‹ PhysiocratesChapitre 27 sur 157 · CHAPITRE n. — DE l'iSteudue do droit waturel des hommes · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. — DE l'iSteudue do droit waturel des hommes

Distinction du Droit naturel et du Droit légitime ou décerné par les lois humaines. Celui-ci s'écarte souvent de l'autre. — Opinion des philosophes qui ont supposé un Droit illimité de tous à tout. — Ce prétendu Droit illimité se réduit dans le fait aux choses qu'on peut acquérir par son travail. — Il suppose, avec la liberté d'acquérir, le respect pour la possession d'autrui, et l'état de paix entre les hommes, pour que chacun puisse exercer son Droit naturel.

Le droit naturel des hommes diffère du droit légitime^ ou du droit dé- \^ cerné par les lois humaines, en ce qu'il est reconnu avec évidence parw^^>*^ les lumières de la raison, et que, par cette évidence seule, il est obliga- \ toire indépendamment d'aucune contrainte; au lieu que le droit légitime^ \ v"^^*^ limité par une loi positive, est obligatoire en raison de la peine attachée ^P*' ^ k la transgression par la sanction de la loi, quand même nous ne la connaîtrions que par la simple indication énoncée dans la loi.

Par ces différentes conditions, on voit toute l'étendue du droit naturel, et ce qui le distingue du droit légitime.

Souvent le droit légitime restreint le droit naturel , parce que les lois des hommes ne sont pas aussi parfaites que les lois de l'auteur de la nature, et parce que les lois humaines sont quelquefois surprises par des motifs dont la raison éclairée ne reconnaît pas toujours la justice; ce qui oblige ensuite la sagesse des législateurs d'abroger des lois qu'ils ont faites eux-mêmes. La multitude des lois contradictoires et absurdes, établies successivement chez les nations, prouve manifestement que les lois positives sont sujettes k s'écarter souvent des règles immuables de la juslice, et de l'ordre naturel le plus avantageux k la socicUé.

Quelques philosophes absorbés dans l'idée abstraite du droit naturel des hommes, qui laisse à tous un droit à tout^ ont borné le droit naturel de l'homme k l'état de pure indépendance des hommes les uns envers les autres, et k l'état de guerre entre eux pour s'emparer les lyis et les autres de leur droit illimité. Ainsi, prétendent ces philosophes, lorsqu'un homme est privé par convention, ou par une autorité légitime, de quelques par-

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lies du droit naturel qu'il a à toutes les choses propres a sa jouissance, son droit naturel est détruit; et cet homme se trouve sous la dépendance d*autrui par ses engagements, ou par une autorité coactive. Il n'est plus dans le simple état de nature, ou d'entière indépendance; il n'est plus lui seul juge de son droit; il est soumis au jugement d'autrui; il n*est donc plus, disent-ils, dans Tétat de pure nature , ni par conséquent dans la sphère du droit naturel.

Mais, si Ton fait attention à la futilité de cette idée abstraite du droit naturel de tous à tout^ il faudra, pour se conformer il Tordre naturel même, réduire ce droit naturel de Thomme aux choses dont il peut obtenir la jouissance; et ce prétendu droit général sera dans le fait un droit fort limité.

Dans ce point de vue , on apercevra que les raisonnements que Ton vient d'exposer ne sont que des sophismes frivoles, ou un badinage de l'esprit, fort déplacé dans l'examen d'une matière si importante; et on sera bien convaincu que le droit naturel de chaque homme se réduit dans la réalité k la portion qu'il peut se procurer par son travail. Car son droit à tout est semblable au droit de chaque hirondelle k tous les moucherons qui voltigent dans l'air, mais qui, dans la réalité, se borne à ceux qu'elle peut saisir par son travail ou ses recherches ordonnées par le besoin.

Dans l'état de pure nature , les choses propres à la jouissance des hommes se réd.uisent k celles que la nature produit spontanément, et sur lesquelles chaque homme ne peut faire usage de son droit naturel indéterminé, qu'en s'en procurant quelque portion par son travail, c'est-adire par ses recherches. D'où il s'ensuit , 4*" que son droit k tout n'est qu'idéal; 2^ que la portion des choses dont il jouit dans l'état de pure nature s'obtient par le travail; 5*" que son droit aux choses propres k sa jouissance doit être considéré dans l'ordre de la nature et dans Tordre de la justice; car, dans l'ordre de la nature, il est indéterminé tant qu'il n'est pas assuré par la possession actuelle; et, dans l'ordre de la justice, il est déterminé par une possession effective de droit naturel , acquise par le travail, sans usurpation sur le droit depossessiond'autrui;4^ que, dans l'état de pure nature, les hommes pressés de satisfaire k leurs besoins, chacun par ses recherches, ne perdront pas leur temps k se livrer inutilement entre eux une guerre qui n'apporterait que de l'obstacle k leurs occupations nécessaires pour pourvoir k leur subsistance' ; 5" que le droit naturel, compris dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la justice,

' C'est ici le cas du proverbe, qui peut s'adresser à tous dans Tétat de pure nature: si lu en as besoin , vas-en chercher; personne ne s'y oppose. Cette règle s'étend jusqu'aux bétesj celles d'une méiue espèce, qui sont dans le même cas, ne cherchent

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