II' LETTRE. — J.-B. SAY A DUPONT DE NEMOURS
Mon cher et respectable maître.
Que j'ai d'obligation à cette longue traversée qui m'a valu cette aimable et longue conversation de votre part ! Vous me donnez un peu trop de louanges ; mais vous les tempérez par de bonnes réprimandes. Ne m'en veuiDez pas de réclamer un peu contre les unes et contre les autres, mais avec tout, le respect que je dois à l'élève de Quesnay, à l'ami de Turgot, et à quatre-vingts années employées à vouloir et à faire du bien. Que je regrette nos sottises européennes qui vous ont forcé à mettre l'Atlantique entre nous et vous I On dit que ce n'est qu'à force de faux pas que l'on apprend à marcher droit ; mais comment se fait-il qu'après
* Quesnay, Turgot, olc.
CORRE«N!>mïAf^CE Jffec J.-B. 5AY. ^17
tant de faoi pas, depais qixatone oa quinze tlècks, nous ne sachions pas encore èoflunént l'on peat se tettir ittr ^ jaikibés f
Tons êtes mécontent de ce qae je dis sur les revenus pnidics, et cela doit être. Malheareusenient après avoir dit mon peccavi^ je ne veux pas faire mon acte de contrition* Car je vois» quoi que yoos en disiez, des productions créées autrement qne par la munificence de la nature. Vous me ditiea, mon cher maître. Dieu seul eiiproducitur : eb oui , de nos matériaux jl^l^ la valeur qui se trouve en eux au moment qu'il nous les donne ; mais non de* i| valeur que nous y ajoutons par notre travail et ]^ qos capitaux '• Or, si nous y ajoutons une valeur nouvelle, indépendamment de celle dont Dieu nous gratifie, il faut bien convenir que le prince, l'État, la républii|ue peuvent nous en demander une partie '.
Je ne peu encere comprendre comment vos amis, qui nops ont rendu un si grand service en nous apprenant que l'or et l'argent n'étaient pas nos ;eules ridiesses, mais qne» sous peine d'absurdité, nous devions cmnpter pottr quelque chose la valeur dn blé, n'aient point été conduits, par cette vue admirable et juste, à voir qu'A m est parftôtement de inème de toute autre valeur réelle et appréciée. Cette dernière valeur est enlevée, dites-vous, par l'artisan qui la donne. Mais, pour servira la consommation de l'artisan, en a-t-elie été moins donnée? De cette valeur donnée» l'artisan, le capitafiste» n'ent-ils pas pu en conscmuner une partie pour leur entretien, et en donner une partie pour l'entretien de l'Éiat? De là le revenu public ^
Vous voyez, mon digfié maître, combien j'ai dû juger sévèreriietit votre revenu public, fondé entièrement sur une eanstiiutiah dofnàhiah à partage de revenu , qui bit entrer FÉtat en partage avec les propriétaires de Mens-fonds