‹ PhysiocratesChapitre 10 sur 157 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

reot pas la propriété de la liberté, et qu*en proclamant le droii de trth

vaiUtry ils n'admettent pas le drùit au travail \

Rien de plus simple donc que la loi naturelle, le droit, la justice, rOrdre. Deux seuls mots les renferment, liberté ei propriété; et c*est à la double idée qu'ils expriment, et qui pourrait être traduite par le dernier de ces deux termes k la rigueur, que doivent aboutir, comme tous les rayons dans un cercle convergent vers le centre, les nombreuses institutions de détail que la société comporte. L'Ordre étant l'ouvre de Dieu, et immuable comme son auteur, la législation humaine n'a pas h le créer, mais seulement à le reconnaître, à le manifester par l'instruction I et en appliquer toutes les conséquences aux diverses parties de l'administration publique. Elle n'est pas constitutive, mais déclaratoire du droit; et de là vient qu'on dit porteur de loi, législateur, et recueil de lois portées, législation, et qu'on n'a jamais osé dire faiseur de loi, légi8«

FACTEUR, ni LÉGISPACTION \

1 V., sur Vinégalité des eondilions , Turgot, LeUrs à M^ de Graglgny ; et Coadorcet, qui partageait les opinions économiques de Turgot, lesquelles n^étaienC que celles des Physiocrates, dans les points essentiels de leur doctrine. Condorcet, qu'on n'accusera certainement pas de tiédeur à Tendroit du progrés et de la perfectibilité humaine , puisqu'il s'imaginait qu'il viendrait un jour où la durée de l'intenralle moyen entre la naissance et la mort n'aurait plus de terme assignable ; Condorcet n'en a pas moins écrit ces lignes : « Il existe donc une cause nécessaire d'inégalité, de dépendance et même de misère , qui menace sans cesse la classe la plus nombreuse et la plus active de nos sociétés. » Et cette cause, il la voit dans l'impossibilité qu'il y aurait d'établir l'équilibre entre les subsistances et la population sans l'existence de la propriété, qui force la partie la plus nombreuse du genre humain A une somme de travail telle qu'elle ne saurait être produite sous toot régime social différent. La tendance à la superpopulation lui parait même si manifeste , qu'U n'aperçoit plus pour la neutraliser, après les derniers progrès de l'agriculture, de Undustrie et du commerce , que des moyens qu'il n'ose indiquer clairement , une sorte de morale phalanstérienne, qui serait la dégradation de l'hamanité et la violation des lois de la nature. Ainsi , ce hardi penseur, qui fut l'un des plus intrépides adversaires de Vinégalilé de droit , regardait Végalité de fait comme une chimère ! (V. Tabl. hist.duprogr. de l'esprit humain, p. 541 et suiv., édition de l'an ni).

* V. Ordre nat. et essent, des soe. polit., chap. viii des anciennes éditions, — > Quesnay, p. Si ; —Bandeau, p. 776 etsuin, de ce volume ; et Turgot, Mémoire sur les municipalités. Là se trouve constatée, non-seulement l'importance que l'école économiste attachait à un système national d'éducation publique, mais aussi les vœux qu'elle formait pour le libre exercice de la pensée humaine.

• V. Dupont de Nemours, p. 690 de ce volume ; — Mtrcier de La Rivière, tftirf.,

INTRODUCTION. xxvil

Uécole de Quesnaj déduisait de Tétude physiologique du corps social tous les principes qu^on vient d'exposer au lecteur. On verra, dans les paragraphes suivants, le résultat sommaire des se savantes analyses.

5 m. — Principes fondamentaux de la doctrine économique des Physiocrates. — Mâtérialtté de la richesse. — Cette matérialité, cause de l'importance particulière de rindustrie agricole. -— L*échange que les hommes tendent à faire entre eux n'est pas celui du travail contre le travail, mais du travail contre le produit brut, du sol.— Concordance de la doctrine de Smith avec celle de Turgot et de récolej de Qoesnay, sous ce rapport '.

L^occupation de la matière utile est la condition première et essentielle de tous les moyens que j*homme a reçus d*opérer ici bas sa conservation, son bien-être et son perfectionnement moral. Supprimez cette puissance d'occupation, il n'existe plus ni industrie, ni science, ni an; et Thumanité périt à Tinstant même, comme la plante qu'on arrache h la terre dont les sucs nourriciers Talimentaient. De cette vérité fort simple, les premiers économistes, parce qu'ils n'isolèrent point, comme on l'a dit déjà, l'Ordre physique de l'Ordre moral dans leurs études sur l'homme, tirèrent des conséquences tout à fois inaperçues et très graves. On peut en ramener Texpression la plus générale aux termes suivants.

La matérialité est le caractère fondamental de la richesse *. |

Puisque la richesse est essentiellement chose matérielle, et que l'acquisition de la richesse est la fin de tout travail, il en résulte qu'en dernière analyse le travail n'a jamais d'autre but que l'occupation, la prise de possession, la saisine,pourrait-ondire,dela matière pourvued'utilité».

' L*on ne doit pas oublier, en Ksant î et exposé des points fondamentaux de la doctrine des Physiocrates, qu'ils ne ciierchcni pas les régies d*économie politique propres à tel ou tel État placé dans une situation exceptionnelle, mais bien les principes applicables au monde entier, ou à tous les grands peuples qui, en possession comme la France d'un territoire vaste et fertile, ne sauraient trouver ailleurs que dans son exploitation l'élément principal de leur richesse.

* Cette opinion est celle de Smith, de Ricardo et de tous les économistes anglais en f énéral , mais surtout de Malthus, qu'elle a conduit, comme on le verra dans la suite de ce travail, à Tadoption complète ('''s idées qui servent de base au système des Physiocrates.

* Voici dans quels termes Turgot exprime cette opinion, véritable clef de toutes les dbsîdences de la science actuelle avec la doctrine physioeratique :

XXVIII I NTUODUCTION.

Le fait que cette matière à Tétat brut serait la plupart du temps inutile à rhomme, si ce dernier ne l'amenait à des formes nouvelles par mille combinaisons et préparations différentes, n'altère en rien cette vérité. Tout ce qu'il prouve, c'est que Thomme obéi ta cet égard aux exigences de la nature des choses ; et que, ne pouvant user de la matière dans l'état où elle se trouve, il complète, par des opérations subséquentes, le rapport qui se rencontre en elle et ses besoins. Mais cette circonstance n'empêche pas que la satisfaction de ces besoins ne procède en réalité de la matière même, et que la récompense du travail ne puisse être ailleurs que dans la possession de cette matière. Le meunier et le boulanger, ainsi que -

« Il n*entre dans le commerce que deux choses : les produetiom de la ierre et !• êravaii. Le prix du travail comprend la subsistance et les jouissances de Phomme laborieux ; elles sont toutes en consommations des produrAions de la ierre phis ou moins élaborées par un autre travail, lequel a été payé lui-même en fournitures et consommations d'autres productions. Le travail est toujours payé par les productions de la terre. Un ouvrier qui en paye un autre ne fait que partager avec celui-ci ce que lui-même a reçu. Cesi done la Ierre qui paye tout. Elle salarie immédiatemeni le cultivateur eu fournissant à ses besoins, elle donne au propriétaire un revenu^.. Ce sont donc les dépenses du cultivateur et celles du propriétaire qui distribuent It subsistance et les autres jouissances à toutes les autres classes de la société, en échange de leur travail, ( De l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur les eonsom^ mations^ I, p. 410 et 411, édit. Guillaumin.)

Adam Smilh, qui ne sépare pas de Tidée de richesse celle de matérialité^ professe au fond la même doctrine, ainsi qu'on peut le voir dans le passage cité en noUy 5 S de cette introduction. Mais, après avoir envisagé le travail agricole de la même manière que Turgot, les préoccupations du milieu industriel dans lequel il écrivait rentratnent à s'écarter de ses propres principes, et à vouloir que le manufacturier el le commerçant créent eux-mêmes les profits qu'ils réalisent. De là, l'extrême embarras qu'il éprouve à démontrer que le travail de l'artisan et du marchand est de nature productive^ mais qu'il n'en est pas de même de celui du domestique et de la classe libérale, parce que ce dernier travail ne s'incorpore dans rien de matériel.

« Ce qui s'échange, ce qui fait la base de nos transactions, dit l'un de nos savants collaborateurs du Journal des Économistes *, c'est la peine, c'est l'effort, ea sorte qu'on pourrait en langage vulgaire définir ainsi l'économie politique : c'est la théorie des services que les hommes se rendent les uns aux autres, à la charge de revanche. »

Quoique cette opinion semble généralement adoptée , nous ne pouvons admettre que ce soit la peine, Teffort ou le travail que les hommes tendent à échanger entre eux, et nous persistons à croire avec Turgot qu'il n'entre dans le commerce que dciix choses, les productions de la terre et le travail. Le véritable objet de nos transactions, ce sont les premières, et non les services.

* M. Fr. BastiataDr la coucurmice, N° M, mai 1846.

INTRODUCTION. xux

toutes les autres professions manufacturières, n*ont, sans le savoir, d'autre vue en convertissant Tun le blé en farine, et Tautre la farine en pain, que celle de participer, dans une mesure quelconque, à la répartition générale des subsistances et des matières premières que la société recueille annuellement. Cela est tellement vrai que si, par une hypothèse bizarre. Ton admettait que le travail agricole peut toujours se passer, comme cela a lieu dans certains cas, des opérations complémenlairesde rindustrie, la monnaie ne servirait plus qu*à l'échange des productions directes du sol contre les services du commerce et des professions libérales. Or, le phénomène économique ne change pas de nature au fond, parce que, dans la réalité des choses, il est nécessaire que la rétribution de tome espèce de travail ne s'opère ainsi qu'inc/treclemenl. Toujours est-il que le salaire de chacun ne se compose, en dernier lieu, que de la portion de subsistances et de matières premières à laquelle il a droit en vertu du concours qu'il a prêté à l'œuvre de la production et de la fabrication générales.

Cette observation, que le travail ne saurait se servir de récompense à lui-même, qu'il doit s'objectiver contre les choses et que sa rétribution est nécessairement matérielle, implique qu'entre l'industrie qui, par le moyen de la culture, de la pêche et de l'exploitation intérieure du sol, place sous la main de notre espèce toutes les substances utiles à ses besoins, entre l'agriculture, en un mot, et tous les autres modes de l'activité humaine, il existe de profondes dissemblances.

Il est dans la nature seule de l'industrie agricole de tirer immédiatement son salaire des mains de la nature, et de pouvoir rétribuer les services de toutes les autres industries. Nier ce dernier point, ce serait admettre que l'homme vit d'une certaine direction imprimée k ses facultés physiques et intelligentes, et non des résultats matériels que produit cette direction, qui ne tend jamais, au point de vue économique, qu'à s'emparer de la matière utile, ou \k la modifier, ce qui suppose qu'on s'en est rendu possesseur. Ce serait soutenir, ce qui est absurde, que le sauvage, qui poursuit toute une journée une proie qu'il ne rencontre point, ne dtnera pas moins bien que s'il eût tué le gibier qu'il cherchait

La classe agricole, en recueillant chaque année, par la nature de son travail, tout ce qu'on peut demander k la terre de substances utiles, se

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