‹ PhysiocratesChapitre 25 sur 157 · CHAPITRE L — CE que c'est que le droit naturel des hommes · texte numérisé non relu

CHAPITRE L — CE que c'est que le droit naturel des hommes

Définition générale. Cest le droit que les hommes ont aux choses propres à leur jouissance. -^ Il faut Texaroiner relativement aux différents états de l'homme^ car le Droit naturel est un attribut relatif. — Erreurs des Philosophes qui ne Tont considéré que sous un seul point de vue. — Droit naturel de Phomme dans Pétat d*enfance, fondé sur le devoir prescrit au père et à la mère par Pordre de la Justice, et accompagné d'un attrait naturel. — Définition de la Justice. — Nullité du Droit naturel, quand toutes les conditions de son exercice manquent.

Le DROIT NATUREL de Phomme peut être défini vaguement : le droit que l' homme a attx choses propres à sa jouissance.

Avant que de considérer le droit naturel des hommes, il faut considérer Pbomme lui-même dans ses différents états de capacité corporelle et intellectuelle , et dans ses différents états relatifs aux autres hommes. Si l'on n'entre pas dans cet examen avant que d'entreprendre de développer le droit naturel de chaque homme, il est impossible d'apercevoir même ce que c'est que ce droit'.

C'est faute d'avoir remonté jusqu'à ces premières observations, que les philosophes se sont formé des idées si différentes et même si contradictoires du droit naturel de Phomme. Les uns, avec quelque raison , n'ont pas voulu le reconnaître ; les autres, avec plus de raison. Pont reconnu; et la vérité se trouve de part et d'autre. Mais une vérité en exclut une autre dans un même être lorsqu'il change d'état, comme une forme est la privation actuelle d'une autre forme dans un même corps.

Celui qui a dit que le droit naturel de l'homme est nul, a dit vrai ^

Celui qui a dit que le droit naturel de Phomme est le droit que la nature enseigne k tous les animaux, k dit vrai \

' Il en a été des discussions sur le droif naturel comme des disputes philosophiques sur la liberté, sur le juste et Pinjuste : on a voulu concevoir, comme des êtres absolus , ces attributs relatifs dont on ne peut avoir d'idée complète et exacte qu'en les réunissant aux corrélatifs dont ils dépendent nécessairement , et sans lesquels ce ne sont que des abstractions idéales et nulles.

* Voyez-en Pexemplc à la fin de ce chapitre.

* C'est la définition de Juslinieu ; elle a , comme les autres, son aspeei où clic est vraie.

k2 QUESNAY.

Celui qui a dit que le droit naturel de rhomme est le droit que sa force et son intelligence lui assurent, a dit vrai k

Celui qui a dit quft le droit naturel sfi borne à Tintérét particulier de chaque homme, a dit vrai \

Celui qui a dit que le droit naturel est une loi |jénérale et souveraine qui règle les droits de tous les hommes, a dit vrai >.

Celui qui a dit que le droit naturel des hommes est le droit illimité de tous k tout, a dit vrai\

Celui qui a dit que le droit naturel des hom^t^ ^!^^ droit limité par une convention tacite pu explicite, a dit yrai '^f

Celui qui a dit que le droit p^tijirel n^ appose ni jn^ ni injuste, a dit vrai^

Celui qui a dit que le droit naturel est un droit juste, décisif et fondamental, a dit vrai'.

Mais aucun n*a dit vrai relativement à tous les cas.

Ainsi, les philosophes se sont arrêtés au parallogisme, ou ai^^uioiient incomplet, dans leurs recherches sur c&Ub matière importante, qui est le principe naturel de tous les devoirs de Thomme ré^és pair la raison.

Un enfant, dépourvu de force et d'iatellig^ceT a inftftntftgtiihift|r^ni^t nn

^Atq\\ naturel à lasuBsîitance, fopdjé sur Ip devoir indiqué par la nature ^}i p^re ^\i )p m^ra r^ ArnU luî aat A'*iïnii^ pina assure , que le devoir du père et de la mère est accompagné d*un attrait naturel qui agit beaucoup plus puissamment sur le père et sur la mère, que la notion de Tordre naturel qui établit le devoir. Néanmoins, on ne peut ignorer que ce devoir, indiqué et assuré par le sentiment, est dans Tordre de la justice; car le père et la mère ne font que rendre k leurs enfants ce qu'ils ont cecu eux-mêmes de leurs père et mère : or, un précepte qui se rapporte k un droit juste oblige tout être raisonnable. Si on me demande ce que c'est que la justice? Je répondrai que c'est

* Voyez-en l'exemple, chap. m, et chap. v, en tiole, ^ Voyez-en Texcmple , chap. h, en noie.

'Voyez en Pexeinple, chap. iv. Avec un peu plus d'étendue , celte proposition serait la nôtre.

* C'est le système du sophiste Trasimaque dans Platon , renouvelé depuis par Hobbes, et , depuis Hobhes , par l'auteur du livre Intitulé, Princfjpes d^ Droit naturel cl de la PolHiqMke» Voyez le présenté et réfuté, chap. u.

" Voyez-en l'exemple , chap. ly.

* C'est le cas d'un hoivinp seul dî^is une Ue déserte , dont le ,droit naturel auY productions de son île n'admet ni juste ni injuste; attendu ^ue la^usticc.Qu l'iniusticc sont des attributs relatifs, qui ne peuvent exister lorsqu'il n'y 9 personne sur qui les exercer. Voyez le commencement du quatrième chapitre.

' Voyez la On de ce chapitre et le commencement du quatrième.

Page 1