V . la note de la page lui
Lxxxll ' INTRODUCTION.
que le travail est un hut^ et non un moyen ; que la société doit multiplier, non les ckosei utiles, mais les travailkurs. Quesnay, qui ne partageait pas les préjugés de ses contemporains sur la population, et qui ne croyait pas que les hommes manquent jamais oii la richesse abonde S formule U'. principe contraire en ces termes : c Obtenir la plus grande augmentation possible de jouissances, parla plus grande diminution possible de dépenses, c'est la p&fection de la conduite économique; > et ses detix Dialogues sut le commerce et Findustrie montrent si, pour le faire prévaloir, la verve lui manquait plus que la profondeur.
C'est la doctrine de Véconomie des frais de production qui sert de base h toutes les belles analyses par lesquelles Mercier de La Rivière, Bandeau et Le Trosne démontrent qu'on n'estime pas l'industrie et le commerce à raison de leurs avantages réels, mais k raison des désavantages inhérents à leur nature. Lourde méprise, de laquelle il résulte qu*on prend des charges pour des bénéfices, et qu'on regarde l'intérêt d'une portion de la société comme celui de tous ses membres! Illusion, qui n'est pas sans quelque analogie avec le préjugé qui nous porte h voir dans la monnaie, parce qu'elle mesure et distribue la richesse, la richesse même, et que La Rivière ne combattait pas sans bonheur dans les lignes suivantes :
c H est important de se former une idée précise du commerce, et do bien saisir qu'il n'est qu'un échange pour parvenir à une consommation.... Si cet échange pouvait être fait immédiatement et sans frais, il ti'en serait que plus avantageux aux deux échangeurs : aussi se trompte-ton bien gravement quand on prend pour le commerce même les opérations intermédiaires qui servent à faire faire le commerce !
<K Cette méprise cependant est très ordinaire : avant qu'une chose corn merçable soit rendue k sa dernière destination, souvent elle éprouve plusieurs reventes, fait beaucoup de circuits et de frais; le ('ommerce en celte partie produit l'effet des glaces disposées pour réfléchir en même temps, et dans différents sens, les mêmes objets; comme elles, il semble les multiplier, et trompe ainsi les yeux qui ne le voient que superGciellement ; ils croient apercevoir un grand commerce, lorsqu'en réalité ce n'est qu'un commerce très médiocre, mais qui occasionne un
• V. Maximes ijenéralei, p. nM-t05 de ce volume.
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grand mouvement et de grands frais. Cependant, pour peu qu'on y veuille faire quelque attention^ on ne peut plus être dupe de cette multiplication illusoire ; il devient évident que, par la répétition des ventes et reventes, la chose commercée ne gagne rien en volume ou en quantité ; que, quelques circuits qu'elle fasse, quelques changements de main qu'elle éprouve, lorsqu'elle arrive à sa dernière destination, elle se trouve n'être que ce pCelle était en partant ' »
L'investigation économique, qui laissait apercevoir si nettement àiil Physiocrates que la société ne gagne rien k ce qu'il y ait un grand mouvement commercial entre les producteurs et les consommateurs % leur démontra encore qu'elle ne gagne pas davantage à ce que la consommation des matières premières exige beaucoup de façonnements et que, par conséquent, il est ridicule de croire qu'il soit dans la nature de l'industrie de créer plus de valeur échangeable que le travail agricole. Cette douhle vérité est l'arme dont ils se servent le plus habituellement pour Hageller le système mercantile et cribler de déchirures le manteau de philanthropie et de nationalisme dans lequel le Monopole se drapait alorsaves autant d'aplomb et de fierté que de nos jours. Quand le Monopole demandait à Quesnay : c Ne vaut-il pas mieux employer nos commerçants que des étrangers? » -^ Le philosophe n'hésitait pas à répondre : — c Oui, ils sont préférables, tant qu'il n'y a pas à perdre sur la rétribution de leur travail ; car autrement on préfère, non-seulement les étrangers, mais aussi les animaux, et même les machines qui peuvent les suppléer avec profit ; et ce profit, qui accroît les richesses disponibles, revient toujours à l'avantage du pays » ; > et Mercier de La Rivière, Bandeau, Le Trosne, venaient, k leur tour, développer, jusque dans ses dernières conséquences, la pensée vraie et profonde du chef de l'école. Appliquant cette pensée k toutes les formes par lesquelles se traduisait le système protecteur et réglementaire de leur époque , ils le démolirent pièce k pièce avec une telle puissance de raison, qu'il ne serait pas
* Ordre nat, et euent, deê soe. polU,y p. 05S de ce volume.— Y., ibid,^ note de la p. 194.
* C'est le sentiment de cette vérité qui a suggéré plus d'une observation juste aux socialistes.
* Dial, êur les trav. des ar<., p. 202 de ce volume.