‹ PhysiocratesChapitre 14 sur 157 · XLIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLIV INTRODUCTION

chines, meubles, bijoux, objets d'art, etc. ; 3® Targenl que possède chaque particulier; et il* enfin, tout ce qui Tait partie du domaine public '.

$ Vil.-^ Du Tableau économique,-^ Objet de ses hypothèses.-- Que la haute Taleiir vénale, ou le bon prix des denrées agricoles, n'a rien de contraire à Tintérét général. — Ce que Técole de Quesnay entendait par luxe de décoration. — Comment rhypothèse de la propriété collective du sol par FÉtat n*empécherait pas d'en tirer un produit net, ce qui confirme Topinion des Pbysiocrates sur rutilité de la haute valeur naturelle des deurées agricoles. — Développements sur cette question. — Base normale de Tirnpôt, d*après Quesnay.— Heureux effets de la liberté du travail et des échanges. — Résumé du Tableau économique.

La société est comme un immense magasin où se trouvent en dépôt les subsistances, les matières premières, les ouvrages fabriqués de toute espèce, et où chacun vient puiser en raison de son droit, et apporter en raisoq de la nature de son travail. Mais ce magasin cesserait bientôt de fournir aux besoins journaliers des propriétaires, des capitalistes et des travailleurs, si Tagriculture ne venait périodiquement remplir les vides qu'y forme la consommation indiviluelle. Ce phénomène, que Tesprit a besoin d'une attention extrême pour bien suivre dans tous ses détails, Quesnay s'imagina qu'on pouvait le rendre sensible à l'œil en quelque sorte, par une combinaison synoptique de lignes et de chiffres, à laquelle il donna le nom de Tableau économiqtH* L'inspiratioq n'était pas heureuse et causa plus de bruit dans le monde, il faut en coavenir, que dans la pratique elle n'obtint de succès. A peu près inutile, mais du moins très simple sous la plume du maître, ce Tableau fameux ne tarda pas, sous celle de plusieurs de ses disciples et du marquis de Mirabeau notamment, h se hérisser de tant de chiffres et à se compliquer de tant de figures bizarres, qu'il revêtit l'aspect d'un épouvantable grimoire *. Ce fut une raison, sans doute, pour que beaucoup de gess affectassent de comprendre ce qu'ils n'entendaient pas; mais, dans la réalité, cette œuvre, loin de porter la lumière sur les idées scientifiques de l'école, ne réussit qu'à les envelopper de ténèbres plus profondes. La pensée

* V. Turgot, Farm, ei distrib. des richesse»^ $90 et 9i ; — Dupont deNem«urt, Abrégé des princ. de Vécon. polit. ^ p. 577 de ce volume.

• V. la Xofice sur Quesnay, p. 12 et 15 de e« volume.

INTRODUCTION. xlt

des Physiocrates n^avaitpas besoin de ces formes cabilisiiqtics pour se traduire; et elle ressort bien plus, en effet, de Texposilion même de leur doctrine, que du secours qu*ils leurs empruntèrent.

L'importance du TabUau économique, ou plutôt de Topuscule auquel 00 applique cette dénomination \ tient à ce qu'il résume d'une manière très ingénieuse les points fondamentaux du système de Quesnay ; et donne ooe sorte de relief matériel aux motifs qui portaient ce philosophe à voir dans l'agriculture la source principale de la richesse. Son aateur tend à y^démontrer, V que tout travail humain est nécessairement payé par les productions du sol *, ce qui implique, tout ^ la fois, et que l'agriculture est le premier intérêt social, et qu'elle seule peut fournir un produit net; 2° que la reproduction ne saurait se maintenir au même niveau, qu'autant que le cultivateur retrouve, dans la vente de ses denrées, la totalité de ses avances annuelles et l'intérêt de ses avances primitives, c'est-à-dire le montant intégral de ses reprises, qui constituent, une créance sur la terre, dont le privilège est sacré; 3** comment l'argent opère la distribution de la richesse entre les trois grandes classes, agricole, propriétaire et industrielle'.

On suppose, dans le Tableau économique * :

Que la reproduction générale vaut cinq milliards, dont deux de produit net, résultant de deux milliards d'avances annuelles, qui fixent, par conséquent, le rapport de ces avances avec le produit brut comme 2:5, et avec le produit net comme 100 : 100 ;

* Cet opuscule se divise en deux parties : VÀnalytedu Tableau^ auquel les Physiocrates donnaient encore 1c nom de Formule arilhméiique^ et les Observaliom sur ce Tableau ou Formule, dont retendue n'est que d'une page. (V. p. 57 à 78 de ce volume.)

* V. plus haut, $ m , texte et notes. Dira-t-on qu'une telle vérité n*a pns besoin de démonstration?— Ce serait oublier que le système mercantile, en empêchant les produits bruts de s'élever à leur prix naturel, ou d'acquérir la valeur qui résulte de la libre concurrence, formait par lui-même obstacle au développement de la richesse territoriale.

* La classe propriétaire comprend l'État, représenté par le souverain et ses agents. La révolution de 1789 nous a débarrassés des décimaleurs^ que Quesnay était contraint d*y adjoindre.

* Ce n'est pas seulement au texte de Quesnay, mais encore au curieux et piquant eommentaire de l'abbé Baudeau, intitulé : ExpUcaiion du Tableau économique^ (V. p. 8-29 et suiv. de ce volume), que nous empruntons les détails qu'on ^a lire.

LXYl INTRODUCTION.

Que celle reproduction, doot les trois cinquièmes appartiennent, comme reprises, a la classe agricole, et les deux autres cinquièmes, comme revenu, à la classe propriétaire, se composent de quatre milliards de subsistances propres à ta nourriturcde Thommeeldes animaux, et d'un milliard de matières premières ;

Qu'il Tant à la classe agricole trois milliards de subsistances, dont deux pour sa consommation propre et un pour acquérir, de la classe industrielle, les ouvrages et les services dout elle a besoin ; en outre, qu'il faut à la classe industrielle un milliard de subsistances, ou le quart de toutes celles produites, et que le revenu des propriétaires se partage, par moitié, en achats de subsistances a la classe agricole et en achats d'ouvrages et de services h la classe industrielle ;

EnGn, que la classe industrielle possède un capital d'an milliard en matières premières.

Tout ceci admis, il est facile de concevoir que la monnaie n'est qu'an instrument de circulation, qu'on peut très bien suppléer, en théorie, par des titres sur la production territoriale, par du papier, par des billets; et que ces billets, les agriculteurs, entre les mains de qui se trouve toute la production, ont seuls droit de les émettre, puisqu'ils sont seuls en état de les acquitter, d'y faire honneur. Si donc, l'on imagine qu'au commencement de l'année ceux-ci aient remis pour deux milliards de ces billels aux propriétaires et pour un milliard aux industriels, voici tout ce qui se sera passé après cette période de temps révolue, après la récolte de toutes les matières ou substances utiles faite.

La classe agricole, en échange de deux milliards de subsistances fournies aux classes propriétaire et industrielle, aura recouvré deux milliards

de ses titres, ci 2 milliards.

Mais il est évident que la classe industrielle, qui a besoin du quart effectif de la masse générale des subsistances, ou du cinquième de la production; et qui, de plus, doit rentrer dans son capital d'un milliard en matières premières, kquel , avec le milliard de billets k elle remis, compose tout son aca/, ne saurait travailler et

vivre si, dans l'échange qu'elle fait de son capital-ma-

A reporter 2 milliards.

INTIIODUCÏION. XLTif

Report r . . . 2 milliards.

tière avec les deux autres classes de la société, elle le leur livrait pour ce qu'il lui coûte h elle-même, c'est-à-dire l'abandonnait contre un cinquième seulement de la production totale, auquel il équivaut. Car, dans ce cas, n'arriverait-il pas, en effet, qu'il ne serait tenu aucun compte, à cette classe, du prix de la matière première dans ses services de fabrication; et que, par exemple , elle aurait travaillé gratuitement pour la classe agricole, nonobstant le milliard de billets reçu de cette dernière, s'il entrait, dans les produits fabriqués qu'elle vend un milliard à celle-ci, pour pareille somme de matières premières? Il y a donc nécessité que les choses se passent autrement , et c*est aussi ce qui a lieu.

Du lot de matières premières qu'elle possède, et que son travail doit lui restituer annuellement, la classe industrielle fait trois parts. Elle retient la première pour ses besoins propres de logement, vêtement, ameublement, etc.; et elle vend la seconde et la troisième, façonnées pour le même usage, aux deux autres classes agricole et propriétaire, un milliard chacun, c'est-k-dire aossi cher que la valeur du tout. En d'autres termes, elle veod le quinzième de la production générale le même prix qne le cinquième de cette production; et c'est par ce aïoyen que, tirant de la classe propriétaire, en outre do milliard de billets reçu de la claese agricole, la moitié de ceux qne cette même classe a remis à la précédente, ou une valeur nouvelle d'un milliard, elle satisfait îi ses besoins de toute nature et au remplacement de son capital.

Tout ce qu*on vient de dire expliquant de quelle manière la classe industrielle peut acheter pour un milliard de matières premières à la classe agricole, il y a donc lieu d'inscrire ici cette somme d'un milliard, et d'ajouter que

A reporter ........ 2 milliards.

XLViii INTRODUCTION.

Réport 2 milliards.

ragricuUure est rentrée dans la possession de tous les titres qu'elle avait délivrés sur elle*naénie, ce qui dé-< montre que toute la richesse territoriale s*est distribuée à qui de droit, et qu'en dehors des produits non consommés de Tannée révolue ou des accumulations antérieures, la société ne peut plus vivre que sur une reproduction nouvelle; ce qui démontre également que les avances, nécessaires à cette reproduction , sont restées intactes entre les mains des cultivateurs, tant pour les mettre k même de recommencer le cours de leurs opérations productives, que pour les mettre en état de rejeter dans la circulation une masse de billets égale en valeur a la somme de ceux qu'ils viennent d'en retirer, ci. . . 1 milliards

En portant encore ici le montant de ces avances, qui sont, comme on l'a vu, les deux cinquièmes de la production générale, consommés en natnre de subsistances, soit par les hommes, soit par les animaux, et doat la valeur est de deux milliards, ci . 2 milliards.

on retrouve la totalité de cette production, oa la totalité

de sa valeur échangeable *. . ^ 5 milliards.

De cet ensemble d'hypothèses auxquelles se livrait Quesnay pour mettre k découvert les ressorts économiques du mécanisme social, k peu

* L'on voit , par cette explication , combien est foddé le reproche qu'on trouve adressé aux Èeonomiilei, dans la Biographie universelle et portative de» contemporain» (Art. Dupont de Nemours) , de s'être figuré que les cultivateurs vendaient réellement les deux cinquièmes de leurs produits à la classe propriétaire, ou qu'ils les leur abandonnaient au même litre que, dans l'hypothèse du Tableau , ils s'en dessaisissent en faveur de la classe dite stérile. On en est véritablement réduit à se demander, après cette singulière critique, si l'auteur ne t'était pas figuré lui-même qu'il avait lu le Tableau économique. Bien que , pour dépeindre la circulation du tiers des reprises et de la totalité du revenu au sein de la société, Quesnay n'ait pas eu recours à des billets^ comme nous l'avons fait nous-mêmes d'après l'abbé Baudeau , le bon sens suffisait , à défaut du texte même du Tableau économique^ pour ne pas se figurer qn'enire Tachai du blé, du vin , de la viande, etc., aux fermiers, par la classe propriétaire et par la classe dite stérile , Quesnay n'admettait aucun» différence. (V. Notice sur Dupont de Nemours, p. 525 de ce vol.)

INTRODUCTION. ux

près comme Mallhos s*est servi de chiffres pour mieux dépeindre Ténergie du principe de population , les Physiocrates tiraient diverses conséquences, dont les unes sont incontestées, et dont les autres n*ont peut-être que Tapparence du paradoxe. Là se trouvait à leurs yeux la preuve :

Que la richesse ne consiste pas dans Targent, mais bien dans les choses consommables;

Que, tous les services sociaux puisant leur rémunération dans Tagricalture, non que, considéré en soi, le labeur de ses agents se distingue de tout autre travail, mais parce qu'il emprunte une efficacité particulière k la machine à laquelle il s'applique, et qui est seule véritablement productive, la masse des produits agricoles détermine Timportance du revenu foncier, des profits du capital, et des salaires;

Que, les reprises du cultivateur n'étant pas une portion disponible dans cette masse, le revenu de la société consiste uniquement dans le produit net du sol;

Que l'impôt ne saurait, sans dommage pour la société, se lever ailleurs que sur ce produit; et qu'il retombe, nécessairement et toujours, sur les propriétaires, quel que soit le mode de sa perception;

Que, pour bien juger des effets de l'industrie et du commerce, il ne faut y voir qu'une dépense^ dans la nature de laquelle il n'est pas de fournir un produit net, parce qu'au lieu d'avoir pour fin, comme les avances faites à la terre, de reproduire et de multiplier les substances que la consommation détruit, elle a seulement pour but de leur imprimer des formes nouvelles, et de distribuer les choses produites ^

' L'utilité de toute espèce de travail ne semble pas compromise par cette distinction. Il est assez difficile de concevoir, en vérité, comment Ton ue veut pas admettre que, même dans le cas où la terre ne donne pas de produit net, ou se borne à remplacer le capital et la subsistance de l'exploitant , il se rencontre là une reproduction maiérielle qui imprime au travail agricole un caractère économique que ne présente pas Fœuvre de la fabrication ou de Tindustrie. L'ouvrier de manufacture rend bien en valeur^ il est vrai, l'équivalent des produits bruts qu'il a consommés, mats il ne rétablit pas cette valeur en nature de choies malérieiles^ ce qui est fort différent; car il en résulte qu'il ne peut se payer son salaire à lui-même, ce que fait Toofrier agricole. Donnez à celui-ci de quoi vivre pendant un an et le capital nécettaire pour exploiter un terrain suffisant à sa consommation , il subsistera , tant ^ienqut naJ, sans avoir plus besoin de recourir à personne ; mais donnez à l'autre^

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