LX INTRODUCTION
de la terre^ qui aurait dû être regardée comme un désavantage, si oo la compare aux autres agents naturels qui favorisent le manufacturier, ait été considérée au contraire comme ce qui lui donnait une prééminence marquée. Si Pair, l'eau, l'élasticité de la vapeur et la pression de l'atmosphère pouvaient avoir des qualités variables; si l'on pouvait se les approprier, et que chacune de ces qualités n'existât qu'en quantité médiocre, tous ces agents donneraient un profit, selon qu'on tirerait successivement parti de leurs qualités *. A chaque emploi d'une quantité inférieure, la valeur des produits dans la fabrication desquels elle entrerait, hausse*» rait, parce que des quantités égales de travail industriel donneraient moins de produits. L'homme travaillerait plus de son corps, la nature ferait moins, et la terre ne jouirait plus d'une prééminence fondée sur
son pouvoir borné La hausse des fermages est toujours l'effet de l'ac-
croissement de la richesse nationale, et de la difficulté de procurer des subsistances pour le surcroît de population : c'est un signe , jnais ce n'est jamais une cause de la richesse; car la richesse s'accroit souvent très rapidement, pendant que les fermages restent stationnaires,x>u qu'Us baissent même*. »
Par ce langage, Ricardo entend prouver que l'agriculture n'augnoente pas le capital national plus que tout autre genre d'industrie; que la rente n'est que l'effet de la cherté, et que ce que le propriétaire gagne de cette manière, il ne le gagne qu'aux dépens du consommateur. Et BuchaDan, qui partage la même doctrine, la formule en ces termes dans ses commentaires sur Adam Smith : < S'imaginer que l'agriculture donne un produit net, parce que la nature concourt avec l'industrie des hommes aux opérations de la culture, et qu'il en résulte un fermage, c'est une RÊVERIE. Ce n'est pas du produit que naît le fermage, mais bien du prix auquel le produit est vendu, et ce prix, on Tobtient , non parce que la tioture a aidé à la production^ mais parce que c'est lui seul qui fait accorder
qu'au moment ot^ Ton passe de la culture des terres de première qualité, à celle des terres de deuxième, troisième, etc., classes.
' Neckcr, dans un chapitre de sa Législation deg grains^ applique au commerce des subsistances une hypothèse qu'on dirait presque avoir inspiré celle de Ricardo. V.t. l,p. 225.
• Princ, d'écon. polit, ^ I, eh. u , Du fermage.
INTROJDliCTÎON. LXi
Toffre avec la demande.» Essayons de voir s'il est bien vrai que Qaesnay, Turgot et Smilb n'aient été quedes rêveurs, lorsqu'ils ont doté le tra- Tsîl agricole d'une efficacité productive toute particulière, et s'il est bien ▼rai encore, car la théorie de fiuchanan et de Ricardo implique ce point, que le produit net, la rente, le fermage puissent être confondus, quant il leursefTets, avec le monopole qu'exerce le possesseur d'un secret industriel, ou celui que les tarifs protecteurs accordent il la fabrication d'un pays, quand ils écartent les produits similaires de l'étranger du marcbé national.
Pour rendre la controverse moins obscure, il importe de considérer isolément les deux faces bien différentes que présente la question, à savoir celle de l'existence même du produit net du sol, et celle de la répartition de ce produit au sein de la société.
Sous le premier rapport, que veut établir Ricardo, avec son bypotbèse de l'appropriation de l'air, de l'eau, de l'élasticité de la vapeur, dans lesquels iisuppose desqualités variables et limitation de quantité? Que ce serail un malheur que la constitution de ces divers agents naturels fût identique avec celle du 50/, et que par conséquent l'Humanité ne gagne rien à ce que les terres ne soient pas partout également fertiles, du premier degré de fertilité et d'une étendue sans bornes. Mais, de ce que cette vérité est incontestable, s'ensuit-il que Smith et Técole de Quesnay aient eu tort de regarder comme un avantage qu'il existât des terrains plus fertiles que d'autres, et fournissant, par delà les frais de culture, un excédant de produit que les derniers ne rapportent pas? De ce que la nature n'est pas toujours libérale ou généreuse, doit-on rationnellement en conclure qu'elle oe l'estjamais, et faut-il nier les bienfaits de la puissance végétative de la terre, par la raison que celle-ci n'est pas sans limites, et que dans ses différentes parties elle n'offre pas une utilité uuiforme, comme l'air, l'eau la lumière, et tous les autres agents naturels dont on emprunte les services gratuitement? Buchanan soutient que la rente dérive, non du produit même, mais du prix auquel ce produit est vendu. Cela est exact par rapport aux propriétaires, mais ne l'est pas par rapport a la société ; car, alors même, que prenant en considération la fertilité comparative des diverses portions du sol, on déterminerait le prix courant du blé proportionnellement ^ la somme de capital et de travail employée tant sur
LXU INTOODUCTION.
les terres de première classe que sur celles de qualité inférieure, tonjours resterail-il qo^noe poptioo du territoire national donnerait une rente ou un produit net, tandis que Tautre n'en donnerait pas. Dans ce cas imaginaire, le produit net ou la rente, au lieu de demeurer aux norias d'une partie de ses membres, passerait dans celles de«la société tout entière; mais ce fait n'empécberait pas qu'il n'eût été créé un excédant de richesse très réel et tout k hit indépendani du prix d$i denréei agri" coies^ qui serait l'œuvre, non du travM humain, mais de la nature. Ainsi, sous ce premier rapport, celui de l'attribution ^ l'agriculture d'un produit net qu'on ne saurait demander au travail industriel, lai doctrine de Quesnay, de Turgot et de Smith nous semble irréprochièle.
Maintenant, est-on fondé à prétendre que la distribution de ce produit ou de sa valeur, sous forme de rente, aux propriétaires, n'a lieu qu'aux dépens des consommateurs^ et que ceux-ci se trouvent exactement, vis à vis des premiers, dans la. même position que vis k vjsides fabricant!» nationaux investis, par la loi, d'un monopole industriel quelconque? Pour se convaincre du contraire, il suffit d'analyser les rapports naturels des propriétaires et des non-propriétaires; et, si l'on découvre que la rente territoriale n'est qu'une conséquence rigoureuse de ces rapports, il faut bien admettre, k moins de rejeter le principe de l'appropriation du sol , que les seconds ne sont dépouillés de rien, quand ils acquittent cette rente. On ne peut nier, il est vrai, qu'ils ne seraient plus riches s'ils ne la payaient pas, de même que les propriétaires seraient plus riches également, s'ils n^avaient pas à solder les salaires du travail industriel et les profits du capital qui le met en mouvement; mais à quoi servent toutes les hypothèses de ce genre, quand on tient, comme Ricardo etBuchanan, la propriété foncière pour utile et indispensable? Comment n'ont-ils pas remarqué que tout ce qu'ils disent de la rente peut, selon l'observation même de J.-B. Say ', s'appliquer au profit du capital» et que les détenteurs du sol ne vivent pas plus aux dépens de tout le monde, que les capitalistes aux dépens des simples travailleurs? Les propriétaires sont des vendeurs de produits bruts, les non-pro-
• Noies sur Ricardo, t. I, p. 81, des Prine. de l'éeonom. polit, ^ 2« édition, et Cours d'écon. polit. y^* partie, ch. xi.
INTRODUCTION. LXltt
priétaires des vendeurs de travail; et chacune de ces deux classes ^ réciproquement besoin de Tautre. Leur inlérët commun est donc que la justice règle le prix respectif des services qu'elles sont appelées à se rendre; et la justice n'est, dans ce cas, antre cho^ que la liberté complète de leurs transactions, de laquelle il résulte qu'aucun iurhaussement faeticê ne peut affecter, soit la valeur des denrées agricoles, soit la va« leur du travail. Or, le bénéfice qui constitue la rente, lequel n'existe que parce qu'il est dans la nature de la plus grande partie des terres de donner nn produit net, qui s'accroît pour les propriétaires h mesure que Ton passe successivement de la culture des terrains les plus fertiles k celle des terrains de qualité inférieure ', peut-il être qualifié de surhaussèment de cette espèce *? Évidemment non , car il n'est pas l'œuvre des propriétaires, quoiqu'ils en profitent, et n'a pas pour cause une dépréciation artificielle du travail des non-propriétaires, qui continue de garder toute la valeur qu'il tient de la nature des choses, c'est-à-dire celle de pourvoir à leur entretien, selon la place qu'ils occupent dans la société. Aussi, Ricardo convient-il lui-même, comme on l'a vu, que la hausse des fermages coïncide toujours avec l'accroissement de la richesse nationale. S'il ajoute fort judicieusement, ensuite, que le progrès sous ce rapport ne procède pas de l'élévation même de la rente territoriale, au moins demeure-t-il que cette élévation a sa source dans ce progrès, ce qui contredit formellement ce que le même économiste affirme ailleurs, et contre l'opinion d'Adam Smith, que l'intérêt des propriétaires du
' Si Ricardo ne disait que cela, sa théorie de la rente serait irréprochable et se confondrait avec les idées de Quesnay, de Smith et de Malthas. Mais elle en diffère en ce que cet écrivain pense que la rente tient uniquement à Tinégalité des forces productives du sol, et qu'il la présente comme une création, non de richesse^ mais de voleter seulement. Cette double conclusion nous semble repoussée par M. Rossi , qui a porté tant de lumière sur la doctrine de Ricardo. 11 est incontestable , dans tous les cas, que le savant économiste n*en accepte point la première partie, car elle loi a suggéré TafOrmation suivante : « Lors même que toutes le.« terres seraient de la même qualité et placées dans les mêmes circonstances, les faits économii|ues qui sont la cause de la rente n'auraient pas moins lieu , et la théorie de la rente territoriale {h savoir que celle-ci n'est que la différence entre les frais de production et le frixdu marché) nVn serait pas moins vraie dans toutes ses parties »> [Cours d'écon. ]^tl.,I,p. 129-t30).
* Il est sans doute inutile de faire observer que nous raisonnons icl^ comme les. fhysiocrates, dans Phypothèse de la liberté des échanges:
LXIY INTRODUCTION.
sol est en opposiiioD constante avec celui du reste de la société ^ C'est sous des caractères fort différents que se montrent tous les mo* nopoles industriels. Un se produit en réalité, à Tégard de la valeur da travail, le surhaussement factice dont on a parlé plus haut, et qui ne blesse pas seulement Tintérét de la classe propriétaire, mais celui de toutes les classes de la société, hormis celle qu*on a investie de privi-* lèges injustes et irrationnels. Bien certainement, une vérité qu'aucua sophisme ne saurait obscurcir, par exemple, c'est que tout consommateur, propriétaire ou non-propriétaire, qui se voit contraint de payer, ea France, 20 (t. un mètre de drap qu'il tirerait de l'Angleterre pour 15^ si le tissu pouvait franchir le détroit , est littéralement spolié d'une somme de5 rr.,aveclaquelleil aurait acquis une autre portion de richesse. Il n'est pas moins un tributaire du travail national que du Trésor, avec cette différence, toutefois, que l'impôt versé au fisc profite à la communauté, et que la prime, touchée par la fabrication monopolaire, ne sert qa^à l'entretien d'un travail inutile. Si l'accroissement de la population et la nécessité, pour faire face à des besoins plus grands de subsistances et de matières premières, forçant de livrer a la culture des terrains moins productifs que ceux déjhcxploités,ou d'exploiter ces mêmes terrains avec plus de capital et de travail, le blé monte naturellement de 20 h 22 f. l'bectolitre,on a le droit de dire qu'il est dans l'intérêt de la société tout entière de payer le blé ce dernier prix, puisqu'elle n'en obtiendrait pas en quantité suffisante, si elle ne consentait ii en offrir cette somme. Dans ce cas même, et c'est précisément il Ricardo que revient l'honneur de l'avoir démontré, elle ne le payerait pas un centime au-delà des /raïs depro^ duction*; et la rente qu'acquitteraient les consommateurs pourrait, ea partie, servir aux besoins de l'État. Considéràt-on comme vicieuse la
* V Princ.dtf/Vconow.po/il., 11, p. 173-174.
* A vrai (lire, Ton allribiie ici, à Ricardo, plus de mérite qu'il n'en a réellement; car un membre de Tuiiiversité d'Oxford, M. WeBt, et Malilius, dan^ récrit intitulé : An inquiry inlo the nature and progress ofrent^ avaient expoBé, dès 1SI5, ce qu^OD, appelle la théorie de la rente territoriale^ du premier de ces trois écrivains. Ce qu*a fait Ricanlo, ça été de mutiler cette théorie et d*en écarter toutes les idées par les: quelles Malihus , adoptant les vues des Pliysiocrates , sur le rôle que joue la terre dans la création de la richesse, donnait, comme eux, pour b.ise principale à la rente ou au fennage , le produit nel du sol ; idées que cet auteur a reproduites, au surplus, tant dans ses Principes d'économie politique ^ que dans le livre m de VBss4sji
INTRODUCTION. Ut
distribotion des profits nés de ce sorhaussemenl, il Taudrait convenir, cependant, qu'il ne porterait aucune atteinte Ik la richesse publique , et (|u1l n'en aurait pas diminué la somme. Mais la prime allouée aux mo* oopoles industriels engendre des résultats tout contraires. Elle a pour effet de rendre Tensemble du travail national moins productirqu'il ne le serait naturellement, par celte raison que h production agricole^ selon Qnesnay, \e produit de la terre et du travail du pays, selon Adam Smith, solde alors, plus chèrement qu'elle ne vaut. Futilité que la fabrication à privilège procure a la masse générale des consommateurs. Cette prime, en un mot, n'est avantageuse qu'à ceux qui la touchent, et dommageable p our le reste de la société. Il n'y a donc, selon nous, aucune assimilation à établir entre les effets de la propriété territoriale, que l'on a qualifiée de monopole, comme si toute propriété n'était pas un monopole plus ou moins étroit, mais qui, monbpole ou non, est, de l'aveu unanime des Téritables économistes, instituée dans l'intcrét de tous, et ceux des mo^ oopoles industriels, des monopoles proprement dits, qui ne le sont jamais que dans le but de sacrifier l'intérêt de tous à celui de quelques-
QDS*.
En résumé, ce qu'enseignaient les Physiocrates, par la doctrine du produit net, c'est qu'il faut tirer de la terre, avec le moins de travail et de capital possible, la plus grande masse possible de subsistances et de < matières premières, c'est-h-^ire de choses qui renferment virtuellement tous les besoins de l'Humanité. Voir, dans cet emploi normal du sol, la condition du plus grand revenu des cultivateurs d'abord, et ensuite de rÉtat et de toutes les autres classes sociales, parce que la richesse ne se compose que de produits agricoles h l'état brut ou manufacturé, c'est; envisager le phénomène de la production générale, comme nous croyons qu'il l'a été par Smith lui-même, et bien certainement comme l'a compris
sur la pnpulntion. (V., à cet égard, une leUrc de Malthus à J. B. Say, Mélanges et Corretpandance d* économie poli U que du dernier, p. SOI.)
> J.-B. Sny, qu'on ne peut accuser d»^ trop de prefideclion pour la propriété foncière et la doctrine des éronoinisics du xvni* siècle, avait repoussé, avant nous, l'astimilation, tentée par Buclinnan et Ricardo, des effets de ceUe propriété aux conséquences des monopoles tndusUriels. (Y. Cours d'éconowUs politique , 1, p. sa:^ , tt4 tttt5).
Lxvi INTRODUCTION.
Maltl)us, dans le passage qu'oD va lire et qui semble être sorti, poar 1
fond, de la plume de Quesnay ou de Turgol:
c II sera toujours d*une vérité incontestable que le surplus du pradui obtenu par ks cultivateurs^ pris dans un sens étendu, mesure et Hmit raccroissement de la partie de la société qui ne travaille pas k la tem Partout le nombre des (abricants, des commerçants, des propriétaires f de ceux qui exercent des emplois civils ou militaires, doit se propor tionner exactement à ce surplus de produits ; et, par la nature même de choses, ne peut s^accroitre au-delà. Si la terre avait été avare de ses prc duits, au point d*obliger tous ses habitants à travailler pour les obtenii il n*aurait existé ni oisifs ni fabricants. Mais, dans ses premiers rapport avec rhomme, elle lui fit des dons gratuits, bornés il est vrai, mais suffi sauts comme Tonds de subsistance pour s*en procurer de plus grands Et la Taculté de s'en procurer de tels résulta pour Thomme de celte pro priété qu*à la terre d'être susceptible de produire, à l'aide de la culture beaucoup plus d'aliments et de matières propres au vêtement et au loge ment, qu'il n'en faut pour nourrir, vêtir et loger ceux qui la cultivent Cette qualité est la base du surplus de produit qui distingue d'une ma niera particulière le travail de la terre. En proportion du travail et d( l'intelligence qui s'y sont appliqués, le surplus du produit a augmenté, ei un plus grand nombre de personnes ont eu le loisir de s'occuper d< toutes les inventions variées qui embellissent la vie civilisée; et en même temps le désir de profiter de ces inventions n'a point cessé de stimule) les cultivateurs et de les engagera faire naître le surplus de leurs, pro duits. Ce désir parait nécessaire pour donner au surplus du produit tout sa valeur et pour encourager k Faccroitre, parce qu'avant que le fabri' eant achève son ouvrage, il faut qu'on lui avance les fonds nécessaire à sa subsistance; en sorte quon ne.peut faire un pas dans aucune espéc d'industrie^ sans que les cultivateurs obtiennent du sol plus que ce qui suffit d leur consommation * »
Il y a peut-être dans les lignes qui précèdent, et qui montrent combien peu Malthus partageait les opinions exprimées par Ricardo, la justification de toute l'importance que l'école de Quesnay attachait h Pa-
^ Essai sur le principe depopvfaliop^ p. 395, édit. Guillaumin.
INTRODUCTION. Ç LXYII j
gricultare, et celle des idées de cette école sur la distributiW4e la richesse au sein du corps ^social, seuls points par lesquels ses vues se dislingueut véritablement des principes posés et des conclusions prises par la science moderne. Il y a, du moins, la preuve que la doctrine du fraduit net est loin de mériter le ridicule dont on a tenté de la couvrir, et que, du temps des Economistes, Tabbé Bandeau ne renvoyait pas sans bonheur à Necker, Tun de ses principaux adversaires '. •
$ IX. — Des peuples commerçants et des nations agricoles. ^ Dépendance où sont les premiers des secondes. — Supériorité d'importance du commerce intérieur sur le commerce extérieur. — Préjugé populaire duquel est sorti le système mercantile. — Les conséquences de ce système se résument dans la violation du droit de propriété. — Adam Smith et Quesnay sont d'accord sur la conformité de la liberté du travail et des échanges avec l'intérêt général. — Pourquoi ils ne défendent pas cette liberté de la même manière. — Point de vue propre à Smith. — Point de vue propre à Quesnay. — Divergence d'idées, entre Pun et Paulre, sur les éléments du revenu national. — Développements sur ce point. — Cette/
* V. n® 5 des Eclaire, demandés à M. N. *** sur ses prine. éeonom, — La thèse que soutenait Necker, avec tous les défenseurs du système mercantile , était la con- ▼enance de sacrifier Pintérét des propriétaires à celui des non-propriétaires , ou , en d'autres termes , l'agriculture à Pindostrie , car l'intérêt du travail libéral se trouve complètement en di^hors de la question. Les Physiocrates niaient cette convenance, en demandant protection égale pour toute espèce de travail et de propriété. Voilà ce que leurs adversaires leur pardonnaient beaucoup moins que le terme de dfoduil net, auquel la plupart n'entendaient rien ; et c'est à quoi Bandeau fait allusion lorsqu'il s'exprime ainsi : « Ce mot, c'est le produit net, sujet de fades railleries pour les femmelettes, de terreurs pour les avides publicains , et d'épigrammes ridicules pour quelques beaux esprits prostitués aux uns et aux autres. Oui, le jkroduit net de la culture est In boussolle universelle du gouvernement, et le centre oommun de tous les intérêts....» (Éclaircissements, $ cite. — V. la note de la p. 457 de ce vol.)
Plus loin se rencontre celte vive interpellation aux mercantiles : « Je me souviens d^avoir fait autrefois cette proposition : à quoi bon déguiser par des lois palliatives fe bien que vous avez l'intention d'opérer ? — Vous voulez que les agents du commerce étranger ayent pour rien la dixième partie de nos récolles; que ne leur accordez-vous tout simplement et tout franchement une dime à percevoir avec celle du curé ? N'est-ce pas la même chose ? — Si vous ne vous en mêliez point par des règlements, des contraintes, des prohibitions, je retirerais de mes denrées un dixième de plus en bon argent, c'est-à-dire , que pour avoir une telle somme en espèces , je ne serais obligé de vendre que neuf mesures. Par l'effet de vos arrangements concertés, je suis obligé d'en livrer dix pour avoir relte même somme. — .\ parier sans fiction , j'en vends neuf, et je donne la dixième gratis , tant il est vrai que le mol et la tournure font beaucoup en France ! • [Ibid.)
UTIH INTRODUCTION.
divergence plutôt apparente que réelle. — On ne peut condamner le système mercantile sans admettre, avec les Physiocrates, que Pagricultiire est Tintérét le plus général de la société. — Comment Pécole de Quesn ly dé!init Vécliange , la vente et le commerce, — Tous ses arguments contre le système mercantile puisés dans ces définitions. — Remarque de Smiih sur le préjugé qui plaie la richesse dans Pabondance des métaux précieux. — Ce préjugé , foudcmenl de la balancé du commerce^ avait été ridiculisé, par les Physiocrates, longtemps avant Smith. — Ce philosophe considère les nations comme de grands capUalhlet ^ et Quesnay comme de grands propriétaires. — Comment Tintérét des [iropriétaircs coïncide plus , que celui des capitalistes , avec l'intérêt général. — Nécessité de ne jpas confondre l'intérêt des agenti du commerce avec Viniérél national, — Principes des Physiocrates sous ce rapport. -*- Distinction entre le commerce et le ira/lr ou la revente, — La doctrine du produit ne I, la même que celle de IVconomie de$ fraie de production, — Pourquoi celle-ci est diamétralement ccuitraire aux théories du tystimt mercantile. — Elle sert de base à toutes les analyses des Physiocrates, sur la nature et les effets de riiidustrie et du commerce. — Son exposition, par Mercier de La Rivière. — Emploi qu'en faisaient les disciples de Quesnay pour démasquer le Moiioi)ole.— Opinion de TurgoL— Gloire qui revient aux Physiocrates, selon Dupont de Nemours.
Une conséquence de Tidée que les Physiocrates se formaient de la production, c*cst que les salaires du travail, les profils du capital et la rente ont leur source commune dans Tagricullure. Il est manireste, dansce système, que tout grand peuple' doit iirer presque complètement ses moyens d^existence de Texploitation de son propre territoire^ bien qu'il ne consomme pas directement toutes les productions de son sol ^ et qu'une partie aille s'en échanger, à l'état brut ou manufacturé^ contre les produits quelconques des nations étrangères. Cet échange n'empêche pas que tout le travail qui s'accomplit dans un vasie Étal, tel qu'est la France par exemple, n'y soit entretenu presque exclusivement par la qtiantilé de subsistances et de matières premières recueillies sur le sol national, ou qu'il n'y ait qu'une fraction presque imperceptible du nombre de ses habitants qu'on puisse réputer être nourrie, logée et vêtue à l'aide des produits du dehors achetés par le travail industriel ou libéral. En d'autres termes, la population de ces sortes d'États est nécessairement pro* portionnelle h la puissance de leur agriculture, et ne saurait emprunter, par le commerce extérietir,que des ressources insignifiantes à Tagricul-
• L'école physiorratique distinguait entre les nations marchandée et les nations agricolei. Elle entendait, par cette dernière expre.^sion, ou par celle de pulaances (oncièreiy tous les peuples chez lesquels, soit directement, soit indirectement, le »ol peut suffire à Tentretien du travail industriel.
INTRODUCTION. «ix
lare éirtngèrd. L'a?aiitage qae de pareils États retirent da commerce qu'ils font ensemble, consiste dans le simple échange de leurs prodoits respectifs, et non dans le gain prétendu qu'ils réalisent les uns sur les autres; car ils ne sont pas entre eux dans les mêmes rapports que se trouvent; k Tégard du reste du monde, certaines nations ou villes commercantes qui,dépourvues en quelque sorte de territoire, et par suite d'agriculture, sont, par la nature même des choses, condamnées ou h périr ou à acbeterdes autres peuples, au moyen de leurs services industriels, le produit brut qu'elles n'ont pas, et qufest la condition absolue de leur existence. Ou^en se livrant à peine on sans se livrer aucunement au travail de la terre, de telles communautés acquièrent des richesses considérables ^ il n'y a pas lieu d'en être plus surpris , que de voir les villes fleurir dans une contrée quelconque, par leur commerce avec les campagnes. Mais, de même que les villes ne font pas naître le produit brut qu'elles consomment et qu'elles fabriquent,et qui est le principe de leur opulence, de même également les petites nations citées plus haut tirent leur subsistance et toutes leurs richesses des pays agricoles. Elles jouent, k l'égard de ces pays, comme dit Turgot, le même rôle que les commissionnaires au sein d'une grande ville; ou, si on l'aime mieux, elles tiennent, de leur position géographique et de leur habileté industrielle, k la gloire près, le même avantage que doivent k l'emploi de leur génie tous ceux qui , excellant dans les sciences , les lettres et les beaux-arts , comme les grands médecins, les poètes célèbres, les peintres illustres, peuvent fonder l'édiGce de la plus haute fortune sur la rémunération de leur travail*. Ainsi qu'il faut aux hommes de talent un pays opulent et
* V. Obierv. iur le mémoire de M. Groiiin^ Œuvrbs, I, p. 440 à 445. — On trouve la pensée de Turgot reproduite au commencement du livre m, eh. I de la Bickeêse dee naiiont, « Le grand commerce de toute société civilisée , dit Smith,
est celui qui 8*étalilit entre les habitants de la ville et ceux de la campagne La
Fille, (hn* laquelle il u*y a ni ne peut y avoir aucune reproduction de subsistances, gagne, â proprement parler, toute sa subsistance et ses richesses sur la campagne. » — Il est vrai que Smith , comme s'il regrettait d'avoir avancé cette proposition , K>mpfetse d'ajouter, avec une certaine étendue de développements : « 11 ne faut pourtant pas s'imaginer pour cela que la ville fasse ce gain aux dépens de la campagne. » — Sans doute, si par ces termes, aux dépem^ Ton entend une ipolialiom. Ma» les Fhysiocrates n*ont jamais envisagé de cette manière les rapports des habît;iiite des villes avec ceux des campagnes. Ce qu'ils ont dit Molemeot, et dont la