LXX INTRODUCTION
civilisé pour coQquérir la richesse, la prospérité des petites nations manufacturières et commerçantes , dont le revenu se compose exclusivement de salaires et de profits, est complètement subordonnée à celles des nations k grand territoire , dont les revenus se composent de salaires, de profits et de rente. Ne pouvant subsister que sur l'excédant du produit brut du sol de ces dernières, elles sont perpétuellement menacées dans leur existence par deux causes tout à fait contraires , l'activité et l'inactivité des peuples avec lesquels elles ont lié des relations mercantiles. L'activité de ceux-ci leir est funeste, parce que, lorsqu'elle se tourne vers l'industrie manufacturière et commerciale, ils consomment eux-mêmes toutes les productions de leur territoire; et leur inactivité leur est préjudiciable également, parce que, s'il arrive que, sans se jetef dans le commerce et rinduslrie, ils négligent l'agriculture, le fonds qui alimentait le travail de ces sociétés purement traficantes diminue dans une proportion plus ou moins considérable. Voilà ce qui explique la décadence de tant de peuples qui ont autrefois brillé par le commerce, mais dont la richesse et la population se sont, avec le temps, abaissées au nivean de l'étendue et de la fertilité du sol dont ils étaient posses*» seurs. Voilà ce qui explique encore pourquoi, partout où se trouve une population nombreuse, il faut qu'elle tire presque complètement ses moyens d'existence de l'agriculture nationale; car admettre qu'elle les puise au-dehors, ce serait supposer qu'il est beaucoup de pays bien cultivés et très fertiles, où les hommes ne se multiplient pas en raison de la facilité qu'ils ont de pourvoir à leur subsistance, c'est-à-dire formuler une hypothèse démentie par le raisonnement et l'expérience. Voilh pourquoi, enfin, Smith, J.-B. Say et tous les économistes sont unanimes pour convenir que l'importance du commerce extérieur n'est rien en comparaison de celle du commerce intérieur. Si le premier complète la vie des nations, en les appelant à échanger entre elles les bienfaits di-
portée d^application est facile à comprendre , par tout ce qu'a écrit MalUius sur les effets du système agricole , du système commercial el de ces deux systèmes combinés (Liv. ni de VEtiai iur le principe de population)^ c'est que les habitants dm villes n*ont pas de revenu propre , de revenu eui generis , mais simplement un r«^ venu dérivé de celui que la terre fournit aux cultivateurs. Thaï it Ihe quenion. .
* Smith distingue trois sortes de coromerce .- le commerce intérieur^ le commerce étranger de comommuiion^ qui se fait eu achetant des marchandises étrangères pour la consommation intérieure ; et le commerce de transport , qui se fait en transportant le superflu d'un pays étranger à un autre pays étranger. A vrai dire , il n*y a que celte dernière espèce de coromerce, à laquelle les grands peuples n*ont jamais pris beau'TOup de part, dont on puisse réputer les profits acquittés par l'agriculture araogére. Quant à la seconde , Ton ne doit pas perdre de vue que , si l'étranger supporte les frais de transport des marchandises que nous exportons chez lui, nous sopportons ces mêmes frais à notre tour pour celles qu'il importe chez nous , et qu*il y a tout lieu de croire que nous lui payons autant de travail qu'il nous en paye lui-même. A l'égard des produits qui sont la matière de l'échange, soutenir que kur vente procure un bénéfice national, c'est vouloir que l'étranger en donne plue fiie ia valeur^ ce qui est absurde ; ou , ce qui ne l'est pas moins , prendre pour un §min national le profit du négociant exportateur.
ÎNTRODUCTÎON. Lxxi
vers de la nalore, Tautre est^ en quelque sorte, le principe qui la leur înoeole, et sans lequel elles n'auraient pas d^existence ^
Il est facile de comprendre que , du point de vue où se plaçaient les Pbysiocrates, ils ne pouvaient envisager le commerce sous le même jour \ que lears contemporains. Le préjugé populaire, que la richesse consiste dans Tabondance des métaux précieux , et qui n^est que Tapplication i bosse k la richesse sociale d'idées vraies en un certain sens par rapport / ï la richesse individuelle, avait conduit ces derniers à Tinintelligence complète du phénomène de la production. Assimilant les relations commerciales des peuples aux rapports des marchands avec le public , ils s'imaginaient que l'argent est la fin du travail national comme du travail mercantile, et ne pouvaient se persuader qu'il existât la moindre différence entre la manière dont les peuples et les particuliers s'enrichissent. Ce principe adionis, il devenait naturel de voir dans le commerce extérieur, unique moyen de procurer de l'or et de l'argent aux pajB dépourvus de mines, l'élément principal de la richesse publique; et d*arriver, pour rendre ce commerce plus productif sous ce rapport, k des combinaisons qui ne blessaient pas moins le sens commun, que le préjugé leur servant de base. Ces combinaisons, qui se résolvent en entraires apportées ^ l'exercice légitime du droit de propriété, point sur lequel Adam Smith ne s'est peut-être pas assez apesanti, et qui forment ce qo*on appelle le système mercantile ou de la balance du commerce, fu-