‹ PhysiocratesChapitre 29 sur 157 · DROIT NATOREL. -^ CHAPITRE III · texte numérisé non relu

DROIT NATOREL. -^ CHAPITRE III

être pliis libre*; il ne s^àperçoît pas qu'il est lui-même en contradiction avec lui-inêtoè; Qu'il rëcôtinaisse donc ses extravagances; (ju'il apprenne à bien employer cette liberté qui lui est si chère ; qu'il bannisse l'ignorance et les dérègleiiiënts, sources des maux qu'il se cause par l'usage de sa liberté. Il est de sa nature d'éti^ libre et intelligent, quoiqu*il ne soit quelquefois ni l'un ni l'autre. Par l'usage aveugle et inlprudent de sa li-

^ Que signifient ces mots plus libre? signifient-ils plus arbitraire , c'est-à-dire plus indépendant des motifs qui agissent sur la volonté ? Non , car cette indépendance , si elle était entière , réduirait la volonté à Tétat d'indifférence ; et , dans cet état , la liberté serait nulle : ce n'est donc pas dans ce sens qu'on peut dire plus libre. Ces mots peuvent encore moins se rapportera l'état de la volonté subjuguée par des motife Invincibles. Ces deux extrêmes sont les termes qui limitent l'étendue de l'usage naturel de la liberté.

La LiSERT^ est unefactUlé relative d des moiife eœeilanls et êurmoniablee , qui se amirebalancenl et s' entr' affaiblissent les uns les autres^ et qui présentent des intérêts et des attraits apposés, que la raison plus ou moins éclairée^ et plus ou moins Tpréaeewpée^ examine et apprécie. Cet état de délibération consiste dans plusieurs actes de Texercice de la liberté, plus ou moins soutenus par l'attention de l'esprit. Mais, pour avoir une idée encore plus exacte de sa liberté , il ne faut pas confondre son état de délibération avec l'acte décisif de lanrolonté, qui est un acte simple, définitif, plus ou moins précipité , qui fait cesser tout exercice de la liberté , et qui n'est point un acte de la liberté , mais seulement une détermination absolue de la volonté, plus ou moins préparée pour le choix par l'exercice de la liberté.

D'après ces observations familières à tout homme un peu attentif à l'usage de ses pensées , on peut demander à ceux qui nient la liberté , s'ils sont bien assurés de n'avoir jamais délibéré? S'ils avouent qu'ils ont délibéré , on leur demandera pourquoi ils ont délibéré ? Et s'ils avouent que c'était pour choisir, ils reconnaîtront Texercice d'une faculté intellectuelle entre les motifs et la décision. Alors on serait d'accord de part et d'autre sur la réalité de cette faculté; et il deviendra inutile de disputer sur le nom.

Mais , sous ce nom , ne réunissons pas des conditions contradictoires ; telles que la condition de pouvoir également acquiescer à tous les motifs actuels , et la condition dé pouvoir également n'acquiescer à aucun ; conditions qui excluent toute raison de préférence , de choix et de décision. Car alors tout exercice, tout usage , en tm mot, toutes les propriétés essentielles de la faculté même, qu'on appellerait liberté, n'existeraient pas; ce nom ne signifierait qu'une abstraction inconcevable, comme celle du bâton sans deux bouts. Dépouiller la volonté de l'homme de toutes causes déterminantes, pour le rendre libre, c'est annuler la volonté ; car tout acte de la volonté est de vouloir une chose , qui elle-même détermine la volonté à vouloir. Anéantir les motifs , c'est anéantir la liberté même , ou la faculté intellectuelle qui examine et apprécie les objets relatifs aux affections de la volonté....

Ne nous arrêtons pas davantage à celle absurdité, et concluons en observant qu'il n'y a que Thomme sage qui s'occupe à perfectionner sa liberté; les autres croient toujours être assez libres quand ils satisfont leurs désirs : aussi ne sont-ils attentifs qu'à se procurer les moyens de multiplier les choix qui peuvent étendre, non pas leur liberté , mais l'usage imprudent de leur liberté. Celui qui n'a qu'un mets pour son

us QUESNAY.

berté, il peut faire de mauvais choix; par son intelligence, il peut parvenir aux meilleurs choix, et se conduire avec sagesse, autant que le lui permet Tordre des lois physiques qui constituent Tunivers *.

Le bien physique et le mal physique, le bien moral et le mal moral, ont donc évidemment leur origine dans les lois naturelles. Tout a son essence immuable, et les propriétés inséparables Ile son essence. D'autres lois auraient d'autres propriétés essentielles, vraisemblablement moins conformes a la perfection à laquelle Tauteur de la nature a porté son ouvrage : celles qu'il a instituées sont justes et parfaites dans le plan général, lorsqu'elles sont conformes k Tordre et aux fins qu'il s'est proposées; car il est lui-même Tauteur des lois et des règles, et par conséquent supérieur aux lois et aux règles. Mais leur destination est d'opérer le bien, et tout est soumis k celles qu'il a instituées ; Thomme doué d'intelligence a la prérogative de pouvoir les contempler et les connaître pour en retirer le plus grand avantage possible, sans être réfractaire k ces lois et k ces règles souveraines.

D'où suit que chacun a le droit naturel de faire usage avec reconnaissance de toutes les facultés qui lui ont été départies par la nature, dans les circonstances où elle Ta placé, sous la condition de ne nuire ni k soimême, ni aux autres ; condition sans laquelle personne ne serait assure de conserver Tusage de ses facultés ou la jouissance de son droit naturel, et qui nous conduit au chapitre suivant.

repas , n'a que le choix de le laisser ou de le manger, et d'en manger plus ou moins ; mais celui qui a vingt mets a le pouvoir d'étendre rexcrcice de sa liberté sur tous ces mets, de choisir ceux qu'il trouvera les meUleurs, et de manger plus ou ntioins de ceux qu'il aura choisis. C'est en ce sens que l'homme brut n'est occupé qu'à étendre toujours l'usage de sa liberté, à satisfaire ses passions avec aussi peu de discernement que de modération ; ce qui a forcé les hommes qui vivent en société à établir euxmêmes des lois pénales pour réprimer l'usage effréné de leur liberté. Alors ils étendent leur liberté par des motifs intéressants qui se contrebalancent et excitent l'attention, qui est pour ainsi dire l'organe actif de la liberté ou de la délibération. Ainsi la liberté ou délibération peut s'étendre par les motifs mêmes qui limitent Tusage imprudent et précipité de la liberté.

Ml y a bien des espèces et bien des degrés de folie ; mais tout homme, (|ui est fou par l'effet d'une mauvaise constitution de son cerveau , est entraîné par une loi physique , qui ne lui permet pas de faire le meilleur choix ^ ou de te conduire avec sagesse.

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