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que lui ont attribué ses adversaires. <— Point de vue duquel on peut en soutenir l'exactitude. — Fausses opinions économiques qui n'ont pas été sans influence •or ton empkH par les Physiocrates.
Poor YÎder celte grande question de la productivité ou de Fimproducli?Ué de rinduslrie, ë laquelle s*en rattachent une foule d^autresdes plus graves, quelques observations sont encore nécessaires.
Avant la formation de la langue économique, telle qu'elle existe aujourd'hui, le mot produire^ autant qu'il peut entrer dans le vocabulaire haraain,ne s'était jamais entendu au sens propre, et conformément h son étymologie latine, que de l'action de mettre au dehors, de jeter dans le monde quelque chose de matériel, qui n'y existait pas précédemment. De lit vient qu'on disait les productions de la nature et les ouvrages de l'art ; qu'on ne confondait pas le sens^ si distinct, des deux mots producere et operare, dont l'un se rapporte ii la substance, et l'autre n'a trait qu'à la forme. Ainsi, par l'application exclusive du premier de ces termes à l'agriculture, les Physiocrates se bornaient à constater, entre elle et tout aotre travail, la même différence qu'y avait reconnue ce profond instinct de sens-commun qui préside h la traduction de nos idées par les signes du langage.
La société est, lit-on, dans beaucoup de livres d'économie politique, un grand atelier oh chacun se livre à l'échange du travail. L'aphorisme est exact, pourvu qu'on ne le prenne pas au pied de la lettre. Il est bien vrai, sans doute, que le cultivateur travaille pour le manuracturier, le commerçant, l'administrateur, le savant, l'homme de lettres, l'artiste, etc.; et que ceux-ci travaillent à leur tour pour le cultivateur, en ce sens que chaque profession particulière apporte à toutes les autres un contingent des services dont elles lui rendent l'équivalent. Mais Ton se tromperait fort, toutefois, si l'on s'imaginait qu'en réalité le travail tende a s'échanger contre du travail et non contre des produits ; ou que les choses matérielles ne soyent pas nécessairement l'un des deux termes de tout échange qui a lieu dans la société. Si cette considération n'était pas juste, il faudrait en conclure que le travail n'est pas un moyen, mais un but; que les hommes peuvent vivre, non par le travail mais avec le travail qui, selon Texpression de Le Trosne *, répétée par Mill, n'est que
* V. p. }iti6 de ce vuluiuc.
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du mouvement Et, 8Î elle est juste, il faut en conclure encore, avec les premiers économistes, que Tiodustrie manufacturière, qui ne crée pas de substances, mais de simples formes ; que Tindustrie commerciale, qui se borne au déplacement des produits bruts ou manufacturés, n*offrent pas, ainsi que le travail intellectuel ou des professions libérales , les mêmes caractères de productivité que le travail agricole. Entre se livrer à cette distinction et nier le mérite social de tous les travaux qui ne se rapportent pas à Fexploitation du sol, il existe véritablement un abime que la pensée des Physiocrates ne songea jamais h franchir. Dans la réalité, Tindustrie ne leur semblait pas moins productive qu*à la science moderne; et peut-être, s'ils se fussent expliqués plus clairement, anraient*ils épargné à cette dernière, pour repousser une qualiflcation blessante aux yeux du vulgaire, beaucoup d*arguroenls plus chaleureux que péremptoires. La question, en effet, se réduit à ces termes fort simples.
La valeur échangeable d*un produit manufacturé quelconque comprend-t-elle, ou ne comprend-t-elle pas, autre chose que celle de la nlar tière première, plus le salaire de Touvrier et le profit de fentrepreneur, lesquels équivalent h la valeur, en subsistances et matières premières, consommée dans le cours de la fabrication? Ne sont-ce pas ces trois éléments qui constituent ce qu'Adam Smith appelle le prix naturel de l'ouvrage, J.-B. Say son prix courant^ Ricardo les frais de production^ récole de Quesnay son prix nécessaire? N'est-il pas vrai que, si l'on représente le premier par dix, le second par trente et le troisième par cinq, la totalité de cette même valeur échangeable sera quarante-cinq ; et que, sous le régime de la liberté commerciale, en l'absence de tout monopole, elle n'oscillera que faiblement au-dessus ou au-dessous de ce niveau régulateur? Mais, si les économistes modernes répondent affirmativement ii toutes ces questions, l'on a de la peine k comprendre qu'ils s'étonnent, ensuite, que les Physiocrates soutiennent qu'au point de vue de la valeur échangeable^ annuellement créée, le travail non agricole manque pleinement de capacité productive. Ne semble-t-il pas clair que puiser, au sein de la masse des valeurs échangeables fournies par Tagriculture, toutes les portions de ce grand tout qu'on a besoin de transformer et de réunir, ne soit pas une opération plus susceptible d'ac-
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croître la somme générale de ces valeurs, qu'on n'augmente la somme de nombres donnés quand, an lieu de les additionner en bloc, oii déduit le résultat total d'additions partielles et successives? Etait-ce, enfin, sous Tempire d*une sorte d^hallucination intellectuelle, partagée par les esprits les plus éminents de Tépoque, que Quesnay traduisait en ces termes toutes les observations précédentes : c II faut distinguer une addition de richesses réunies, d'avec une production de richesses; c'està-dire une augmentation par réunion de matières premières et de dépenses en consommation de choses qui existaient avant cette sorte d'augmentation, d'avec une génération^ ou création de richesses, qui forme un renouvellement et un accroissement réel de richesses renaissantes *• >
Quoi qu'il en soit de ces considérations, il Tant s'empresser de reconnaître que, si elles expliquent dans quel sens les Physiocrates entendaient appliquer Pépithète de stérile à l'industrie manufacturière et commerciale, elles ne la justifient pas, même scientifiquement. On ne saurait tiier An fait, que la fabrication n'ajoute rien à la valeur échangeable de b richesse reproduite chaque année par le sol, la conséquence que ce genre de travail soit improductif, car il ne l'est certainement pas au point de vue de la valeur en usage des choses, qui est son œuvre propre et qu'il crée, au contraire, d'une manière presque exclusive. On ne saurait encore tirer la même conséquence, à l'égard du commerce, de la circonstance qu'il n'ajoute que des frais k la valeur d'échange et d'utilité des produits, car ce n'est pas une œuvre stérile que de placer sous notre main la richesse brute ou manufacturée, et de nous procurer par Ik les moyens d'en jouir. Voilk ce que ne déniaient pas au fond, on ne saurait trop le redire, les disciples de Quesnay, mais que, par malheur, ils ont complètement méconnu dans les termes. Et, chose singulière! de ce tort, qui eut pour cause une préoccupation excessive de la valeur échangeable^ est née contre eux l'accusation qu'ils méritaient le moins d'encourir, celle de n'avoir pas compris l'importance de cette sorte de valeur. S'ils se fussent, au contraire, attachés plus qu'ils ne l'ont fait à la notion de la valeur en usage^ il est sûr qu'ils échapperaient aujourd'hui au re-
Dialogue sur les travaux des artisans^ p. iSS de c< vol.
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proche qu'on a peut-être le droit de leur adresser, de n'avoir pas tena assezdecomptedurôlequejouele travail dansia formation de larichesse, et d'avoir en ce point fait la part trop étroite à Thomme, et trop large k la nature.
Considérant avec raison que la valeur matérielle des produits de la terre est le seul fonds qui puisse payer la valeur tout immatérielle du travail non-agricole et même de tout travail quelconque % ils n'ont pas assez réfléchi que Tagriculture est loin de rien perdre dans cet échange, et qu'entre elle et l'industrie, il y a cette notable différence, que la nature des choses permet a la première de vendre souvent le travail qu'elle n'exécute pas, tandis qu'elle ne souffre pas que la seconde s^arrogece privilège.
En somme, ce qu'ont uniquement voulu établir les Physiocrates, c^est que, sous le rapport de l'utilité, l'activité humaine se manifeste avec différents caractères propres, qu'il est important de ne pas confondre. Mais cette pensée de classification, vraiment méritoire, ils l'ont traduite d'une manière tout à fait irrationnelle et en désaccord, même, avec les concepts réels de leur esprit, quand ils se sont livrés ^ l'antithèse de travail productif et de travail stérile, de classe productive et de classe improductive. Pour jeter dans la circulation les idées qu'ils voulaient y répandre, il suffisait de partager la société en classe agricole^ comprenant les propriétaires, en classe industrielle ei en classe libérale; et, quant aux services, de distinguer avec Le Trosne *, qui ne renonce point toutefois h l'épi thète de stérile, les services agricoles^ les services industriels et les services personnels^ c'est-k-dire tous ceux qui n'ont pas pour objet de s'incorporer à la matière. Celte légère concession à la vanité des con-
^ Si , malgré toutes les considérations précédentes , cette proposition semblait obscure à ceux qui n'ont pas étudié la doctrine des Physiocrates, un exemple, bien simple, sera propre , peut-être , à l'éclaircir. Un cultivateur livre à un meunier dix hectolitres de blé , à la condition , par ce dernier, de lui en rendre neuf convertis en Tarine, et de garder le dixième pour son salaire. Voici tout le secret du commerce qui a lieu de la classe agricole à la classe industrielle; cl nous ne conserverions aucun doute à cet égard, si la circulation monétaire ne déversait, sur ce phénomène économique, des ténèbres assez profondes (V. Mercier de La Rivière, ch. xxvu. texte cl noies ^ p. 597 et suiv. de ce vol.)
* V. p. 948 de ce vol. — Bandeau, ibid., 715.
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lemporaios laissait le système des économistes en présence de la science seule, au lieu que les passions blessées s'élevèrent aussi pour le combattre et ne furent pas scrupuleuses sur le choix des armes. L'on doit convenir, cependant, qu'à une époque où, sauf la guerre qui détruit les personnes et les choses, il n'y avait guère que le travail manufacturier et commercial en honneur, et où l'on croyait les fermiers et les paysans intéressés tout seuls à la prospérité de l'agriculture, il était nécessaire de réagir avec force contre ce préjugé funeste et peut-élre, même, d'exalter, au-delà de ses mérites, l'industrie sans laquelle il n'en existerait aucune autre. Alors que tous les écrivains administratifs et mercantiles tombaient en extase devant cette puissance merveilleuse de la fabrication, qui transforme 100 fr. de lin brut en 1,000 fr. de toile, josqu'au point de s'imaginer que la société gagnait tout juste 900 fr. dans cette affaire, il était, certes, très opportun de bien analyser le prodige, et fort e^tcusable d'en rabaisser, plus que de droit peut-être , la portée et la valeur ^
S VI. — Que Quesnay et Smith n'ont pas exclusivement placé le principe de la richesse, le premier dans la terre , et le second dans le travail. — Les Pliysiocrates n^admettent pas moins que la science moderne trois instruments de production : la terre, le travail et le capital. — Leur classification du capital employé à la terre. — Leur distinction entre le jptQduU brut et le produU net du sol. — De l'emploi du produit net et de l'emploi des reprises du cultivateur. — Ce qui constitue la production générale^ comment elle se divise, et de quelle portion se Torrae le revenu de la société. <— Les Physiocrates n'ont pas dit que la société tout entière vivait sur le rcvenu^âoni le fermage ou la rente territoriale est l'expression. — La consommation sociale est limitée rigoureusement par la production agricole. — L'importance , en valeur, de cette production , n'a d'autre base que la vente de première matn, et le chiffre de cette valeur hausse ou baisse, d'une manière seulement nominale^ par les opérations de l'industrie et du commerce. — Comment s'évalue la richesse totale de la société.
Rien n'est plus commun que d'entendre dire que la doctrine de Quesnay place le principe de la richesse dans la terre, et celle d'Adam Snriith dans le travail. La vérité semble être, toutefois, que le philosophe
• V., dans ce volume, le ch. xvu de \ Ordre nal, et esseni.des soc. polit. ^ et tout ce qu'a écrit Le Trosne sur la question de V improductivité de l'industrie ; — les Dialogues de Quesnay sur le commerce et les travaux des artisans , ainsi que les Observations dont nous avons fait suivre ces Dialogues.
XT. INTRODUCTION.
français et le philosophe écossais ne Pont vu, ni l'un ni Tautre, d*une manière exclusive, dans un seul de ces éléments \ Ces deux hypothèses reposent, la première sur la maxime deQuesnay,que Vagriculture, la terre est Punique source des richesses^ la seconde sur les premières lignes de Touvrage de Smith, énonçant que le travail annuel d'une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie. Il est évident, d'abord, que le langage de Quesnay qui, comme on Ta vu, d'ailleurs, donnait le travail pour base à la propriété, tant mobilière que territoriale, se trouve ici même en contradiction avec Tidée qu'on lui prête, car Tagriculture est du travail apparemment. En outre. Ton aperçoit encore, dans ce rapprochement (le Fagricnlture et de la terre, comme source de la richesse, que le médecin de Louis XV n'entendait pas dénier le concours que Tindustrie prête à la formation des choses utiles, et que son but était, bien plutôt, de montrer que le travail agricole sert de fondement au travail industriel. Quant à Smith, qui fait du travail un fonds au lieu d'un moyen d'agir sur le fonds, qui est la terre, il ne persiste pas longtemps dans cette erreur; car, sans parler de cette expression par laquelle il désigne la richesse, et qui revient sans cesse sous sa plume, le produit de la terre et du travail^ on rencontre, dans son admirable livre, vingt passages desquels il résulte catégoriquement qu'il ne nie pas la part de la nature à la créaiion de la richesse, et qu'il est fort loin d'en placer le principe exclusivement dans le travail *. Aussi, peut-être serait-on en droit d'affirmer 4|u entre la doctrine des Physiocrates et celle de Smith, tenant l'une et Tautre la richesse pour matérielle, il n'y a guère qu'une dissidence de l'Iassification, une simple dispute de mots. Un écrivain administratif, auquel ces deux doctrines causent une égale horreur, M. Ferrier, est de cet avis du moins ^
Non-seulement donc les Physiocrates, admettent comme AdamSmith, que la richesse a sa source dans la terre et dans le travail, mais ils re-
* La doctrine, que la rictiesse procède uniquement du travail n'a pour elle qu'une seule autorité, celle de Destutt de Tracy.
* V. notamment liv. i, chap. x, édit. Guillaumin , I, p. 164; li?. n, chap. ▼, ibid., p. 455; Hv. 111, chap. i, tfrid., p. 469.
* De radmin, comw^erc. opposée à l'éeonom. polit. ^ liv. iv, cbap. x.
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coonaîssenl également, de même que lui, la puissance propre et productive du capital. Cest ce que démontrera, sans doute, l'exposition sommaire de leurs idées sur le mécanisme de la production générale.
Pour récole de Quesnay, le fonds par excellence de la richesse nationale, c'est le sol.
Quand le capital s'incorpore a la terre sous forme de défrichements, dessèchements, plantations, bâtiments, etc., il prend le nom d'avanca fanâèrei. Ces avances ont été Tœuvre des premiers propriétaires, et forment le titre en vertu duquel ils ont droit au produit net du sol, soit qu'ils Texploitent ou ne l'exploitent pas par eux-mêmes.
Quand le capital se consacre k la terre sous forme d^instruments aratoires, de voilures* d'animaux de travail, de bestiaux pour l'engrais des terres, etc., on lui donne le nom d'avancei primitjjms
Quand le capital, enfln, s'emploie pour le salaire des ouvriers de la culture et l'entretien des avances primitives^ il constitue les avances an-
Les zv^uces primitives et annuelles sont à la charge du fermier, quand le propriétaire n'exploite pas lui-même. Les secondes, avec l'entretien des premières et le profit, au taux courant, de la somme des unes et des autres, forment, dans tous les cas, ce qu'on appelle les reprises de la culture^ c'est-à-dire le capital que doit rembourser nécessairement toute récolte, avant que la terre puisse être réputée donner un produit net *.
Le produit net doit pourvoir à l'entretien et à l'amélioration des avances foncières^ aux dépenses des propriétaires et del'État, c'est-à-dire i être distribué par ceux qui le perçoivent directement, sous la déduction
* Il est facile d'apercevoir que les avances foncières el primitives correspondent au capital fixe d'Adam Smith, et les avances annuelles à son capital circulant. 21 t'en laut de beaucoup sans doute que les analyses des Phytiocrates, sous ce double rapport conune sur d'autres points de la science, aient la même étendue et la même précision lumineuse que celles de l'illustre auteur de la Richesse des nations; mais il est incontestable, toutefois, qu'elles furent d'un grand secours â ce dernier, et qu'il avait profondément étudié leurs livres *. Quesnay forma Smitb, Smith a formé J.-B. Say; et les travaux de ces deux grands économistes ont fait naître des hommes qui partagent leur gloire.
* Go le voit, par l'analyte qu'il a doniée de leur lyalëme au Itv* it, cbap. u de son oMrrJge, laquelle •al os modélt da prédaion, de ctarM et d'exaclilude.