‹ PhysiocratesChapitre 38 sur 157 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

Ce qui ne serait que faste dans un pays parvenu à son plus haut degré de prospérité, serait luxe dans un pays où il y aurait encore de grands travaux et de grandes dépenses à faire pour faciliter le commerce des productions , et pour étendre et améliorer la culture du territoire. Les propriétaires alors doivent restreindre leurs dépenses superflues pour accroître les dépenses nécessaires à l'augmentation de leur revenu. La nécessité de ces dépenses foncières , que des propriétaires seuls peuvent faire, rend la propriété foncière une des principales conditions de Tordre naturel du bon Gouvernement.

Dans rétat de prospérité d'un royaume dont le territoire serait porté k son plus haut degré possible de culture, de liberté et de facilité de commerce, et où par conséquent le revenu dçs propriétaires ne pourrait plus s'accroître, ceux-ci pourraient en dépenser la moitié en achats h la classe stérile. Mais, si le territoire n'était pas complètement cultivé et amélioré, si les chemins manquaient, s'il y avait des rivières à rendre navigables et des canaux k former pour le voiturage des productions, ils devraient s'épargner sur leurs dépenses h la classe stérile^ pour accroître par les dépenses nécessaires leurs revenus et leurs jouissances autant qu'il serait possible. Jusqu'à ce qu'ils y fussent parvenus, leurs dépenses superflues à la classe stérile seraient des dépenses de luxe, préjudiciables à leur opulence et à la prospérité de la nation ; car tout ce qui est désavantageux à l'agriculture est préjudiciable k la nation et à l'État, et tout ce qui favorise Tagriculture est profitable h l'État et à la nation. C'est la nécessité des dépenses que les propriétaires seuls peuvent faire pour l'accroissement de leurs richesses et pour le bien général de la société, qui fait que la sûreté de la propriété foncière est une condition essentielle de Tordre naturel du gouvernement des empires.

La politique féodale a jadis envisagé cette propriété foncière comme fondement de la force militaire des seigneurs, mais elle n'a songé qu'k la propriété du terrain; de là tant de coutumes et tant de lois bizarres dans Tordre des successions des biens fonds, qui subsistent encore malgré les changements arrivés dans la monarchie, tandis qu'on a été si peu

QUATRIÈME OBSERVATIOiN SUR LE TABLEAU ÉCONOMIQUE. 69 atlenlifk la sûreté de la propriété des richesses mobilières nécessaires pour la culture, qui peut seule faire valoir les biens fonds. On n'a pas assez vu que le véritable fondement de la force militaire d'un royaume est la prospérité même de la Nation.

Rome a su vaincre et subjuguer beaucoup de nations, mais elle n'a pas su gouverner. Elle a spolié les richesses de l'agriculture des pays soumis à sa domination ; dès-lors la force militaire a disparu, ses conquêtes qui l'avaient enrichie lui ont été enlevées, et elle s'est trouvé? livrée elle-même sans défense au pillage et aux violences de l'ennemi.

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