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EFFET DES ASSIGNATS SLR LE PRIX DU PAIN

Ceux qui proposent de faire pour deux milliards d'assignats, et qui font leur embarras, comme s'ils étaient de bons citoyens , ont donc pour objet de faire monter le pain de quatre livres k 20 sous ; la bouteille de vin commun k 16, la viande à 18 sous la livre, les souliers à 12 francs.

Ils disent que cela n'arrivera pas, parce qu'avec les assignats oii achètera des biens du clergé : mais ils attrapent le peuple, car les biens du clergé ne pourront pas être vendus tous au même moment, et du jour au lendemain.

Quand on veut acheter un b|en, on visite les bâtiments , les bois, les prés ; on examine si les vignes sont vieilles ou jeunes ; on eq yoit plusieurs pour savoir celui qui convient le mieux et , pendant qu'op prend toutes ces précautions très sages, le temps s'écoule.

Les assignats resteront donc assez longtemps sur la place et dans le commerce. ♦

Ceux qui les auront en feront usage pour leurs affaires; ety^^omme ils seront en grand nombre , ils seront obligés de donner beaucoup d'assignats, ou beaocoup d'argent, pour ce qu'ils voudront acheter.

Pendant tout ce temps-ik , toutes les marchandises k rusa|[e du peuple , et surtout le pain , qui est la inarchandise la plus générale et ]^ plus utile, se vendront le double , et il se fera de bons coups aux dépens des citoyens.

Il n'en sera pas de même si, au lieu des assignats, on ne donnait que des quittances de finance.

Car ces quittances de finance ne pouvant servir que pour a^eler les biens du clergé , elles ne viendraient pas troubler le commerce du pain et du vin , ni déranger tous les prix des marchandises.

Cependant les biens du clergé ne s'en vendraient pas moins, puisqu'il y aurait pour les payer précisément la même son^ipe en quittances de finance que l'on veut donner en assignats.

Mais les quittances de finance seront libres; on ne pourra pas forcer le pauvre peuple de les prendre en payement; elles ne circuleront qu'entre les gros créanciers du gouvernement et le trésor national , qui vend les biens du clergé : aucune denrée n'augmentera de prix.

Ainsi, les assignats sont bons pour les gens riches^ quiontbeaucoup de dettes k payer au pauvre peuple, qui voudraient bien lui donner du papier, tel quel , au lieu d'écus, et qui voudraient bien encore lui veudre leur blé et leur vin le double de ce qu'ils valent.

Les quittances de finance , au contraire , sont bonnes pour toute la nation^ qui ne payera les subsistances qu'au même prix, qui recevra les salaires en argent, comme par le passé, et qui n'en vendra pas

rooÎDs les biens du clergé pour les quittances de finance qu'elle aura données à ses créanciers.

Voilà ce dont un véritable Ami du peuple se croii en conscience obligé de l'avertir *.

* Voici, toujours d'après le Montreur, ce qui suivit la lecture faite à rAssemblée constituante de l'écrit qui précède :

M. Dupont. — UÂssemblée peut voir que cette brochure n'a d'autre objet que de balancer Teffet des motions incendiaires contre ceux qui voudront faire connaître au peuple que rémission proposée pourrait causer les plus grands malheurs , serait complètement inutile à la vente des biens nationaux, et nuirait au commerce et à l'agriculture . Je déclare quç je suis le citoyen qui a fait cette brochure {le c6U droit applaudit,) Je n'ai pas voulu mettre mon nom à cette brochure, parce que je craignais, comme député, de lui donner trop d'influence ; et j'ai mis le titre d*Àmi du Peuple, parce que je me crois digne de le porter. S'il s'agissait d'une opinion prise par l'Assemblée nationale , tout citoyen devrait s'interdire le plus léger cooimentaiil.Tous les Français ne doivent parler des décisions de l'Assemblée qu'avec respect,-"*'

11 y a plusieurs mois, vous avez décrété l'émission de 400 millions d'assignats; je m'étais opposé à la proposition qui vous en avait été faite ; j'avais fait imprimer mon opinicm ; le décret a été rendu avant que je l'eusse publiée, et je n'en ai pas donné un seul exemplaire, et l'édition entière m'est restée. Mais dans ce moment, où l'on soulève le peuple , il m'a paru important de jeter quelque lumière sur son plus grand intérêt (tV s'élève des murmures); il m'a paru que je faisais un acte de bon citoyen, que ce n'était point abuser de la liberté de la presse que de prévenir le peuple par des raisons sensibles, par des vérités claires et mises à sa portée, sur un objet qui me semble si désastreux pour le peuple, pour Tagnculture et pour le commerce. Si on me croit coupable , je me soumets à la peine que l'Assemblée voudra m'infliger, je me soumets à la poursuite par devant les tribunaux (les murmura continuent). Je dois déclarer et déclare que, par les gens qui font leur embarras H que j'appelle mauvais citoyens^ je n'entends que ces faux amis du peuple, qui distribuent de l'argent, et qui, par des motions dans les promenades publiques, ne cherchent qu'à égarer le peuple , qu'à le tromper sur ses véritables intérêts ( Ut murmures d'une partie delà salle augmentent),

La partie gauche demande qu'on passe à Tordre du jour. — La partie droite vote des remerciements à M. Dupont.

Après quelque temps d'une insistance tumultueuse , sur l'une et l'autre proposition, l'Assemblée décide , à une très grande majorité, de passera Tordre du jour. {Moniteur de i790, n» cité). (E. D.)

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