‹ PhysiocratesChapitre 36 sur 157 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

La manière de dépenser même le revenu disponible n'est pas indifférente. Le faste de subsistance, auquel se livrent les riches propriétaires, soutient le prix des productions de la meilleure qualité à l'avantage des revenus du territoire. Il n'est pas dangereux comme le luxe de décoration.

On ne doit pas confondre les dépenses faites par les propriétaires k la classe stérile^ et qui servent à la subsistance de cette classe^ avec celles que les propriétaires font directement k la classe productive par euxmêmes, par leurs commensaux et par les animaux qu'ils nourrissent; car ces dépenses que font les propriétaires à la classe productive peuvent être plus profitables à Tagricullure que celles qu'ils font à la classe stérile.

Parmi les propriétaires du revenu, il y en a un grand nombre qui sont fort riches et qui consomment les productions du plus haut prix; ainsi la masse de productions qu'ils consomment est en proportion beaucoup moins considérable que celle qui se consomme dans les autres classes k plus bas prix. Les hommes qui dépensent le revenu et qui achètent si chèrement, doivent donc être aussi k proportion beaucoup moins nombreux comparativement k la somme de leurs achats. Mais leurs dépenses soutiennent le prix des productions de la meilleure qualité, ce qui entretient par gradation le bon prix * des autres productions, k l'avantage des revenus du territoire.

* Les Physiocrates entenjiaient, par le bw\ prix , la valeur échangeable des produits naturels ou fabriqués , (léternnnéc par la libre concurrence du commerce intérieur et extérieur. « La concurrence seule peut régler les prix avec équité, disait le chef de Técole ; seule elle les contient dans une modération peu variable ; seule elle amène avec sûreté rappro\'i8ionnement où sont les besoins , et le travail où il est nécessaire.

Ce que Ton appelle la cherté est l'unique remède à la cherté .• Cherté foisonne. »

DEUXIÈME OBSERVATION SUR Ml TABLEAU ÉCONOMIQUE. 67

I! n'en est pas de même des grandes dépenses que les propriétaires peuvent faire à la classe stérile , et c'est ce qui constitue la différence du faste de subsistance et du luxe de décoration. Les effets du premier ne sont pas à craindre comme ceux de l'autre.

Celui qui achète un litron de petits pois 100 liv. les paye k un cultivateur qui les emploie en dépenses de culture à l'avantage de la reproduction annuelle. Celui qui achète un galon d'or 100 liv. le paye a un ouvrier qui en emploie une partie à racheter chez l'étranger la matière première; il n'y a que l'autre partie employée en achats pour sa subsistance, qui retourne à la classe productive; et ce retour même n'est pas aussi avantageux que l'aurait été la dépense directe du propriétaire à la classe productive; car l'ouvrier n'achète pas pour sa subsistance des productions de haut prix et ne contribue donc pas, ainsi que fait le propriétaire, à entretenir la valeur et les revenus des bonnes terres qui ont la propriété de produire des denrées précieuses. Quant à ce qui a passé en achats chez l'étranger, s'il revient a la classe productive^ comme cela arrive en effet, du moins en partie, chez les nations où il y a réciprocité de commerce de productions ', c'est toujours avec la charge des frais de commerce qui y causent une diminution, et empêchent ce retour d'être complet.

Page 1