie pour l'étranger n'a d'autre avantage que d'être un moyen de valeur et de débit. En ce cas, dès qu'il s'agit de l'intérêt du débit, ne préjiidicions pas au débit pour favoriser le débit; ne détruisons pas d'un côté la valeur pour la provo(|uer de Tautre. N'augmentons pas les frais
de commerce et de transport par des impôts et des exclusions, pour soutenir la valeur par la dimination des frais de transport, qui résulle de rexportation des ouvrages de main-d'œuvre : car cela est contradictoire. Ce sont pourtant ces contradictions que Ton prétend concilier. Tant il est vrai qu'il n'y a que Tordre qui ne souffre point d'exception, et qui marche toujours sur la même ligne.
Il est après la liberté des moyens plus efficaces de soutenir la valeur des denrées, sans y nuire d'un autre côté, c'est de leur procurer des débouchés par des chemins et des canaux. Or, une nation est d'autant plus en état de frayer à ces dépenses publiques, et de les multiplier, qu'elle encourage la culture par la liberté du commerce.
On peut aller plus loin encore. Le préjugé, qui donne la préférence à l'exportation de la main-d'œuvre sur celle des productions, est fondé sur ce que l'on croit trouver une cause de richesse dans le travail de l'industrie. Mais, si cette opinion est fausse, ainsi que je crois l'avoir prouvé dans le chapitre Y, il s'ensuit que l'exportation de main-d'œuvre se réduit à la valeur des matières brutes et du montant des productions consommées; que, dès qu'une nation jouit de la liberté entière du commerce, ses prix dans l'intérieur sont précisément au taux auquel elle doit les désirer; qu'ainsi il lui est égal que ses productions soient vendues en nature, ou sous les formes que leur donne l'industrie. Il ne reste d'avantage réel que la réduction de la valeur en un moindre volume, d'où résulte une diminution de frais de transport. Malgré cet avantage, qui a principalement lieu pour les endroits privés de débouchés, et qu'on supplérait d'une manière bien plus profitable par des communications^ on peut soutenir qu'il y a plus de profit pour une nation ^ exporter pour soixante millions de productions, que pour la même somme d'ouvrages de main-d'œuvre, en supposant même la liberté entière du commerce (car si l'on provoque l'industrie par des prohibitions ou par le bas prix des denrées, il n'y a plus même de comparaison k faire), et il en est deux raisons : V l'industrie qui travaille pour l'étranger, employant le pins souvent des matières premières du dehors, ne contribue au débit dt»s productions du territoire que par la consommation des ouvriers; l'exportation de ses ouvrages est donc infiniment moins utile que celle d'uqe pareille valeur en productions; 2« c'est que cette ressource n'est que précaire : pour peu que la demande de l'étranger diminue, soit par une guerre, soit par l'établissement de cette môme fabrique chez lui ou ailleurs, vous vous trouverez surchargé d'un nombre de bras inutiles; et c'est ce qu'on voit arriver tous les jours à la moindre crise dans les manufactures .
« V. cil. V, $ 14.
OpjK)seri-l-ori que celle manière fi>ii%îsag*?r T industrie peut être mm. rdalivemeril h l'iiidustrie des premiers vendeurs des produclious, qui sy liorneà lu valeur, suus s'iiiquiëler p^r qut se fail le débil; m^k (ju'uita ualiuu, irêlam pas uniipiement com(M)sëe des deux premières classes, doit auâsi s'occuper fie rimérét de lu classe salariée?
rairt^poiulu h celte ûhjectiou, en réduisant a un poitil unique rintérèt national, qtiJ ne doit point élre calculé (*ar h pupubtion, mais par réui des richesses renaissantes, cl du revenu auquel la populaiion et Taisaoce de eetle population se proportionnent toujours, Llntôrét de la tmisièine clas.<îe est absolument subordonné k cet intérêt capital ; et c'est ren* \^erser Tordre naturel, que île f^ire prévaloir le premier sur le second. Il y îî plus^c'est que cela n'est pas possibfe; parce qu'en blessant rinténèt de la reproduction, l*on diminue la somme des salaires'.
Tout ce qui importe à Tindustrie, c*est d'avoir des salaires: il lui est égal de travailler pour le regnicole ou pour Télranger; et la consoiui&a* lion du regntcole est d*autant plus importante pour elle, qu'elle e&t plQl assurée et intinimenl plus considérable. Or, nuire à la reproduction par des prohibitions ou des impôts, c'est dessécher dans Tintérieur la source des salaires, pour entretenir un lilel au-dehors. Une nation^ telle que la France, qui serait riche d'une reproduction de cinq milliard s, en dépeiH iêrait deux en travaus^ de main-d'œuvre et en service de tout genr^; et c^est peut-être beaucoup, si elle vendait h Tétranger pour soixante on quatn^'vinfit millions de main-d'œuvre. Cette ressource précaire, el qui peut être suspendue, diminuée ou enlevée d'un moment k l'autre, ne mérite donc aucune considération relativement au travail pour l'intétérieur, et ne doit jamais être provoquée par des moyens propres à préjudicierà la somme des salaires. C'est ainsi que tout ce qui est contraire à l'ordre devient préjudicable : en vain les hommes s'efforceront d'y substituer les petites vues de leur prudence; ils ne réussiront qu'à s'appauvrir.
Concluons : 1" que l'industrie est proprement, et dans sa très majeure partie, destinée et attachée au service de la nation où elle se trouve : 2° que son intérêt n'est pas d'être employée a tel ou tel ouvrage, mais d'avoir des salaires abondants et proportionnés au prix des productions; "5" que le seul moyen de lui assurer cet avantage, est d'étendre pour la nation les moyens de dépenser en sa faveur, c'est-h-dire, de soutenir et d'animer sa culture par le débit des productions, et par la liberté entière du commerce intérieur et extérieur.
* V.ch I, si 29.
DE L'INTÉRÊT IdGIAL. 999
VIII. — ' De r effet (fun impôt mù tur rimp^rtution des ouvrages de
^étranger.
Mais n*est-il pas à craindre qo*en laissant enlever nos matières premières, non-seolemént noas ne perdions l'avantage de les vendre fabriquées à rétranger, mais que nous ne soyons même dans le cas de les racheter de lui ; de manière qu'après lui avoir vendu pour trois cents mille livres de matières brutes, nous ne soyons forcés de lui payer six cents mille livres pour ces mêmes matières ouvragées? Indépendamment de cette considération, et de quelque part que proviennent les matières premières, n*est-il pas intéressant pour une nation de favoriser Tindustrie nationale, en écartant les ouvrages de l'étranger ? Ces deux questions se résolvent par les mêmes réponses.
l"" L'exportation des matières brutes ne peut jamais aller jusqu'à priver les fabriques nationales d'un aliment nécessaire, parce que la culture saura toujours proportionner ses productions au débit, et qu'elle en trouvera les moyens dans la bonne valeur. Si, par des causes particulières, comme un inconvénient du climat, elle ne pouvait y suffire, en ce cas, de quel droit refuser un ouvrage d'industrie, dont la matière étrangère vous manque en tout ou en partie ?
^ Une nation bien gouvernée, et qui jouirait de la liberté entière du commerce, entretiendrait dans l'abondance une population nombreuse. Peut-on jamais craindre que, là où il se trouve des besoins à remplir et les moyens de payer, il ne se trouve pas un nombre proportionné de gens qui s'empressent d'offrir leur travail? Vous ne manquerez donc jamais ni d'ouvriers ni de matières premières.
Zf" Dès que vous ambitionnez de fournir l'étranger des ouvrages de votre industrie, par quel motif refusez- vous les siens? Le commerce ne doit-il pas être réciproque de sa nature ; et, si vous excluez les autres en tout ou en partie, ne méritez-vous pas d'être puni de représailles ?
A"" Mais ce n'est pas seulement la justice que vous devez consulter, c'est votre intérêt. Vous devez en cette partie regarder la nation comme composée d'une seule classe, celle des consommateurs, dont le droit est non-seulement d'être servis aux meilleures conditions possibles, mais même de suivre leur goût et de choisir. Quel inconvénient peut-il résulter de l'exercice de ce droit? Si vos ouvriers n'ont pas cette branche d'industrie, pourquoi empêcher de la recevoir d'ailleurs? S'ils l'ont, mais si leurs ouvrages sont inférieurs ou plus chers, pourquoi forcer de s'en servir? Les Anglais nous surpassent dans les ouvrages d'acier et dans la quincaillerie : nous avons aussi des genres dans lesquels nous les surpassons ; ne faut-il pas que les achats compensent les ventes?
1000 LE TÏIOSNH-
S" Vous opposerez peut-être que, si vous admell^z librcmeot les ouvrages du debors, taudis que les vôtres ûêseroDt pas admig^ ou ue Ifserocii qu'avec des impôts, les étrangers, par leurs injportatioûs, feront tomber voire industrie et ruiQerontyosfabri^ues.Maisquipourraitdoncleur procurer ceita préférence ? Vos ouvriers et fabrieauls ne soni-ils pas plus ï porléede servir la nation? N'out-ils pasmoins de frais àfaire ?Ne trouvenl-its pas dans leur domicile des avantages qu*on ne peut leur eiit€V€rî
ti"Si malgré ces avantages vos ouvriers ne pouvaient encore, enc^r^ tains genres, soutenir la concurrence des étrangers dans l'état de Itliené, ce serait une preuve que dans ces genres la nation a intérêt d'être servie plutôt par le% étrangers, et que cette egipèce de fabrique a plus de hâlité îi réussir ailleurs que cbez vous. Peut-être rinduslrie nationale trouvera-t-elle moyen de vaincre ces obstacles, Cest sou alTaire, et la couf currence est le vrai moyen de la forcer de se perfectionner, Au reste, m elle négligeceUe partie, elle s'étendra davantage dans une autre, et pourm mériter aussi la pratique des étrangers-
7" Mais dans quel genre d'industrie eette singularité peut-elie m^ trouver, surtout dans une nation renommée par son industrie? Ce n'ei&t certainement pas dans aucun des ouvrages destinés a la coosoitimalioii du |>euple, qui forme sans doute la partie la plus iniporlaïue pur $^n étendue, si elle n'est pas la plus brillante. Ce n'est pas dans la coustruetiou des bâtiments, qui est une des branches principales : on ne fera janmis bâtir, en Allemagne ou en Angleterre, <les maisons pour Li FrjrHr, Ce n'est pas non plus dans la très grande partie de la consommation de^ riches qui se fabriquera toujours sur les lieux. Ce ne peut donc guère être que dans quelques ouvrages de luxe et de pure fantaisie, objet futile, et qui certes ne mérite aucune attention dans la masse "des travaux ; objet, d'ailleurs, dans lequel la France conservera toujours ses avantages.
8"* Quoi qu'il en soit, reprenons encore la question en général pour ^examiner sous un autre rapport. Ce préjugé est tel , qu'on ne peut porter trop loin la discussion.
Vous craignez qu'au moyen de la liberté non-réciproque, l'élrangerno fasse tomber votre industrie par ses importations. Mais je demande quelles causes pourraient lui procurer cette préférence sur les nationaux, malgré les avantages de leur position? J'entrevois qu'on pourrait en alléguer deux.
La première viendrait du bon marché de la main-d'œuvre étrangère en certains genres, qui résulterait de la grande épargne des ouvriers sur leur consommation; épargne à laquelle les nôtres refuseraient de se réduire. Tant mieux, ce serait la meilleure preuve de l'aisance nationale : si nos ouvriers consomment davantage, c'est qu'ils ont de plus forts sa-
laires proportionnés aox prix des productions ; et pourquoi ne proGtcrions-nous pas du bon marché qu'on nous offre? Si, donc, une nation voisine venait ^ bout de réaliser le projet, qu'on avait conçu dans le siècle dernier, d*obtenir la préférence sur Tindustrie étrangère par Tavilissement du prix des grains ( projet ruineux, et qui même ne peut atteindre à son but, ^ cause des chertés périodiques qui en résultent), point de doute en ce cas, il serait avantageux à la nation d'admettre les services de cette nation officieuse qui s'épuiserait pour obtenir la préférence. Car ce que la nation épargnerait en ce genre , elle le dépenserait en d'autres au profit de ses citoyens. Ce ne sont jamais les occasions ni le désir de dépenser qui manquent : occupons-nous seulement d'étendre les moyens de dépenser.
En vain dira-t-on que, si la nation y trouve un avantage, il faut aussi considérer l'intérêt des agents nationaux que cette concurrence priverait de travail. Si cette considération doit l'emporter, par la même raison il faut rejeter toutes les inventions qui tendent à diminuer le travail des hommes, ou en suivant la parité, ne les admettre qu'en les grevant d'impôts particuliers qui rétablissent la concurrence entre les deux manières d'exécuter le travail.
La seconde cause, qui pourrait favoriser les étrangers au préjudice de l'industrie nationale, a bien plus d'étendue, et elle procède de vos fautes. Vous grevez les matières premières de l'industrie ; vous renchérissez sa consommation par des impôts indirects sans nombre; vous soumettez vos ouvriers et vos fabriques à un régime réglementaire ; vous diminuez entre eux la concurrence par des privilèges, vous lui vendez le droit de travailler et l'exercice de la liberté naturelle. Ce qui doit étonner, c'est qu'elle puisse encore marcher aussi chargée de chaînes; et vous prétendez en même temps la faire prospérer; vous ambitionnez pour elle la préférence chez l'étranger ! Mais ne voyez-vous pas que toutes ces atteintes portées ^ la liberté et k l'immunité de ses travaux doivent nécessairement les renchérir k votre préjudice, et lui rendre redoutable la concurrence des étrangers? Qu'avez-vous fait, non pour lui procurer plus d'étendue au-dehors, car le régime auquel vous l'avez asservie y met trop d'obstacles, mais du moins pour lui conserver la préférence dans l'intérieur; vous avez chargé l'entrée des ouvrages du dehors; vous avez remédié k un mal par un autre mal, et vous forcez la nation qui paye ses travaux, de les payer k un prix renchéri. Mais il est un moyen bien naturel de faire fleurir votre industrie , de la rendre moins chère pour vous , et de lui assurer la préférence à l'étranger , c'est de la déclarer parfaitement libre, et de faire cesser toutes les causes qui l'oppriment. Par exemple, la fabrique des cuirs, fabrique de première néccs-
1002 m TuoHNî-:.
sUé, est grcvce depuis 1759 d*un impôt éuoiuio*, levé par iK tépt bien plus lerrjble encore que rinip6t, surtout tlt^piiis 177!2*Le mojft k plus «imple^ le pluî^ uiiEe de lui assurer h préféreuee, e&t-il de Mit des impôts proporltouQés sur rimporlâtion? N'a%e2-vaM pti twÊÊt encouragement à lui offrir? El no serait-il p;is pliiH ù [irofioi de bl^ charger de Timpùl liitérieur^ ou du tuoins d'aecefiter lei& ottft$ i)ik b iabrieauLs Ibnt^ de loules les parties du royaume, de fournifaQ nii b mémo ftoiome qu'il retire nette par la régie, et mt'tuc au-del^, eu h levant Bux-niémes? El faut en dire autant des papeterie», fatirique d^antAil )ilus essentielle, qu'elle l'ourDil à un liesoin ab^îolutiieut nécessaire, a qu'elle lient a rinslrucUon put)lique^ ei qui depuis plugietirs aEioéttesi grevée d'un impôt plus préjudieiable encore par ia msntère dont ilufl perçu, qu'il a'est onéreux en lui-mérae, en tant qu'il eiEpose les Ùbn* cants a un danger continuel de coutraventions. Il en faul dire autant ja forges, fabrique de première iiëcessité, puisqu'elle fournit la malièfr première de tous les arts, de toutes Im manufactures et de Tagricoltait, cet art primordial et nourricier de tous les autres. Les droits de lalBa^ que des fers, si fort augmentés depuis quelques anitées, sont tek <{ieb Suède, malgré les frais si considérables du Irynsporl^ Irourtî moTené verâer en P>ance des fers qui , par le bon marché, obtiennent la pn*ference sur les fers natiouaust.Mais est^-il donc rien de plus cantradic&nin; au désir de prévaloir sur les étrangers, que de grever Idl^inent Atm riniérieur une production oatloiiate^ que Tetra nger trouve moyen *k surmonter avec avantage Tobstacle de réioignement? Est-ce done^ un impôt mis à Tenlrée des fers étrangers qu'il confient de souienir l«« forges nationales? Mais ce prétendu encouragement est d'autant plus funeste, qu'il tend à renchérir pour tous les consommateurs, non une marchandise ouvragée, mais une matière première, qui est un moveo nécessaire de fabrication pour tous les arts. N'cst-il donc pas bien phu à propos d'affranchir cette fabrique dans Tintérieur? Cela est d*aalaiii plus juste, que la mine en elle-même ne vaut que les frais d'extraction; que la main-d'œuvre n'est pas plus imposable en ce genre qu'en toit autre genre d'industrie, et que les bois qui forment la plus grande dépense, et dont le prix constitue principalement celui des fers, payot déjà l'impôt, de manière que celui mis sur les fers est un double enploi.
Si les fers nationaux, quoique affranchis, ne pouvaient encore sootenir
* Le TrosDe, dont le livre, de V Administration provinciale^ passe en renie tootes les formes fiscales de rancien régime, donne en particulier, sur cetimpM, lesdétaib les plus curieux (livre ni, ch. i3). (E. D.j
la concurrence des fers étrangers , gardons-nous d'écarter ceux-ci par des droits d'entrée. L'intérêt de tous les consommateurs, de tous les arts, de toutes les manufactures auxquelles le fer est nécessaire, est bien certainement l'intérêt national. Quoique nous possédions beaucoup de mines, nous ne devons avoir aucun regret d'acheter cette matière première de l'étranger. Le bas prix des fers suppose la non-valeur des bois : le principal avantage de cette fabrique est d'en procurer le débouché. Des propriétaires k portée de vendre leurs bois plus avantageusement qu'il ne convient à des forges, n'ont pas besoin de ce débouché, qui n'est qu'un pis-aller. A mesure que les bois acquerront plus de valeur, soit par les communications ouvertes, soit par l'augmentation de la population , la fabrique des fers deviendra moins lucrative. Les nations doivent fiibriquer d'autant moins de fers, qu'elles sont plus anciennement policées, et qu'elles ont fait plus de progrès vers la richesse et la prospérité. Ce commerce est assigné parla nature aux peuples qui possèdent de vastes forêts incultes, privées de tout débouché, et où l'on trouve même un avantage à brûler une immense quantité de bois pour la seule valeur des sels qu'on en retire en lessivant leurs cendres. Ce commerce, suivant le cours naturel des choses, convient aux pays incultes, aux pays du nord, à la Russie, ^ la Sibérie. Ce n'est donc point une perte pour une nation, si cette fabrique tombe chez elle par une suite de l'augmentation des richesses, des accroissements de la population, delà multiplication des débouchés, parce qu'elle ne deviendra iroparticable que parce qu'elle sera remplacée par des productions plus lucratives.
Je reviens à la thèse générale que je traite ici, en remarquant que ce qui soutient parmi nous l'industrie au milieu des obstacles qu'elle rencontre, et lui permet, malgré le renchérissement de ses travaux, de vendre au-dehors, c'est que de toute part l'industrie est traitée à peu près de même, ce qui la met au pair avec la nôtre. Ainsi donc, les nations si jalouses de prévaloir, ne maintiennent la balance entre elles, que par un équilibre d'appauvrissement : elles renoncent à la liberté, à l'émulation, à la concurrence, et ne cherchent à l'emporter, qu'en renchérissant sur les gênes, les prohibitions et les impôts. Mais ce niveau n'existerait plus, et la balance pencherait bientôt en faveur de la nation qui, la première, lèverait toutes ses barrières, et se remettrait en possession de ses avantages naturels '. Elle serait elle-même étonnée de ses succès. Malgré la liberté entière de l'importation, son industrie n'aurait plus à craindre la concurrence dans aucune partie importante , et les autres nations ne
* Tel est le rôle que TAngleterre jouera plus prochainement qu'on ne pense, et auquel la Ligue la provoque en ce moment. (E. D.)
pourraient soutenir h sienne. Eu valu, s'oNtinant -â maintenir leur régime prohibitif, voudraient-elles repousser ses ouvrages par <le uouveaut impôts, la contrebande, encouragée parles circonstances, saurait vaincrt les obstacles, et pénétrer malgré les tarifs : elle mulUplierait Jes tmpor» tations en raison du bénétîee qu'elle trouverait d'une part dans l'abaiv sèment du prix de ses achats chez la nation libre, et de fautre dansb cherté des droits d'entrée chez les autres. Les nations voisines seraient donc forcées de recourir aussi à la liberté pour rétablir l'équilibre. Ki Ton demande s'il serait dangereux pour une nation de donner h première Teiemple de la liberté? L'avantage serait si grand pour elle, que. Si je ne faisais profession de croire que tes fautes et le désordre d'um* nation ne peuvent véritablement proilter à une autre, et que chacime d'elles ne peut atteindre au dernier terme possible des richesses et du bonheur, qu'autant qu'elles seront toutes soumises aux lois de Tordre, je serais tenté de souhaiter pour ma patrie que les autres aaliotis ne suivissent pas sitôt sou ejLemple.
Qu'on ne reproche donc plus aux philosophes qui eoseîgReat le; principes de l'ordre social, de ne s'occuper que des richesses, et null ment de ta population. Ils s'occupent très efncâcenieut delà population des mojeusde l'étendre et de l'entretenir dans l'aisance, en éUitiîi$$anl les conditions sociales les plus favonililes k la reproduction part-e qm c^est par l'accroissement des subsistances qu'il faut travailler h Tauj menter.
Si même on fait abstraction des individus pour examiner la puissance d'un État et ses moyens de puissance, c'est encore par les richesses renaissantes plutôt que par la population qu'il faut calculer, parce que, si la force d'un empire consiste dans la quantité d'hommes qu'il peut employer à sa défense et h sa sûreté, celte quantité est relative à la somme qu'il peut dépenser pour entretenir cette force, et par conséquent à l'état de la reproduction. Or, la classe industrieuse qui se trouve dans une nation ne contribue en rien à celle dépense, puisqu'elle n'est nullement productive de richesses. Cent mille hommes déplus occupés à des travaux de main-d'œuvre, et cent millions de richesses employés à des entreprises de ce genre, n'ajoutent rien a la puissance de l'Étal, parce que ni ce capital, ni les ouvrages qui en résultent, ne sont contribuables, et que ces hommes ne peuvent être détournés de ces travaux qu'autant que l'État lire du produit des lerres les moyens de les entretenir. Il n'y a donc à calculer sous ce rapport que les hommes et les capitaux employés a faire renaître les richesses ? Doit-on en conclure que les hommes et les capitaux employés aux travaux de l'industrie soient inutiles? Non sans doute, pnisqu'ils sorvenl à nos besoins, et qu'ils procurent une
ni
consommation utile qui soutient la valeur; mais ils ne sont pas un moyen de puissance.
IX. — De V effet d'un impôt mis sur Fimportation des productions
étrangères.
J'ai prouvé, dans le § V, que Timpôt, mis par une nation à la sortie de ses productions, retombe sur elle en diminution de la valeur en première main, et que Tétranger n*en supporte rien ou presque rien, surtout s'il s'agit d'une production qu'il peut tirer d'ailleurs. Voyons actuellement k la charge de qui tombe l'impôt qu'une nation met ^ l'entrée des productions étrangères ? voyons si les représailles en ce genre procurent une véritable indemnité? Si nous trouvons qu'elles n'en procurent pas, il demeurera pour constant qu'une nation qui établirait la liberté de l'importation chez elle, ne perdrait rien , quoique les autres nations continuassent de taxer ses productions.
Il faut (fbnsidérer, dans l'impôt mis à l'entrée, d'abordia diminution de la consommation qui en est l'effet indirect; ensuite le renchérissement qui en résulte, et qui en est l'effet direct.
Un droit d'entrée établi chez la nation voisine nuit à la nation qui a vendu, en tant qu'il diminue la consommation possible de ses productions. Cet effet indirect est inévitable ; mais peut-il se réparer par les représailles? L'Angleterre a mis sur les vins de France des droits énormes, qui en restreignent beaucoup le débit chez elle; mais sera-t-elle plus en état d'acheter vos vins, parce que vons taxerez de votre côté l'entrée de ses productions? Le préjudice qu'elle vous fait trouve-t-il son remède dans celui que vous lui ferez? En nuisant à son débit par l'impôt mis chez vous, vous Tappanvrissez encore autant qu'il est en vous, et vous la. mettez d'autant moins en état de consommer vos vins, dont le prix est si cher pour elle.
Il est vrai qu'elle vous a fait une injure, qu'elle a blessé à voire égard les lois de la réciprocité du commerce, surtout si c'est elle qui a commencé, mais c est un tort qu'il faut souffrir; car vous ne lui déclarerez pas la guerre pour la forcer de lever ses droits d'entrée ; cette guerre ne pourrait être qu'injuste. Le plaisir de la vengeance vous paraitra-t-il un véritable adoucissement du mal reçu? La vengeance par elle-même est une passion basse, elle peut emporter un particulier; elle ne devrait jamais déterminer un corps politique, qui ne doit agir qu'avec réflexion et maturité. C'est donc faire un mal gratuit que de repousser l'injure par une injure semblable.
H suit de là d'abord que vous ne souffrirez aucun dommage réel, en upprima ni vos droits d'entrée, et c'est déjà un grand point d'établi.
Mais allons plus loin, et prenons les hommes, siooD par des molir^ M géncrosilé, du moins par celui de leur intérêt, qui ordînairemenl les décitle. Noa-seulement vous ne perdrez rion en levant vos droits^ à'mi- Irëe, quoique les antres les conservent, mais vous j gagnerez*
Veiïel indirect de Timpôl mis h rentrée, et qui consisle dan^ le renclïérissement, est supporte en entier parla nation qui le met.
La nation qui a vendu Fa fait au pri\ courani : il ne lui importe oiin la production qui sort de che7. elle. II vous plaît d*y mettre un impoli rentrée, c'est vous qui le àupporlerez tout entier ; h nation qui i feniîn ne soufTreque le préjudice indirect de h diminution du {lél>it. Là n^litm qui achète doit être considérée comme uuiqucmefit compos4^'«^ de cousorntnateurs, elle n'a d*autre intérêt qne de payer an plus bas prix po^ sible les productions qu'elle tire de Tétrauj^er; c*esi donc îi elfe-méizi<' qn*elle préjudicie par les droits d'entrée; cl il faut dire la oitnne chmt des impôts qu'elle met sur lesvoituresqui lui apportent ces proilnction». et dont il faut qne le marchand s'indemnise k la revente.
Opposera-t-on,au résultat de cette discussion, qu'il faut savoir perdre » propos ;qu*il est il craindre que les étrangers, aui^quels vous accorderiez toute liberté pour rentrée, ne vous apportent une quantité si grandie de lenr^ productions, qu'ils fassent tomber la valeur des vôtres*; et qu'il e^i prudent de conserver des droits d'entrée pour modérer ces importations?
Mais, dès que vous jouirez de la liberté entière pour la sortie, vos productions seront à leur taux naturel : vous ne pouvez souhaiter mieux ni prétendre monter au-dessus; elles jouissent de ce prix dans l'intérieur, à la différence des frais de transport. L'étranger ne peut donc jamais vous nuire par ses importations; il ne peut abaisser vos prix au-dessous de ce niveau, car il ne vous vendra pas à perte : si vous êtes au-dessus, il vous y réduira, et il favorisera en ce moment vos consommateurs, qui ont intérêt et droit de ne payer qu'à ce cours. Il ne peut apporter chez vous sans faire des frais, et ces denrées ne peuvent pénétrer dans vos provinces, sans faire encore de plus grands frais. Il faut donc que le prix soit chez vous au-dessous du cours, pour qu'il puisse vous apporter avec bénéfice.
L'importation vous est donc très utile, et si vous la grevez d'impôts, c'est vous seul qui les supporterez. Pour achever de vous en convaincre, distinguons les productions dont vous n'avez besoin qu'accidentellement, et par un défaut de récolle, de celles que vous tirez habituellement de l'étranger. A l'égard des premières, la fertilité n'étant pas tous les ans la même pour toutes les contrées, la reproduction générale, comme je Tai dit, § IV, doit être regardée comme un fonds commun, auquel toutes
les nations ODt intérêt de participer : c'est un secours réciproque qu'elles donnent et reçoivent tour à tour; mais c'est écarter ce secours, c'est du moins en diminuer l'avantage, que de le grever d'impôt. S'agi(-il de productions que vous tirez ordinairement de l'étranger, parce qu'elles vous manquent en tout ou en partie; vous devez les regarder comme le fonds habituel Je votre commerce avec lui, comme la matière de vos échanges, comme la monnaie avec laquelle il paye ce que vous avez à lui vendre. Vous devez sentir que, Fétrangefr vous les vendant au même prix qu'aux autres nations, c'est sur vous seul que tombe le droit que vous imposez. Enfin, prétendez-vous, en repoussant cette production, ou du moins en en rendant l'introduction moins abondante, favoriser chez vous la culture de cette même production? Mais, si votre territoire y est propre, vos cultivateurs n'ont besoin d'aucun autre encouragement que de la li^ berté du commerce : ils ne doivent pas être favorisés par des exclusions, et ils ne le demandent pas : il ne leur faut que le prix du cours général. S'ils ne peuvent k ce prix soutenir cette culture, si l'étranger, malgré les frais de transport, est encore en état de doaner à meilleur compte, c'est une preuve évidente que votre climat y est moins propre qu'un autre. En ce cas, vous ferez mieux d'occuper votre terrain à d'autres cultures : vous n'avez autre chose à faire, a cet égard, que de laisser toute liberté pour l'emploi des terres. Mais vous devez aux consommateurs l'exercice du droit qu'ils ont de ne payer cette production qu'à son vrai prix ; car vous ne devez de préférence et de privilège, ni aux producteurs, ni aux consommateuis, mais à tous la justice ou le plein exercice de leurs droits et l'emploi libre de leur propriété.
X. — Autorité en faveur de la doctrine établie dans ce chapitre.
S'il m'était permis de nommer Tauteur du morceau que je vais citer \ son nom ne pourrait qu'ajouter un nouveau poids à cette doctrine, quoiqu'en pareille matière il ne puisse y avoir d'autre autorité que celle du raisonnement.
c Je ne connais, dit cet auteur, d*autre moyen d'animer un commerce quelconque , que la plus grande liberté et l'affranchissement de tous ces droits, que Fintérét mal entendu du fisc a multipliés b l'excès
sur toutes les espèces de marchandises Après Tentière liberté et
l'affranchissement de toutes les taxes sur la fabrication, le transport , la vente et la communication des denrées, s'il reste quelque chose à faire
* Cet auteur est Turgot, et la citation est extraite de la Lettre à Vabbé Terray sur la fnarque de» fers (1775).^V. OEuvree de Turgot^ édit. Guillaumin, I, p. 576.
Upposera-l-ari que cuiie manière d'envisagtn riaduslrie pealétft
vraie, rdalivement h l'industrie d«^s premiers veiitleurs des productioBS,
qui se l^anieà b valeur, ^m s'inquiéter par qui se fait le débit; mm^
qu'une Hiiliun, ii'ëtaot pas uniquement composer des deux premiènaj
classes, doit auîisi s'occuper fie Tiiaérét de lu ebsse siahriée?
J'ai répondu a celte objectioii, eu rédui^nl ii un point unique tlotérét nationai, qui ne doit poiol être calculé par la popiilatiiHi, maïs par Téiat des rîclîosses renaissantes, et du revenu auquel la population et Tai^Bce de cette population se proportionnent (oujours, l/intértHde la Iroisième classe ml absolument suijordofiné h cet intérêt capital; et e^est reo* lerser Purdre naturel, que de faire pntvaloir le premier sur le second. Il y a pluSt c'est que cela n'est pas possible; pîirre qu*en blessant rmtérvt de la reproducliou, Tou diminue la soninte des salaires*.
Tout ce qui importe à Tindustrie, c'est d'avoir des salaires: il toi esl %al de travailler pour le regnicole ou pour Tétranger ; et la coniîofiuiia* tioû du re^uicolê est d*autaut plus importaute pour elle, qu'elle e^ plis assurée et infmimenl plus considérable. Or, nuire à la reproduction ptr fies prohibitiODsou des impôts, c'est dessécher dans fintérieur la source des Salaires, pour entretenir on Ijlel au-deliors. Vne nation, telle qneli France, qui serait riche d'une reproduction de cinq milliardR, eti dépeiiserait deux en travaust de main-d'œuvre et en service de tout genre; rt c^est peut-être beaucoup^ si elle vendait h l'étranger pour soixante en quatr(^*vinftt millions de main-d'œuvre. Celte ressource précaire, et qui peut être suspendue, diminuée ou enlevée d'un moment à l'autre, ne mérite donc aucune considération relativement au travail pour Tinlétérieur, et ne doit jamais être provoquée par des moyens propres à préjudicierà la somme des salaires. Cesl ainsi que tout ce qui est contraire à Tonire devient préjudicable : en vain les hommes s'efforceront d'y substituer les petites vues de leur prudence; ils ne réussiront qu'à s'appauvrir.
Concluons : 1" que finduslrie est proprement, et dans sa très majeure partie, destinée et attachée au service de la nation où elle se trouve : ^ que sou intérêt n'est pas d'être employée k tel ou tel ouvrage, mais d'avoir des salaires abondants et proportionnés au prix des productions; S"* que le seul moyen de lui assurer cet avantage, est d'étendre pour la nation les moyens de dépenser en sa faveur, c'est-à-dire, de soutenir et d'animer sa culture par le débit des productions, et par la liberté entière du commerce intérieur et extérieur.
* Y.ch I, si 29.
DE L'INTÉRÊT S(»€IAL. 999
Vlll. — • De r effet (Tun impôt mù sur rimportution des ouvrages de
Céiranger.
Mais n*est-il pas à craindre qu'en laissant enlever nos matières premières, non-sealemènt nous ne perdions Tavantage de les vendre fabriquées à Tétranger, mais que nous ne soyons même dans le cas de les racheter de lui ; de manière qu'après lui avoir vendu pour trois cents mille livres de matières brutes, nous ne soyons forcés de lui payer six cents mille livres pour ces mêmes matières ouvragées? Indépendamment de cette considération, et de quelque part que proviennent les matières premières, n*est-il pas intéressant pour une nation de favoriser Tindustrie nationale, en écartant les ouvrages de l'étranger ? Ces deux questions se résolvent par les mêmes réponses.
l"" L'exportation des matières brutes ne peut jamais aller jusqu'à priver les fabriques nationales d'un aliment nécessaire, parce que la culture saura toujours proportionner ses productions au débit, et qu'elle en trouvera les moyens dans la bonne valeur. Si, par des causes particulières, comme un inconvénient du climat, elle ne pouvait y suffire, en ce cas, de quel droit refuser un ouvrage d'industrie, dont la matière étrangère vous manque en tout ou en partie ?
^ Une nation bien gouvernée, et qui jouirait de la liberté entière du commerce, entretiendrait dans l'abondance une population nombreuse. Peut-on jamais craindre que, là où il se trouve des besoins à remplir et les moyens de payer, il ne se trouve pas un nombre proportionné de gens qui s'empressent d'offrir leur travail? Vous ne manquerez donc jamais ni d'ouvriers ni de matières premières.
S"" Dès que vous ambitionnez de fournir l'étranger des ouvrages de votre industrie, par quel motif refusez- vous les siens? Le commerce ne doit-il pas être réciproque de sa nature; et, si vous excluez les autres en tout ou en partie, ne méritez-vous pas d'être puni de représailles ?
il" Mais ce n'est pas seulement la justice que vous devez consulter, c'est votre intérêt. Vous devez en cette partie regarder la nation comme composée d'une seule classe, celle des consommateurs, dont le droit est non-seulement d'être servis aux meilleures conditions possibles, mais même de suivre leur goût et de choisir. Quel inconvénient peut-il résulter de l'exercice de ce droit? Si vos ouvriers n'ont pas cette branche d'industrie, pourquoi empêcher de la recevoir d'ailleurs? S*ils l'ont, mais si leurs ouvrages sont inférieurs ou plus chers, pourquoi forcer de s'en servir? Les Anglais nous surpassent dans les ouvrages d'acier et dans la quincaillerie : nous avons aussi des genres dans lesquels nous les surpassons ; ne faut-il pas que les achats compensent les ventes?
1010 ^^LETM
jatlicier a h nation qui en donnera le premier exemple, lui sert très
avantageuse, indépendamment de la condtiile des autres.
Il doit résuUer de cette discussion que les lois de 1 ordre sont faites pour gouverner lefi hommes dans tous les temps et dans toutes les circonstances; qu'il n'est pasilanné aux nations d'établir leur prosfierilé sur la mine de leurs voisins; que les moyens par lesquels elles L'berchenl i prévaloir sont aussi onéreux à celles qui les emploient, et âotnem plus, qu'^ ceux contre lesquels ils sont dirigés; que, d'ailleurs, Titsamtils aussi efficaces, qu'ils sont conlrjires au but proposé, ils apparlicuoeftl éplcment anv autres ; que l'exemple des prohibitions est aus*i facile a suivre qu'à donner; que ces actes dliostiliiésonl ordinairement repousses par des actes semblables, et qu'enfin le suecès définitif de ceitv guerre ne peut être que d'arrêter le commerce extérieur, de eoncetitrer chaque nation chex elle , et de rompre, ou du moins de rendre bien moins utile la communication des biens entre les hommes : il iie bndrait pas lieancoup ajouter aux tarifs, dont toutes les fronlièrcs sonlbé^ rissées, pour mettre k chef le projet d'interdiction générale da eo»* œerce, auquel ta première prohibition, la première taxe, la première eicliision a été un acheminement.
11 n'y a pas de milieu cependant. Si le commerce eitérienr en on inil, on n'eu a pas encore assez fait pour la détruire, puisqu'il trouve eixiirt moyen de se traîner à travers les obstacles qu'on lui oppose, il faut le prohiber sérieusement, et non le taxer; il faut lui fermer tontes les issues, et non les lui entr'ouvrir.
Mais, aussi, s'il était reconnu que la communication des biens fût utile à toutes les nations, il faudrait abattre toutes les barrières et lui laisser un libre cours.
Sans doute le commerce est un bien : on n'en est en quelque sorte que trop persuadé. On en regarde l'exercice comme un moyen direct d'enrichir une nation , et il n'est qu'un moyen de varier les jouissances; il se fait toujours de valeur pour valeur égale. S'il enrichit une nation, ce n'est qu'indirectement, en tant qu'il soutient la valeur de ses productions.
C'est donc l'idée fausse que l'on se forme du commerce extérieur, qui cause toutes les erreurs politiques en ce genre. C'est parce qu'on le regarde comme une source de richesses, que chaque nation veut se l'approprier. Mais prétendre s'approprier le commerce , c'est vouloir allier deux idées ccnlradictoires, tant il est vrai que toute injustice est déraison. L'idée de commerce emporte nécessairement celle de relation , d echang^, de réciprocité. Vous désirez que les autres consomment vos productions oi ves marchandises, et vous excluez les leurs. Votre intention
n'est cepeadant pas de leur donner les vôtres en pur don. Comment Tentendez-vous? Vous voulez leur vendre, et toujours leur vendre, sans leur acheter. Cest donc uniquement leur argent que vous ambitionnez : encore autre erreur, qui prouve que vous regardez Targent comme la principale richesse, comme un bien qu'on ne peut trop multiplier.
Avez-vous donc déterminément l'ambition de prévaloir sur les étrangers par le commerce et l'industrie; il est un moyen d'y réussir, non un moyen factice et imaginaire, mais infaillible. Toutes les nations de l'Europe sont accablées d'impôts indirects, d'entraves, de prohibitions qui grèvent et renchérissent tous les travaux. Prenez la route contraire : rendez votre impôt régulier, déchargez tous les travaux de toute taxe , de toute contrainte : vous verrez de toute part les productions se frayer de nouvelles routes, la main-d'œuvre diminuer de prix, et les ouvrages de votre industrie obtenir la préférence sur l'industrie étrangère renchérie par les impôts. Vous verrez les commerçants et les voituriers fuir de chez les nations imprudentes qui continueront de les vexer, accourir chez vous, et s'empresser à vous servir dans vos ventes et dans vos achats de leurs capitaux et de leurs voitures.
C'est par une meilleure administration qu'il convient à une grande nation de chercher à prévaloir; et, lorsque son exemple sera suivi par les autres nations attentives aux causes et aux progrès de sa puissance, lorsqu'elles lui ôteront en se réformant elles-mêmes, cet avantage qu'elle n'aura dû pendant un temps qu'à leurs erreurs, ce sera l'étal le plus désirable et le terme de la prospérité universelle.
CHAPliaE IX.
Du commerce respectif entre la métropole et les colonies ^
D'après ce que j'ai établi dans les trois chapitres précédents, je suis dispensé de traiter cette question fort au long. Je dirai deux mots sur l'intérêt des colonies, qui est évident; je m'étendrai davantage sur celui de la métropole, qui est plus difficile k démêler, et plus obscurci par les préjugés.
I. — Que la likerté du cowimerêe eU l'intérêt étideni des colonies. Si une colonie formait une puissance séparée et indépendante, elle