LVIII INTRODUCTION
lire très logiquement la conséquence du principe qu'il a posé, h savoir que la richesse dérive uniquement du travail ; mais que devient cette conséquence, si le principe est faux et rejeté par tous les économistes? Il est, ensuite, très difficile de s'expliquer comment Sismondi, 6uchanab« Ricardo, concilient l'espèce de défaveur qu'ils appellent sur les proprié^ tairesavec la tendresse que le dernier, surtout, montre h l'endroit des capitalistes. Le propriétaire, disent-ils, sinon dans ces termes mièmes, au moins en termes équivalents, récolte et ne sème pas« Mais, en' tenant le fait pour exacte quoiqu'il ne le soit point ', est-ce que le préteur d'argent sème ou travaille plus que le propriétaire? Qu'y a-t-il donc de plus illicite, ou qui blesse davantage l'intérêt des consommateurs, c'est-à-dire de tout le monde, à percevoir une rente de 6,000 fr. pour UD domaine qu'on a payé 200,000 fr.» qu'k toucher h titre d'intérêt,, 4, 5, 6 p. 100, on plus, du même capital? Et, quand le capitaliste employé ses fonds lui-même, l'excédant de profit qu'il en retire est-il moins soldé par les consommateurs, que la rente du pi*opf iétaire opérant par ses propres mains Texploitation de son faire-valoir? Pourquoi donc celui-ci^ serait-il plus que l'autre, le /ton, Vhomme fort dan& la société^ comme le représente Necker? Et le banquier genevois, doal R^ardo ressuscite la doctrine, ne se moque-t-il pas de ses lecteurs, lorsqu'il exalte la générosité du second aux dépens de celle du premier, dont la puis* sauce, affirme-t-il, ne s'exerce jamais que pour réduire k sa dernière limite la récompense du travail, le taux du salaire *?
La question de savoir si l'on peut considérer la rente comme un doii gratuit de la nature revient, sous un autre forme, à la même que la précédente. Ce qu'on y agite encore, c'est la glorification du capital, el l'assimilation complète du travail industriel au travail agricole.
Adam Smith avait, dans le beau chapitre qu'il consacre à l'analyse des.
^ Les propriétaires actuels sont au droit de ceux qui défrichèrent tous les terrains, incultes, et incorporèrent au sol des richesses mobilières dont l'emploi tourna certainement au profit de toute la société.
* V. Ugiilat. dei grains, t. T, p. 1S5-1S4; 11, p. 155 , iU , 147 et 149. — 11 est à propos de faire observer que Necker, qui contestait aux propriétaires la libre disposition des denrées agricoles, dépensait toute cette philanthropie pour établir que le peuple n'avait aucun intérêt à Pabolition des droits de hallty dans lesquels il \oyait une propriété aussi respectable que toute a.iUre..
LMRODUCTION. LU
effets divers de remploi des capitaux, émis les propositions suivantes:
c Aucun capital, k somme égale , ne met en activité plus de travail productif que celui dg fermier.... Dans la culture de la terre, la nature travaille conjointement avec Thomme ; et quoique son travail ae coûte aucune dépense, ce qu'il produit n'en a pas moins de valeur, aussi bien que ce que produisent les ouvriers les plus cbers.... Outre le capital du fermier et tous ses profits, les hommes et les bestiaux employés à Fagrîcultore donnent lieu à la reproduction régulière d'une rente pour le propriétaire. On peut considérer cette rente comme le produit de cette paissance de la nature, dont le propriétaire prête Tusage au fermer.... Ce produit est Tœuvre de la nature, qui reste après qu'on a fait la dédoclion ou la balance de tout ce qu'on peut regarder comme l'œuvre de l'homme. Ce reste fait rarement moins du quart, et souvent plus du tiers da produit total. Jamais une pareille quantité de travail productif em- [ plage efi, manufacturée^ ne peut occasionner une aussi riche reprodnc- \ tioD..... De toutes les manières dont un capital peut-être employé, celle j qui l'emploie à la culture de la terre est, sans comparaison, la plui avan- \ iageuie à la société K \
Il est manifeste que Smith, dans ce passage dont nous avons abrégé j les développements, non-seulement envisage la rente du même œil que Queanay et Turgot, mais reconnaît encore, avec eux, dans l'application du travail k la terre, des effets qu'il n*est pas donné à l'industrie ni au commerce de produire. Ricardo, au contraire, est venu nier tout cela , par les considérations qu'on va lire.
€ Rien n'est plus commun, dit cet économiste, que d'entendre parler des avantages que possède la terre sur toute autre source de production oUle, et cela par le surplus qu'on en retire sous lu forme de fermage. Et cependant^ lorsqu'il y a plus de terrains, et qu'ils sont plus fertiles et productifs, ils ne donnent point de fermage ; et ce n'est qu'après qu'ils se détériorent, le même travail donnant moins de produits, qu'on détache une partie du produit primitif des portions les plus fertile des terres pour le payement du fermage *. Il est assez singulier que cette qualité
* Jlic^. des nal., I, p. 453-436, édit. Guillaumin.
* Tout le monde sait que , d'après l'école de Ricardo , le fermage ne se uionlre